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Pesticides, la drogue dure des agriculteurs

Si leurs représentants défendent souvent l’usage de pesticides, les agriculteurs sont aujourd’hui les premières victimes sanitaires de ces produits toxiques. Pourquoi nos agriculteurs sont-ils aussi « addicts » aux pesticides ?

Les pesticides polluent notre eau et nos aliments. Mais on oublie souvent que les agriculteurs, qui manipulent au quotidien ces substances nocives, sont les premiers à en subir les conséquences sanitaires.

En 2009, Gérard Marquois, un exploitant agricole atteint de maladie de Parkinson, qui manipulait des herbicides au quotidien, a fait reconnaître par la justice le lien entre son exposition aux produits phytosanitaires et sa maladie.

Pour Nicole Bonnefoy, rapporteuse d’une mission d’information parlementaire sur le sujet, la conclusion est claire : aujourd’hui, « les risques des pesticides sont sous-évalués ».

Devant la commission, un agriculteur témoignait ainsi : « « Oui, ça m'est arrivé une fois de perdre connaissance, d'avoir très mal à la tête » rappelle La Charente Libre.

Problème : bien souvent, les exploitants agricoles ne signalent pas ces malaises liés à la manipulation de produits herbicides et pesticides.

« Nous avons entendu des témoignages éprouvants » raconte également la sénatrice qui a procédé à 95 auditions. « Comme ceux des scientifiques sur les perturbations hormonales qui en découlent : des petites filles pubères à 7 ou 8 ans avec déjà des seins ; des garçons qui ont des malformations génitales » résume l’auteur du rapport sénatorial.

La sénatrice révèle également le contraste entre des usines de pesticides ou les personnels sont surprotégés et l’usage fait par les agriculteurs qui manipulent souvent ces pesticides à main nue.

« Parfois, les agriculteurs ne sont pas conscients du danger. Parfois, ils se croient protégés et ne le sont pas »  affirme la sénatrice.

Au delà du risque sanitaire direct, alors que le plan Ecophyto s’est fixé pour objectif de réduire de 50% les quantités de pesticides d’ici 2018, les ventes de produits pesticides ont augmenté de 2,6% entre 2008 et 2011.

Par quel paradoxe les agriculteurs continuent-ils à utiliser des produits qui les mettent en danger ?

La réponse se trouve dans un article du Monde (accessible ici) qui dénonce une série de conflits d’intérêts, écologiquement ruineux pour notre agriculture.

Ce sont souvent des grandes coopératives, dont les chiffres d’affaires atteignent plusieurs milliards euros, qui prescrivent l’usage de pesticides aux exploitants agricoles « La coopérative impose ses propres critères, exige des rendements, tout en fournissant les conseils et parfois les pesticides qui permettent d'y parvenir » révèle le quotidien du soir.

Or ces coopératives édictent des cahiers des charges drastiques en matière de coûts et de qualité. Un ensemble de contraintes, qui incite les agriculteurs à abuser des pesticides pour éliminer les risques de pertes, même minimes, de leurs récoltes.

Les chambres agricoles, qui comptent de nombreux représentants de ces grandes coopératives, rechignent à faciliter le passage à une agriculture raisonnée ou biologique. 

Par ailleurs, les collusions entre experts chargés d’évaluer la toxicité des pesticides et les fabricants de produits pesticides, aboutissent à autoriser des produits dont la toxicité devrait être évalué sur des dizaines d’années. 

Autant d’obstacles qui freinent la transition agricole alors même que des crédits importants sont consacrés à la promotion de l’agriculture biologique ou raisonnée. 140 millions d’euros annuels, que nous finançons sur nos factures d’eau via la redevance payée aux Agence de l’eau, sont destinés à diminuer l’utilisation de pesticides en France.

Pour un résultat affligeant, si l’on en croit ces chiffres : aujourd’hui en France, seul 3,5 % de la surface agricole s’est convertie au bio. Alors même que l’objectif du Grenelle de l'environnement était de convertir 6 % des terres en 2012 et 20 % en 2020. En Autriche, 17,2 % des terres sont déjà converties au bio. Et 8,6 % des terres italiennes et 5,9 % des terres allemandes font de l’agriculture biologique, rappelle Le Monde.

Pendant ce temps, de plus en plus d’études suspectent un lien fort entre notre exposition croissante aux pesticides via notre eau du robinet ou nos aliments, et l’apparition de dérèglements hormonaux, de cancers ou de maladies neurodégénératives.

Non seulement la France, première puissance agricole d’Europe, se classe en queue de peloton écologique en sacrifiant la santé des agriculteurs, mais elle ignore également les dangers potentiels à long terme sur les consommateurs.




par Pascal D. (son site) mardi 4 décembre 2012 - 14 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par velosolex (---.---.186.81) 4 décembre 2012 19:01
    velosolex

    Bravo pour votre article !

