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Les angles morts du rapport Stiglitz

Le rapport Stiglitz est une somme, parfois un peu austère, mais très riche, qui fourmille d’idées pour reformer notre système économique. Mais on note un grand décalage dans l’analyse de la mondialisation financière et de la globalisation commerciale, ainsi qu’un internationalisme parfois illusoire.
 
Haro sur la globalisation financière
 
Le rapport pointe que la globalisation financière, c’est aussi la globalisation des crises : « La libéralisation des marchés des capitaux et des marchés financiers a exposé les pays à des risques accrus et facilité la diffusion rapide de la crise en cours dans le monde entier (…) La crise actuelle a montré que la faiblesse de la réglementation d’un pays peut avoir des effets négatifs sur les autres  ». Visant les Etats-Unis, il souligne que « les fautes commises dans un pays ont imposé des coûts accablants pour les autres  » et conclut qu’« un système financier mondial pleinement intégré est exposé à plus d’instabilité  ».
 
Face à ce constat, même s’il ne le dit pas clairement, le rapport semble envisager une démondialisation financière, pour reprendre le terme de Jacques Sapir  : « S’ils ne peuvent pas faire confiance à la sécurité et à la solidité des institutions financières des autres pays, il leur faudra limiter les transactions avec elles pour ne pas mettre en danger leurs propres institutions (…) Les avantages d’un élargissement du marché financier peuvent être inférieurs, et de loin, aux coûts que leurs citoyens risquent d’avoir à payer, comme l’illustre le cas de l’Islande (…) Les économies bien réglementées doivent être protégées de celles qui le sont insuffisamment ou pas du tout ».
 
En outre, il met en évidence que cette globalisation tend à restreindre la capacité d’action des Etats et pousse à une harmonisation par le bas : « en l’absence d’harmonisation fiscale entre pays, la mobilité des capitaux a contribué à une mise en concurrence des fiscalités qui a compromis la capacité des Etats à taxer le capital (…) Pour élaborer les politiques réglementaires appropriées, une condition préalable est nécessaire : un espace de liberté pour agir ». Enfin il note de manière importante que « la responsabilité des renflouements reste nationale ».
 
Soutien à la globalisation commerciale
 
Si le rapport dénonce le fondamentalisme de marché (terme anglo-saxon qui désigne l’ultralibéralisme), il cède volontiers à un fondamentalisme libre-échangiste, multipliant les dénonciations du protectionnisme, qu’il faudrait absolument endiguer : « si la communauté internationale ne prend pas rapidement des mesures strictes contre le protectionnisme, les pays en voie de développement vont souffrir des efforts des pays développés pour se protéger de la crise  ».
 
Le rapport ne voit qu’un besoin des pays en voie de développement : celui de pouvoir vendre à l’extérieur leur production pour se procurer des devises et la crainte de voir ces marchés étrangers se fermer à leurs productions. Pourtant, les rapporteurs négligent malheureusement le fait que les modèles de développement asiatiques se sont appuyés sur de vigoureuses politiques protectionnistes pour faire émerger une industrie, voie suivie depuis par l’Amérique Latine.
 
D’ailleurs, les rapporteurs semblent toucher du doigt les limites de la globalisation commerciale, qui aggrave l’instabilité : « Le haut degré d’interdépendance économique internationale a pu contribuer aussi à aggraver la vulnérabilité du système économique mondial  » et créé une course au moins disant social : « Trop souvent, on a pris prétexte de la mondialisation pour justifier des reculs de la protection sociale, au nom d’une prétendue compétitivité, ce qui a lancé la course planétaire à qui fera pire ». Mais il conclut : « Il faut aussi trouver moyen de renforcer la protection sociale sans protectionnisme  ».
 
Un internationalisme inconditionnel
 
Le rapport est un festival de propositions d’action à l’échelle de la planète. Puisque la crise est mondiale, il faut la traiter à cette échelle : « Tous ces défis mondiaux (crise, inégalités, réchauffement climatique) menacent de défaire le tissu fragile de la mondialisation  (…) Il n’est ni possible ni souhaitable de laisser le débat sur la réglementation aux autorités nationales. Il doit y avoir une coordination mondiale (…) Il est difficile d’ériger des barrières hermétiquement closes entre des acteurs très réglementés, qui font peser des risques systémiques, et les autres, qui ne le font pas ». De même, ils appellent à une relance budgétaire coordonnée mondiale pour éviter les comportements de « passagers clandestins ».
 
Mais les rapporteurs vont plus loin car ils rejettent les forums de type G20 arguant que « n’excluant personne, cette réaction mondiale exigera la participation de la communauté internationale tout entière ; elle devra comprendre des représentants de toute la planète : c’est le G192  ». Pour ce faire, outre la réforme du Système Monétaire International et le Tribunal de restructuration des dettes souveraines, il propose également « un fonds mondial de garantie des dépôts  » ainsi qu’un « Conseil de coordination économique mondial  » au même niveau que le Conseil de Sécurité des Nations Unies.
 
S’il y a beaucoup d’idées intéressantes (comme la critique du fait que l’institut chargé d’établir les normes comptables soit privé – les rapporteurs notant que cela relève du domaine public), il est difficile de ne pas voir les limites d’une démarche qui consiste à uniquement passer par l’échelon international le plus large possible. Le risque avec une telle démarche est de parvenir uniquement au plus petit dénominateur commun et donc de limiter le changement du fait d’intérêts trop différents. D’ailleurs, c’est ce que le rapport reconnaît en évoquant un groupe pionnier pour construire un nouveau système monétaire international.
 

Malgré ces angles morts importants (opposition dogmatique au protectionnisme, biais internationaliste), le rapport Stiglitz n’en demeure pas moins un document très important. Il apporte une contribution majeure à la réflexion sur la réorganisation du système financier et monétaire international.


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1 réactions à cet article    


  • diverna diverna 18 août 2012 15:42

    Le problème de ce rapport Stiglitz c’est qu’il n’est pas le premier. Je pourrais vous retrouver plusieurs liens sur les analyses sur la crise depuis 5 ans et pourtant, quand on lit, par exemple la mouture 2010 on ne voit rien sur les faits précis qui ont affectés l’économie depuis ; à savoir la chûte des dominos européens et la crise du crédit n’est pas au centre des préoccupations. Il y a des mots, on veut montrer qu’avec un pilote dans l’avion on saurait régler ces problèmes.

    Je me suis laisser convaincre par les interventions, sur ce forum entre autres, qu’il faut arrêter ce système inique où les états doivent recourir au crédit privé pour se financer. Peut-on obtenir un accord international sur ce point ? A defaut, la planche à billet fonctionne de façon occulte chez ceux qui n’ont pas eu la naïveté de tout déférer à une banque extra nationale sur laquelle les états souverains n’ont plus prise. Ces questions de dette sont primordiales et doivent être apurées avant toute autre considération. Ceux qui croient encore qu’on va trouver la martingale de la remise à flot sans réforme drastique de ce qui a causé la dette se leurrent.

    Je fais un parallèle : nous sommes un peu comme ces pêcheurs au large de Terre Neuve qui ont épuisé le stock de Morue à force de sur-pêche et qui espèrent reprendre leur activité d’antant en ayant juste supprimé les grosses unités de pêche responsable de l’effondrement du stock alors que depuis 30 ans il est clair que la reprise ne pourra se faire qu’avec un moratoire, des règles nouvelles ; aucune reprise progressive en 30 ans, voilà ce qui nous pend au nez si on continue à écouter ces économistes qui n’ont pas un mot sur l’énormité de la dette dans les pays occidentaux, signe d’un déséquilibre profond.

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