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Accueil du site > Actualités > Environnement > « Avatar » en Guyane, Solidarité Saül

« Avatar » en Guyane, Solidarité Saül

 Au delà de la détresse des habitants de Saül qui s'inquiètent de leur avenir, c'est toute la Guyane qui est humiliée par la décision du gouvernement de François Hollande et de son ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, d'accorder ce permis d'exploitation à la société REXMA, à proximité du bourg.

C'est un beau cadeau empoisonné de nouvel an pour les Saüliennes et les Saüliens, merci Mr le Président, les générations futures vous en seront grâce.

En dehors du contexte politique délétère en Guyane et de la position colonialiste de l'Etat français, je souhaite vous éclairer avec des informations plus techniques recueillies auprès de spécialistes afin que votre soutient soit en toute connaissance de cause.

Au Journal Officiel de la République Française n°0288 du 11 décembre 2012 est paru l’arrêté ministériel en date du 26 octobre 2012 accordant par le Ministre du Redressement productif, un permis d'exploitation de mines d'or et substances connexes, dit « Permis Limonade », à la société REXMA sur le territoire de la commune de Saül en Guyane française.Il va concerner une surface d’exploitation de 120 hectares et 6,6 km de cours d’eau sur un permis se situant à moins de 3 km au plus près du village de Saül, au centre du massif forestier de Guyane. Ce territoire entre dans le périmètre concerné par la future zone de libre adhésion d’un Parc National, le Parc amazonien de Guyane créé depuis 2007.

Et il est accordé contre l'avis de la commission des mines, du maire de Saül et de ses habitants, du CA du Parc National de Guyane et de son conseil scientifique.
 
La localisation de ce permis à vocation aurifère se situe dans une zone non autorisée au développement d’activités minières par le Schéma Départemental d’Orientation Minière de la Guyane (SDOM), approuvé par leDécret n° 2011-2105 du 30 décembre 2011 et entré en vigueur au 1er janvier 2012. Ce document a ainsi reconnu ce secteur pour la richesse de ses enjeux patrimoniaux mise en évidence par la communauté scientifique à l’occasion des travaux d’élaboration du SDOM.
 
Ce permis se situe en effet au sein du massif forestier de Saül dont la richesse, mais aussi la vulnérabilité des patrimoines naturels, ont justifié son classement pour partie en zone cœur du Parc amazonien de Guyane.
Le périmètre du PEX est inclus en grande partie dans un des hauts lieux de biodiversité reconnus par la communauté scientifique à travers l’inventaire ZNIEFF. C’est une zone refuge possédant une biodiversité exceptionnelle et un endémisme élevé.
 
Or, l’exploitation minière alluvionnaire du lit majeur du cours d’eau de la Limonade, se trouvant au sein du périmètre du Parc national et à l’amont d’un bassin versant s’écoulant immédiatement vers la zone cœur de parc, est susceptible de porter atteinte à ses milieux naturels et aquatiques.
- Avec le risque de pollution en aval par débordements des barranques et de leurs matières en suspension ; l’examen du dossier a d’ailleurs relevé l’absence de garantie quant à la maîtrise de l’hydraulique et des rejets sur le chantier, notamment en période de crue.
- Avec le risque d’apports en mercure et sa méthylation dans les milieux aquatiques en aval que présente une telle exploitation, qui est demeuré insuffisamment considéré dans l’étude d’impact. L’importance des apports mercuriels liés à la mobilisation par lessivage du mercure présent naturellement dans les sols guyanais a été démontrée par plusieurs travaux scientifiques[1]. L’exploitation de l’or alluvionnaire de la crique Limonade va générer le terrassement de plus 3,6 millions de m3 de sédiments, soumettant ces sols à une érosion accrue, dont 600 000 m3 de sédiments minéralisés qui seront lavés en vue de l’extraction de l’or. 
 
La solidarité écologique entre la zone d’adhésion et le cœur du parc est un point fort de la Loi de 2006 relative aux Parc nationaux et votée à l’unanimité par l’Assemblée Nationale. Cette solidarité implique des apports mutuels entre ces deux zones : si le cœur du parc, ses paysages intacts, sa biodiversité exceptionnelle contribuent à la qualité de vie et à l’attractivité touristique de la zone d’adhésion, réciproquement les actions de développement en zone d’adhésion se doivent de ne pas porter atteinte au cœur de parc.
 
Par ailleurs, ce permis minier va donc venir compromettre durablement la politique de valorisation touristique de la commune de Saül.
En effet, cette commune de l’intérieur, porte d’entrée du Parc National, est aujourd’hui engagée dans une politique de développement durable, basée sur la mise en valeur de ses patrimoines régionaux, tant naturels que culturels.
 
