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Accueil du site > Actualités > Economie > Fusion EADS-BAE, un enjeu national

Fusion EADS-BAE, un enjeu national

Séisme médiatique dans l’industrie européenne de la défense et de l’aéronautique. Mercredi 12 septembre 2012, les géants franco-allemand et britannique, EADS et BAE System ont annoncé être en discussion en vue de la fusion des deux groupes. Si le projet était amené à se concrétiser, il donnerait naissance à un géant du secteur. « Opération du siècle » pour certains, ce rapprochement soulève de nombreux enjeux étatiques décisifs, en cette période où la France à plus que jamais besoin de son industrie la plus prometteuse, pour donner une nouvelle impulsion au pays.

Les portes du Pentagone s’ouvre pour EADS ! Désireux depuis longtemps de s’offrir au marché américain, le groupe franco-allemand au 49 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 20111, pourrait profiter des affinités outre-atlantistes de BAE System. Une aubaine pour EADS, qui souhaite rééquilibrer sa part du marché militaire par rapport au marché civil, et continuer ainsi sa réorientation stratégique menée depuis l’arrivée de Tom Enders2, nouveau patron d’EADS. Après avoir implanté une usine d’assemblage aux Etats-Unis3, grâce à l’entremise de John Leahy, le groupe poursuit son « atlantisation » en s’ouvrant au United States Department of Defense.

Copyright Reuters

Usine d’assemblage de l’A320 – Alabama
Droits d’auteur Reuters

BAE System n’est pas en reste également. Touché par la baisse de la demande militaire américaine4, le groupe britannique se ménagerait ainsi une porte de sortie en profitant du marché civil européen,
dominé par EADS.

Un échange de bons procédés, entre groupes complémentaires, qui enfantera d’un colosse de l’aéronautique et de la défense euro-atlantique, ayant dégagé plus de 72 milliards de chiffre d’affaire en 20115. Une fusion qui permettra, selon Tom Enders, de couper le cordon avec les États…

Outre les multiples obstacles institutionnels et financiers à la réalisation du projet, il est essentiel d’inscrire cette démarche dans une vision plus large. Celle d’une certaine mondialisation à marche forcée, où les firmes globales prendraient peu à peu le pas sur les diverses Nations.

Les secteurs de l’aéronautique et de la Défense, régaliens par essence, sont les vecteurs de l’innovation et de la recherche d’un pays, et les garants de son indépendance. En cette période de crise financière grave, l’État a le devoir de protéger un fleuron de son industrie, et l’obligation de le placer au cœur de son redressement productif. Force est de constater que l’on assiste, à l’inverse, à une perte progressive de l’investissement français dans le domaine.

Lionel Jospin déjà avait offert sur un plateau l’Aéropostale à EADS dans les vagues de privatisation des années 20006 pour « montrer l’exemple » dans la construction européenne. Et par le jeu des appartenances d’entreprises, le substrat de notre savoir faire aéronautique pourrait désormais se retrouver, avec ce projet de fusion, aux mains d’un conglomérat mondialiste ne plaçant pas l’intérêt de la France au cœur de ses préoccupations.

Raisonnement identique également avec Spot Image7, société créée dans les années 1980 par l’État français afin d’exploiter les données produites par les satellites de la série SPOT. Satellites financés sur deniers publics, et fabriqués grâce à l’immense savoir-faire dans le secteur. Une société portée à bout de bras par l’investissement du contribuable français qui, doucement mais sûrement, a fini par devenir rentable. Si bien que dans une bonne logique mondialiste, la France céda en 2008 sa part dans le capital de Spot Image à Astrium8. Filiale d’EADS…

Quelle garantie stratégique nous promet la fusion EADS-BAE ? La France aura-t-elle toujours les moyens de dicter la marche à suivre, face à un conglomérat mondialiste amalgamant chaque jour un peu plus les forces vives du secteur ?

Si fusion il y a, celle-ci se fera nécessairement par l’abandon, ou du moins la réduction à peau de chagrin, de la participation de la France et de l’Allemagne dans le capital d’EADS. Les britanniques ayant déjà prévenu qu’ils ne voulaient pas d’interférence étatique dans le pouvoir exécutif du futur géant9. Une firme au dessus des États pourrait finalement se constituer, comme c’est déjà le cas en matière bancaire, où les fonds de pension et autres banques d’affaires ont des capacités financières bien au-dessus de nombreux pays. Qui décidera dès lors des orientations stratégiques ? Représentants élus, ou ploutocrates certifiés ?

Enfin, la page d’une certaine vision de gouvernance pourrait également se tourner. BAE System, comme tout bon groupe de « culture anglo-saxonne » fait preuve d’une grande flexibilité dès qu’il s’agit de gérer ou restructurer ses « actifs » . Le délitement des participations étatiques dans le capital d’EADS rapprochera le groupe de son homologue anglais, dans sa philosophie. Nous pourrions ainsi assister à un triomphe du modèle de gouvernance anglo-saxon dans un secteur stratégique, où l’Etat-providence aura échouer à défendre l’intérêt collectif.

