• jeudi 9 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > « Tous ruinés dans dix ans ? », essai de Jacques Attali sur la dette (...)
65%
D'accord avec l'article ?
 
35%
(37 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

« Tous ruinés dans dix ans ? », essai de Jacques Attali sur la dette publique

Je viens de lire le livre de Jacques Attali (un des trois récemment paru), intitulé « Tous ruinés dans dix ans ?  ». Le titre est accrocheur et alarmiste mais pas vraiment approprié au contenu. Il traite en fait de la dette publique, remontant d’abord aux tréfonds de l’histoire pour en tirer des leçons, avec une vision quasi-philosophique, par des exemples variés. Il décrit ensuite la situation inédite dans laquelle se trouvent les nations occidentales suite à la crise financière, qui a en fait transféré aux Etats, sous forme de dette publique, des dettes privées générées par l’éclatement de la bulle des crédits immobiliers américains subprime, nécessitant nationalisation ou soutien des banques et plans de relance de l’économie, donc accroissement des dépenses publiques, en même temps que les recettes fiscales rétrécissaient par l’effet de la récession économique.

Jacques Attali argumente d’une manière très pédagogique et chiffrée, extrêmement bien documentée, compréhensible par un non expert de la finance, sur la composition de la dette publique, sur l’engrenage infernal et la réaction presque thermonucléaire d’une dette devenue trop importante et quasi-irréversible, de surcroît très sensible au marché, à une hausse inattendue des taux d’intérêt. Il compare la situation de la France aux autres pays. Il ose faire des projections alarmistes mais je pense très réalistes, ce que peu d’économistes et de politiques se permettent de faire car alarmer, c’est risquer d’entamer encore plus la confiance, donc le crédit, ce qui n’est pas bon pour la dette ni pour le moral …
Enfin, il fait des propositions très intéressantes et constructives pour enrayer ce fléau.
 
Je ne veux pas déflorer le sujet pour vous inciter à lire ce livre. Je partage à la fois l’analyse et les pistes de solution. Ses propositions d’orientation, de principes, sont constructives, concrètes (même si elles auraient dû être plus chiffrées). Outre la manière de renflouer le trou abyssal, qui nécessitera des efforts très importants et précaution pour ne pas trop entamer la croissance nécessaire au remboursement de la dette, il propose d’assainir les finances publiques en regroupant les recettes et les dépenses selon trois catégories à gérer différemment, à financer la l’impôt pour l’une (dépenses de fonctionnement de l’Etat et de santé), éventuellement par la dette ou des impôts affectés pour l’autre (investissements d’avenir qui profiteront aux générations futures) et un fonds de réparation pour traiter en dix ans le solde actuel de dettes engendré par des dépenses actuelles pesant sur les générations futures (retraites et dommage sur l’environnement notamment).
 
Autrement dit il ne faut pas mélanger « la « bonne dette », qui finance des investissements qui profiteront aux générations futures (éducation, infrastructures, hôpitaux, universités, recherche, …) et la « mauvaise dette », qui finance à crédit les besoins de fonctionnement de la génération actuelle (déficit de santé, coût de fonctionnement des administrations, de la défense, de la police,…). C’est ce que disait déjà François Bayrou pendant sa campagne présidentielle de 2007 !
 
Je rappellerai quelques chiffres clés :
- en 2010 le déficit public dépassera 8% du PIB et la dette publique atteindra 1500 milliards d’euros, dépassant 83% du PIB,
- entre 1996 et 2008, les dépenses de l’Etat ont augmenté de 35%, celles de la sécurité sociale de 61% et celles des collectivités locales de 78%,
- les dépenses réparties en % du PIB :
- 17% en dépenses de l’Etat,
- 26,5% en protection sociale,
- 10% pour les collectivités territoriales,
- 18% en investissement public,
- les recettes fiscales et sociales (prélèvements obligatoires) représentent 45% du PIB, alors que les dépenses de l’Etat et sociales représentent 55% du PIB,
- le service de la dette (amortissement et charges financières) s’élève à 5% du PIB,
- le déficit primaire (avant prise en compte de la charge financière des intérêts de la dette) représente 6% du PIB,
- la charge financière (intérêts) de la dette représente 3% du PIB (45 milliards), sur un déficit total de 173 milliards d’euros en 2009 (9% du PIB),
- le déficit public s’élève à 55% des recettes fiscales. Pour un euro dépensé par l’Etat, un euro est emprunté. LE déficit représente l’équivalent de 20% des prélèvements obligatoires,
- les emprunts annuels s’élèvent à 130% de la recette fiscale et à 160% des dépenses souveraines,
- depuis 1980, la dette publique a été multipliée par 5, passant de 40% du PIB à 80% du PIB. Elle s’élève à 5 fois les revenus fiscaux !
- l’Etat français est le 1er emprunteur d’Europe (avec 454 milliards d’euros), avant l’Italie et le Royaume Uni,
- si chaque Français devait rembourser cette dette, il devrait prendre 9 mois de ses revenus, 3 ans s’il s’agit d’un père de famille de 4 personnes seul à gagner un revenu !
 
