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Une proposition concrète « en rupture » pour retrouver des possibles et sortir durablement de la crise

Introduction

De nombreux observateurs économiques considèrent que la crise dans laquelle nous sommes plongés va encore s’aggraver. La pression s’accentue sur le triple A de la France et certains affirment même que l’euro peut disparaître avant la fin de l’année !

Face à cela que peut on attendre de nos hommes politiques et de nos gouvernants ? Peuvent-ils s’accorder sur une politique qui nous sortira durablement de la crise ? Ce n’est pas certain.

Les analystes martèlent qu’il nous faudrait un pilote dans l’avion, une coordination des politiques économiques à un niveau au moins européen, une instance qui ressemblerait à donc à un ministère de l’économie européen. Nos gouvernants s’orientent-ils vers cela ? Probablement à long terme. Mais comme disais Keynes, à long terme nous serons tous morts !

Il faudrait aussi modifier les règles de la finance internationale, pour qu’une telle crise ne se reproduise pas. Pour favoriser l’économie réelle par rapport à l’économie virtuelle, rééquilibrer les revenus du travail par rapport à ceux du capital, réduire les inégalités qui se sont creusées ces dernières décennies. Nos gouvernants auront-ils la volonté et la force de s’engager dans cette réforme ? On peut en douter.

Aussi, en tant que citoyen nous avons le choix entre faire le gros dos, attendre patiemment que la crise se résolve plus ou moins bien naturellement, car comme disais Bernard Lavilliers dans une de ses chansons « tout finit par s’arranger, même mal », ou bien tenter « une sortie » par nous-mêmes pendant que les politiques et les gouvernants s’invectivent, polémiquent et s’agitent pour ne rien faire d’effectif.

Cette idée apparemment incongrue, est en réalité on ne peut plus sérieuse, concrète et réaliste. D’ailleurs j’affirme sans hésitation : il est possible, dès aujourd’hui de créer, à l’insu des politiques, des financiers, et des institutions nationales et européennes, un organisme qui fasse progressivement et simultanément fonction d’une banque centrale alternative européenne, d’une assurance économique et d’un ministère de l’économie et des finances de la zone euro. Et plus si affinités.

Cette proposition est déjà ancienne. Je l’ai publiée en septembre 1998 dans Le Monde dans un article intitulé : « 50 millions de francs pour changer le monde ».

Rappelez-vous, à l’époque, tout allait bien. En tout cas, par rapport à la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Lionel Jospin était Premier Ministre et nous étions dans la période de croissance économique qui a abouti à l’éclatement de la bulle internet. Bien sûr, nous ne le savions pas encore.

Pourtant, nous avions déjà plus de 2 millions de chômeurs en France, et nous étions déjà dans la pensée unique. Rien n’était réellement possible en dehors de, je schématise pour faire court, une politique néo-libérale dictée par les marchés. Lorsqu’une proposition, disons « sociale » pour simplifier, était émise, elle était automatiquement jetée aux orties parce qu’elle aurait créé du déficit, la fuite des capitaux et des cerveaux, et nous aurait tous ruiné in fine. Cette situation durait depuis environ deux décennies. Et déjà à l’époque les gouvernants ne faisaient rien. En effet, en 1984, Michel Albert publiait un libre où il affirmait que si rien n’était fait, nous aurions 4 millions de chômeurs en France en l’an 2000. Et effectivement, les gouvernements de gauche et de droite se sont succédés, et nous avons bien atteint 4 millions de chômeurs réels en l’an 2000. Donc, malgré l’agitation politique, rien n’avait été fait.

Mon diagnostic de l’époque était le même qu’aujourd’hui : Nous avions, nous avons, besoin d’un pilote dans l’avion. Nous avons besoin de mécanismes qui permettent de créer la primauté du politique sur l’économique, de manière à retrouver des possibles. Nous avons besoin d’un système financier qui soit au service des populations, et non l’inverse.

