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L’homme a toujours été violent et anti-écologique

Ce n’est pas nouveau de savoir que si l’Homo sapiens a gagné la grande bataille de l’évolution humaine, c’est parce qu’il a su mieux exploiter les ressources naturelles. Mais pour le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, c’est une occasion de s’insurger comme une prétendue "vision politiquement correcte et idéalisée des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire".

Il y a environ 200 000 ans en Afrique, il y aurait existé beaucoup d’espèces d’hominidés. En quelques sortes, des espèces humaines avant l’homme moderne, l’Homo Sapiens. Peut-être une dizaine dont l’homme de Neandertal.

D’un point de vue intellectuel, c’est assez enivrant de savoir cela, d’imaginer qu’il y eut plusieurs germes, plusieurs pousses d’espèces humaines, vaguement parallèles, du moins du point de vue génétique si ce n’est chronologique, et que, finalement, une seulement a survécu, l’Homo sapiens, commencée comme homme de Cro-Magnon.


Et si nous n’étions pas seuls sur Terre ?

Si plusieurs germes avaient survécu, on aurait alors pu imaginer une multi-humanité. Sans doute encore plus de problème de discriminations (des hominidés plus privilégiés que d’autres), et peut-être même, un plus grand degré d’appartenance chez les Homo sapiens, quelles que soient les petites différences quasi-invisibles génétiquement comme la couleur de la peau, des cheveux, des yeux, la forme du nez etc. Y aurait-il eu plusieurs sociétés parallèles, avec des niveaux d’intelligence différents ou similaires, une indifférence entre espèces ?

Des questions aussi inutiles que n’importe quelle masturbation intellectuelle, puisque, au final, seul l’Homo sapiens a subsisté.


Pourquoi nous et pas eux ?

La question scientifique essentielle, c’est de comprendre pourquoi toutes les autres espèces d’hominidés ont disparu, et en particulier, pourquoi l’homme de Neandertal a disparu alors que pendant quelques milliers d’années, il fut contemporain des premiers hominidés Homo sapiens. Une exposition récente au Musée de l’Homme avait abordé en automne 2006 ce thème crucial.

On a cherché beaucoup de raisons à ces disparitions, notamment des transformations climatiques (mais on a aussi démontré que les Néandertaliens avaient survécu à pas mal de grosses variations climatiques) ou encore la chute d’une météorite.


Réponse assez banale

Pourtant, la réponse semble aussi ordinaire que pour n’importe quelle autre espèce du règne animal : lorsque deux espèces sont en concurrence dans la même niche écologique, à terme, l’une d’elle disparaît face à l’autre. S’efface derrière l’autre.

C’est sans doute ce qu’il se serait passé avec l’homme de Neandertal et l’Homo sapiens.

Les Homo sapiens ont su mieux utiliser à leur profit l’écosystème dans lequel ils vivaient. C’est à partir de la colonisation de l’Europe par les Homo sapiens que de grandes espèces mammifères ont disparu comme l’ours des cavernes. Notre espèce humaine a su exploiter très efficacement son environnement animal et végétal.

En sachant mieux chasser, par exemple, l’Homo sapiens a rendu plus difficile la chasse des Néandertaliens voués à la famine. En sachant mieux se servir d’outils, il a pu mieux se défendre voire mieux attaquer les autres espèces d’hominidés.


Le péché originel ?

L’homme de Neandertal ne serait donc pas disparu uniquement par une moindre faculté concurrentielle face à l’Homo sapiens, mais sans doute aussi par le fait de quelques massacres provenant de ce dernier.

Notre espèce humaine ne serait donc pas toute innocente dans sa victoire sur l’évolution. D’ailleurs, c’est un peu normal quand on évoque la sélection naturelle.

On parle même de pratiques de cannibalisme dans certaines régions où on a retrouvé des os rayés par des outils pour enlever la chair humaine et qui n’ont rien d’un élément de rituel funéraire.


Rien de révolutionnaire

Tout ce qui je viens d’évoquer n’a rien de très nouveau et semble même plutôt la pensée majoritaire actuellement.

C’est même très commun de penser que l’Homo sapiens, dès le début de son apparition, a su exploiter au mieux toutes les ressources naturelles dont il a cherché la maîtrise, et a toujours voulu coloniser son environnement, en allant en Australie et même sur la Lune, peut-être dans quelques décennies, sur Mars.

