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Pourquoi la crise de 2008 ne ressemble pas à celle de 1929 ?... Parce qu’elle est pire !

Avec leur manie de tout ramener à des références financières, les économistes passent à côté de la réalité et nous préparent des lendemains qui déchantent.

 Depuis le milieu de l’année 2008, les économistes patentés passent une partie de leur temps à se demander si la crise actuelle ressemble ou non à celle de 1929. En restant sur le terrain strictement financier, ils ne risquent pas de trouver la bonne réponse. Depuis l’explosion des subprimes, toute analyse s’exprime en dollars, et d’une manière générale en monnaie, comme si toute chose se mesurait nécessairement avec cette unité parfaitement artificielle.

 Les économistes restent donc sur la touche, car la société se mesure avec bien d’autres unités que celle-là, dont la valeur change à tout instant selon la spéculation du moment.

 Deux aspects particuliers de ces deux époques, parmi beaucoup d’autres, suffisent cependant à montrer leurs différences, et à montrer que leur comparaison exclusivement financière ne peut mener à aucune prospective intelligente, et surtout ne peut servir à concevoir une stratégie permettant de mettre fin au maelström économique que la planète traverse actuellement.

— En premier lieu, la composition de la population de 1929 était foncièrement différente de celle de 2008. Plus de la moitié des populations vivait de l’agriculture dans de petites communautés rurales ou de villes de faible importance, et se trouvait ainsi moins affectée par la crise. Or de nos jours, cette population rurale ne constitue plus guère que 3 à 5% de la population totale, suffisant à produire la plus grande partie des produits alimentaires nécessaires à la population totale.

 Le chômage ne pouvait donc toucher en 1929 qu’une fraction de la population totale. S’il a entrainé une grande misère, ce n’est pas tant que le nombre des sans emplois était considérable, que parce qu’il n’existait pas de protection sociale à l’époque, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

 En revanche, de nos jours la part de la population exposée au chômage est beaucoup plus importante, non parce que les effectifs salariés sont plus importants, mais parce que l’imbrication des activités industrielles et de service a transformé l’économie en un immense puzzle où tout se tient, et qu’ainsi la fermeture de la moindre entreprise peut provoquer un effet domino considérable de chômage susceptible de toucher la totalité d’un grand pays à travers un immense réseau d’entreprises qui dépendent les unes des autres.

 En 1929, cette imbrication étant moins avancée, seules certaines régions industriellement très concentrées subirent la crise. À l’inverse, la crise actuelle se répand sans limite géographique.

— En second lieu, la structure des revenus de 1929, et par conséquent des dépenses, n’avait rien à voir avec celle qui est la nôtre en 2009. En 1929, entre 70 et 90% des revenus étaient consacrés à l’alimentation, au logement et à l’épargne, soit des dépenses incontournables.

 Aujourd’hui, l’alimentation et le logement prennent moins de 50% des revenus totaux, auxquels il convient d’ajouter l’endettement, la plus grande partie du reste étant constituée de dépenses évitables ou reportables : renouvellement de la voiture, vacances et loisirs, voyages, remboursement des dettes, etc. Toutes choses dont il est possible de se passer ou d’en différer la dépense. Par exemple, les Étasuniens avaient pris l’habitude de remplacer leur véhicule tous les deux ou trois ans. Or, quoi de plus facile que de porter ce délai à 5 ou 6 ans, lorsque l’on sait que son emploi peut être à tout moment supprimé.

 C’est ce qui explique que l’épargne moyenne des citoyens des É-U soit passée de -3% en décembre 2007 à +6,9% en mai 2009, comme par miracle. Ce n’aurait pas été possible en 1929. Quelle a été la contrepartie de ces 9,9% (3+6,9) de revenus économisés ? Et bien l’augmentation du chômage par la baisse de la consommation, tout simplement, et la baisse des importations.