De mon point de vue, la théorie et les solutions proposées par Keynes étaient dans cette logique. Les mécanismes keynésiens étaient de véritables systèmes de pilotage de l’économie. Et je dis bien pilotage, et non simplement régulation. Ils ont été utilisés et ont bien fonctionné pendant une quarantaine d’année. Malheureusement, ils ont devenus inopérants à partir des années 70, car ils n’étaient efficaces qu’en système économique fermé.

Ainsi, mon article de 1998 introduisait le concept d’AMARE (Assurane Mutuelle d’Activité d’un Réseau Economique) qui permet en particulier de retrouver l’efficacité des mécanismes keynésiens dans un environnement économique mondialisé. Mais pour ce faire, un certain nombre d’idées reçues doivent être remises en cause, ce qui fait de l’AMARE un projet de « rupture ».

Je vous fais grâce des réflexions, analyses, expérimentations qui m’ont conduit à concevoir l’AMARE. Si vous le souhaitez, vous pourrez les trouver sur mon blog : http://www.jemenremetsavous.fr . Je vais me borner ici à vous décrire concrètement la structure et le fonctionnement de l’AMARE et en tirer les conséquences.

Principes de fonctionnement de l’AMARE

L’AMARE est une simple société commerciale, disons une société coopérative, dont les clients sont les coopérants. Elle propose un produit financier alternatif particulier et se développe normalement par le marché.

L’objectif de l’AMARE est d’assurer, au sens propre et au sens figuré, le développement, et l’on pourrait dire la prospérité économique de son réseau de clients, et par conséquent de piloter l’économie du réseau. Pour cela elle doit avoir une fonction de banque centrale, sans être pour autant juridiquement un banque, et une assurance économique sans être pour autant juridiquement une assurance, sinon elle serait soumise aux lois sur les banques et les assurances, ce qui lui empêcherait d’atteindre ses objectifs.

Pour résoudre cette quadrature du cercle, il faut donner à l’AMARE une structure de société d’échange marchandise. La société d’échange marchandise est la seule structure, à ma connaissance, qui permette de réaliser la compensation de comptes sans être juridiquement une banque ou une société financière.

Ainsi les clients de l’AMARE peuvent échanger des produits et des services par son intermédiaire sans transaction financière, les comptes client-fournisseur de l’AMARE faisant office de compte bancaire et de monnaie d’échange. Ces comptes peuvent être alternativement créditeurs ou débiteurs. L’AMARE peut s’apparenter à une véritable banque centrale, et non simplement à une société de négoce si elle possède plus que quelques dizaines de milliers de clients. Elle organise de fait des crédits client-fournisseur entre l’ensemble de ces clients. L’AMARE enregistre les transactions de ses clients et la gestion du système de dettes-créances. Par construction la somme des comptes est nulle, et par conséquent, il ne peut y avoir des comptes positifs que s’il existe des comptes négatifs. Les comptes négatifs sont aussi indispensables que les comptes positifs pour que la banque fonctionne, les crédits sont donc à intérêt zéro (pour éviter de dire « sans intérêt » dont le sens peut être pris différemment). Ainsi l’AMARE met à disposition de ses clients une monnaie interne libellée en Euro. En ce sens, c’est une banque centrale de la zone euro.

Cependant, jusque là, l’AMARE n’est qu’une banque parmi tant d’autres. Elle ne peut faire office d’assurance économique ni de ministère de l’économie.

Pour cela, il faut la doter d’un mécanisme d’assurance particulier. Avant cela, il faut remarquer que l’AMARE, en tant que société représentante de l’ensemble de ses clients peut elle-même être un de ses clients et donc posséder un compte « bancaire » en monnaie interne. De plus si l’on souhaite que l’AMARE puisse opérer des relances keynésiennes dans son réseau de clients, il faut qu’elle puisse disposer de ressources en monnaie interne. Aussi l’AMARE instaure une « cotisation d’assurance », (nous verrons plus loin pourquoi il est possible d’utiliser cette terminologie) en monnaie interne, de 0.5% par mois sur les comptes positifs. De manière très factuelle, tous les comptes créditeurs sont prélevés tous les mois de 0.5% de leur montant, en monnaie interne, donc sans transaction financière en monnaie européenne, et les montants sont versés au crédit du compte de l’AMARE. Grâce à ces ressources, l’AMARE peut en contrepartie élaborer des plans d’investissements concertés, et injecter ces ressources dans le réseau de client, ce qui lui permet de réguler, et de piloter l’économie du réseau. Elle assure ainsi sa stabilité et ses performances économiques, à la manière d’un plan de relance keynésienne.