Que c’est sans doute seulement depuis une quinzaine d’années que les humains ont pris conscience qu’à force d’exploiter sans réfléchir toutes les ressources terrestres, notamment le pétrole, il pourrait y avoir de gros problèmes pour le futur de l’humanité et qu’il s’agirait, d’une part, de prendre en compte cette gestion de fin de stocks, et d’autres part, de limiter tout ce qui pourrait dépraver l’environnement.


Pourquoi donc Jean-Jacques Hublin s’insurge-t-il ?

Mais alors, comment expliquer que le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin veuille en faire comme un élément nouveau dans la pensée sinon pour vendre avant les fêtes de Noël un peu mieux son nouveau livre co-écrit avec Bernard Seytre "Quand d’autres hommes peuplaient la Terre, Nouveaux regards sur nos origines" (éd. Flammarion) ?

En effet, dans le dernier numéro de "Sciences et Avenir" (n°742 de décembre 2008), Jean-Jacques Hublin parle d’un « fantasme d’un âge d’or du Paléolithique » en laissant entendre qu’une « idéologie post-soixante-huitarde et une mauvaise conscience post-coloniale biaisent aujourd’hui la recherche en préhistoire ».


Rendre polémique ce qui ne l’est pas ?

Par des petits mots, Jean-Jacques Hublin prétend que sa thèse est originale, nouvelle et même polémique alors qu’à ma connaissance, elle ne fait
que reprendre les réflexions et les recherches actuelles sur la question.

Par exemple, c’est le cas quand il s’écrie : « Je vais faire hurler, mais pour moi, Neandertal, qui avait survécu à bien des variations climatiques avant la venue de Cro-Magnon, n’est que l’une de ses victimes. Il a été progressivement éliminé comme les autres grands compétiteurs carnivores : en lui ravissant ses proies et ses territoires, parfois aussi en le tuant. Mais c’est une interprétation taboue aujourd’hui. ».

Mais en quoi serait-ce une interprétation taboue ? pourquoi faudrait-il hurler ? Être péremptoire n’est pas forcément être révolutionnaire.

Il insiste en évoquant un fantasme, celui de croire que, à l’époque paléolithique, « les hommes auraient été des pacifistes et des écologistes gérant leurs ressources » (mais qui aurait prétendu une telle affirmation ?) alors qu’ils « ne sont pas exempts ni de violence ni de hiérarchie ».


Une autre raison que commerciale ?

Et une phrase de l’interview laisse soudain découvrir que le responsable du département d’évolution humaine de l’Institut Max-Planck de Leipzig (qu’il a fondé en 2004) n’aurait peut-être pas que des préoccupations commerciales : « On cherche, à travers des causes climatiques ou extérieures, à exonérer les ancêtres des Amérindiens ou des Aborigènes de toute responsabilité dans la disparition des mammouths ou des kangourous géants. ».

À chacun sa conclusion.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 décembre 2008)


Pour aller plus loin :

L’homme de Neandertal était-il une anglaise ?

"Entretien avec Jean-Jacques Hublin, Il y a un fantasme d’un âge d’or du Paléolithique", Sciences et Avenir, 742, décembre 2008, p. 98.

Neandertal, hypothèses d’une disparition (exposition du Musée de l’Homme).



Documents joints à cet article

L'homme a toujours été violent et anti-écologique L'homme a toujours été violent et anti-écologique L'homme a toujours été violent et anti-écologique L'homme a toujours été violent et anti-écologique L'homme a toujours été violent et anti-écologique
par Sylvain Rakotoarison (son site) lundi 15 décembre 2008 - 23 réactions
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  • Par Vilain petit canard (xxx.xxx.xxx.66) 15 décembre 2008 11:44
    Vilain petit canard

    Ben oui, on a toujours massacré notre environnement avec notre prédation et nos déchets, comme toute espèce animale, sauf qu’on n’a pas été contenus, puisqu’on a tué ceux qui pouvaient nous gêner (prédateurs, autres espèces humaines), et puisqu’on a même carrément modifié l’écosystème à notre avantage (à court terme).

    De même nos ancêtres n’étaient pas fleur bleue, ils se battaient en permanence, on trouve sur eux de nombreuses traces de traumatismes qui n’étaient pas dûs à la chasse.

