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Accueil du site > Actualités > Economie > Octobre 2014, le tournant de l’industrie énergétique française

Octobre 2014, le tournant de l’industrie énergétique française

En deux semaines, les grands groupes français du secteur de l’énergie ont changé de direction. Modeste retour sur ce panorama industriel : qui est parti ? qui est arrivé ? quels sont leurs diplômes ? quelle est l’importance de l’entreprise dirigée ? Petit coup de réprojecteur sur des personnalités qui gravitent dans le haut management de l’énergie en France.

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Cette semaine, deux informations ont remis les projecteurs sur l’industrie énergétique française.

Le vendredi 23 octobre 2015, le patron d’EDF a annoncé la construction de plusieurs dizaines de réacteurs nucléaires EPR NM (nouveau modèle) à partir de 2028 ou 2030 : « En 2050, 2055, on n’aura plus de [réacteurs de] la génération actuelle. On aura les EPR NM : on en aura 30, 35 ou 40. On aura plusieurs dizaines qui seront le produit de remplacement du parc actuel. » (conférence de presse de Jean-Bernard Lévy). EDF a confirmé en outre sa demande d’un nouveau délai pour la construction de l’EPR de Flamanville reportée à 2020 (initialement prévue en 2012 et déjà repoussée à 2016).

Par ailleurs, le lundi 19 octobre 2015, un accord de gestion de l’emploi a été signé entre quatre syndicats (sur cinq) et la direction d’Areva dans le cadre d’un plan de sauvetage du groupe nucléaire français. Il faut dire que pour l’année 2014, Areva a enregistré 4,8 milliards d’euros de pertes, et doit faire un plan d’économie de 1 milliard d’euros sur trois ans avec la suppression d’ici 2017 de 6 000 postes dont 2 700 en France.

Cette actualité économique me donne l’occasion de revenir sur le tournant de l’industrie énergétique française qui s’est opéré il y a un an, en octobre 2014, quasiment au cours de la même semaine, même quinzaine. En effet, les grands groupes français ont été amenés à changer de direction au même moment, pour diverses raisons parfois tragiques : Total, Areva, EDF, GDF-Suez, CEA.


Une quinzaine qui a bouleversé les grands acteurs français de l’industrie de l’énergie.

Lundi 13 octobre 2014 : Pas de projet de décret modifiant les statuts du CEA sur la limite d’âge en étude au Conseild’État et donc, confirmation de la non reconduction de Bernard Bigot à la tête du CEA.

Mercredi 15 octobre 2014 : Confirmation par François Hollande au conseil des ministres de la non reconduction d’Henri Proglio à la tête d’EDF.

Lundi 20 octobre 2014 : Démission de Luc Oursel de la tête d’Areva pour raison de santé.

Mardi 21 octobre 2014 : Décès accidentel de Christophe de Margerie, patron de Total, qui a ému la classe politique et le monde économique.

Mercredi 22 octobre 2014 : Éviction de Jean-François Cirelli et mise sur orbite d’Isabelle Kocher par le conseil d’administration de GDF Suez pour succéder à Gérard Mestrallet.

Reprenons ces informations plus précisément.


Total

Il y a eu le tragique accident d’avion (un Falcon 50) au décollage de l’aéroport de Moscou (Vnoukovo) qui coûta la vie, dans la nuit du 20 au 21 octobre 2014, à Christophe Margerie, président-directeur général du groupe Total, ainsi qu’aux trois membres d’équipage, Yann Pican, Maxime Rassiat et Ruslana Vervelle. Il revenait d’une rencontre avec le Premier Ministre russe Dmitri Medvedev et son avion a heurté un véhicule de déneigement, donc le conducteur, rescapé, avait bu un peu trop d’alcool. Si le mandat social devait s’achever en 2015, Christophe de Margerie avait fait les modifications nécessaires pour pouvoir en solliciter un nouveau.