Pour rendre ce service l’AMARE doit pouvoir rémunérer ses employés et couvrir ses frais. Elle facture donc à ses clients des frais de gestion, en monnaie nationale cette fois, pour un montant de l’ordre de 0.5% de chaque transaction, ce qui correspond effectivement à un taux de gestion bancaire.

Ainsi l’AMARE répond aux spécifications : c’est une entreprise qui se développe classiquement sur le marché, qui n’est pas soumise aux lois bancaires et sur les assurances, qui ne nécessite aucune autorisation de fonctionnement des instances nationales et européennes et qui pourtant rend un service intégré de mise à disposition d’une monnaie interne à ses clients, de veille stratégie des performances du réseau, d’élaboration et de mise en œuvre d’une politique de pilotage de l’économie du réseau, c’est-à-dire un service de ministère de l’industrie et de l’économie, et d’assurance économique.

Cet exposé factuel des principes de fonctionnement concrets de l’AMARE, amène trois questions principales. Premièrement, quelles sont les conséquences immédiates des principes de fonctionnement de l’AMARE ? Deuxièmement, quel sens profond ces principes véhiculent-ils. Troisièmement, la création d’une AMARE peut-elle être économiquement viable ? Autrement dit, y a-t-il une chance que l’AMARE trouve suffisamment de clients prêts à payer le prix du service qu’elle rend, et ainsi se développe au point de prendre une part substantielle du « marché monétaire » ?

Ce sont les questions auxquelles je vais répondre maintenant.

Quelles conséquences immédiates

Les principes de l’AMARE créent effectivement la primauté du politique sur l’économique, dans le sens où toute politique économique et sociale est automatiquement financée. Pour bien comprendre cela, il suffit réaliser une comparaison avec les pratiques actuelles.

Lorsqu'un Etat souhaite mettre en place la politique économique et sociale qui a été choisie, disons démocratiquement, par les citoyens, il emprunte sur le marché financier. Quelque soit son projet, par exemple, créer des autoroutes, développer les réseaux de communication, augmenter le budget de la recherche, de l'enseignement, ou à l'inverse de l'armée, donner de l'argent aux pauvres, ou à l'inverse aux riches, ce projet politique, de droite ou de gauche, coûte. Et pour le financer l’Etat doit emprunter. Dans notre système actuel, il devra alors rembourser le capital emprunté, plus des intérêts. Et la seule chose qui soit sûre, c'est qu'il devra rembourser plus qu'il n'aura emprunté. Ensuite, l'état injecte de l'argent dans son économie, sous forme de subventions, de prêts bonifiés, de prestations sociales, d'investissements publics, etc. selon la politique qu'il a choisie. Et il espère que la mise en oeuvre de sa politique va augmenter l'activité dans le pays, et par conséquent ses revenus fiscaux. Mais rien n'est moins sûr. Si l'argent qu'il a injecté sert à importer des biens de consommations chinois, à reconstituer des marges considérées comme trop faibles par certains patrons, ou alimenter des bas de laines divers et variés, l'activité réellement créée est trop faible et les rentrées fiscales escomptées, généralement assises sur le flux généré, ne sont pas suffisantes pour rembourser l'emprunt. Alors l'Etat peut être obligé d'emprunter pour pouvoir rembourser ne serait-ce que les intérêts de sa dette. On entre alors dans une spirale infernale. Le système est instable. Dans ce cas l'Etat n'a pas la maîtrise de sa politique.

Avec les principes de l’AMARE, le mécanisme est inversé.