    Hublin réinvente l’eau chaude, et il se donne des airs de persécuté, ouh lala, je suis vachement à contre-courant, mais de nombreux paléontologistes ont déjà dit la même chose, et surtout, bien mieux (KeeleyGuillaine & Zammit, et évidemment, Clastres). Pour être dans l’air du temps (du Prince ?), il accuse au passage mai 68, je commence d’ailleurs à en avoir ras-le-bol de cette revanche en boudoir que tout le monde s’oblige à avoir sur cette période. 

    De toute façon, cette idée de l’âge d’or est bien plus ancienne, voir JJ Rousseau et plus loin, Hésiode. L’extermination de Néandethal par Sapiens était même la seule hypothèse retenue dans les années 60. Mais bon, avant Noël, promotion oblige...

    Je remarque que vous faites une grande place dans votre article à l’homme de Néanderthal, mais pas une seule photo de ce cousin mal-aimé !!!

  • Par Kalki (xxx.xxx.xxx.180) 15 décembre 2008 10:49
    Kalki

    PLUS UN.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A...

    La déforestation est ancienne. Elle a commencé selon Williams[9] dès la fin de la préhistoire, avec une nette corrélation spatio-temporelle entre le recul des forêts et la densité de la population humaine en zone tempérée, même si des populations assez denses ont aussi pu localement vivre dans la forêt sans la détruire, en zone tropicale (ex : amérindiens, populations d’Afrique noire et de l’actuelle Indonésie). Un cas historique étudié et médiatisé a été celui de l’île de Pâques dont la surexploitation par les Pascuans a provoqué la chute de leur culture et de leur population.
     

    Déforestation et reboisement en France

    On estime qu’à l’époque de Vercingétorix, la France était couverte de forêts à plus de 90%, soit environ 400 000 kilomètres carrés. Aujourd’hui seuls 23% sont enforestés. Le taux de boisement augmentent depuis plus d’un siècle, surtout en moyenne montagne et montagne, mais avec des forêts souvent moins naturelles

     

    La déforestation n’est pas sans danger :

    Les forets sont un facteur dans le réchauffement planétaire, et c’est aussi un facteur d’équilibre planétaire (climatique et écologique).

    Mais la déforestation ne doit pas avoir pour critère l’état actuel du monde, en Niant la déforestation passé réalisé aussi par des hommes dans notre aire.

  • Par Kalki (xxx.xxx.xxx.180) 15 décembre 2008 10:55
    Kalki

    http://fr.wikisource.org/wiki/Disco...

    Discours prononcé en 1854 par Seattle (v. 1786-1866), chef des tribus Duwamish et Suquamish, devant le gouverneur Isaac Stevens.

    "Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ?

    L’idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

    Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.

    Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte sont sacrés dans le souvenir et l’expérience de mon peuple.

    ....
     

    L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle.

    La bête, l’arbre, l’homme. Ils partagent tous le même souffle.

    L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition : l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

    ...
     

    Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes, et la vue des collines en pleines fleurs ternie par des fils qui parlent.

    Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu.

    La fin de la vie, le début de la survivance."

    Chef Seattle, 1854

     

     

  • Par Oreille (xxx.xxx.xxx.73) 15 décembre 2008 12:42
    Oreille

    La thèse de la raréfication du gibier et de la dégradation du milieu naturel par sapiens NE VAUT PAS UN CLOU !
    Comment déboiser avec un silex ?
    Comment exterminer une race animale par la chasse lorsque le nombre de chasseurs est aussi restreint ?
    A l’âge de pierre, on a pas encore de tronçonneuse que je sache..., et le principal de l’alimentation est la cueillette.
    De plus, le clan/tribu du paléo rassemblait une vingtaine d’individus, on imagine bien que la maladie, les morts accidentelles, ou les attaques de bestioles dentues, pouvaient rapidement décimer une telle population.
    L’union fait la force, on peut avancer que sapiens l’avait compris et s’était regroupé en plus grand nombre. La sédentarisation et une concentration plus grande d’individus génère des épidémies (urines humaines/animales, grippes, etc..) auxquelles néanderthal était peut-être mal adapté ou plus sensible.
    Par ailleurs, je pense qu’à cette époque, la vie d’un homme avait à leurs yeux une grande valeur du fait de la fonction que celui-ci occupait au sein du clan, l’anthropophagie supposée était certainement de la nécrophagie.
    La thèse de la disparition de neanderthal par sa mauvaise résistance au froid extrême qui a forcé le contact avec sapiens par sa migration au sud, et la maladie, me parait la plus crédible.
    Enfin... faudrait demander à Rahan ce qu’il en pense.

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