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Accueil du site > Actualités > Economie > Pourquoi votre facture d’eau va continuer de flamber ?

Pourquoi votre facture d’eau va continuer de flamber ?

La facture d’eau va continuer d’augmenter alors que la qualité de l’eau distribuée va continuer à se dégrader. Voici pourquoi.

Depuis 2004, le prix du mètre cube d’eau a augmenté beaucoup plus vite que l’inflation avec une augmentation moyenne de 3,3% par an contre 1,8% pour l’ensemble des biens de consommation. Or on sait que le prix de l’eau avait déjà fait des bonds extravagants : entre 1990 et 1994, le mètre cube d’eau avait subi une hausse de 50 %. Il a gagné 16 % supplémentaires entre 1995 et 2000 (Cour des comptes, 2003).

  • Résultat : la facture d’eau tourne en moyenne autour de 300 € par an pour 120 m3 consommés. Elle augmente alors même que les foyers diminuent leur consommation. 33 500 foyers n’ont pas pu payer leur facture d’eau en 2008.

Une situation d’autant plus scandaleuse que le mètre cube d’eau est facturé 1,5 à 2,5 fois plus chère que son coût réel, selon le mensuel Que Choisir. En 2006 et 2007, l’association de consommateurs avait dénoncé des « marges exorbitantes » qui atteignent plus de 50% à Marseille, Bordeaux et sur 144 communes d’Ile de France qui dépendent du Sedif. A Lyon et Reims, ces marges dépassent les 45%.

Pour ne rien arranger, on constate aujourd’hui des disparités locales injustifiables. A Auvers sur Oise (Seine et Marne), le prix de l’eau atteint 5,52 €/m3. La commune ne se situe pourtant qu’à 30 km de Paris, où le prix du mètre cube est presque deux fois moins cher à 2,89 €…

  •  En Bretagne, en Seine-et-Marne, dans la Manche et en Vendée, le prix du mètre cube est supérieur à 4 euros. Une double peine pour les consommateurs : car l’eau y est réputée pour sa qualité incertaine (nitrates en Bretagne, pesticides en Seine-et-Marne).
  • Sur tout l’hexagone, plus de 12 milliards d’euros ont été facturés en 2008 aux foyers français. Un magot amené à grossir ces prochaines années. Pour 3 raisons qui permettent de comprendre la flambée de l’eau actuelle et à venir : 

1/ L’eau privée plus chère : 

7 français sur 10 sont alimentés par une eau distribuée par un opérateur privé (Cour des comptes 2011, page 5). Deux géants se partagent la quasi-totalité du gâteau des villes de plus de 100 000 habitants.En 2007, une étude de l’Ifen notait que le prix du mètre cube était 34% supérieur lorsqu’il était géré par une régie publique que par une régie privée. De nombreux élus et associations ont dénoncé un manque de concurrence lié à ce quasi-duopole.

2/ Des maires pieds et poings liés !

Les grandes villes ont signé des contrats désavantageux sur la durée : Bordeaux est lié à son opérateur privé jusqu’en 2021, Toulouse jusqu'en 2020 et Saint-Étienne jusqu'en 2022. La Cour des Comptes dénonce cette situation et révèle sans la citer le cas d’une commune dont le contrat avec l’opérateur privé est passé d’une durée initiale de 18 ans à une durée de 40 ans. Les contrats qui s’étalent sur une durée 25 à 30 ans sont fréquents.

Les maires sont donc trop souvent pieds et poings liés – à moins de s’engager dans des actions juridiques incertaines. Or, estime la Cour des Comptes, la remise en jeu des contrats peut permettre d’obtenir des baisses de 15% pour le prix la distribution et de 7% pour l’assainissement. 

  • Un constat partagé par Patrick du Fau de Lamote, expert de Transclub, spécialisé dans le conseil aux collectivités locales qui va plus loin. Selon lui, « un maire peut négocier -20 à -30% de réduction à l’occasion du renouvellement d’une contrat. Même si les investissements à réaliser sont lourds, les marges sont telles, dans ce secteur, qu'on peut se mettre aux nouvelles normes sans augmenter le prix de l'eau » (cf : interview Que Choisir). 

3/ Une indexation annuelle trop favorable aux distributeurs

Tout au long des contrats, des mécanismes d’indexation très favorables aux distributeurs permettent de faire monter les prix plus rapidement que la hausse des charges réelles. Cela explique l’inflation actuelle de plus de 3% par an du prix de l’eau.