En effet, lorsque l'Etat-AMARE veut mettre en oeuvre sa politique, il puise dans sa caisse, c'est-à-dire qu'il crée un déficit budgétaire, et vu la nature de cette monnaie-là, il ne devra rembourser que ce qu'il a emprunté. Ensuite, il injecte de la monnaie dans son économie. Comme la somme des comptes reste nulle et qu'il est lui-même débiteur, il met son économie globalement en crédit. Or cette monnaie est "assurée". C'est-à-dire que l'Etat perçoit une rentrée fiscale sous la forme de "cotisation d’assurance". Et cette rentrée fiscale est pratiquement proportionnelle à sa dette. Plus il est endetté, plus il a de rentrées fiscales. C’est le temps de remboursement qui reste constant. Sa dette est donc automatiquement remboursée. Si la politique choisie est intelligente, une petite dette permettra de créer beaucoup d'activité, et le "volant" de pilotage sera efficace. Si par contre la politique décidée est idiote, la dette sera bien sûr remboursée, mais elle n'aura pas créé d'activité, donc probablement pas réglé les problèmes. Cela aura été un coup d'épée dans l'eau. Dans ce cas le volant de pilotage aura été très peu efficace. Cependant le système est stabilisé, et toute politique, de droite comme de gauche, est automatiquement financée. La primauté du politique sur l’économique est réalisée. La pensée devient plurielle.

Quel sens inclus dans les principes de l’AMARE ?

Mais cette cotisation d’assurance qui permet de retrouver des possibles peut être interprétée comme un intérêt négatif. Vient alors à l’esprit la question : est-il légitime que l’intérêt soit négatif ? Ou à l’inverse, est-il légitime que l’intérêt soit positif ? Quel sens un intérêt négatif peut-il avoir ?

Traditionnellement, la justification de l’intérêt apparaît si nous considérons que l'argent que nous avons dans notre poche nous appartient, et que par conséquent il s'agit d'une propriété individuelle. Dans cette conception, lorsqu'on prête de l'argent à un tiers, on considère qu'on se sacrifie en mettant cet argent à disposition d'une tierce personne au lieu de se faire plaisir en consommant instantanément. Et le prix de ce sacrifice, ce sont les intérêts, positifs, que l'autre nous verse en plus du capital.

Mais cette interprétation des choses n'est ni juste ni économiquement nécessaire. Elle correspond simplement à une vision séculaire du monde. Une pure convention que les hommes ont adoptée à un certain moment de leur histoire. On pourrait tout ré-interpréter autrement.

En effet, avant que la monnaie ne soit inventée, la seule manière d'échanger consistait à faire du troc. Or le troc, très concrètement, c'est l'obligation de la consommation immédiate. Au cours d'un troc, on donne d'une main et on prend simultanément de l'autre. Et l'obligation de la consommation immédiate est très restrictive, car on n’est pas toujours intéressé par la qualité et la quantité de ce que l'autre a à nous offrir immédiatement.

L'apparition de la monnaie lève cette obligation contraignante. Or une caractéristique de la monnaie, c'est qu'elle est acceptée par tous. La monnaie, c'est la confiance dans les autres, dans le fait que les autres l'accepteront lorsque l'on souhaitera l'échanger, plus tard, contre un bien qui nous intéresse vraiment. La monnaie peut donc être interprétée comme une propriété collective. Surtout si c'est la collectivité qui garantit la confiance dans la monnaie, et par conséquence son acceptation par les tiers.

Dans cette vision, l'argent que nous avons dans notre poche est la propriété de la collectivité. La collectivité nous rend service en le mettant à notre disposition, ce qui nous permet de différer et d'organiser notre consommation à notre guise. Il est normal alors que nous rétribuions la collectivité pour le service qu'elle nous rend. Cette rémunération prend la forme d'un intérêt négatif, c'est-à-dire un prélèvement mensuel sur les comptes positifs, et peut être interprétée comme une cotisation d’assurance.

