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Non Monsieur Wauquiez, la dissolution de l’euro ne provoquerait pas forcément une hausse des taux d’intérêt !

On entend souvent dire, à l'instar de M.Wauquiezqu’une dissolution de la zone euro augmenterait l’inflation et par-là même accroîtrait les intérêts payés par les entreprises et les ménages ainsi que l'Etat. Mais cette vision est fausse ! 

Taux d’intérêt et dissolution de l’euro : En finir avec les idées reçues

En 2011, Natixis a commis un papier[1] pour déclarer combien il était important pour sa survie que l’Espagne ne sorte pas de l’euro. Et pour corroborer son propos, d’annoncer une augmentation vertigineuse des intérêts versés par les agents privés.

En effet, Natixis avance que les intérêts versés par les ménages et les entreprises dépendent du taux d’intérêt à court terme (3 mois, et fixés sur les marchés monétaires). Or, ce taux à court terme augmenterait autant que l’inflation si l’Espagne venait à sortir de l’euro (ce qui représenterait un surcoût de 6.6 points de PIB pendant 2 ans (le temps que l’inflation importée dure)).

Cependant, ce qui peut être en partie vrai pour l’Espagne (cf. graphique 1), ne l’est pas forcément en ce qui concerne la France. D’abord parce que le lien entre taux d’intérêt à court terme et inflation n’est pas si évident, et ensuite, parce que le lien entre l’inflation ou le taux d’intérêt payés par les entreprises et les ménages est totalement inexistant. En effet, la réaction des paiements d’intérêts des entreprises aux variations des taux d’intérêt dans le cycle récent est très faible à première vue (graphique 2).

Graphique 1

  

JPEG - 181.3 ko
http://altereconomie.unblog.fr/files/2014/02/2.png

Graphique 2

  • L’absence de lien entre inflation et taux d’intérêt à court terme.

Si l’on regarde les données sur le long terme, la réaction observée plus haut est quasiment nulle (graphique 3) . En effet, lorsque le taux d’intérêt à court terme (TICT) augmente d’un point, les intérêts versés par les entreprises et ménages augmentent de 0.05 point de PIB.

                                          Graphique 3

  Si l’on s’en tient maintenant aux périodes de forte variation du TICT, le lien est un peu plus prononcée mais toujours très faible. Ainsi, pour la période 1971- 1985, pour toute augmentation d’un point du TICT, les intérêts augmentent de 0.1 point de PIB et de 0.68 dans une période plus récente, 1998-2012 (graphique 6).

Si on applique le même procédé à la relation intérêts versés / inflation, le lien apparaît tout aussi négligeable (alors que le TICT suit globalement la même évolution que l’inflation (graphique 7)).

Pour 1971-1977, le lien est complètement absent. Par contre, pour 1979-1982, le coefficient est de 0.12. Lorsque l'on regarde l’évolution sur cette période (1971-1988) de l’inflation et des intérêts versés, on constate nettement qu’elle n’a aucune influence (graphiques 4,5,6)

                        Graphique 4              Graphique 5

                                Graphique 6

Le constat peut s’appliquer à une période plus récente, même s’il est vrai, les variations d’inflation furent moins prononcées. Pour la période 1998-2012, le coefficient est de 0.09.               

Il y a donc une insensibilité des intérêts versés par les agents privés à l’évolution de l’inflation et du taux d’intérêt à court terme, qui provient de la quasi-absence de contrats à taux variables en France.

En effet, si la réaction des intérêts payés par les entreprises au taux d'intérêt à 3 mois est forte aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, en Australie, elle est faible dans les autres pays (notamment en France, où le lien, comme nous venons de le voir est quasiment inexistant). Ceci révèle les pays où la dette à taux variable prédomine.

Le constat fait par Natixis ne s’applique donc pas à la France. A supposer que l’ensemble de la dette publique et privée soit reconverti en nouvelle monnaie nationale (selon la parité 1 franc = 1 euro), les intérêts privés versés n’augmenteraient pas à court terme.

  • Concernant la dette publique

Pour la dette publique, il est vrai que les taux d’intérêt seraient vraisemblablement plus élevés (sans politique monétaire expansionniste et donc monétisation de la dette) (graphique 7)

Graphique 7

 

En supposant un taux à long terme autour de 7% en cas de retour à la monnaie nationale (hypothèse probable), au lieu de 2.5 à 3% aujourd’hui, le surcoût engendré serait alors de 3.8 points de PIB chaque année.