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Christophe de Margerie, qui avait 63 ans, d’un tempérament jovial et franc avec sa petite moustache caractéristique, avait cultivé de nombreux réseaux d’influence, tant politiques qu’économiques (Dominique de Villepin, Hubert Védrine, Anne Lauvergeon, Gérard Mestrallet, Albert Frère, etc.). Petit-fils du député et industriel Pierre Taittinger (1887-1965), qui fonda sa maison de champagne en 1932 et fut sous l’Occupation président du conseil municipal de Paris, ainsi que neveu de l’ancien ministre Jean Taittinger et de l’ancien sénateur-maire du 16e arrondissement Pierre-Christian Taittinger, il fut diplômé de l’École supérieure de commerce de Paris (comme Jean-Pierre Raffarin, Michel Barnier, Christian Saint-Étienne, François Zocchetto, Jean-Pierre Lecoq, Martin Ajdari, Christophe Barbier, Antoine Riboud, Michel Wiewioka, Roger Cukierman, etc.).

Christophe de Margerie a fait toute sa carrière chez Total (ou ce qui allait s’appeler Total), dès la sortie de ses études en 1974 en prenant de plus en plus de responsabilités jusqu’à devenir, au début des années 2000, le dauphin désigné de Thierry Desmarest. Il devint directeur général du groupe Total à partir du 13 février 2007, poste qu’il cumula avec la présidence du groupe à partir du 21 mai 2010 en prenant la succession complète de Thierry Desmarest.

Ce dernier (69 ans), X-Mines, a repris le 22 octobre 2014 l’intérim de la présidence après avoir dirigé le groupe de juin 1995 à mai 2010. Le même jour, Patrick Pouyanné (52 ans), X-Mines, ancien directeur de cabinet de François Fillon au Ministère de la Poste, a été nommé directeur général avec le rôle opérationnel (président du comité exécutif). Il était alors directeur général du la branche raffinage. Il a été préféré à Philippe Boisseau (53 ans), Mines, directeur général des branches marketing & services et énergies nouvelles depuis 2012 (entré chez Total en 1995).

Mis en page de garde du rapport annuel 2014, cette citation de Christophe de Margerie : « Je crois en un humanisme pragmatique, basé sur l’action, parce que le meilleur moyen pour une entreprise de montrer son humanisme, c’est quand même bien de démontrer par les faits et par les actes, ce qu’elle fait. C’est là que nous sommes attendus, dans le bon sens du terme. C’est clairement pour moi une vraie responsabilité. ».

Depuis sa fusion avec Fina et Elf-Aquitaine, Total est l’un des fleurons de l’industrie française (la première en CA) et fait partie des six plus grandes entreprises mondiales du secteur de l’énergie (la quatrième compagnie pétrolière et gazière au monde). Présent dans plus de 130 pays, Total est spécialiste du pétrole et du gaz et a également une activité dans les énergies renouvelables et dans la chimie. Total exploite 15 569 stations-service dans 65 pays dans le monde à la fin 2014 et servant plus de 4 millions de clients chaque jour, 153 sites de raffinage qui produisent 1,8 million de barils de produits pétroliers raffinés par jour, et produit 2,1 millions de barils équivalents pétrole par jour d’hydrocarbures en 2014, représentant 1,5% de la production mondiale.

Le budget investissement en recherche et développement représente 1,3 milliard de dollars en 2014 et plus de 300 brevets ont été déposés. Le groupe est le numéro deux mondial de l’énergie solaire et les cellules photovoltaïques ont un rendement de 25%, soit nettement supérieur au 17% des cellules standard : « Le solaire photovoltaïque est d’ores et déjà compétitif sans subvention dans une dizaine de pays sur la planète. (…) Notre part de marché mondiale sur le solaire est deux fois plus importante que celle que nous détenons sur le pétrole. (…) Nous avons comme objectif de faire croître notre part de marché plus vite que la croissance du marché qui est déjà de 20% par an. » (Philippe Boisseau, "Le Nouvel économiste" du 4 novembre 2014).