D’autre part, si l’on interprète effectivement les ressources de l’AMARE comme une cotisation d’assurance, on peut alors se demander ce qu’on assure. Une assurance classique est une assurance individuelle, dans le sens où si vous assurez votre maison contre l’incendie et qu’elle brûle, on vous rembourse le prix de votre maison. Dans le cas de l’AMARE, les évènements redoutés ne sont pas des évènements individuels. Il ne s’agit pas de la faillite d’une entreprise, par exemple. Ils s’agit d’évènements collectifs impliquant un grand nombre d’acteurs, comme une crise financière, ou la disparition d’une filière industrielle par exemple. Ainsi l’assurance de l’AMARE est une assurance collective. Ce qui est assuré a priori, c’est la disponibilité monétaire, la stabilité et la prospérité économique du réseau. Cependant, l’AMARE peut aussi assurer des risques individuels, comme le risque client, ou la garantie de service fournisseur. D’autres types de risques pourraient d’ailleurs être assurés. L’AMARE apparaît donc réellement comme une assurance économique collective et individuelle. Ce dernier point peut d’ailleurs garantir l’attractivité de l’AMARE à court terme. Car il faut garder à l’esprit que l’AMARE doit se développer par le marché et qu’elle doit donc aussi répondre à un besoin à court terme de ses clients.

Enfin on peut aussi interpréter l’intérêt négatif comme une taxe sur la monnaie.

Cette interprétation-là amène à la théorie de la monnaie « franche » de Silvio Gesell, publiée en 1911 dans sont livre « L’ordre économique naturel ».

Avant d'écrire un livre d'économie, Silvio Gesell était un homme d'affaire qui avait fait fortune en Argentine. C'était un libéral au sens premier du terme. Au sens où les prix résultent de la loi de l’offre et de la demande, et où le progrès résulte de la libre entreprise et de la libre concurrence. Il acceptait qu’un entrepreneur habile puisse gagner beaucoup d’argent si ses produits de qualité attirent de nombreux clients, mais il répugnait à ce qu’un rentier puisse gagner de l’argent simplement parce qu’il en possède. L'idée principale de son livre est la suivante.

Par l'analyse des pratiques économiques des siècles écoulés et de par sa propre expérience des affaires, Silvio Gesell constate que la loi de l’offre et de la demande est systématiquement déséquilibrée en faveur de la demande par la nature même de l’argent. Dans la relation d’échange économique, l’offreur apporte des produits, le demandeur de l’argent. Or, l’argent, tel qu’il est conçu aujourd’hui est inaltérable. L’offreur doit vendre sa production rapidement car son outil de production lui coûte même s’il ne vend pas (frais de stockage, maintenance, charges fixes, etc.) alors que l’argent du demandeur est « dématérialisé », il ne lui coûte rien s’il n’achète pas, au contraire. Le demandeur est ainsi toujours en position de force dans sa négociation avec l’offreur. D’une manière ou d’une autre l’échange finit par tourner à l’avantage de celui qui possède de l’argent. Il fait payer un tribut, une rançon, aux autres agents économiques. Celui-ci prend la forme d’une des composantes de l’intérêt. En effet, l’intérêt comprend le taux de gestion de l’argent, la prime de risque de non-remboursement, la prime à la hausse des prix, mais aussi le tribut exigé par le demandeur. Sur ces 4 composantes de l’intérêt, seule la quatrième n’apporte aucune contrepartie de service. Du coup, le simple fait de posséder de l’argent permet de gagner de l’argent gratuitement, et permet l’apparition des rentiers. Notre économie de marché actuelle est de fait une économie de rançons, où chacun cherche à se trouver dans une position dominante dont il pourra tirer financièrement parti. Silvio Gesell montre alors que les crises économiques, surchauffes et dépressions, sont les conséquences de l’institutionnalisation de ce tribut. Il explique aussi le mécanisme d’hyper-inflation, inconcevable à l’époque, qui est apparu plus de 10 ans après la parution de son livre. C’est ce qui fera dire à Keynes, dans “ La Théorie Générale ” que “ l’avenir aura plus à tirer de la pensée de Gesell que de la pensée de Marx ”. Bien des choses ont changé depuis, mais l’analyse reste pertinente.