    De plus en plus de gens font malgré tout le lien entre augmentation hallucinante des cancers, leucémies, maladies de Parkinson, et ces saloperies de la mort lente qu’on continue encore à épandre.
    Les agriculteurs pour beaucoup s’en lavent les mains, sauf quand le vent leur ramène dans la gueule.
    La conspiration du silence commence malgré tout à être sérieusement entamée.

    Tout le monde, ou presque, maintenant est au courant de leur haute toxicité

    . Les jardiniers changent leur pratique, car, à quoi bon récolter les mêmes saloperies que l’on peut acheter en supermarché.
    Un vivier d’emploi est d’avenir est à la mesure de ce qui nous reste à conquérir.

    L’agriculture conventionelle, ce n’est pas cette horreur qu’on nous a imposé depuis la seconde guerre, celle qui a recyclé les défoliants, et la dynamite en engrais mortifère : C’est cette agriculture vieille de trois mille ans d’expérience qui a nourri des générations entières.
    Capable d’avoir sensiblement les mêmes rendements, avec des techniques croisées, que ces produits qui ne valent pas un clou, et qui laissent des désert et des cadavres derrière eux !

  • Par robert (---.---.26.107) 4 décembre 2012 16:51

    Bonsoir, ce sera bien pire que l’amiante, j’ai une amie voisine qui vient d’enterrer son mari 57 ans probablement à cause de ces produits de merde, on ( médecin etc) lui ont conseillé de ne pas chercher plus loin mais aussi de ne pas foutre la merde...
    Merci de votre article

  • Par eau-du-robinet (---.---.212.98) 4 décembre 2012 21:16
    eau-du-robinet

    Une étude publié sur le site gouvernemental (Ministre de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie) du 30 septembre 2011 (mis à jour le 15 juin 2012) chiffre le coûts des principales pollutions agricoles de l’eau à 1.14 milliards d’Euro / ans.

    Cette étude analyse certaines dépenses entraînées par les pollutions agricoles diffuses dues aux apports excédentaires d’azote et de pesticides.
    Des dépenses supplémentaires des ménages entraînées par les pollutions agricoles des captages d’eau potable qui concernent une partie  importante des ressources aquatiques polluées.

    La pollution des eaux superficielles utilisées pour l’alimentation en eau potable.

    Le réseau d’observation sur les eaux superficielles utilisées pour l’alimentation en eau potable porte sur 838 points de mesure, avec au minimum 1 prélèvement par an, donnant les résultats suivants :

    - 39 % des prises d’eau de surface avec des teneurs en pesticides nécessitant un traitement spécifique.

    Pollution des eaux souterraines utilisées pour l’alimentation en eau potable.
    - 21 % des captages avec des teneurs en pesticides nécessitant un traitement spécifique.

    Coûts des principales pollutions agricoles de l’eau

    Les principaux résultats de l’étude par le Commissariat général au développement durable sont les suivants :

    - Les dépenses additionnelles des ménages générées par ces pollutions pour les ménages sont évaluées dans une fourchette comprise entre 1 000 et 1 500 millions d’euros, dont 640 à 1140 millions d’euros répercutés sur la facture d’eau, représentant entre 7 et 12% de cette facture en moyenne nationale.

    - Pour les ménages des localités les plus polluées, ces dépenses supplémentaires pourraient atteindre 494 euros par ménage ou 215 euros par personne, soit un surcoût de près de 140% de la facture d’eau moyenne 2006.

    - Sur la base des coûts de traitement des nitrates et pesticides des installations de potabilisation, les coûts d’élimination totale des nitrates et pesticides des milieux aquatiques seraient respectivement supérieurs à 70 euros par kilogramme pour les nitrates, et à 60000 euros par kilogramme pour les pesticides.

    - Les coûts de potabilisation constatés sont compris entre 800 et 2400 euros par hectare d’aire d’alimentation de captage d’eau potable cultivé conventionnellement.

    source en provenance du site gouvernemental

    Pour combattre les multinationales il faut appliquer le principe Pollueur = Payeur

    Le principe pollueur-payeur a été adopté par l’OCDE en 1972. Il figure dans l’Acte unique européen signé en 1986.

    En France, il est défini par à l’article L110-1, II, 3° du code de l’environnement selon lequel « les frais résultant des mesures de prévention, de réduction de la pollution et de lutte contre celle-ci doivent être supportés par le pollueur. »

    Des alternatives fiables aux pesticides existent et présentent l’avenir (protection de l’environnement durable)

    http://www.youtube.com/watch?v=qq8J7H3UGAU

    puis regardez cette vidéo

    Vie et mort des sols, par Lydia et Claude Bourguignon

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