L’État français ne détient pas de participation dans le capital. Son chiffre d’affaires (CA) de 236,1 milliards de dollars en 2014 (soit une baisse de 6,2% par rapport à 2013), avec un résultat net de 12,8 milliards de dollars (en baisse de 10,2%). Sa capitalisation financière est de l’ordre de 110 milliards d’euros. Le groupe, avec ses plus de 900 filiales, emploie 100 307 salariés dont 56,7% en Europe et 31,1% femmes. Il a recruté 10 771 personnes en CDI en 2014 (dont 26% en Europe). Parmi les anciens PDG, il y a eu l’ancien ministre et ancien Président de la Commission Européenne François-Xavier Ortoli (1925-2007) de 1984 à 1990 et Serge Tchuruk (77 ans) de 1990 à 1995, avant de diriger Alcatel puis Alcatel-Lucent de 1995 à 2008.


Areva

Le 20 octobre 2014, le même jour que l’accident tragique de son collègue de Total, le président du directoire d’Areva Luc Oursel a démissionné de la tête de son entreprise pour des raisons de santé : « Dans des circonstances personnelles très difficiles, malgré mon très fort attachement à Areva, j’ai dû me résoudre à ne pas poursuivre mes fonctions à la tête de l’entreprise et à me mettre en arrêt de travail pour raisons thérapeutiques. Je dois mener maintenant un combat personnel contre la maladie mais toutes mes pensées vont aux équipes d’Areva. J’ai été heureux et fier de les engager dans un contexte difficile dans le redressement de l’entreprise, au service du pays, et je suis convaincu qu’elles réussiront. » (communiqué de presse du 20 octobre 2014).

Sa maladie l’a vaincu quelques semaines plus tard, le 3 décembre 2014 à l’âge de 55 ans. Industriel (Mines) puis haut fonctionnaire du Ministère de l’Industrie, puis de la Défense, il retourna en 1993 à l’industrie chez Schneider Electric et fut même considéré comme le dauphin de Didier Pineau-Valncienne mais il quitta cette entreprise en 2001 quand Henri Lachmann fut nommé à la tête de Schneider Electric.

En janvier 2007, Luc Oursel intégra le groupe Areva et fut nommé président du directoire d’Areva le 21 juin 2011 pour succéder à Anne Lauvergeon (56 ans), ancienne collaboratrice de François Mitterrand à l’Élysée, PDG depuis sa création le 3 septembre 2001, qui avait souhaité poursuivre par un nouveau mandat avec l’appui du président du conseil de surveillance d’alors, Jean-Cyril Spinotta (72 ans), IEP ENA, ancien président d’Air Inter de 1990 à 1993 et d’Air France de 1997 à 2008. La décision du non renouvellement d’Anne Lauvergeon fut annoncée le 16 juin 2011 sur décision de l’Élysée.

Président du comité de surveillance du 14 novembre 2014 au 8 janvier 2015, Philippe Varin (63 ans), X-Mines, fut nommé président du conseil d’administration d’Areva le 8 janvier 2015, après avoir présidé le directoire de PSA Peugeot Citroën du 1er juin 2009 au 1er avril 2014, tandis que Philippe Knoche (46 ans), X-Mines, fut nommé le même jour directeur général d’Areva, considéré comme le bras droit de Luc Oursel depuis le 1er juillet 2011 comme directeur général délégué. Philippe Knoche, apprécié en interne (et entré chez Areva dès 2001), avait été nommé le 22 octobre 2014 président du directoire par intérim jusqu’à la transformation du mode de gouvernance (passage de directoire en conseil d’administration) voulue par le gouvernement pour mieux contrôler les investissements.

