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Accueil du site > Actualités > Economie > Euro : la fin des calendes grecques

Euro : la fin des calendes grecques

Avec la Grèce, dans un premier temps, les marchés financiers ont trouvé une nouvelle proie à vampiriser. L’Euro qu’on présentait comme le bouclier de l’UE se révèle le modeste cache-sexe d’une Europe aux pieds d’argile. Une UE qui avait choisi la politique de l’autruche en abandonnant aux marchés le soin de mettre un terme aux dérives financières de certains de ses états membres. Le fond du problème c’est d’avoir remis aux calendes grecques la constitution d’une UE plus intégrée , forte de mécanismes de coordination et de coopération.

Pour comprendre ce qui se passe, autant faire un petit détour par le blog de Jean Quatremer : Coulisses de Bruxelles. Dans un billet au titre explicite : Les marchés financiers américains attaquent l’euro “, le journaliste de Libération avance une explication. “Selon des informations fiables que j’ai obtenu vendredi, émanant à la fois d’autorités de marché et de banques, une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) et deux très importants hedge funds seraient derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Leur but ? Gagner un maximum d’argent en créant une panique qui leur permet d’exiger de la Grèce des taux d’intérêt de plus en plus élevés tout en spéculant sur le marché des CDS, un marché non régulé et totalement opaque, afin là aussi de les vendre plus cher qu’ils ne les ont achetés“.

 

Jean Quatremer décortique dans le détail le mécanisme infernal et réclame l’affirmation rapide de la solidarité européenne à l’égard des états-membres en difficulté, rappelant en conclusion que, “les marchés ont une nouvelle fois fait la preuve qu’ils ne comprennent qu’un langage : celui du pouvoir, brutal de préférence“. De fait, la sortie de crise doit être collective, en s’appuyant sur la solidarité des autres.

En l’occurrence, les marchés tirent de leur doux sommeil une UE qui pensait naviguer sur un long fleuve tranquille, dompté par la réalisation du barrage nommé Euro. La situation actuelle témoigne des limites d’une diversité de situations et de politiques économiques au sein de l’UE.

Ce qu’Eric Le Boucher résume à sa façon sur le site Slate.fr : “Croyez-vous encore en l’Europe ? C’est, au fond, la question que posent les marchés financiers aux gouvernements en créant des turbulences financières dans la zone euro, en Grèce, en Espagne, au Portugal. Ils ont raison, c’est la bonne question. La crise a démontré que l’union monétaire européenne était bancale (une monnaie commune mais toujours pas de politique économique commune)”.

Eric Le Boucher stigmatise l’absence de coordination, pour ne pas dire la cacophonie, des Etats de l’UE face à la crise actuelle : “Pour les marchés financiers, cette désunion, cet éparpillement du troupeau européen offrent la possibilité d’attaquer les plus faibles. Comme dans la jungle. Il y a beaucoup d’argent à gagner s’ils réussissent à faire craquer la Grèce, puis le Portugal, puis l’Espagne. Un peu comme ils avaient engrangé des milliards en poussant l’Italie et la Grande-Bretagne hors du Système monétaire européen lors de la crise du « serpent » en 1993. Pourquoi ne pas essayer à nouveau ? Ils n’ont rien à perdre en vérité : ils montent les taux que paie Athènes pour se refinancer et ils se couvrent en cas de défaillance de l’Etat grec. Qui règle la note ? Les citoyens grecs”.

Eric Le Boucher préconise d’aller plus loin que la solidarité évoquée par Jean Quatremer et réclame “un mécanisme clair de coopération économique qui fixe une stratégie commune de sortie de crise, d’austérité coordonnée, qui dicte clairement comment chaque pays doit revenir à l’équilibre, avec des vérifications et de réelles sanctions, et qui, en cas de difficultés, fasse jouer un mécanisme de soutien prédéterminé“. A ses yeux, seule une détermination affichée de l’UE est susceptible de décourager les spéculateurs. 