C’est pour rééquilibrer le rapport entre l’offre et la demande, rendre la monnaie cohérente avec la matérialité des échanges et ainsi fluidifier l’économie que Silvio Gesell propose l’émission d’une monnaie “ franche ”, car affranchie de l’intérêt. Il s’agit d’instituer une sorte de droit de garde de la monnaie, de telle manière que le demandeur soit exactement aussi pressé d’acheter que l’offreur de vendre, et qu’ils soient ainsi sur un pied d’égalité. Pour être équitable, ce droit de garde est évalué par Silvio Gesell à environ 6% par an, soit 0,5% par mois. Il agit comme un intérêt négatif. Il est perçu par l’Etat. En effet Silvio Gesell ne peut pas envisager une seconde que l’émission monétaire puisse être contrôlée par un organisme indépendant de l’Etat.

En définitive, l’Etat, avec la monnaie franche, peut contrôler, de manière indépendante, la masse monétaire et la vitesse de circulation. En effet, l’instauration d’un droit de garde pénalise la thésaurisation et optimise ainsi la circulation de la monnaie. Elle doit permettre aussi de mieux contrôler l’inflation. En cas d’inflation, il est possible de diminuer la masse monétaire sans crainte de limiter par la même occasion la vitesse de circulation. La monnaie franche se trouve ainsi théoriquement affranchie de l’inflation.

En définitive, la monnaie de Silvio Gesell est cohérente avec l’économie physique, car l’intérêt négatif qui créé un coût de possession de la monnaie, est l’image des coûts de possession de produits réels.

Or un système financier fiable et équitable doit respecter les processus de l'économie physique. Le système financier traditionnel ne le fait pas. Il viole les lois de la physique, ce qui conduit à la virtualisation de l'économie et produit ainsi les catastrophes économiques et sociales que nous connaissons.

Ainsi le sens que la monnaie « assurée » de l’AMARE exprime peut se résumer ainsi : la monnaie est un bien collectif ; nous devons nous assurer contre des risques dont la responsabilité est collective et non simplement individuelle, et la finance doit être cohérente avec la physique de l’économie.

L’AMARE peut elle être une entreprise économiquement viable

Si j’avais une réponse affirmative et irréfutable à cette question, l’AMARE existerait déjà, car j’aurais déjà trouvé le financement qui m’aurait permis de la créer. On trouve toujours un financement pour créer une start-up rentable !

Cependant il y a des éléments de réponse qui montre qu’elle pourrait bien l’être.

L’AMARE est d’abord une société d’échange marchandise. Or il existe de nombreuses sociétés d’échange marchandise viables dans le monde. Mais ces sociétés ne peuvent pas être considérées comme des banques car elles n’ont que quelques milliers de clients et c’est trop peu pour que chaque client, acheteur ou vendeur, trouve ce qu’il souhaite dans le réseau de clients. Ainsi les dirigeants de ces sociétés doivent parcourir le monde pour trouver des clients ou des fournisseurs à leurs clients. Ces sociétés sont donc des sociétés de négoce, qui prennent par conséquent des marges de commerciaux, bien plus importantes que le taux de gestion d’une banque.

Par contre, il existe à ma connaissance, une société dans le monde qui soit une société d’échange marchandise et qui soit une banque, c’est la société suisse, WIR, qui possède environ 100000 clients, représentant, 20% des PME suisses. La société WIR est très profitable.

Ceci montre qu’une AMARE peut être a priori économiquement viable si elle possède au moins 100000 clients.

Cependant la société WIR n’a pas de monnaie « assurée », mais simplement une monnaie interne sans intérêt, ou à très faible intérêt.

La question se pose alors de savoir si le système « AMARE » utilisant une monnaie à intérêt négatif trouverait suffisamment de clients sur le marché pour se développer.

Là encore, il y a des éléments de réponses. Une monnaie « franche » sur le modèle de Gesell a été expérimentée en 1932 par le maire de Wörgl en Autriche, en pleine crise économique. Elle a été très bien été acceptée par la population et a permis de résorber le chômage de cette petite ville en quelques mois avant d’être interdite par l’Etat autrichien pour cause de violation du monopole d’émission monétaire. D’autre part j’ai personnellement expérimenté une monnaie « assurée » pendant 4 ans dans le SEL (Système d’Echange Local) que j’ai créé en 1995 à Saint Quentin en Yvelines. De nouveau, le système a été bien accepté vu les avantages qu’il apportait par ailleurs. Enfin, l’AMARE étant une réelle assurance, elle peut aussi assurer comme je le disais plus haut, des risques individuels comme le risque client, et en cela satisfaire un réel besoin a court terme.