Certains avaient vu en Pierre Blayau, président du conseil de surveillance de Total du 24 janvier 2013 au 14 novembre 2014, le possible successeur de Luc Oursel. Le gouvernement en a décidé autrement. Pierre Blayau (64 ans), normalien IEP ENA, inspecteur des finances intégrant Saint-Gobain en 1982, président de Pont-à-Mousson SA de 1991 à 1993, puis membre du directoire du groupe Pinault-Printemps-Redoute de 1993 à 1995 et président de la Fnac et de La Redoute de 1994 à 1995, puis patron de Moulinex de 1996 à 2000. Pierre Blayau fut ensuite PDG de Geodis, filiale de la SNCF, ainsi que directeur général délégué de la SNCF jusqu’en 2013. En 2004, il recruta Luc Oursel et l’a promu en 2006 directeur général de Geodis.

Issu de la fusion de Framatome, Cogema et CEA Industries réalisée par Anne Lauvergeon le 3 septembre 2001, Areva est une grande entreprise française du secteur nucléaire, de l’extraction de minerais à la construction de centrales nucléaires. C’est le premier fournisseur mondial du nucléaire. 317 millions d’euros ont été consacrés pour la recherche et développement en 2014 et 82 brevets ont été déposés.

L’État français détient 21,7% du capital, le CEA 61,5%, la Caisse des dépôts et consignations 3,3% et EDF2,2% (au 31 décembre 2013). Son chiffre d’affaires est de 8,3 milliards d’euros en 2014, en baisse de 8,0% par rapport à 2013, avec une perte de 4,8 milliards d’euros (en 2013, il y avait eu une perte de 0,5 milliard d’euros). Sa capitalisation est près de 3 milliards d’euros. Areva emploie 41 847 salariés au 31 décembre 2014. Sa forte dette (environ 5 milliards d’euros) ainsi que ses fortes pertes rendent possibles la restructuration voire le démantèlement d’Areva.


EDF

Quelques jours avant les deux changements tragiques à la direction de Total et Areva, le 15 octobre 2014, Henri Proglio (66 ans), HEC, se voyait notifier qu’il devait quitter ses fonctions de président-directeur général d’EDF qu’il occupait depuis le 25 novembre 2009, succédant à Pierre Gadonneix (72 ans), X et docteur en économie à Harvard, président de GDF du 2 janvier 1996 au 15 septembre 2004 (prenant la succession de Loïk Le Floch-Prigent) puis président d’EDF du 15 septembre 2004 au 25 novembre 2009 (son mandat ne fut pas renouvelé par le gouvernement).

Le mandat d’Henri Proglio ne fut pas non plus renouvelé par le gouvernement (d’une autre majorité) et Jean-Bernard Lévy (60 ans), X-Télécom, fut nommé le 26 novembre 2014 PDG d’EDF. Ce dernier était auparavant président du directoire de Vivendi d’avril 2005 à juin 2012 (président de SFR de mars 2012 à juin 2012), puis PDG de Thales du 19 décembre 2012 au 26 octobre 2014.

François Hollande a expliqué ce choix au conseil des ministres du 15 octobre 2014 : « Il y a une phase nouvelle avec la loi de transition énergétique. Lévy est un grand industriel, qui a présidé Thales, il a les qualités nécessaires. ». Son ancienne compagne, Ségolène Royal, Ministre de l’Écologie, qui avait fait adopter sa loi par les députés la veille, déclarait : « À l’heure où les technologies interviennent dans les interconnexions, dans les services liés à l’énergie, un nouveau regard sur l’évolution de l’entreprise sera une bonne chose. ».

Henri Proglio avait commencé sa carrière à la Compagnie générale des eaux jusqu’à devenir le président de Veolia Environnement de 2002 à octobre 2012 (en cumulant la fonction opérationnelle de directeur général seulement de 2002 à 2009). Henri Proglio avait la volonté de faire d’EDF le coordonnateur de la filière nucléaire française, ce qui le mettait en concurrence avec Areva.

