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Keynes trahi

La « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » de Keynes – en anglais « The General Theory of Employment, Interest and Money » – publiée il y a 75 ans fut, dès le départ, l’objet d’un engouement considérable. En fait, rarement un ouvrage fut attendu avec tout à la fois tant d’impatience dans un contexte où le monde Occidental peinait à se sortir de la Grande Dépression mais également avec tant de controverse tant les travaux de son auteur étaient dénigrés par les économistes contemporains. La « théorie générale » allait profondément remettre en question l’orthodoxie économique en vigueur à l’époque et son impact serait similaire à l’effet produit en son temps par l’ »origine des espèces » de Charles Darwin. En effet, Keynes fondait sa théorie sur les taux d’intérêt ou, en d’autres termes, sur le loyer de l’argent tandis que les monétaristes axaient leurs études sur la quantité d’argent en circulation. 

Keynes partait du principe, central pour lui, selon lequel c’est à travers le levier des taux d’intérêts (toutes périodes confondues) qu’il convient de soutenir l’activité économique. Pour Keynes, seule une politique monétaire expansionniste – c’est-à-dire une pression baissière sur les taux d’intérêt – est en effet susceptible de relancer tant les secteurs privés que publics. Profitant de sa fonction au sein de la Banque d’Angleterre et de sa relation privilégiée avec Franklin D. Roosevelt, il devait donc exercer une influence dominante sur les décisions monétaires de son époque et présider dès 1932 à des baisses substantielles des taux d’intérêts. Les taux britanniques furent ainsi maintenus à 2% jusqu’à 1951…

Rejetant le modèle ultra libéral imposant une dérégulation du flux des capitaux, Keynes était persuadé que seule une économie orchestrée par l’Etat et soutenue par une stimulation du crédit intérieur et par un encadrement strict du flux des capitaux était à même de favoriser l’investissement, la croissance et le plein emploi. L’approche Keynésienne (d’une finance sous contrôle et de taux d’intérêts bas) devait ainsi prévaloir jusqu’aux années 1970, soit jusqu’à ce qu’une dérégulation intensive du crédit et des capitaux soit progressivement imposée. 

Cette révolution ultra libérale fut donc inévitablement caractérisée par une explosion des taux d’intérêts et de la masse des crédits conduisant à une succession de phases de croissance euphoriques suivies d’implosions toujours plus ravageuses. Les phases de contractions économiques et de déflations par la dette devenaient ainsi le marqueur de cette période post Keynésienne qui fut également caractérisée par l’aggravation irrémédiable du chômage. Le bouquet final de cette orgie libérale fut l’effondrement économique Occidental dès l’année 2007 sous le poids d’un système financier tentaculaire et d’endettements privés et publics pantagruéliques.

Les enseignements de Keynes donc furent totalement détournés – et ce préalablement mais aussi à la faveur de cette crise – par les chantres de l’hyper capitalisme qui, se réclamant de lui, devaient maintenir des taux d’intérêts artificiellement bas, d’abord pour gonfler la bulle des subprimes, ensuite pour injecter des liquidités et sauver le système bancaire. Ils devaient, à l’évidence et fort opportunément, passer sous silence l’approche dirigiste du maître comme sa méfiance extrême de la dérégulation. 

Seul un retour à l’esprit de la « théorie générale » de John Maynard Keynes – et donc une profonde remise en cause d’un libéralisme financier outrancier - autoriserait une expansion durable et saine des secteurs privés et publics. La conception keynésienne du rôle protecteur de l’État face aux perversions d’une finance rejetant d’office toute restriction n’a jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui !


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6 réactions à cet article    


  • plancherDesVaches 7 février 2011 14:21

    Pour keynes, il fallait contrôler absolument l’économie.
    Et c’est ce qu’à fait Roosevelt donnant ainsi une guerre mondiale. (Hitler a été financé par les banques américaines qui, étouffées, ont provoqué la chute économique de l’Allemagne, puis la montée en puissance d’Hitler.

    Maintenant, voir l’analyse de Lordon sur le « contrôle » « keynesien » de l’économie... :
    http://www.dailymotion.com/video/xfa8ah_economistes-atterres-frederic-lordo_news
    « Seule la régulation prohibition le peut... »

    Tout est dit en seulement 15 minutes...