Dans ce jeu de monopoly à l’échelle du monde, les dés sont pipés. Personne n’est dupe. La solidarité des Etats est inévitable parce que renoncer à soutenir la Grèce reviendrait à renoncer à la construction européenne. Or comme une bicyclette ou un gyroscope, elle ne tient en équilibre que par une fuite en avant dans l’élargissement comparable au sprinter condamné à courir en perte d’équilibre. L’actuel épisode n’est porteur d’aucune morale. Si on peut souhaiter que du boulet les Grecs ne sentent que le vent, il demeure que pendant des années, ils ont joué les cigales et délibérément menti sur la situation financière de leur pays avec l’assentiment tacite de l’UE.

Après avoir chanté , il ne reste plus à nos amis Grecs maintenant que de danser. Mais, prenons garde, c’est toute l’Europe qui pourrait se joindre au bal, fragilisée par des dettes publiques abyssales. Car aujourd’hui, le serpent se mord la queue. Si de tels niveaux d’endettement sont aujourd’hui atteints c’est aussi du fait du faux sentiment d’invulnérabilité offert par l’euro.

 

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11 réactions à cet article    


  • commodore 10 février 2010 12:18

    En urss, les élites disaient que si le communisme ne marche pas, c’est parcqu’il n’y pas encore assez de communisme. On connait la suite. Si l’europe ne marche pas, c’est qu’il n’a donc pas assez d’europe. La bonne blague. Vous voudrez nous faire croire qu’un gouvernement économique européen à la solde de l’oligarchie financière serait, comme par hasard la solution, et que comme par hasard, c’est aussi la solution préconisée par le président de l’europe, adoubé par bilderberg ?
    Vos journalistes de référence ne sont que les collabos utiles d’une idéologie nauséabonde qui s’appelle le mondialisme, qui tyrannise les peuples, dépouille les états aux profits des grandes corporations privées. La fusion des intérêts privés dans les institutions publiques et politiques annoncent l’arrivée d’un fascisme bien réel . Vive la souveraineté populaire, vive la souveraineté nationale, détruisons l’euro-fascisme !


    • Antoine Diederick 10 février 2010 12:23

      ben oui...


      • titi 10 février 2010 13:50

        « L’Euro qu’on présentait comme le bouclier de l’UE se révèle le modeste cache-sexe d’une Europe aux pieds d’argile. »
        Bah vous avez vraiment la mémoire courte...
        L’Euro a joué pleinement son role de bouclier en 2008 lors de l’envolé des prix des matières premières, dont le petrole.

        Mais l’Euro ne peut pas tout faire. Il ne peut pas protéger les membres de l’UE contre eux mêmes.
        Les pays « méditerranéens » de l’UE pratique le déficit depuis toujours. Ils s’étaient engagé à ne plus y avoir recours, ou du moins dans certaines limites.
        Ils n’ont pas tenu parole... clientélisme oblige.


        • citoyen 10 février 2010 16:05

          en empechant en « europe » la montée des prix percus du petrole et des matieres premieres , l’euro contribue à faire perdurer leur gaspillage , je ne pense pas , titi , que ce soit à terme un bon service à rendre aux pays européens


          • titi 10 février 2010 16:10

            En fait, lorsque ca va mal c’est la faute à l’Euro
            et quand ca va bien, bah en fait c’est que ca va mal.

            J’ai bien résumé votre position ?

            Je vous rappelle que lors des dernières hausses du pétrole il y a avait eu manifestation, blocus de la part des routiers, et pour finir TIPP flottante, c’est à dire que les particuliers payaient la fiscalité des professionnels.
            Alors oui, je pense que l’Euro a amortis les hausses et c’est très bien.



          • titi 10 février 2010 16:13

            D’ailleurs je note que vous ne répondez pas sur la responsabilité des états membres !!