EDF (Électricité de France) est le premier producteur d’électricité dans le monde. Son activité est l’électricité mais aussi le gaz et les réseaux électriques. Près de 80% de sa production d’électricité mondiale est d’origine nucléaire avec un parc de 58 réacteurs nucléaires en France et 15 au Royaume-Uni. La puissance installée mondiale au 30 juin 2015 est de 72,9 GW (gigawatts) pour le nucléaire, 21,6 GW pour l’hydroélectrique, 12,9 GW pour le gaz, 10,5 GW pour le charbon, 9,9 GW pour le fioul et 6,7 GW pour le renouvelable (total de 134,5 GW).

650 millions d’euros ont été consacrés à la recherche et développement en 2014 pour 2 125 collaborateurs de 29 nationalités dont 80% de cadres, 33% de femmes, dont 200 chercheurs enseignent dans les universités, sans compter 150 doctorants. EDF compte s’installer sur le campus Paris-Saclay avec un pôle de recherche de 1 500 personnes. EDF a déposé 60 brevets en 2014 (54 en 2013) et détient un portefeuille de 497 innovations brevetées (protégées par 1 694 titres de propriété).

L’État français contrôle 84,5% des actions. Son chiffre d’affaire est de 72,9 milliards d’euros en 2014, en hausse de 1,3%, avec un résultat net de 3,7 milliards d’euros, (en hausse de 5,3%). Sa capitalisation de 44,1 milliards d’euros en 2013. EDF emploie 158 161 salariés en 2014, dont 83,5% en France.

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GDF Suez puis Engie

Si Gérard Mestrallet (66 ans), X ENA, ancien conseiller de Jacques Delors au Ministère des Finances, reste toujours président-directeur général de GDF Suez (devenu Engie en 2015) jusqu’en 2016, mandat qu’il a prolongé en 2012, poste qu’il détient depuis le 22 juillet 2008 après avoir dirigé le groupe Suez de juillet 1995 à juillet 2008 et absorbé la Lyonnaise des eaux le 19 juin 1997, il a cependant organisé sa succession pendant ces journées terribles d’octobre 2014 en mettant sur la touche le dauphin attitré, Jean-François Cirelli informé de manière informelle depuis juin 2014.

Le 14 octobre 2014, sa protégée, Isabelle Kocher, directrice générale adjointe chargée des finances, fut désignée par le comité des nominations pour lui succéder en écartant le numéro deux du groupe, Jean-François Cirelli, directeur général délégué, et le 22 octobre 2014, le conseil d’administration a confirmé officiellement cette désignation en la nommant pour le 12 novembre 2014 directrice générale déléguée en charges des opérations.

Isabelle Kocher (48 ans), normalienne, Mines, agrégée de physique et DEA d’optique quantique, a été conseillère chargée des affaires industrielles auprès de Lionel Jospin à Matignon avant d’intégrer le groupe Suez en 2002 et de diriger la Lyonnaise des eaux. Devenue membre du conseil d’administration du groupe, elle devient donc la mieux placée pour succéder à Gérard Mestrallet en 2016.

Quant à Jean-François Cirelli (57 ans), IEP ENA, conseiller de Jacques Chirac à l’Élysée puis directeur adjoint de cabinet de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, où il travailla sur la réforme des retraites (loi Fillon du 21 août 2003), il fut PDG de GDF (Gaz de France) du 15 septembre 2004 au 22 juillet 2008 et réalisa la fusion avec Suez. Dans leur accord de fusion, Jean-François Cirelli devait succéder à Gérard Mestrallet. Il devint alors le numéro deux de GDF Suez comme directeur général délégué et vice-président du groupe jusqu’à sa mise à l’écart le 12 novembre 2014. Il reste néanmoins cadre dirigeant du groupe à partir d’avril 2015.

