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Europe : le sursaut de la dernière chance

La bombe à retardement Européenne est enclenchée, la Grèce n’étant qu’une mise en bouche dans un cadre plus général où certaines nations - membres de l’Union ou très proches d’elle économiquement et financièrement - sont sur le point d’imploser sous le poids de leurs excès d’endettements notamment immobiliers libellés en Euros.

Pour mémoire, les banques Suédoises sont substantiellement engagées en Lettonie pendant que leurs consoeurs Autrichiennes le sont vis-à-vis de la Roumanie et de la Hongrie. Ainsi, tandis que la Grèce s’était endettée dans le but de financer son déficit budgétaire, des Etats comme la Lettonie, la Hongrie ou la Roumanie se sont tout simplement endettés pour soutenir le niveau de leur monnaie. En effet, plutôt que de profiter de l’occasion qui leur était donnée (et qui manque cruellement à des pays comme la Grèce ou l’Espagne) d’opérer des relances par l’exportation via l’affaiblissement de leur devise, ces pays ont dû dépenser de précieuses munitions en intervenant sur les marchés afin de maintenir leur monnaie à des niveaux qui ne pénalisaient pas leurs entreprises et ménages ayant contracté des dettes en Euros. Une entreprise Roumaine endettée en Euros verrait effectivement le poids de sa dette et de ses coûts de financement s’aggraver dès lors que sa monnaie nationale se dévaluerait vis-à-vis de l’Euro...

En fait, la récession globale et l’effondrement des marchés immobiliers nationaux sévissant dans ces pays contribuent à leur tour à exercer une énorme pression baissière sur leurs monnaies respectives avec, à la clé, une descente aux enfers de leurs balances commerciales. Les dépréciations immobilières conjuguées à la crise ont ainsi interrompu les influx d’Euros laissant donc ces nations - et leurs statistiques commerciales autrefois positives grâce à ces emprunts massifs - sur le carreau ! Ces pays Européens non membres de l’Union mais ayant toutefois bénéficié de l’assistance très intéressée des établissements financiers de l’Union sont aujourd’hui acculés par leurs créanciers à mettre en place des politiques potentiellement explosives du point de vue social comprenant coupes budgétaires, augmentation des impôts et autres plans d’austérité qui aboutiront sur le court terme à une contraction supplémentaire de leur économie et à un exode supplémentaire massif de leurs travailleurs...

La morale est pourtant sauve dans cette pénible affaire car les banquiers Suédois, Autrichiens mais également les autres créanciers Britanniques et Allemands des autres pays d’Europe en difficultés sont sur le point d’apprendre à leur dépens qu’il n’est pas possible ni viable et encore moins décent de prêter inconsidérément à des débiteurs dont ils savaient pertinemment qu’ils seraient confrontés à de graves problèmes de solvabilité en cas de tourmentes économiques. En fait, cette patate chaude sera très prochainement refilée aux créanciers qui vont se rendre compte de manière imminente que ce défaut de paiement annoncé est bien plus leur problème que celui de leurs débiteurs car, outre le fait que ces créances soient du point de vue légal difficilement recouvrables en tout cas libellées en Euros, elles pourraient fort bien l’être en une monnaie locale terriblement dévaluée...

Chaque pays étant en droit de prescrire à ses citoyens ses propres lois et règles concernant leur endettement, il va de soi que la Hongrie, la Roumanie ou la Lettonie n’hésiteront pas à protéger leurs concitoyens au détriment des Banques créancières qui porteront quasiment seules en définitive le poids de leur gourmandise effrénée et immorale. Poids qui peut être potentiellement dévastateur pour elles du reste car, si dévaluation de certaines devises il y a (et à n’en point douter il y en aura !), ces dépréciations seront et devront être colossales afin de produire des effets bénéfiques sur les économies de ces pays concernés. Le Président Franklin D. Roosevelt n’avait-il pas ainsi dévalué le Dollar de 75% en 1933 pour en porter la valorisation de 20 à 33 dollars par rapport à l’once d’or et n’avait-il pas également annulé l’indexation des remboursements des dettes Américaines au métal jaune afin de soulager ses débiteurs nationaux ?