          • citoyen 15 février 2010 12:10

            @ titi , je ne généralisais pas , je réagissais simplement sur la question des prix de l’énergie , qui n’est qu’un des aspects de votre post .
            Il est bien clair qu’il faut , même si mùaintenir des prix raisonnables pour l’énergie évite dans nos pays , bien des problêmes , penser à faire quelque chose pour limiter notre dépendance énergétique , sous peine de se préparer des lendemains qui déchantent .
            Cette position mérite t’elle d’être brûlé en place de Gréve ? Je ne crois pas que ce soit autre chose que du simple bon sens


          • Antoine Diederick 10 février 2010 21:40

            je viens de relire une seconde fois votre article, et je me pose la question de savoir si finalement il n’y aurait pas un défaut de gouvernance chez nos partenaires grecs ?

            si certains politiques européens pourraient se mettre en colère comme vous le suggérez, je dois bien dire, qu’au titre de citoyen ordinaire, je n’ai pas envie de dire merci aux dirigeants grecs.


            • Antoine Diederick 10 février 2010 21:44

              comme un intervenant l’avait signalé, au moment de l’entrée de la Grèce dans l’Europe, ils avaient déjà « chipoté » sur les chiffres pour satisfaire les critères de cette adhésion....c’est pas nouveau.

              bien sûr, nous pouvons surtout regretter que la situation des citoyens grecs pas trop encourageante déjà, le sera moins encore....


            • moebius 10 février 2010 22:16

              il y’a un probléme avec les trois agences agences de notation qui se dispute ce marché, d’abord parce qu’elle sont juge et parti prenante ce qui fait que leur notation internvient à contre coup, avec du retard alors quelle n’ignore rien des produit qu’elles ont pour objectif de noter. Ensuite ces agences et bien comme je disais préalablement dans mon préam-bulle ,bulletin tin tin tintamarre elles ne sont que trois a se partager ce marché juteux et souffrent donc peu de la concurrence et puis aprés on pourra éventuellement s’interroger en regardant l’horizon et les vagues qui s’écrasse sur cette plage déserte sur le fait qu’elles notent des étAts avec de grand A qui font de grands écart comme des tours eiffeil en face du trocadero selon les émes critéres qui sont utilisés pour noter des produits financiers, des entreprises et des livrets de caisse d’épargne alors que tout le monde sait pertinement du moins on peut décemment l’esperer que les Etats ne peuvent pas faire faillite...ça semble trés trés con mais ça l’est véritablement et donc puisque le systéme ne peut se passer de notations vu que si vous investissez vous prenez le risque de faire faillite et que si vous etés pas trop con et que vous avez disons une tentance naturelle a la survie qui ne vous porte pas obligatoirement au suicide économique, et bien le probléme reste bien la au niveau des trois mousquetaires de la notation qui font un peu n’importe quoi.... Alors créer des intermédiaires pour que ces agences soient plus objective et agissent en temps réel ou multiplier les agents pour faire jouer la concurrence ? point d’interrogation ici


              • titi 11 février 2010 07:18

                Vous posez le problème des agences de notations, et du coup la confiance envers un emprunteur qui agit directement sur sa capacité à emprunter.

                D’autres, pas sur ce sujet, discours sur la nécessité d’un retour aux monnaies nationale fluctuantes pour financer les déficits.

                Tout celà ne sont que des discours d’arrière garde puisqu’il s’agit de financer la dette.
                Le problème serait plutot comment faire pour quelle n’existe ou du moins qu’elle reste dans des limites acceptables.
                Ces limites elles ont été fixées par le traité de mastricht. Les signataires se sont engagés à tenir ces limites. Mais voilà il y a les engagements internationnaux et il y a les élections nationales. Et entre les deux les politiques « courtes vues » s’inquiètent bien sûr des secondes.
                Et de fait on va se trouvé dans une situation formidable où les pays qui ont continuer leurs dépenses clientelistes et corporatistes, qui entretiennent pléthore de fonctionnaires bref qui n’ont fait aucun effort, vont aller taper les pays qui, eux, ont pris les mesures impopulaires... le citoyen Anglais qui a accepté dans la douleur un système où l’état est moins présent va devoir financer des services publics dont il ne bénéficie pas...

                Les fonctionnaires grecs sont dans la rue...
                Vous chantiez ? j’en suis fort aise et bien dansez maintenant.

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