Dernier point, a priori l’AMARE est aussi juridiquement viable. J’ai fait réaliser une première étude juridique qui le montre, et ce travail avec un cabinet d’avocat m’a montré, par la même occasion, comment faire pour qu’elle soit juridiquement inattaquable, tout en augmentant son attractivité économique.

En conclusion, l’AMARE permet de retrouver des possibles, elle véhicule un sens nouveau et il existe de sérieuses raisons pour qu’elle soit économiquement viable.

Pour en avoir la certitude, il « suffit » d’en élaborer le business plan. Cela implique un travail d’équipe pluridisciplinaire pour traiter les différents volets du business plan : stratégie, approfondissement du produit de banque-assurance, approfondissement juridique, marketing, sociologie des clients, plan commercial, plan de développement, recherche de partenariats, ingénierie financière. A mon avis, ce travail a un coût d’environ 300 000 euros.

Si nous étions capables, en tant que simples citoyens, de risquer collectivement cette somme pour couvrir le coût de ce business plan, nous obligerions nos gouvernants à penser autrement. Si nous pouvons montrer que l’AMARE, ou autre chose d’approchant ou équivalent, peut fonctionner et se développer simplement sur le marché indépendamment d’eux, nous mettrions une réelle pression sur nos gouvernants, nos banquiers et nos financiers. Et d’autres mondes deviendraient possibles.


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9 réactions à cet article    


  • BA 13 décembre 2011 14:07

    Pierre-Henri de Menthon pointe notamment le fait que les Français les plus riches réalisent des retraits et que cela se passe « loin des caméras, à l’abri des bureaux cossus des banquiers privés, ceux qui gèrent le patrimoine des grandes fortunes ! »

     

    Dans la vidéo ci-dessous, il est précisé :

     

    « Chez Pictet et Lombard Odier, deux grandes banques privées de Genève, les ouvertures de comptes par les Français se multiplient, des dizaines de millions d’euros affluent tous les jours. »

     

    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=_oEWxIkVA7o# !

     


    Nous sommes embarqués dans un grand bateau appelé « ZONE EURO ».

    Or, que voyons-nous ?

    Nous voyons les passagers les plus riches qui sont en train d’entasser leurs richesses dans des canots de sauvetage.

    Nous voyons les passagers les plus riches qui sont en train de fuir le bateau « ZONE EURO », pour aller mettre leurs richesses dans les banques privées suisses : la banque Pictet, la banque Lombard Odier, etc.

    Nous voyons les passagers les plus riches qui s’éloignent du bateau « ZONE EURO », et qui mettent à l’abri leur épargne en-dehors de la zone euro.

    C’est un signe qui ne trompe pas.

    C’est un signe qui montre que le bateau « ZONE EURO » est en train de couler.


    • Richard Schneider Richard Schneider 13 décembre 2011 17:26

      @ à l’auteur :

      J’ai trouvé votre article intéressant.
      Pourtant je me demande comment vous allez vous y prendre pour toucher un large public pour faire changer les choses : même pour quelqu’un qui s’y connait connaît un peu en économie financière, il éprouve quelques difficultés à bien comprendre votre démarche.
      Mais malgré ces (petites) réserves, vous avez le mérite d’interpeler beaucoup de gens qui ne voient plus par quels moyens ils vont pouvoir se sortir de cette nasse dans laquelle les « élites » les ont mises.

      • armand tardella armand tardella 13 décembre 2011 18:54

        J’avoue que je n’ai pas les idées très claires sur la meilleure manière de toucher un large public !

        La création du blog que je cite dans l’article en est un moyen.
        Je suis entrain de créer une association avec quelques amis pour promouvoir le projet et organiser des conférences débats.
        On m’a aussi conseillé de publier un livre avec le contenu du blog. Je vais probablement le faire.
        J’ai créé un compte twitter, mais je ne sais pas bien utiliser cet outil.