Ne nous y trompons surtout pas : la vraie bataille est devant nous et elle consistera principalement en toutes sortes de manipulations visant à rembourser certains endettements en des monnaies fortement dévaluées. Bataille qui risque de se transformer en un Waterloo politique et financier pour certains pays riches de l’Union Européenne, la seule et unique question digne d’intérêt étant : qui prendra ces pertes ?

Ces nations et entreprises endettées auraient en effet tout à gagner à convertir ces dettes dans leur monnaie nationale car maintenir un tel fardeau libellé en Euros conduirait fatalement à des faillites retentissantes d’individus et de sociétés, autant d’électeurs qui seront à l’évidence privilégiés aux intérêts bancaires étrangers - tout Européens fussent-ils ! Les pertes encaissées par les détenteurs étrangers de Dollars Américains ne sont-elles pas pharamineuses depuis l’époque où 35 dollars s’échangeaient contre une once d’or par rapport à aujourd’hui où cette même once vaut approximativement 1’100 Dollars... ?

L’Union Européenne devra se préparer à encaisser des pertes de cet ordre de grandeur dès lors qu’elle aura accepté l’inévitable, c’est-à-dire la passation d’une immense partie des dettes de certains pays Européens par Pertes et Profits... Après tout, ces Etats ayant jadis appartenu à la sphère d’influence Soviétique n’ont-ils pas été quasiment modelés par les riches nations Européennes afin de bénéficier en premier lieu à leurs entreprises nationales en quête de nouveaux marchés juteux ? L’impôt sur les profits immobiliers dans ces pays n’est-il ainsi pas ridiculement bas (1% en Lettonie) et ce dans le seul but de favoriser la spéculation alors qu’au même moment les entreprises y ont le plus grand mal à embaucher du fait de taxes dépassant les 50% ? En réalité, les "Tigres" de la Baltique ont bâti leur prospérité sur une spéculation tous azimut amplement favorisée par les liquidités Suédoises, Autrichiennes et Allemandes pendant que ces pays de l’Union appliquaient des réglementations nationales autrement plus strictes visant à freiner ces paris malsains...

La balle est dans notre camp, nous pays aisés de l’Union, dans le sens où l’avenir des relations entre l’Est et l’Ouest de notre continent dépendra de notre volonté à encourager et à motiver ces pays à orienter leurs économies (et leur fiscalité) plus vers un système solvable promoteur du travail qu’en faveur d’une construction de Ponzi basée sur la spéculation immobilière et boursière. Il est donc plus que temps de s’atteler enfin sérieusement et avec détermination à réduire la chape des intérêts financiers sur ce continent si notre souhait est d’éviter un affrontement qui opposera les générations futures immédiates, les créanciers et leurs débiteurs, les riches et les laissés pour compte de l’Europe. Si l’exemple de la débâcle Islandaise et de son référendum où 97% de ses citoyens ont refusé la mise sous tutelle du F.M.I. exigée par la Grande Bretagne en règlement de ses créances est à cet égard tout à fait significatif des déboires et heurts annoncés entre Etats riches et nations au bord du gouffre, il prouve en outre que la seule et unique voie pour soulager ces nations dans l’oeil d’un cyclone savamment entretenu par nous consiste en l’annulation pure et simple de tout ou partie importante de leurs dettes.

Il nous est en effet impossible tout à la fois moralement et matériellement d’exiger de la part de débiteurs - entreprises ou ménages - de poursuivre le paiement de leurs dettes exprimées en Euros alors qu’ils se débattent dans un quotidien constitué de valorisations immobilières déclinantes, de crédits personnels impossibles à rembourser pour cause de récession et d’une monnaie nationale en chute libre... Exit donc la technocratie Bruxelloise et les plans d’austérité stériles imposés par le F.M.I. dont les seules ambitions sont de couper les dépenses sociales et publiques vitales de l’éducation, de la santé et des autres besoins vitaux de ces populations pendant que nous (à l’Ouest et au Nord) nous nous complaisons dans notre confort et dans notre abondance !

