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Accueil du site > Actualités > Environnement > Jannât : Citoyen de Nature

Jannât : Citoyen de Nature

logo jannat Je vous propose de découvrir Alexandre DUMONT, Vice-président de l’association Jannât, naturellement engagé, au travers d’un petit reportage entre rêves et réalités. Rencontre avec un passionné conscient des difficultés mais déterminé à changer le cours des choses.

Un rendez-vous avec l'association se mérite ! Non pas que j'ai mis du temps à les rencontrer ; non. Mais le lieu est insolite. Direction le promontoire de la baie de Canche. Lui aussi se mérite... Je regrette dès les premières minutes d'avoir sauté le petit-déjeuner... Forcément aujourd'hui le soleil cogne...

Une fois arrivée, je l'aperçois. Lui, frais comme un gardon, moi, haletant comme un ours polaire perdu dans le Sahara. 

Posé sur le promontoire en bois, chapeau en cuir australien sur la tête, contemplant la baie et la forêt ; on peut dire que le décor est planté.

L’accueil est chaleureux, un grand sourire aux lèvres mais il ne perd pas de temps. De suite, on rentre dans le vif du sujet.Un peu plus de deux ans d’existence seulement pour cette association mais déjà un parcours surprenant, on comprend pourquoi. 

Alexandre DUMONT

Vous êtes très jeune pour être Vice-président d’une association… On est loin du cliché du jeune, inactif, toujours à la fête. Pourquoi tant de bénévolat dans votre vie ?

Je vous rassure parfois j’aime ne rien faire ! La lecture et la musique sont mes exutoires car l’écologie c’est pas de tout repos ! Simplement je ne veux pas que l'histoire de nombreux animaux soit lue à mes enfants comme une élégie. 

Pourquoi tant de bénévolat… La question que l’on devrait se poser est : face à ce monde, comment peut-on rester inactif ? Il y a tant de problèmes, il faudrait bien plus que la volonté de quelques uns pour changer les choses. Il faudrait plutôt aller réveiller les gens qui ont constamment les fesses posées sur un trottoir à regarder le temps passer, à dire ou faire des âneries. De mon point de vue, ce sont eux qui sont « hors normes », pas moi.

Cette idée de créer votre association d'où vous est elle venue ? Des associations écolos il y en a pourtant... Une de plus ? Vous n'aviez pas peur de faire doublon ?

Non. On a étudié la question justement avant de se lancer. Stéphane (Stéphane DEVILLERS Président de l’association Jannât) et moi n'avons pas fait ça sur un coup de tête. Vous savez dans le triangle Dunkerque, Boulogne, Saint-Omer c'est un peu le No Man's Land pour les écolos... Du côté de Lille le concept existe, oui ; mais sous d'autres formes et ils ne sont pas… « aventurer ! » ici. Mais même ici par exemple, sur ce site, on gère notre patrimoine naturel, on le « bichonne ». Mais les villes, les villages ? Qui s’en occupe ? Nous ne faisons pas dans la gestion des sites naturels. Nous voulons recréer la Nature, inviter la biodiversité dans les jardins, dans les villes et aussi dans les campagnes en s’adaptant au budget et aux limites de chacun. C'est là toute la différence.

Très bien. Et vos champs d'actions ? 

Notre premier projet a été l’école Stephenson de Calais. Une cour… tout simplement horrible pour un amoureux de la Nature ! Entièrement bétonnée. Rien, pas même une de ces fameuses « mauvaises herbes » (il insiste sur les guillemets). On y a recréé un jardin au naturel. Mais on intervient aussi avec les communes, les CLSH, les IME...

On fait également parti de la trame verte et bleue. La Nature parcellisée… C’est tout simplement une hérésie !

Mais le but premier de l'association est d'intervenir dans les écoles. C'est là, je pense, où l'on a le plus besoin de nous. 

Je vous interromps. Pourquoi ?