Le groupe GDF Suez, issu de la fusion le 22 juillet 2008 de GDF et de Suez voulue par Dominique de Villepin, se nomme officiellement Engie

depuis le 29 juillet 2015. C’est le troisième plus grand groupe dans le secteur de l’énergie hors pétrole dans le monde. Premier réseau européen de transport de gaz naturel avec 32 246 kilomètres d’infrastructures françaises, premier distributeur européen de gaz naturel avec 194 600 kilomètres de réseau français, 14 milliards de mètres cube stockés en France, etc. mais aussi 117 GW de production d’électricité dans le monde.

Engie consacre 189 millions d’euros pour la recherche et développement en 2014 regroupant plus de 900 chercheurs. Seulement une douzaine de brevets semblent avoir été déposés en 2014.

L’État français détient 33,3% du capital, la Caisse des dépôts et consignations 2%. Son chiffre d’affaires est de 74,7 milliards d’euros en 2014, en baisse de 6,6% par rapport à 2013, et le résultat net de 2,4 milliards d’euros. Sa capitalisation atteint 48,7 milliards d’euros en décembre 2014. Engie emploie 236 185 salariés en 2014.


CEA

En avril 2014, Bernard Bigot, administrateur général du CEA, a annoncé qu’il souhaitait briguer un troisième mandat de trois ans à la tête du CEA mais les statuts interdisent d’avoir plus de 65 ans, âge qu’il a atteint deux semaines après la fin de son second mandat, le 24 janvier 2015. Un décret du gouvernement était donc nécessaire pour supprimer la limitation d’âge, et son projet devait être étudié par le Conseil d’État avec un délai de trois mois. L’absence de projet de décret soumis au Conseil d’État à partir du 9 octobre 2014 aurait donc valu décision gouvernementale (qui aurait été prise dès l’été 2014 selon des sources). Le 13 octobre 2014, selon les sources du "Le Figaro", aucun projet de la sorte n’existait, ce qui confirmait le non reconduction de Bernard Bigot.

En novembre 2014, le gouvernement a décidé au contraire de le soutenir pour diriger ITER qu’il suivait déjà comme haut représentant pour la réalisation d’ITER en France. Réuni du 18 au 20 novembre 2014 à Saint-Paul-lez-Durance (Bouches-du-Rhône), le conseil exécutif d’ITER a effectivement nommé Bernard Bigot directeur général du projet international ITER, succédant à Osamu Motojima à partir du 5 mars 2015. C’est le premier Français à diriger ITER (programme international regroupant l’Union Européenne, les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud).

Bernard Bigot (65 ans), normalien, agrégé et docteur en physique chimie, a mené en parallèle une carrière scientifique et universitaire et une carrière dans la haute administration. Il fut directeur général de la recherche et de la technologie de 1996 à 1997, puis directeur de l’École normale supérieure de Lyon de 2000 à 2003, puis directeur de cabinet de la ministre Claudie Haigneré,

puis fut nommé haut-commissaire à l’énergie atomique de juillet 2003 à mai 2009 avant de devenir administrateur général du CEA à partir de janvier 2009. Son mandat de trois ans fut reconduit le 9 janvier 2012. Depuis juillet 2013, il préside aussi le conseil d’administration de l’ENSEM (École nationale supérieure d’électricité et de mécanique), grande école de Nancy.

L’annonce a été communiquée par l’Élysée le 6 janvier 2015 et la décision est effective depuis le 28 janvier 2015 : Daniel Verwaerde (61 ans), centralien, a pris la succession de Bernard Bigot à la tête du CEA et a joui d’un préjugé favorable chez les salariés. Entré au CEA en 1978 à la fin de ses études, spécialiste en modélisation numérique, il dirigea le département de mathématiques appliquées en 1991 puis dirigea le programme Simulation en 1996 (projet pour modéliser les essais nucléaires devenus interdits et garantir la dissuasion nucléaire française), puis la direction des applications militaires de 2007 à 2014.