Cependant, c’est raisonner à cadre constant et c’est oublier qu’il serait alors possible d’adopter une politique monétaire expansionniste pour desserrer les taux, comme ce fut le cas aux Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni (graphiques 9,10,11).

Graphique 9

 

Graphique 10

Graphique 11

Nous avons donc trois cas de monétisation de dette publique aboutissant à un niveau très bas des taux d’intérêt à long terme malgré la mauvaise situation des finances publiques.

Selon les hypothèses exprimées dans l’étude de J. Sapir et P. Murer[2], les taux de croissance deux ans après la fin de l’euro varieraient de 9 à 14%. On voit bien que, même si le taux moyen d’emprunt s’avère être de 7%, le surcoût engendré serait tout de même inférieur à la croissance attendue. Si l’on prend en compte une politique monétaire temporairement plus accommodante, et qu’on admet que le taux moyen d’emprunt tombe à 5%, le surcoût ne serait que de 2.4 points de PIB.

Il faut rajouter qu’un supplément d’inflation couplé à une politique de « répression financière[3] » est la seule solution pour réduire l’endettement gigantesque des administrations publiques françaises, ou même des acteurs privés. C’est d’ailleurs ce que suggèrent Reinhardt et Rogoff[4][5] dans différents documents de travail. C’est la fin de cette répression financière et la dérégulation opérée en France en 1984 (principalement sous des gouvernements socialistes…) sous l’impulsion de Jean-Charles Naouri, qui sont à l’origine de l’augmentation des taux d’intérêt auxquels les Etats empruntent (sur les T-bill[6]) (Tableau1).

Tableau 1

 

C'est en réalité aussi dans la politique de la banque de France dans les années 1990 qu'il faut chercher les raisons des taux d'intérêts réels élevés, comme le rappelle france info :

"Pour ne parler que de la décennie 90, il y a eu deux périodes principales avec des taux bien différents. Au début des années 90, alors le franc est faible face au mark, les dirigeants français veulent coller à la monnaie allemande pour qu'un jour la France puisse entrer dans l'Euro. Pour attirer les investisseurs, la Banque de France fait monter les taux d'intérêt. Ils sont à 10% en 1990. A cette époque, ceux qui ont acheté un appartement s'en souviennent, les taux des banques étaient très hauts : 12%.

Les choses changent à partir du milieu des années 90, quand l'arrivée de l'Euro se profile plus nettement. Jean-Paul Pollin, professeur à l'Université d'Orléans et membre du cercle des économistes, rappelle que "quand la date s'est rapprochée, l'entrée dans l'euro devenait crédible. A partir de ce moment là, il y a eu moins de spéculation et donc, on a pu détendre les taux d'intérêts". En 1998, les taux d'intérêts passent à 4%, ceux de l'immobilier un peu plus de 5%. Les prêts immobiliers sont tout de suite bien moins douloureux"

 

Il serait bon que M.Wauquiez (et les autres) en prennent connaissance. 

 

Mon blog Alteréconomie 

 


[1] P.Artus, L’Espagne doit-elle sortir de l’euro ?, Flash-économique Natixis, 2011. URL : http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=58393

[3] Plafond en matière de taux d’intérêt par le gouvernement, plancher d’effets publics que les investisseurs institutionnels et des institutions financières doivent détenir, contrôle des capitaux, taxation des produits financiers, parfois contrôle bancaire …

[4] C.Reinhart, Le retour de la répression financière, Révue de la Stabilité Financière, 2012. URL : https://www.banque-france.fr/fileadmin/user_upload/banque_de_france/publications/Revue_de_la_stabilite_financiere/2012/rsf-avril-2012/RSF16-etude-04.pdf

[5] C.Reinhart et K.Rogoff, Financial and Sovereign Debt Crises : Some Lessons Learned and Those Forgotten, IMF Working paper, 2013.

[6] Obligations d’Etat à court terme.

 


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9 réactions à cet article    


  • jako jako 14 avril 2014 12:16

    Bonjour et merci de votre article. La France a deux gros problémes : sa dette de 2.000 Mi et son énorme déficit commercial (environ 60Mi) le retour au Franc se fera automatiquement sur la base de ce que le « marché » veut, souvenez vous que le dollard a déja valu 10FF...