Afin de préserver le cadre de vie de ses habitants, les atouts patrimoniaux de son territoire sur lequel se fondent les investissements passés, actuels et futurs pour son développement économique et social, la commune s’était prononcée défavorablement à l’implantation de tout permis d’exploitation minière dans un périmètre réduit de 10 km autour du village, par délibération du Conseil municipal en date du 29 janvier 2008. Cette position de la commune a encore été réaffirmée récemment et la grande majorité des habitants de Saül s’est mobilisée par une pétition adressée au Préfet de Guyane en date du 11 décembre dernier en faveur du respect de cette délibération. Voir la pétition en ligne
 
L’exploitation aurifère envisagée par la société Rexma est une mise en valeur à court terme d’une ressource non renouvelable. Parmi les atteintes à la biodiversité, aux milieux aquatiques et au paysage qui résulteront de l’exploitation, certaines seront temporaires mais la plupart marqueront durablement l’environnement. L’attractivité de Saül, son image de porte d’entrée du Parc amazonien en sera durablement compromise.
 
Le projet de territoire de la commune de Saül est au contraire déjà fortement engagé en faveur de la valorisation durable d’un espace naturel et culturel préservé et de ses richesses, axée notamment sur le développement d’un tourisme adapté.
Cette stratégie de développement s’inscrit en cohérence avec les vocations de ce territoire d’exception classé en Parc National. Le Parc amazonien de Guyane a en effet été créé pour la protection et le rayonnement de la forêt guyanaise et de sa biodiversité exceptionnelle, et pour promouvoir son développement durable.
La commune entend en effet s’orienter vers un développement local fondé sur les patrimoines locaux. Celui-ci se traduit dans le projet de Charte du Parc amazonien de Guyane, en orientations de protection et de développement économique. Les élus communaux ont récemment donné un avis favorable à cette Charte. Celle-ci est conduite en concertation avec les acteurs du territoire, professionnels, élus, habitants. La Charte n’exclut pas l’exploitation des ressources non renouvelables telles que l’or, mais cette exploitation ne doit pas compromettre la valorisation à long terme des patrimoines naturels et culturels du territoire et son développement durable. Par ailleurs un plan d’aménagement forestier sur la commune de Saül est en cours de rédaction par l’Office National des Forêts pour une gestion durable des ressources forestières et le soutien au développement local d’une filière bois de proximité.
 
Sur l’environnement proche de Saül, des investissements très conséquents ont déjà été déployés en soutien au développement local durable, témoignant d’un choix clair de privilégier tout particulièrement le développement de l’écotourisme.
- Ainsi le village de Saül bénéficie pour son développement d’un réseau de sentiers pédestres permettant la découverte de ce haut lieu de la biodiversité amazonienne. 
- De même, le projet en cours de construction d’un carbet communal, vitrine des savoirs faires locaux et de mémoire collective
- En parallèle, des dispositifs de professionnalisation et de formation des acteurs locaux reçoivent des financements conjoints Etat et Europe, auxquels s’associent ceux de la Région Guyane pour la filière touristique.
- Par ailleurs, la commune est actuellement engagée dans un processus visant à agréger l’ensemble de ses projets de préservation et de valorisation de ses patrimoines à travers une candidature au label Pays d’Art et d’Histoire (Conseil municipal du 13/11/2012).
 
C’est ainsi toute une dynamique de développement autour de ces activités d’écotourisme et de tourisme culturel qui pourra se mettre en place, induisant des emplois et un renouveau économique, sans porter atteinte aux formidables éléments des patrimoines sur lequel elle repose.
 
L’avenir de Saül, son incomparable richesse, c’est l’attrait de ce patrimoine naturel et culturel guyanais, préservé de manière harmonieuse et cohérente. Par son accessibilité, c’est la possibilité pour le grand public d’accéder à ce territoire d’exception que représente le Parc amazonien de Guyane. C’est aussi l’attraction qu’exerce la forêt amazonienne sur la communauté scientifique, et la perspective pour Saül d’être la porte d’entrée d’un laboratoire naturel ouvert, de renommée internationale, avec des retombées.pour la Guyane et la France.
 