Derrière le délitement du dernier bastion d’indépendance française, se cache l’émergence d’un mondialisme destructeur avançant à pas feutrés. Une Internationale des capitaux se croyant omnisciente, vidant de sa substance nos États coquilles vides. Un nouvel ordre mondial10 édictant ses règles budgétaires via le FMI, et prescrivant le protocole commercial par l’OMC. A toute règle un gendarme étant nécessaire, l’OTAN, ministère de la Défense contemporain agite avec joie le bâton. Et si des récalcitrants venaient à se poser en travers de leur chemin, gageons qu’EADS-BAE allouera drones et satellites afin de faire respecter les préceptes de ces gouvernants, dont la légitimité devient chaque jour un peu plus contestable.

 

Maurice, pour le Cercle des Volontaires.

 

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1http://www.eads.com/eads/france/fr/relations-investisseurs/chiffres-cles-et-perspectives/chiffres-cles.html

2http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/eads-tom-enders-elargit-le-comite-executif-06-09-2012-2152785.php

3http://www.lefigaro.fr/societes/2012/06/28/20005-20120628ARTFIG00708-airbus-installe-une-usine-aux-etats-unis.php

4http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/01/26/97001-20120126FILWWW00720-usa-baisse-du-budget-de-la-defense.php

5« Un groupe issu d’une fusion entre EADS et BAE Systems afficherait plus de 72 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur la base des résultats 2011, dépassant ainsi Boeing. »

http://www.bfmtv.com/economie/negociations-fusion-bae-eads-patinent-342432.html

 

6http://fr.wikipedia.org/wiki/Privatisations_en_France

7http://www.astrium-geo.com/fr/

8http://www.sig-la-lettre.com/?Astrium-renforce-sa-participation-dans-SPOT-Image

9http://www.lavoixdunord.fr/economie/la-fusion-bae-eads-un-projet-qui-inquiete-les-britanniques-ia0b0n708531

10Selon l’expression consacrée par de nombreux hommes politiques et dirigeants économiques ayant œuvrer aux plus hautes instances décisionnelles.


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7 réactions à cet article    


  • Yvance77 9 octobre 2012 13:17

    Salut,

    Alors dans l’ordre on aura

    1) la fusion avec les cocoricos qui vont bien

    2) les petits succès d’estime

    3) la crise

    4) on va virer pour satisfaire l’actionnaire

    5) on délocalise (fermeture de Toulouse etc...)

    6) les pouvoirs publics n’y pourront que dalle

    7) airbus passera sous pavillon US ou quatari et rideau

    Le tout en 8 ans... cousu de fil blanc.


    • Traroth Traroth 10 octobre 2012 11:13

      La délocalisation, c’est déjà bien parti, avec l’ouverture d’usines en Chine et aux Etats-Unis. Bientôt, on va nous parler des capacités de production trop importantes en Europe...


      Cela dit, ça concerne en premier lieu la gamme A320 et donc Hambourg...

    • paul 9 octobre 2012 13:21

      Dans un domaine aussi stratégique pour l’indépendance nationale que l’aéronautique et la Défense, cette fusion est très clairement un abandon complet du contrôle des États, qui pourtant,
      avaient largement engagé des fonds publics chez EADS ( reste 9 % je crois pour l’état français ).

      Coté BAE, les Britts sont largement tributaires des commandes US, ils n’ont aucun problème de conscience sur leur indépendance industrielle et militaire .
      Ils servent encore une fois de cheval de Troie à la pénétration US sur le continent européen, encouragés par l’Europe , le prochain Grand Marché Transatlantique et ...nos Young leaders !


      • esteban 9 octobre 2012 14:00

        Trahison pure et simple !

        Quand va-t-on enfin admettre que ces crevures de privés vendent nos biens pour leurs couilles en or ?

        Pendons les haut et court.


        • Automates Intelligents (JP Baquiast) 9 octobre 2012 16:26
          Supposons sans prendre de grands risques que nul, dans les cabinets ministériels français concernés, ne lira cette chronique de Défensa http://www.dedefensa.org/article-notes_sur_une_fusion-entropisation_09_10_2012.html.

          Dommage. L’auteur y cite des commentateurs américains bien informés qui s’étonnent de voir les gouvernements européens bénir la fusion envisagée entre EADS, qui se portait plutôt bien et la monstrueuse et corrompue BAE. On peut s’interroger en effet sur les motifs profonds qui poussent les Européens à s’engager ainsi dans cette voie suicidaire.

          Le gouvernement français pour sa part restera donc silencieux face à un abandon menant à la disparition de l’industrie aérospatiale nationale. Que fait alors au gouvernement l’ancien PDG français de EADS Louis Gallois ? Avalera-t-il son chapeau ?

          Quant aux gens de gauche (à part le seul Mélenchon, soupçonné de ce fait des pires compromissions), ils ne savent que tirer à vue sur Dassault, le seul et vaillant survivant d’une industrie jadis florissante.


          • Traroth Traroth 9 octobre 2012 16:49

            Cette histoire de fusion de EADS et BAE, comme la fusion d’Aérospatiale et de Matra, puis la fusion d’Aréospatiale-Matra, de CASA et de DASA, est une occasion de poursuivre la privatisation larvée de l’industrie aéronautique française et européenne. Il faut donc lutter contre cette fusion.


            • yvesduc 9 octobre 2012 21:05

              Excellentes questions, ô combien d’actualité.

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