 Je n’ai pas pris la peine de fournir dans cet article une grande quantité de statistiques précises. L’ordre de grandeur des données utilisées me semble suffisant pour comprendre que les deux crises que nos économistes veulent obstinément comparer, n’ont rien à voir, et que, tant que l’endettement des Étasuniens ne sera pas revenu à un niveau où ils considèreront que tout risque est écarté pour eux, cette crise perdurera et conduira le pays à sa perte. C’est être très naïf que de croire proche la sortie de crise, alors que cette annonce n’est que pure propagande politique.

 Or, si j’ai bien compris ce que le gouvernement des É-U a trouvé comme solution à la crise, c’est de pousser les consommateurs à s’endetter de nouveau, en fournissant aux banques des monceaux de billets de dollars fraîchement imprimés, en attendant la crise suivante qui ne manquera pas de se produire pour les mêmes raisons, mais avec un dollar qui aura entre-temps perdu son pouvoir hégémonique.

 Les politiciens et les consommateurs étasuniens ne parlent sans doute plus la même langue.

© André Serra    http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
par Mercure (son site) mercredi 1er juillet 2009 - 36 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Serge (xxx.xxx.xxx.80) 1er juillet 2009 16:39
    Serge

    Tout le matraquage et la gesticulation rhétorique médiatico-politique de la pensée unique ultra libérale ( et particulièrement en France !!! ) depuis septembre 2008 consiste à cacher que cette crise n’a rien d’une " crise financière seule et autonome " ( d’ailleurs on ne sait plus trop de quoi il est question dans leur "propagande"...marchés financiers ? institutions bancaires ?capitalisme actionnarial ? ) mais qu’elle a son fondement dans ce qu’il nomment "l’économie réelle" c’est à dire LE CAPITALISME !!!
    Le noeud de cette crise qui est la CONTRADICTION FONDAMENTALE de cette énième crise du capitalisme...c’est la contrainte actionnariale exigeant "toujours plus de profit" et la contrainte de la concurrence ( euphémisme pour ne pas dire " guerre économique " avec tous les " dégâts collatéraux " qui en découlent !!! ) qui induisent UNE PRESSION CONSTANTE SUR LES COÛTS SALARIAUX.La rémunération du travail salarié a enregistré des reculs considérables à l’échelle macro-économique ( voir statistiques du BIT,de l’OCDE,de l’INSEE,etc...) ;d’où le fumeux slogan à la sauce Sarkozy..." travailler plus pour gagner plus."
    Or le capital a besoin de débouchés ( extérieurs et surtout intérieurs ) pour vendre sa production et réaliser ses profits,sinon le système est en danger de mort...il lui est donc impossible de faire l’impasse sur la consommation de masse !Or pour consommer il faut du pouvoir d’achat...et c’est là que se situe cette contradiction intrinsèque au Capital !
    C’est ainsi que les ultra-libéraux ont pensé résoudre la quadrature du cercle avec L’ENDETTEMENT MASSIF DES MENAGES ; telle était bien la fonction de la titrisation que d’accroître considérablement le nombre des agents financiers susceptibles de porter des risques de crédits ;augmenter donc le nombre des porteurs de risques de crédits afin de fournir aux ménages la capacité de dépenses que leur revenus salariaux ne leur donnait plus pour écouler la marchandise du capital.C’est ainsi que le taux d’endettement des ménages étasuniens atteindra 120% fin 2007 !!!
    Les béquilles du crédit ôtées...la "formidable" croissance des Etats-Unis n’est plus qu’un mirage qui s’est effondré en septembre 2008 !!!

    Le plus grave c’est que le fumeux G20 ( mis à part quelques rafistolages de façade ) a entériné le choix de continuer comme avant !!!

    Et le plus inquiétant c’est que Historiquement les grandes crises du Capitalisme ont débouché sur des guerres réelles ?

    Il est urgent que les peuples prennent conscience de cette menace et qu’ils mettent fin à ce système dont Jaurès disait...