        Le sujet est complexe, et je ne vois pas comment l’expliquer en quelques phrases simples.

        Je suis déjà très heureux qu’Agoravox ait accepté de publier cet article.

        Pour toucher un large public, il faudrait intéresser les média. Mais pour intéresser les média il faut généralement quelque chose de concret. D’où la création d’une association.

        Ce n’est pas évident !! Aussi, je considère toute suggestion, et j’accepte toute aide.


      • Richard Schneider Richard Schneider 13 décembre 2011 19:18

        à l’auteur :

        Je vous souhaite bonne chance ...

      • henri1947 13 décembre 2011 18:44

        Cet article a le mérite de mettre à plat les relations économiques et financières qui déstabilisent l’Europe. Le seul problème c’est de le faire avaler à nos politiques surtout les libéraux qui ont tout verrouiller - m^me la démocratie. Voir les levers de bouclier lors de l’éventuel référendum grec.
        Commençons par viré Sarko. Espérons que les sociaux-démocrates allemands vireront Merkel. Après on pourra réver et commencer à reconstruire. Peut être .... Ce qui est sûr c’est que si on reste avec ces deux locomotives ... c’est foutu.


        • miska 13 décembre 2011 21:13

          je ferais plus simple : je m’inspirerais des Greenbacks


          Faisant rapport en Angleterre, on lui (benjamin Franklin) demanda le secret de cette prospérité dans les colonies, alors que la misère régnait dans la mère-patrie :

          « C’est bien simple, répondit Franklin. Dans les colonies, nous émettons notre propre papier-monnaie, nous l’appelons Colonial Script, et nous en émettons assez pour faire passer facilement tous les produits des producteurs aux consommateurs. Créant ainsi notre propre papier-monnaie, nous contrôlons notre pouvoir d’achat et nous n’avons au- cun intérêt à payer à personne. »


          • armand tardella armand tardella 14 décembre 2011 10:20

            Bien que je n’en connaisse pas tous les détails, je connais cette histoire, je pense que le projet AMARE est bien dans cet esprit, et que c’est la manière la plus simple aujourd’hui de faire (presque) la même chose.

            En effet, à l’époque les lois bancaires étaient plus souples. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’émettre de la monnaie de cette manière. D’ailleurs l’expérience de Wörgl que je cite a été interdite au bout de 14 mois de procédure, pour violation des lois bancaires, monnaie franche ou pas.

            A mon avis, la manière la plus simple de créer un système monétaire indépendant et juridiquement viable, est celle que j’expose.

            La différence avec les Greenbacks vient du fait que leur monnaie était « simplement » sans intérêt, alors que la monnaie de l’AMARE est « assurée » (pour ne pas dire à intérêt négatif« .

            Je pense qu’un nouveau système monétaire simplement à intérêt nul reproduirait à terme les crises et les désagréments que nous connaissons, pour les raisons que j’expose dans l’article.

            Et c’est ce qui crée la vraie difficulté du projet AMARE. Ce n’est pas une difficulté technique, car en détournant un peu un logiciel bancaire standard, ou le mettrait en oeuvre facilement. La difficulté est »humaine« , car cela nous oblige à changer notre manière de considérer et d’utiliser l’argent. Je simplifie en disant que pour tuer les spéculateurs, nous devons tous changer un peu.

            A mon avis, le projet AMARE, en insistant sur l’aspect »assurance économique« , ou » assurance monétaire", est conçu pour minimiser cette difficulté-là


          • ddacoudre ddacoudre 14 décembre 2011 01:31

            bonjour armand
            intéressant.
            je viens d’écrire les deux articles suivant qui apportent de l’eau à ton moulin.
            http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=106185
            http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=106203
            ddacoudre.over-blog.com .
            cordialement.


            • djea 14 décembre 2011 11:09

              Bravo ! prenez contact avec Paul Jorion, il fait beaucoup de conférence, a un gros carnet d’adresses ! Demandez-lui ce qu’il en pense et s’il peut vous aider.


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