Parce que ce sont nos enfants qui vont, très prochainement, être acteurs dans cette société, dans ce pays. Il faut que nous puissions leur offrir une éducation environnementale solide. Pour qu'il puisse par la suite vivre et agir en pensant à notre planète avant de penser à des envies, des pulsions, liées à cette société de consommation qui entrave quotidiennement le maintien de l'équilibre naturel.

Mais les adultes dans tout ça ? Nous sommes, nous, les acteurs de cette société, ne faut il pas agir maintenant pour notre planète avant qu'il ne soit trop tard ? 

Bien sûr c'est pour cela que nous passons par les enfants. Il est plus facile de convaincre un parent de trier ses déchets, de faire du jardin au naturel lorsque c'est son enfant qui le demande. Imaginez ! Je débarque chez des habitants lambda. Je leur parle éco-consommation, consom'acteurs, développement durable, énergies renouvelables... La majorité me fermera la porte au nez, dans ceux qui me laisseront entrer, il y aura ceux qui, in fine, auront pensé à leur liste de course pendant que je parlais, ceux qui auront écoutés mais qui après une nuit de sommeil auront tout oublié et les autres qui abandonneront au bout de deux jours.

Alors qu'un enfant va solliciter ses parents sans cesse. Ils auront en plus la possibilité de se créer une activité familiale enrichissante ! Ça changera de la télé et de ses programmes hypnotisant ! Si un jour Jannât réussi à faire comprendre qu’il est plus important de cultiver un jardin et de tisser des liens familiaux, sociaux, plutôt que de regarder secret story, pour ne citer qu’elle, la tête dans les chips ; alors ce jour là on aura réussi quelque chose de grand !

Je sens dans votre discours un objectif bien plus grand que celui de créer un jardin dans une école... non ?

Nous n'avons pas, avec mon collègue, la capacité de changer le monde. Nous en sommes conscients. Mais je pense qu'intérieurement nous en rêvons tous les deux. Vivre dans une société plus intelligente, plus respectueuse de la Nature mais aussi de la Personne car aujourd'hui c'est aussi l'individu qui est menacé. 

Nous avons la chance d'être complémentaire. (Stéphane est diplômé d'un BPJEPS animation environnement et patrimoine ; Alexandre est titulaire d'un DEUST aménagement environnement et conseiller en écologie) chacun apporte sa touche de folie dans les projets mais tous nos "délires" ne peuvent être réalisés.

Nous voulons tout simplement, non pas revenir en arrière, mais faire admettre aux gens, à la société, aux décideurs que nous avons commis des erreurs. Moi-même aussi. Je suis devenu écolo vers 13/14 ans seulement. Je ne suis pas né avec des graines et des insectes dans les poches. Mais à un moment chacun d’entre nous doit se remettre en question. On se le dit tout le temps avec Stéphane, ne jamais être fier et sûr de son projet. Comme on se le répète souvent : « nous sommes et nous resterons à jamais des amateurs ».

Nous voulons pousser les enfants et les adultes à ces réflexions et qui sait peut-être reprendront ils le flambeau ou s’engageront ils à nos côtés.Il faudrait que chacun ait au moins réfléchis une fois au concept de la résilience.

Vous êtes donc des ambassadeurs de la Nature, de l’écologie en général plus que de simples jardiniers au service de la Nature comme vous vous décriviez lors de notre premier contact. Je me trompe ?

L’écologie ne s’arrête pas aux carrés de jardin que nous créons.

Mais non… Nous voyons les choses différemment. Nous préférons que les enfants soient nos ambassadeurs.

Car eux seuls sauront portés le discours au sein de leur famille. Et c’est le plus important pour nous. Toucher au travers des enfants le plus de gens possibles car ce n’est pas la vie d’un simple insecte à l’autre bout du monde qui est en jeu mais l’équilibre de planète. Sans parler des catastrophes naturelles et des déplacements de populations que cela va engendrer. Imaginez un instant. Je vois des gens pester contre les quelques immigrés que nous avons ici et là. Quel sera alors le discours qu’ils tiendront mais surtout quelle sera leur réaction quand nous parlerons alors de déplacements de millions de personnes.