    " LE CAPITALISME PORTE EN LUI LA GUERRE COMME LA NUEE PORTE L’ORAGE. "

  • Par Serge (xxx.xxx.xxx.212) 1er juillet 2009 17:32
    Serge

    Pour compléter mon commentaire je reprends quelques passages du discours du calife à Toulon du 25 septembre 2008 qui confirment mes propos...

    " Le rêve d’une mondialisation heureuse ( sic... !!! ) s’est brisée..."on" a caché les risques toujours plus grands..."on" a fait semblant de croire qu’en mutualisant les risques "on" les faisait disparaître..."on" a laissé les banques spéculer sur les marchés au lieu de faire leur métier..."on" a financé les spéculateurs plutôt que les entrepreneurs..."on" a laissé sans aucun contrôle les agences de notation et les fonds spéculatifs..."on" a soumis les banques a des règles comptables qui ne fournissent aucune garantie pour la gestion des risques..."

    Réquisitoire sans appel...mais quel formidable écran de fumée !

    CAR...QUI SE CACHE DERRIERE CE "ON" REPETE TOUT AU LONG DU CONSTAT...SERAIT-CE LA FAMEUSE " MAIN INVISIBLE " DU MARCHE ? OU PLUS PROSAÏQUEMENT LA CLASSE DES RICHES QUE FREQUENTE ASSIDUMENT SARKOZY !!!

  • Par Serge (xxx.xxx.xxx.212) 1er juillet 2009 21:00
    Serge

    En ce qui concerne vos chiffres de la pauvreté dans le monde pouvez-vous m’en donner l’origine...car la Banque Mondiale estime à 1,4 milliards les êtres humains vivants ( je dirai ...sur-vivants !!! ) sous le seuil de pauvreté avec moins de 1,5 dollar par jour...si pour vous cela n’est que 10% de la population mondiale c’est que nous sommes 14 milliards de terriens !!!Un scoop !!!

    La Banque Mondiale estime que 1 enfant meurt de faim toutes les 5 secondes...

    Selon le classement Forbès des grandes fortunes 793 très,très hauts privilégiés disposent de 2 400 milliards de dollars soit...3,75 FOIS PLUS QUE LES 1,4MILLIARDS D’HUMAINS" VIVANTS" SOUS LE SEUIL DE PAUVRETE !!!

    Qu’il est beau ce monde Capitaliste !!!

    Pour la France je vous conseille la lecture du rapport 1595 de l’ Assemblée Nationale intitulé " Salaires et Patrimoines."

    De 1998 à 2006 les 3 500 foyers les plus riches ( 0,01 % du total ) ont vu leur patrimoine augmenter de PLUS 43% en moyenne...mais pour les 31,5 millions de foyers les "moins riches" ( 90% du total ) cette augmentation n’a été que de plus 4,3% en moyenne avec une STAGNATION DEPUIS 2002 !!!

    Selon l’INSEE la part des salaires dans la plus- value est passée de 66,3% à 69,7% de 1960 à 1970 pour atteindre 74,1% en 1982 ( effet 68 !!! ) et REDESCENDRE à 65,1% en 2007....sans commentaire !!!

    Je vous renvoie aussi à mon commentaire ci-dessus.

  • Par Serge (xxx.xxx.xxx.3) 2 juillet 2009 07:33
    Serge

    Vous affirmez que l’économie de marché ( euphémisme pour ne pas dire capitalisme ! ) est incompatible avec une dictature...ansi donc l’Espagne de Franco,le Chili de Pinochet,l’Argentine,la Birmanie,etc...( pour ne prendre que quelques exemples très forts ) n’avaient pas ou n’ont pas une "économie de marché " ?


    Sur la pauvreté...une question toute simple ? Si l’économie de marché c’est le paradis...comment expliquer que la France ait " fêtée " 20 ans de Restos du Coeur dont la fréquentation augmente chaque année ?

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