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Accueil du site > Actualités > Economie > Mise en vente des bijoux de la Couronne : la fin du Portugal

Mise en vente des bijoux de la Couronne : la fin du Portugal

Le Portugal vit une période historique de privatisation forcée de son héritage culturel et patrimonial hérité de la révolution des œillets. Les prêts conditionnés de la Troïka l’ont obligé à privatiser le pays. La restriction budgétaire amenant la récession, les objectifs de déficit public ne seront pas atteints en 2013. En 2012, on observe cependant une amélioration des déficits publics sans pour autant atteindre les objectifs initiaux. Aujourd’hui l’objectif est de parvenir à 3% du PIB fin 2014.  

Socialement la réponse à ces vagues de privatisation est pour le moins surprenante : le pays connait un phénomène sans précédent éloigné de l’état d’esprit naturel des portugais, pacifistes dans leur belle maison du bord de l’Atlantique. Ils se révoltent. Ils ont même été à l’origine du mouvement des indignés parti de Lisbonne. Les grèves et manifestations à répétition se multiplient dans tout le pays. C’est assez nouveau pour être signalé. Le Principal syndicat portugais a prévu des rassemblements dans tout le pays ce week end, et ceci montre que quelque chose est en train d’exploser pour un peuple assez peu enclin à ce type de comportement. 

Les portugais en ont assez de ne plus avoir le destin de leur Nation en main. L’un des derniers symboles de l’héritage culturel du Portugal, les chantiers navals de Viana do Castelo ont été tout simplement mis en vente. De nombreux candidats du nord de l’Europe et des Pays de l’Est se sont pressés, norvégiens, russes, et même chinois se précipitent. Un groupe russe devrait l’emporter, RSI du magnat russe Andrei Kissilov sans aucune expérience naval pour 10 millions d’euros. Triste destin pour ce chantier naval emblématique – nationalisé après la révolution des œillets de 1974 – qui croulait sous les commandes et employait dans les années 1990, 2800 salariés.

Sur fonds d’immenses grues immobilisés les travailleurs au petit matin vont au travail. Les têtes sont baissées, les pas rapides vers la cantine de l’entreprise. Ce matin et comme presque tous les jours ils arrivent à 8H et les carnets de commandes sont toujours vides ou presque : la réparation d’un navire et c’est tout. Un contrat de deux asphaltiers devait être livré en 2014 et signé avec le Vénézuela contre 128 millions d’euros mais sans que personne ne sache vraiment ce qui se passe, les travaux ont été stoppés.

Un terrorisme ambiant est palpable. Les impressions sont toujours les mêmes, les portugais ne comprennent pas pourquoi ils devraient payer pour les errements de l’Europe. Ils sont d’accord pour être sanctionnés sur leur manque de productivité et éventuellement accepter d’attendre que les temps soient meilleurs mais pourquoi payer pour les promesses non tenues d’une Europe en crise qui tentent de leur enlever tout ce qu’ils ont acquis et pour une crise financière qui vient d’ailleurs. Aujourd’hui on assiste à une désindustrialisation massive du pays. Tout ce qui a été construit depuis 1986 date d’entrée du Portugal dans la Communauté Economique Européenne est maintenant vendu. L’Europe qui leur a tout donné, est l’Europe qui leur reprend tout. Les discussions des brasseries sont emprunts d’amertume et souvent très agressives contre l’Europe, contre le fisc portugais qui ne fait qu’exécuter des décisions venues d’ailleurs. Les crises d’anxiété sont partout. Des joies incohérentes, enivrées parfois. Certains ont 4 décennies de travail dans ces chantiers navales. Et les préretraites sont repoussées à 65 ans.

Pour les habitants de Viana do Castelo comme pour le reste du pays, la récente vague de privatisation inquiète. Les derniers fleurons stratégiques de l’économie portugaise s’envolent. Il y a un sentiment généralisé de perte de souveraineté et la maîtrise du destin des portugais se perd dans une nostalgie profonde. 


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1 réactions à cet article    


  • alinea Alinea 26 février 2013 16:46

    Ce n’est malheureusement pas seulement un sentiment, mais bien une réalité. Et pour eux, cela dure depuis un moment ; bizarrement, on en parle peu ! mais si une bonne partie de la jeunesse diplômée s’exile, qui restera pour changer les choses, reprendre leur sort en main ?

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