    • JL JL 7 février 2011 14:27

      Tiens, Michel Santi adore aujourd’hui ce qu’il brûlait hier ?

      Le voilà devenu keynesien ? Est-ce possible aujourd’hui que la mondialisation libérale et la privatisation de la monnaie aont rendu tout recours au keynesianisme voué à l’échec, pire, ont fait du keynesianisme un poison violent en pervertissant le contexte dans lequel il serait efficace, un contexte a jamais définitivement révolu ?


      • Peretz Peretz 7 février 2011 17:08

        Il existe des tenants « post keynésiens » qui comme moi ne se contentent pas de mettre le doigt sur l’effet intérêt de l’argent. Il y a d’autres manettes sur lesquelles on pourrait agir pour une véritable relance économique et sociale, mais dans un contexte de pensée unique, les politiques de tous bords sont aveuglés. Et pourtant c’est la seule solution. Peut-être Mélenchon ? Mais comme il ne sera pas le prochain Président...www.citoyenreferent.fr


      • Kalki Kalki 7 février 2011 15:06

        Mon vieu toutou : il y aura pas de retour en arriere :

        l’avenir n’est pas la poursuite de votre spirale d’économie a la con : de bulle en crise ... non non

        c’est TERMINE

        LE TRAVAIL EST MORT

        VOTRE VISION DE L’ECONOMIE EST MORTE

        TERMINEE

        Vous êtes le propre frein au passage a autre chose : vous savez les vieux imbéciles avec des théories économiques fumeuse : qui n’ont jamais fonctionné : vous êtes vos propres monstres

        Vous faites parties de la merde qui cherche a vous remplacer vous même : c’est hilarant

        Un système informatique fait dejà vos travail d’économiste : a quoi vous servez ?


        • plancherDesVaches 7 février 2011 16:00

          Shiva, la guerre... et Vichnou la paix.


        • ddacoudre ddacoudre 7 février 2011 18:59

          Bonjour michel

          l’auto régulation du marché qui se suffit à elle même, et généralement interprété très « restrictivement » dans le sens de laisser faire ce qui possèdent.
          En fait la loi du marché si elle peut être retenue doit l’être dans la totalité des actions qu’elle engendre.
          En cela le « keynésiennisme » est le résultat même de cette loi, puisque ce sont les actions des agents de ce marché qui l’on généré de part leurs comportements (par exemple comme tu le cites la dérégulation).

          Dans ce même esprit les actions qui concourent à la formation du prix de vente comme du prix de production génèrent, elles aussi des réactions de la part des producteurs, qu’il soient salariés ou non, des consommateurs, quels que soient les ménages économiques, chacun se structure pour défendre généralement des intérêts antagonistes qui doivent trouver une mobilité régulatrice. ce sont tous les syndicats, associations, les théories, les modèles etc.
          en ce sent si la loi du marché englobe toutes les réactions qu’elle génère, alors elle devient un non sens, une lapalissade.
          Par contre si cette loi du marché exclu, comme c’est le cas, les anachronismes régulateurs qu’elle génère, elle devient un dogme, un outil de domination.
          C’est le cas aujourd’hui quand les oppositions qu’elle génère sont maitrisées par la force publique ou réduit au silence médiatique, ou interdit toutes entraves au libre commerce (come le texte qui se prépare, terrorisme économique), alors que c’est lui qui les génère, il y a quelque chose de l’ordre du délire, et de la tromperie en laissant supposer que la « loi naturelle » du marché serait régulatrice, alors que nous ne sommes pas encore capable de comprendre que toutes nos actions dites culturelles ou artificielles sont partie intégrante de la loi naturelle. Sinon cela voudrait dire que nous avons une capacité supérieure à la Nature ou création pour les croyants.

          Je pense que la vision de Keynes concernant la régulation reste d’actualité, maintenant que nous savons que l’axiome d’Adam Smith n’est pas incontestable puisqu’il s’avère inexact.
          L’intérêt individuel n’a jamais aperçus la pollution qui allait l’éliminer.

          Il y a donc une régulation de fait qui s’impose, et elle ne peut venir d’une comptabilisation de l’existence, elle ne peut venir des systèmes aveugles.
          ddacoudre.over-blog.com .
          Cordialement....

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