À ce titre, Daniel Verwaerde dirigea le grand projet de Laser Mégajoule, inauguré le 23 octobre 2014 au CESTA (Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine), à Barp en Gironde. L’appareil pourra fournir un laser de 1,8 MJ par la convergence de 240 faisceaux, énergie capable d’amorcer la fusion nucléaire du deutérium et du tritium. La température de 100 millions de degrés Celsius devrait pouvoir être atteinte avec une pression de 1 milliard de bars et avec une précision de faisceau de 50 micromètres.

Christophe Gégout (39 ans), X IEP ENSAE, directeur financier du CEA, faisait aussi figure de potentiel successeur de Bernard Bigot en automne 2014 ; il a été nommé administrateur général adjoint du CEA à partir du 1er septembre 2015, tout en conservant ses fonctions de directeur financier. De 2001 à 2009, il était chargé à Bercy de la synthèse des prévisions pluriannuelles de finances publiques, avant d’entrer en avril 2009 au CEA comme directeur financier et directeur du pôle gestion et systèmes d’information.

Le candidat de la Ministre de l’Écologie Ségolène Royal (qui aurait voulu, selon certaines sources, démanteler le CEA et lui priver de sa précieuse direction de la recherche technologique) n’a donc pas été retenu, à savoir Bernard Dupraz (60 ans), X-Mines, ancien d’EDF où il est entré en 1986 et devenu directeur général adjoint chargé des activités production et ingénierie de 2004 à 2010, délégué à la sûreté nucléaire et à la radioprotection pour les activités et installations intéressant la Défense depuis le 5 mai 2011.

Ni le candidat du Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, à savoir Stéphane Israël (44 ans), normalien, agrégé d’histoire, ENA, magistrat à la Cour des Comptes, ancien directeur de cabinet du ministre Arnaud Montebourg avant d’être nommé PDG d’Arianespace le 18 avril 2013 (lui succéda au ministère… Boris Vallaud, mari d’une autre ministre).

Vincent Berger (48 ans), normalien, docteur en physique, chercheur chez Thales de 1990 à 2001 puis directeur du Laboratoire matériaux et phénomènes quantiques, président de l’Université Paris VII-Diderot de mai 2009 à octobre 2013, avait aussi été parmi les candidats possibles, mais ne fut pas choisi par François Hollande bien que conseiller à l’Élysée chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche du 11 octobre 2013 au 31 août 2015. En été 2011, il avait travaillé pour la candidature de Martine Aubry à la primaire socialiste.

Les autres possibles candidats à la tête du CEA évoqués par la presse en octobre 2014 étaient François Jacq (50 ans), X Mines, PDG d’Ifremer depuis septembre 2013 après avoir été PDG de Météo France de mai 2009 à septembre 2013 ; Roger Genet (57 ans), docteur en enzymologie et chercheur au CEA de 1981 à 2012, directeur général pour la recherche et de l’innovation au Ministère de la Recherche depuis le13 avril 2012 ; et enfin Thierry Damerval (54 ans), normalien, agrégé de sciences naturelles, docteur en microbiologie, responsable administratif au CEA de 1993 à 2005, directeur général délégué de l’Inserm depuis 2008.

Contrairement aux quatre précédentes organisations, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, nouvelle appellation depuis 2010) n’est pas une entreprise mais un institut de recherche publique présent notamment à Saclay, Grenoble, Fontenay-aux-Roses, Marcoule et Cadarache. Sa mission est la recherche scientifique dans les domaines du nucléaire, des sciences de la matière, des sciences de la vie, de la santé, des technologie de l’information, des énergies renouvelables, etc. tant dans le domaine civil que militaire et tant en recherche appliquée que fondamentale.