Au regard de ces éléments d’argumentaire synthétisés ici :
 
·  Au cœur d’un massif forestier riche et original, à forte valeur patrimoniale, mais également très vulnérable où s’impose la considération des solidarités écologiques ;
 
· Parce que l’exploitation aurifère se trouve en amont immédiat du cœur de parc national et que les cours d’eau sont le principal vecteur des risques environnementaux liés à l’exploitation minière ;
 
· Parce que ce projet, par sa proximité avec le village de Saül, vient en opposition totale avec les engagements politiques locaux et les investissements importants déjà consentis en faveur d’un développement local et durable basé sur la valorisation touristique des patrimoines naturels et culturels de cette commune ;
 
·  Et compte-tenu des avis convergents et défavorables exprimés par plusieurs acteurs , collectivités et les habitants de Saül sur ce projet ;
 
·  Et enfin au regard du zonage définit par le Schéma Départemental d’Orientation Minière de la Guyane en vigueur, qui interdit dans ce secteur toute activité minière pour les motifs environnementaux mentionnés précédemment ;

Il nous convient de demander l'annulation de ce permis d'exploitation et demander à l'Etat de respecter ses engagements et la population guyanaise.

   Cette décision est incompatible et contradictoire avec le discours politique affiché par le Président de la République lors de ses voeux à l'Outre-Mer.

Vu le silence de la classe politique guyanaise et le manque de transparence de l'Etat, il nous faut une mobilisation citoyenne massive et continue et apporter notre soutien à Herman Charlotte et son conseil municipal.

José GAILLOU
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4 réactions à cet article    


  • Hervé Hum Hervé Hum 8 janvier 2013 15:28

    Cet article ne me surprend guère.

    Cependant, parler de développement touristique en Guyane m’a toujours fais sourire. Et fait sourire tous ceux qui connaissent bien la Guyane. Je me souviens de ces cabinets d’experts pondant des rapports à 20 ou 30 000 euros pour faire fonctionner l’usine à gaz. Le seul tourisme de la Guyane sont les familles des fonctionnaires. En effet, comparativement au Brésil, pays voisin, la Guyane souffre d’un rapport de compétitivité trop défavorable et insurmontable. Sauf à paupériser la Guyane, mais cela signifierai sa perte pour l’Etat français et un état de guerre civile en Guyane non propice au tourisme et finirait de plonger les territoires de l’intérieur dans le chaos absolu.

    Le seul argument touristique valable dans les conditions actuelles est la continuité territoriale. Autrement dit, d’être toujours en France.

    Cependant, il existe un autre argument potentiel au développement touristique de la Guyane et c’est précisément l’or. En effet, le mythe de la ruée vers l’or pourrait être exploité pour attirer le touriste (étasunien notamment) en Guyane et dans la périphérie du parc Guyanais.

    Mais est il possible d’imaginer une « ruée vers l’or » ayant un impact contrôlé sur l’écosystème ?

    En tous les cas, la rentabilité du kg d’or serait bien supérieure et sur un plus long terme.

    Bon, je le souhaite pas, c’est juste pour dire que les idées ne manquent pas...


    • Hervé Hum Hervé Hum 8 janvier 2013 17:30

      Hum, petite précision, parlant de tourisme, la ruée vers l’or doit être vue avant tout comme un parc d’attraction et non comme une ouverture pour des chercheurs d’or véritables, car ces derniers sont déjà sur place !

      Les touriste chercheurs d’or auraient l’avantage de chasser les vrai chercheurs d’or en leur proposant de les recycler en guide pour touristes chercheur d’or !


    • Luc-Laurent Salvador Luc-Laurent Salvador 9 janvier 2013 04:30

      Merci pour cet article.
      Je soutiens totalement ce combat.
      J’espère que la justice prévaudra, même si cela semble improbable tant la loi semble être le cadet des soucis des décideurs...


      • Rémi Manso Manso 12 janvier 2013 07:19
        Les autorités locales et métropolitaines sont tellement obsédées par le chômage qu’elles en sont arrivées à accepter les projets les plus anti-écologiques qui soient : forage au large des côtes, orpaillage à l’intérieur des terres. C’est une course sans fin que « nous » sommes sûrs de perdre. La Shell a fait miroiter des emplois qui ne correspondent même pas à 6 mois de naissances... 
        Si nous voulons que la Guyane, la forêt amazonienne, les amérindiens et la faune sauvage puissent survivre, nous devons maîtriser la cause de la pression humaine sur le milieu, à savoir la démographie galopante : il faut tout de même savoir que le taux de fécondité de la Guyane (3,4 enfants par femme) est le plus élevé de TOUTE l’Amérique du sud...
        Et les guyanais ne sont évidemment pas plus prolifiques que leurs voisins brésiliens ou surinamiens. Seules les prestations familiales sont en cause : sous les tropiques elles sont un fléau.
        Il faut bien entendu contrecarrer ce projet écocide, et entre autre signer la nouvelle pétition sur le site des cyberacteurs, mais sur le long terme, la seule issue est la démographie responsable.

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Auteur de l'article

José Gaillou

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