C’est aujourd’hui que ces choix doivent être faits et qu’il est impératif de modifier dans le sens d’une solidarité accrue notre système politique et financier Européen : la stabilité et l’avenir de la construction Européenne sont à ce prix.
 
par Michel Santi (son site) mardi 27 avril 2010 - 33 réactions
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  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 27 avril 2010 10:23
    Gabriel

    Le système capitaliste c’est l’esclavage des populations par les marchés financiers. Continuer en ce sens c’est faire une injection létale aux environnements productifs, créateur de richesse, de chaque pays. Il faut faire table rase des dettes de toutes les nations, riches ou pauvres. Réenclencher modérément la planche à billet afin de refaire un partage équitable des richesses. Fouler au pied le FMI usurier mondial, remettre chaque banque centrale sous le contrôle des états et des populations. Appliquer des règles et des contrôles stricts sur les mouvements spéculatifs des bourses mondiales. C’est au prix d’une telle révolution que nous éviterons les révoltes et conflits qui se profilent. C’est de l’utopie de survie avant un inévitable massacre.

  • Par aetius320 (xxx.xxx.xxx.80) 27 avril 2010 10:21

    Bonjour, Monsieur Santi.


    Je vous site : "il prouve en outre que la seule et unique voie pour soulager ces nations dans l’oeil d’un cyclone savamment entretenu par nous consiste en l’annulation pure et simple de tout ou partie importante de leurs dettes."

    Cette phrase était la conclusion logique de vos tous premiers articles sur la crise mais vous nous avez patienté longtemps. Enfin, heureux de vous entendre énoncer une règle historique. Passé un certain seuil, que tous les pays de l’OCDE ont dépassé je crois, la dette est destinée à ne jamais être remboursé . Il y aura soit banqueroute, soit inflation.
  • Par JL (xxx.xxx.xxx.152) 27 avril 2010 10:04
    JL1

    Bonjour Michel Santi, vous dites : "Exit donc la technocratie Bruxelloise et les plans d’austérité stériles imposés par le F.M.I."

    D’accord, mais comment faire ?

  • Par BA (xxx.xxx.xxx.252) 27 avril 2010 10:46

    Je commence à trouver désagréable les accusations proférées contre l’Allemagne.

    Je ne veux pas défendre le gouvernement allemand, mais je voudrais rappeler que l’Allemagne est elle-aussi surendettée.

    D’après le FMI, la dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB en 2014.

    Alors arrêtons de faire croire que l’Allemagne roule sur l’or, et qu’elle est égoïste en ne voulant pas prêter à la Grèce.

    Mettons-nous à la place des Allemands : il faudrait que l’Allemagne se surendette encore plus, pour prêter à la Grèce 8,4 milliards d’euros à fonds perdus.

    L’Allemagne ne VEUT pas prêter à la Grèce.

    Et même si l’Allemagne voulait, l’Allemagne ne POURRAIT pas prêter à la Grèce.

    Non seulement l’Allemagne est surendettée, mais en plus les communes allemandes elles-mêmes sont surendettées.

    L’Allemagne a le plus grand mal à régler ses propres problèmes économiques et financiers, alors comment voulez-vous qu’elle prête 8,4 milliards d’euros à la Grèce (qui est bien incapable de rembourser quoi que ce soit) ?

    Lisez cet article daté du 2 février 2010 :

    Allemagne : de nombreuses communes au bord de la ruine.

    Les communes allemandes ont une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme sur leur situation financière désespérée mardi, et prévenu qu’un certain nombre d’entre elles étaient « au bord de la ruine ».

    La fédération allemande des communes table sur un déficit cumulé de 12 milliards d’euros cette année, le plus élevé de l’après-guerre.

    La crise économique et financière a sérieusement amputé leurs revenus, dont la taxe professionnelle, proportionnelle aux bénéfices des entreprises, représente le plus gros. Les recettes fiscales de la taxe professionnelle ont chuté de plus de 18 % sur un an en 2009.

    En parallèle les dépenses des communes, auxquelles incombe notamment une partie de l’indemnisation des chômeurs, ont augmenté.

    Et cette tendance devrait nettement s’aggraver cette année alors que le marché du travail allemand, pour le moment relativement épargné par la crise, va se dégrader.

    « Nous allons devoir faire face à la deuxième vague de la crise », a prévenu Petra Roth, présidente de la fédération et maire de la capitale financière du pays, Francfort (ouest), lors d’une conférence de presse.

     

    http://www.lesechos.fr/info/inter/a...

     

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