Le CEA est rattaché à trois ministères, l’Écologie, l’Enseignement supérieur et la Défense. Fin 2014, il emploie 16 110 collaborateurs, beaucoup de chercheurs et d’ingénieurs pour un budget de 4,4 milliards d’euros (2014). Le CEA, c’est aussi 10 centres de recherche, 33 laboratoires d’excellence, 53 accords cadres avec des universités et grandes écoles, 751 dépôts de brevets prioritaires en 2014, 178 start-up essaimées depuis 1972 dans le secteur des technologies innovantes, plus de 500 partenariats industriels et plus de 760 projets européens dans le cadres du 7e PCRD (programme cadre de recherche et développement) de 2007 à 2014.

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Les défis de la transition énergétique

Le secteur de l’énergie représente en France 1% de l’emploi (hors bâtiments et services à l’énergie) et 25% des investissements industriels. L’an dernier, les cinq grands acteurs majeurs ont renouvelé leur direction. Si le CEA a su prendre rapidement le tournant des énergies renouvelables, ainsi que Total, qui s’est hissé au deuxième rang à l’échelle mondiale sur le marché de l’énergie solaire, la situation d’Areva, plombée par les surcoûts et les retards des EPR et par la conjoncture internationale après la catastrophe de Fukushima, est très préoccupante, comme je viens de l’expliquer en introduction. EDF est en cours de diversification tandis qu’Engie se fait champion des services à l’énergie.

Tous ces acteurs ont donc à répondre dans les prochaines années à d’importants défis technologiques et environnementaux, à quelques semaines de l’ouverture de la COP21 à Paris, et aussi, paradoxalement, à se concentrer sur le développement du nucléaire de la quatrième génération. Le tournant est donc historique, car les investissements sont à long terme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapports annuels 2014 à télécharger.
Christophe de Margerie.
Luc Oursel.
Anne Lauvergeon.
François Hollande.
Manuel Valls.
Emmanuel Macron.
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
La catastrophe de Fukushima.


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6 réactions à cet article    


  • sarcastelle 24 octobre 2015 10:32
    l’auteur à écrit : 

    Tous ces acteurs [du secteur de l’énergie] ont donc à répondre à.......................... et aussi, paradoxalement, à se concentrer sur le développement du nucléaire de quatrième génération. 

    De quel paradoxe parlez-vous ? 

    • sarcastelle 24 octobre 2015 10:33

      @sarcastelle

      Horreur ! Lire : « l’auteur a écrit » et non l’auteur à écrit".

    • Sylvain Rakotoarison Sylvain Rakotoarison 24 octobre 2015 11:16

      À Sarcastelle,

      Effectivement, je n’ai pas précisé, je le fais donc ici : « paradoxalement » car la loi de transition énergétique exige de descendre à 50% la part du nucléaire dans la production française.
      Cordialement.


    • zygzornifle zygzornifle 24 octobre 2015 14:03

      « Il y a eu le tragique accident d’avion » on n’a pas trouvé de trace du missile ukrainien ??


      • cathy cathy 24 octobre 2015 18:21

        Heureusement qu’ils ne sont pas tous morts, on aurait pu se poser des questions. 


        • HELIOS HELIOS 25 octobre 2015 02:11

          Le vrai défi est civilisationnel : 


          On a le choix entre la liberté (bien surveillée) de se déplacer, donc avoir des voitures et celle de rester à la maison (ou utiliser les transports en commun) !

          Dit comme cela on peut imagine qu’il suffit simplement d’éradiquer le véhicule individuel... mais notre société n’y survivrai pas, car l’homo « modernicus » d’aujourd’hui a une économie du mouvement qui s’effondrerai avec tous les drames et inconvénients...

          On conclut rapidement que la voiture va résister et, et, et... nous arrivons a fond du problème : que ce soit a hydrogène ou électrique, remplacer la puissance nécessaire pour faire rouler tout ça, actuellement fourni par le pétrole... demande une puissance électrique non négligeable qu’il faut d’ores et déjà préparer.

          Je vous laisse conclure.

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