4/ Une bureaucratie de l’eau :

Selon l’office national de l’eau et des milieux aquatiques, (ONEMA), il existe plus de 30.000 services chargés de l’eau et de l’assainissement en France. « Ce nombre excessif de services, est source de surcoûts pour le consommateur » relève la Cour des Comptes. Il est surtout sans équivalent dans les autres pays européens : par comparaison, l’Angleterre et le Pays de Galles ne comptent que 22 services, les Pays Bas 40 et le Portugal 600.

5/ Quand le plomb se transforme en or…

 Dans de nombreuses villes, des opérateurs privés ont pratiqué des tarifs prohibitifs pour le changement des canalisations en plomb. De nombreuses communes ont payé jusqu’à 2 500 euros pour le remplacement de chaque interconnexion au plomb – alors qu’une ville comme Nantes avait négocié un prix autour de 800 euros pour le changement de branchement en plomb. Peut-on peut parler de surfacturation  ?

Préserver la ressource et faire baisser les coûts : c’est possible

Tout cela ne serait pas si grave – après tout la facture d’eau représente en moyenne moins de 3% du budget des ménages – si cette tarification opaque permettait d’améliorer la qualité de l’eau.

Mais en réalité, ce modèle de facturation dégrade la qualité de l’eau. Car on continue de privilégier le traitement de l’eau à une approche préventive, à la fois plus écologique et moins coûteuse.

La Cour des Comptes citait dans son rapport de 2010 – page 623 - l’exemple de la ville de Munich qui a financé le passage des exploitations proches de ses cours d’eau et nappes phréatiques à l’agriculture biologique. Le coût du programme de la ville de Munich renchérissait le prix de l’eau de 0,087 centimes/m3. Alors que le coût de dénitrification d’une eau de plus de 50 mg/l est de l’ordre de 0,23 €/m3. « Le coût du traitement est donc 2,5 fois plus élevé que celui de la prévention » conclut la Cour des Comptes.

Il serait donc tout à fait rentable de subventionner le passage à une agriculture biologique plus respectueuse de nos ressources en eau, en utilisant intelligemment les marges réalisées sur nos factures d’eau. A long terme, nous profiterions d’une baisse des coûts et d’une meilleure qualité de l’eau.

 Au lieu de ça, élus et distributeurs nous entraînent dans une course à la dépollution massive toujours plus coûteuse sur le plan écologique et financier. Il est temps que nos politiques arrêtent d’envisager les questions de l’eau et de l’agriculture de façon séparées.

Nos factures d’eau peuvent permettre - sans augmentation du prix du mètre cube – d’aider les agriculteurs à financer le passage à une agriculture beaucoup plus respectueuse de l’environnement et de l’écosystème. 

 

Sources :

Rapport de la Cour des comptes 2003

Rapport de la Cour des Comptes 2010

Rapport de la cour des Comptes 2011 :

Les profits de l’eau : Jackpot sur les grandes villes ! , Que Choisir ?

http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/RPA/A_services_publics_eau_et_assainissement.pdf


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8 réactions à cet article    


  • Ferdinand_Pecora 14 mars 2011 10:43

    « Les maires sont donc trop souvent pieds et poings liés – à moins de s’engager dans des actions juridiques incertaines. »

    En amont de ce problème de gestion de l’eau, il y a le fait que les collectivités locales françaises sont pieds et poings liés aux banques internationales privées, du fait que l’Etat n’a plus le droit d’émettre du crédit productif public.

    Pour autant, des élus d’horizons politiques divergents viennent de déclarer la guerre au système financier international en lançant le mardi 8 mars, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale et à l’initiative de Claude Bartolone, une nouvelle association : « Acteurs publics contre les emprunts toxiques ».

    Ces élus n’attendent que notre soutien.


    • BOBW BOBW 14 mars 2011 10:54

      Bon article mais Renationalisons l’eau bien public qui ne devrait pas être une « source » de profits pour des actionnaires « avides et assoiffés » smiley


      • Robert GIL ROBERT GIL 14 mars 2011 11:13

        il faut que biens commun soient accessible a tous et pour cela une solution trés simple existe, voir ci-dessous :

        http://2ccr.unblog.fr/2011/01/11/egalite-des-biens-et-des-sanctions/


        • olut 14 mars 2011 12:30

          Ces prix du m3 ne peuvent être niés car c’est ce que nous payons réellement. C’est le montant de la facture divisé par le nombre de m3.