    • unandeja 15 avril 2014 13:19

      la dette posera peu de problème car elle est libellée en extrêmet majorité en droit français...seuls quelques tout petit % ont été émis depuis le Royaume Uni et l’Allemagne.

      Ceux qui seront mécontent seront essentiellement les détenteurs de dettes.

      Après la question des taux d’interets des futurs emprunts se posent également.


    • foufouille foufouille 14 avril 2014 13:08

      il faut faire suivre les salaires aussi. 10% d’inflation = 10% d’augmentation. réelle, pas celle de l’INSEE


      • taktak 14 avril 2014 13:42

        Pour en finir avec l’austérité, pour rendre le pouvoir au peuple, pour réindustrialiser le pays, il faut sortir de l’UE et de l’Euro ces instruments d’exploitation massives par l’oligarchie capitaliste. En sortir par la voie du progrès social.
        C’est ce que propose le PRCF depuis 10, c’est sur ce combat pour la souveraineté du peuple et pour un CNR 2.0 que le PRCF, le M’PEP, les Clubs penser la France propose un large rassemblement


        • Donquichuchote 14 avril 2014 21:22

          Il ne faut pas confondre deux choses : augmentation des prix et inflation
          En cas de sortie de l’euro, il y aura dépréciation du Franc par rapport aux autres monnaies, c’est non seulement automatique de par le déficit de la balance extérieure française mais c’est également un objectif de politique économique puisqu’il s’agit de restaurer la compétitivité nationale four faire remonter la croissance et l’emploi en France. Mais il ne faut pas cacher le revers de la médaille : tant que les industries ne seront pas relocalisées dans tous les secteurs de production, les prix à payer pour les acheter à l’étranger sont nécessairement plus élevés que ce qu’ils n’étaient auparavant.
          Autrement dit, dans un premier temps, celui de la sortie il y aura une dégradation temporaire du pouvoir d’achat mais cette dégradation se résorbera avec la retour de la croissance. Cette augmentation est ponctuelle, au contraire de l’inflation qui a un côté durable et dont le fonctionnement n’a rien à voir avec cette mécanique. L’inflation est en effet un instrument en même temps qu’un effet de la recherche d’un nouvel équilibre dans la répartition des revenus et qui n’arrivant pas à consensus est constamment relancé sous la pression des participants ; la version simplifiée étant la fameuse spirale prix-salaires, contenant l’implicite du profit.


          • zygzornifle zygzornifle 15 avril 2014 08:51

            La totalité des politiques UMPS sont pour l’Europe car pour eux c’est une belle perspective de carrière presque sans rien faire qui continue avec bon salaire, bonne retraite, pleins d’avantages en nature de la part des grands groupes industriels, financiers et pharmaceutiques qui les achètent à tour des bras .....C’est pour cela que l’Europe existe rien que pour eux, les citoyens eux ne servent qu’a l’alimenter la machine de pognon ......


            • Politeia 15 avril 2014 14:11

              Bonjour.

              Il manque une donnée pour que votre raisonnement soit juste. Le somme des prêts accordés en % du PIB. Vous vous rendrez compte que quand l’inflation et haute et donc que le taux d’intérêt est haut on emprunte beaucoup moins. Tous ce que vous arrivez à démontrer c’est que la part d’intérêt que les entreprises ou les ménages sont prêt à accorder par rapport à leurs PIB est fixe qu’elle que soit le taux.


              • colere48 colere48 15 avril 2014 14:23

                On peut se poser la question, concernant monsieur Wauquiez (et autres) si ses affirmations sont induites par une incompétence crasse, une ignorance basique de l’économie, OU pire , par une soumission aveugle et servile au système de l’oligarchie en place, en Europe et Etats-Unis ??
                Dans les deux cas ce genre de personnage est une nuisance qu’il conviendra d’éliminer, de mettre hors d’état de nuire, pour le salut de tous. Il faudra tenter encore aux élections européennes de renverser la table pacifiquement, mais il est à craindre, si le message sera entendu « façon Hollande » que les évènements prendront une toute autre tournure !!!! 


                • Francis 26 juin 2015 23:55

                  Grâce à Agoravox j’ai réalisé une BD pour essayer de rendre le décryptage de la dette plus aisé. Bonne lecture : http://ladettedelafranceenbd1.e-monsite.com/

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