J’aurais aussi pour ma part développé trois points évoqués trop rapidement dans l’essai :
 
1- la dette de l’Etat face au patrimoine de l’Etat
Le patrimoine propre à l’Etat est de 700 milliards d’euros, donc théoriquement face à une dette de 1500 il est en faillite. Mais si on regarde l’ensemble des actifs des administrations publiques, le chiffre est de 2 273 milliards euros.
Voir Patrimoine des administrations publiques françaises.
La dette publique peut être mise en regard avec les actifs des administrations publiques, d’une valeur comptable, selon la banque de France, de 2 273 milliards d’euros fin 2007 (dont 847 milliards d’euros pour les actifs financiers soit 45 % du PIB) et 1 362 milliards d’euros pour les actifs non financiers, dont la valorisation comptable est difficile (bâtiments et terrains, infrastructures, etc.). Le patrimoine total des administrations publiques est positif d’environ 700 milliards d’euros.
Idée originale à soumettre : peut-être pourrait-on proposer que les citoyens français achètent des parts du patrimoine public, un bout de château de Versailles par exemple, ... avec éventuellement un versement de dividende et la garantie de rachat par l’Etat en cas de vente. Une cotation pourrait être faite sur ces actifs. En quelque sorte titriser le patrimoine de l’Etat en partie en faveur des citoyens eux-mêmes, en émettant des actions gagées sur ce patrimoine.
 
2- Détenteurs de la dette publique : privilégier la dette interne
Comme Jacques Attali l’a esquissé avec l’exemple du Japon, la détention "interne" de la dette publique, par les citoyens ou institutions du pays (95% pour le Japon), protège contre la volatilité du cours des titres publics, des taux d’intérêt, des CDS souverains, donc de la dépendance aux marchés, aux agences de notation. Elle garantit une stabilité dont la limite est la capacité d’épargne des créanciers. Elle correspond à une avance sur impôts futurs ...
Le site de l’AFT (Agence France Trésor) indique que 2/3 de la dette publique française (2009) est détenue par des créanciers étrangers. Sans avoir la répartition entre les acteurs européens et hors Europe. Il semble que le chiffre indiqué dans le livre (50%) provienne d’une autre source (FMI je pense) peut-être sur un périmètre différent.
Comme je l’ai suggéré dans un article précédent « L’épargne privée au secours de la dette publique ? », nous pourrions proposer que les citoyens fassent acte de soutien patriotique en souscrivant des OAT, bons du trésor, ou OPCVM en contenant, plutôt que d’autres actifs, pendant cette période difficile.

3- Engagements sur les retraites des fonctionnaires
Comme l’avait dit le rapport Pébereau et comme le rappelle Jacques Attali mais très furtivement, la dette publique française ne comprend pas l’engagement sur les retraites des fonctionnaires, payées sur le budget de l’ETat. Contrairement à d’autres pays, surtout ceux qui fonctionnent sur un système de retraites par capitalisation (Etats-Unis, Royaume Uni). Ce qui rend la comparaison des taux dette/PIB non incohérente. Par exemple j’avais calculé que sur les chiffres basés sur 2007, la dette publique US qui était de l’ordre de 60% comparable à la France, était de 39% si on retirait la valeur du fonds investit pour payer les retraites des fonctionnaires. En France, il fallait ajouter 1000 milliards d’euros aux 1250 milliards de dette en 2007, ce qui faisait passer le taux à 120% du PIB !
 
par Marianne (son site) samedi 12 juin 2010 - 66 réactions
yahoo
65%
D'accord avec l'article ?
 
35%
(37 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par BA (xxx.xxx.xxx.56) 12 juin 2010 11:07

    Le 24 janvier 2008, Jacques Attali remet à Nicolas Sarkozy un rapport intitulé « Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française ».

    Dès la page 8, Jacques Attali s’en prend à l’Etat. Jacques Attali reproche à l’Etat de trop règlementer :

    « N’ayant pas abandonné un modèle hérité de l’après-guerre, alors efficace mais devenu inadapté, la France reste très largement une société de connivence et de privilèges. L’État réglemente toujours dans les moindres détails l’ensemble des domaines de la société civile, vidant ainsi le dialogue social de son contenu, entravant la concurrence, favorisant le corporatisme et la défiance. Alors que notre époque requiert du travail en réseau, de l’initiative et de la confiance, tout se décide encore d’en haut, tout est contrôlé dans un climat de méfiance générale. Les dépenses publiques françaises sont les plus élevées de tous les pays de l’OCDE et augmentent encore plus vite que la production. »


    Jacques Attali demande à Nicolas Sarkozy :

    - de transférer encore plus de compétences de l’Etat vers les collectivités territoriales,

    - de ne pas remplacer deux fonctionnaires sur trois qui partent à la retraite (je dis bien : non-remplacement de 2 fonctionnaires sur 3 !).