          Mais ne serait-il pas plus logique de le décomposer pour faire apparaître le coût de l’assainissement ??
          En effet , habitant Auvers sur Oise je suis un « privilégié » car je n’ai pas encore le tout à l’égout
          et je ne paie donc pas la redevance d’assainissement !! Le montant de mes factures rapporté à ma consommation me donne un prix moyen du m3 de 2,35 euros !!
          Donc est-ce vraiment le fournisseur qui est cher ou bien le gestionnaire de la station d’épuration ??
          Serait-il possible de de connaître la proportion de l’assainissement dans les 2,89 euros de Paris ??          Cordialement

           

            • TDK1 TDK1 14 mars 2011 15:17

              Bonjour,


              Oui, la privatisation de l’eau est une aberration. Pouvez vous choisir votre fournisseur d’eau ? Non, alors comment expliquer que ce ne soit pas un organisme public qui assure ce service public ? Tout simplement parce que le régime officiel reste celui du service public.... qui peut être délégué par convention. 
              Alors là, moi, j’en ai archi marre des irresponsables qui tiennent le sempiternel discours des méchants privés qui spolient les gentils élus. Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais il se trouve que j’ai vécu (côté « ville ») les négociations entre les 3 prestataires (que l’on connait toujours sous leurs anciens noms « Générale des eaux (Veolia) » ; « Lyonnaise des Eaux (Suez) » et « Saur ») et les élus. Un premier round de négo s’est passé entre les partis politiques et les sociétés (financements des partis) puis, avec chaque élu. Bien sûr, il y a la face visible de l’iceberg, les pleines pages de publicité (inutiles puisque le client finale ne choisit pas son prestataire) payées « plein pot » (un tarif dit de référence qui n’existe que pour les pigeons et... les financeurs), pub que vous retrouvez directe ou indirecte dans les publications du candidat ou du parti. Les imprimeurs payés en direct, les généreux dons faits au moment des fêtes, congrès, universités d’été, les frais de déplacements en voyage d’étude, la prise en charge des épouses et membres de la familles, voire de responsables locaux du parti ou d’associations que l’on intérêt à avoir dans sa poche, bref je ne vais pas vous écrire le bréviaire du parfait petit dircab.... Lorsque je lis que de vilains prestataires ont « fait » signer des élus des contrats de 40 ans, de qui se fout on ? Un contrat fait toujours l’objet d’une étude de la part du service juridique (ouiais, je sais « et le petites communes », ben les petites communes, c’est ps elles qui décident, c’est le syndicat intercommunal et lui, il a en général recruté un mec qui connait son taf, sait lire un contrat, rencontre ses collègues de tous les syndicats de france et prévient son Président, voire, discrètement, tel ou tel élu ou maire du syndicat... et on lui dit de la fermer. Des fois, il est augmenté, voire embauché dans la société prestataire et promis à un brillant avenir. J’en connais même un qui a fait une belle carrière dans la fonction territoriale... ) , il est ensuite soumis à une commission dans laquelle tous les élus ne sont pas forcément analphabètes et qui savent lire une durée de contrat (en général article 2, « le présent contrat est souscrit pour la durée incompressible de , renouvelable en cours d’échéance ... ») . Les investissements ? Ah oui, il faut que la durée du contrat couvre les investissements... N’importe quoi, les contrat de fermage, ça existe, les rachats de valeurs résiduelles en fin de contrat aussi. Tout cela, l’immense majorité des élus maitrisent et leurs conseillers, formés aux écoles ou dans les centres de formation des fonctionnaires territoriaux, aussi. Qu’on arrête de mentir. Ces contrats sont signés par des élus en toute connaissance de cause. 
              Quant au camarade Bartolone et ses emprunts toxiques, il faut reconnaître qu’ils ont fait fort, sur le 93 !!! Harakiri c’est peut être beaucoup et il faut dire que nous n’avons pas le même sens de l’honneur que les Japonais, mais que des soit disant hommes politiques de gauche aient tenté de spéculer de cette manière en mettant la collectivité en danger, cela mérite au moins d’interdiction à vie de tout mandat électif, non ? Plutôt que de la ramener en création une association... Une faute de gestion, dans le domaine privé, c’est l’interdiction de gérer. Dans le public, on crée un asso pour dénoncer les méchants banquiers.... 

              • velosolex velosolex 15 mars 2011 19:44

                Bravo pour cette mise au point !


              • iliberator 18 mars 2011 15:38

                L’article rejoint en gros nos propres constats. Ceux de l’association AGLEAU (http://agleau.fr). 


                Je suis à peu près sûr que Auvers n’est pas dans le département que vous indiquez dans le texte, mais dans le Val d’Oise :/


                Sinon l’article est bon mais manque de précision dans les éléments présentés (ex : le prix de l’eau à Paris ne semble pas comporter le coût de la location de compteur) et les notions (ex : régie directe et régie privée au lieu de DSP...)


                Je vais cependant relayer cet article sur notre blog http://agleau.fr&nbsp ;

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