Comment alors transmettez-vous toutes ces choses aux enfants ? Cela ne leur semble-t’il pas lointain ?

Avec les enfants nous partons de la base d’un jardin à l’école, d’un parc municipal comme à Marquise (L’association aménage un parc municipal sur une durée de trois ans avec les enfants et les jeunes de la ville) à partir de ça nous leur faisons d’abord découvrir les plantes, les bestioles, l’eau, les déchets. Tout ceci sous forme de jeux. Ils ne se rendent pas compte qu’ils emmagasinent un paquet de connaissance. Et puis le jeu permet de toucher tous les enfants contrairement à un apprentissage plus classique, plus scolaire qui laisse certains enfants de côté.

Et puis surtout, une fois que l’on a retiré de chacune de nos animations telle ou telle connaissance, nous les rassemblons avec eux puis on met tout dans une chaîne alimentaire, un réseau de vie. On leur montre que tout est lié ! Et que l’homme a un rôle dans ce réseau et a, par conséquent, le devoir de ne pas entraver son bon fonctionnement.

J’entends souvent des gens me faire la réflexion : « ho mais mon enfant est trop petit, il sait pas, il ne peut pas savoir ! C’est pas grave ! »

Et bien si : pour moi c’est grave ! Certains enfants, il rectifie, beaucoup d’enfants ne savent pas : différencier un insecte d’une araignée, le rôle d’une abeille, les besoins d’une plante… ils ne savent pas reproduire un geste simple… Alors quand il s’agit de réfléchir…

Alors je suis désolé mais oui c’est grave !

Après tout dépend ce que l’on veut en faire de nos enfants. Est-ce que l’on veut qu’ils deviennent des êtres réfléchis et capable de réfléchir, ou des individus tout juste bon à répondre « oui » et à appuyer sur un bouton, sans se poser de questions, sans en connaitre les conséquences ? Nos enfants doivent ils devenir des êtres individualistes ou doit-on leur apprendre la solidarité, le partage ?

Vous leur transmettez donc des valeurs aussi.

Mais cela va de paire ! On ne peut pas dissocier l’écologie de certaines valeurs. Être écolo ce n’est pas acheter un paquet de pâtes de la marque Bio Auchan ou Bio carrefour. Être écolo, c’est être conscient des problèmes qui nous entoure et des conséquences qu’ont chacune de nos décisions et de ce fait, agir pour diminuer chacun de nos impacts.

Vous êtes très engagé…

Nous menons de front plusieurs combats. Je travaille avec la LPO, le muséum de Paris, d’autres associations pas uniquement tournés vers l’écologie. Nous avons conscience des problèmes qui nous entourent.

Et puis, nous avons reçu une éducation solide de nos parents, ils nous ont transmit des valeurs, nous les respectons. Pas par automatisme parce que nous les trouvons justes.

Et oui ! Nous pestons contre l’énergie nucléaire et Mr AREVA qui se moque complètement des conditions de travail de ses ouvriers dans les mines et tous ces déchets enfouis sous terre, comme un tas de miettes que l’on glisse sous le tapis, et le financement publique des flottes de Mr Intermarché qui va pêcher en eaux profondes. Quand en plus, il passe son spot publicitaire avec sa « merveilleuse flotte de pêche » oui tout ceci a le don de nous agacer. Et croyez-moi ! J’en passe et des meilleurs n’est ce pas Mr BP ?

Nous préférons l’énergie propre, consommer des produits bio locaux, s’investir personnellement dans des actions concrètes en faveur de l’environnement.

Ne vivez vous pas dans une utopie ?

Je déteste ce mot ! Pour moi il a été inventé pour empêcher les gens à croire en leurs rêves, les empêcher de réaliser un projet rendant le monde plus juste, plus humaniste.

Il y a un tas de choses que l’on peut faire avec les écoles, les villes, le département. Il faut le vouloir, s’engager, travailler les weekends et certains soirs parfois ; c’est vrai. Mais qu’importe ! Le résultat est là !

Sans être payé en plus !

C’est évident. Mais l’argent ne m’intéresse pas. Je ne veux pas être riche. J’ai d’autres objectifs dans ma vie bien plus intéressants.

Vous savez quand avec Stéphane on a vu un enfant s’émerveiller devant une coccinelle car il n’en avait jamais vu ! On a compris que l’on avait du pain sur la planche ! Et on était surtout très heureux d’avoir participé à sa découverte et de lui avoir fait comprendre l’importance de la moindre petite plante. Nous n’avons pas créé l’association pour nous remplir les poches.

Parlez-moi un peu de ce que vous proposez en aménagements. Comment transformez-vous un site pour en faire un coin de nature ?

Prenons l’exemple de l’école Stephenson. Nous y avons créé un jardin au carré. 4 bacs à hauteur des enfants d’un mètre de large. On a agrémenté le jardin de jardinière, de plantes grimpantes. Le sol a été couvert de caillebotis. On a placé des plantes grimpantes sur les murs pour donner une utilité à ce mur en briques rouges. Avec les enfants nous avons également posé des nichoirs, des abris à insectes, des plantes dépolluantes dans les classes, on a également créé un toit végétal.

Un toit végétal à Calais ? Une première ! Vous êtes un précurseur !

C’est vrai qu’à Calais c’est nouveau… Je veux montrer aux gens, aux élus que l’on peut faire de chaque défaut, quelque chose d’utile et de beau. Le but à travers ce toit est simple. Chaque construction humaine prend sur la Nature. Il faut lui rendre de que l’on prend. En créant des murs et toits végétalisés, on annule cette empreinte paysagère. En plus, on participe à l’amélioration de la qualité de l’air dans nos villes, et donc, à notre qualité de vie.

Mais précurseur non ! Regardez en Islande ! On distingue à peine une porte ou une fenêtre parfois ! On est petit comparé à eux ! 

Septembre approche ! C’est l’heure de la reprise pour vous ! Quels sont les projets pour cette nouvelle saison ?

Nous allons intervenir à Croix dans une école, le projet Eco-Parc à Marquise continue. Pour la suite, nous sommes en discussion avec Guînes, Fiennes pour des projets jardin et Calais pour un projet de trame verte et bleue.

Puis, récemment, on s’est associé avec Denis Geerardhyn, un maraîcher bio à Offekerque. Nous travaillons avec lui et avons créé un accueil paysan. On pourra y accueillir les scolaires et y monter notre club nature CPN ( fédération des clubs connaitre et protéger la Nature ».). Mais aussi les IME et les personnes souffrant d’un handicap car pour nous ils est obligatoire de rendre l’éducation à l’environnement accessible à tous.

D’ailleurs j’y pense ! Denis y fait des paniers et de la vente direct de ses produits bio. Niveau circuit court on ne fait pas mieux. Parlez en autour de vous, à des directeurs de grandes surfaces ou à Mr Monsanto ! Ils vous diront, eux, que c’est une utopie ! 

Si l’on ne croit pas en ce mot, c’est que notre esprit s’est perdu en route. Alors un conseil, faîtes demi tour !


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3 réactions à cet article    


  • armand 17 août 2011 18:23

    Merci , article essentiel !


    • Roland Gérard Roland Gérard 17 août 2011 19:44

      bravo pour votre article et ce travail de base si nécessaire. J’espère qu’on se rencontrera un jour dans les réseaux de l’EEDD, ça ferait plaisir de vous voir le 28 octobre http://www.cfeedd.org/papyrus.php?menu=39


      • Piotrek Piotrek 18 août 2011 11:29

        Je me suis dit en lisant le titre : « Et allez, encore des gus qui vont nous caler un discours pseudo-politique derrière un sapin » J’étais pret à glousser derrière mon clavier.

        Et bien non ! Excellente initiative et merci de m’avoir fait connaitre les CPN

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