     

    DECISION 251  :

    Les transferts de compétences de l’État vers les collectivités territoriales doivent être accompagnés d’un abandon effectif de la mission correspondante par les services de l’État, et du redéploiement de l’intégralité des agents de l’État concernés, pour éviter les doublons entre les actions de l’État et des collectivités territoriales.

    DÉCISION 252  :

    Utiliser les gains de productivité définis plus haut pour mettre en oeuvre de manière systématique le principe du non-remplacement de deux fonctionnaires sur trois partant à la retraite, sans nuire à la qualité des services.

    http://www.liberationdelacroissance...

     

    L’idée générale du rapport Attali, c’était : « Moins d’Etat. Toujours moins d’Etat. C’est comme ça que nous nous en sortirons. »

    En septembre 2008, patatra ! En septembre 2008, le système financier mondial s’effondre !

    Que fait alors Jacques Attali ?

    Jacques Attali écrit un livre « LA CRISE, ET APRES ? », puis il fait la promo de son livre en répétant : « Plus d’Etat ! Bien sûr qu’il faut plus d’Etat ! Je l’ai toujours dit ! »

  • Par Cassino (xxx.xxx.xxx.107) 12 juin 2010 10:38
    Cassino

    Attali est un humeur de l’air du temps ; en 2007 il était libéral à tout va, il fallait tout privatiser, on allait vers l’ultra libéralisme, la spéculation et la Bourse allaient diriger le Monde.....puis les subprime arrivent et Attali vire à 180°, l’occasion de publier un nouveau livre.......comme dirait Coluche : tant qu’il trouvent des connards pour acheter........

  • Par PhilVite (xxx.xxx.xxx.176) 12 juin 2010 11:43
    PhilVite

    Jacques Attali, c’est bien celui qui prévoit ce qui c’est passé avant-hier ?

  • Par FYI (xxx.xxx.xxx.5) 12 juin 2010 13:53
    FYI

    "Enfin, il fait des propositions très intéressantes et constructives pour enrayer ce fléau."
    Depuis combien de temps qu’il est sur la scène politique ? Suffisamment pour constater les dégâts, et vous continuez de boire ces mensonges !!!

    Pourquoi il y a de la dette ? Car l’Etat emprunte de l’argent à des opérateurs privés.
    Pourquoi l’Etat fait appel a des opérateurs privés ? Car depuis 1973, l’Etat n’a plus sa souveraineté monétaire, elle est "obligée" d’emprunter aux préteurs privés que sont essentiellement les banques commerciales
    Pourquoi la faillite des banques inquiètes l’Etat ? Car le métier de la banque de détail et d’investissement sont pratiqués par les mêmes opérateurs, car il n’y a plus de séparation entre les 2 métiers. Conséquence les banques de dépôts (saine car dépendant du peuple) sont prises en otage par les banques d’investissements (les spéaculateurs en faillite).
    Que cherche Attali ? A imposer le NOM, en créant aussi suffisamment de chaos afin de tout faire accepter aux peuples ...

    Les remèdes applicables :
    - Retrouver la souveraineté monétaire, très facile à faire, même pas besoin de loi, il suffit que l’Etat le veuille, car la Nation est souveraine, le peuple suivra sans broncher.
    - Séparer les banques de détails des banques d’investissements, et ainsi laisser couler toutes les spéculateurs, ça n’aura aucune incidence structurante sur l’économie.
    - Relancer la notion de crédit pour tout investissement (la bonne dette comme vous dites, très marrant la désinformation quand même ...), et ce sans intérêt ou 1% max. au bénéfice seul de la puissance publique et donc du peuple
    - Interdire tout impôt sur les citoyens, la création monétaire financera, et les besoins de fonctionnement de l’Etat (fonctionnaire etc...), et les besoins sociaux (CAF etc ...), sauf en cas de conflit, nécessité dans ce cas de ponctionner directement le peuple
    - Le seul impôt que financera le peuple sera l’inflation eventuellement engendrée par la création de sur-monnaie
    Vous voyez, c’est du concret, et contrairement à Attali, je suis pour la prospérité pour tous et l’intérêt général.

    Maintenant pourquoi le peuple est aussi aveugle : C’est simple, le peuple est superficiel, je reprends les mots de Mr Hillare qui commence à être lassé par la léthargie ambiante ...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox