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« Boom » de Beppe Grillo, le coup d’envoi d’un nouveau système politique

L’écrivain et journaliste Massimo Fini, intellectuel proche de Beppe Grillo et contestataire historique du système politique italien et de la société occidentale basée sur la démocratie représentative, commente la récente percée du mouvement 5 stelle aux récentes éléctions italiennes. Pour lui, nous n'en sommes qu'au début, et le "boom" de Beppe Grillo sonne le glas d'une classe politique corrompue et de médias complices, et marque le retour du citoyen lambda dans l'organisation politique de l'Italie, dans un nouveau système qui reste à élaborer. Un grand saut dans l'inconnu, en somme.


Le boom de Beppe Grillo : l'aube d'une nouveau... par MassimofiniFR

 

Nos hommes politiques et leurs conseillers, souvent déguisés en journalistes, ressemblent à Alice au Pays des merveilles. Pendant des mois ils ne se sont pas aperçus du phénomène Grillo, sautillant d’une chaine de télé à l’autre, n’en parlant jamais sauf pour le qualifier de « populiste » ou d’ « antipolitique ». C’est seulement dans les derniers jours de la campagne électorale qu’on a vu poindre une certaine préoccupation. Il suffisait pourtant de mettre un peu le nez en dehors des studios de télé, de descendre dans la rue et d’entrer dans un bar ou de monter dans un bus pour sentir ce qui se passait. Si vous posiez la question [du vote] à un adulte, il vous répondait : « cette fois je ne vote pas, j’en ai marre qu’on se foute de moi, ou bien je donne mon vote à Grillo. » Les jeunes, dans des proportions inversées par rapport aux plus âgés, se déclaraient ouvertement « grillini » ou bien « apolitiques ».

Aujourd’hui, les partis semblent comme tétanisés. La piquette qu’ils ont prise est même bien plus grave que ce qu’il parait. En pourcentage, ils enregistrent encore des résultats apparemment flatteurs (autour de 30 %), mais sur une population de votants 2 fois moins nombreuse. En réalité, Berlusconi, qui se considère comme moitié vainqueur, a perdu par rapport à 2008 plus de 6 millions de votes, et le Partito Democratico [de Bersani], qui jusqu’à hier représentait le grand parti monolithique indéboulonnable, avec son appareil imposant, en a perdu 4. Les 25 % d’abstentionnistes ajoutés aux 25 % et plus de Grillo signifient, purement et simplement, qu’un Italien sur deux ne croit plus dans le système des partis. Et ce n’est pas tout.

Maintenant, Bersani, officiellement chargé de former un nouveau gouvernement, est pris de panique, et après l’avoir traité d’ « indigne  », de « quelqu’un qui fait sortir les gens de la démocratie, » et autres gentillesses, courtise Grillo et lui propose de soutenir de l’extérieur son futur exécutif, ou bien la présidence de la Chambre, ou encore un poste de ministre.

Mais si je connais bien Grillo et ses projets, et je pense que c’est le cas, ce n’est pas ainsi qu’ils l’attraperont. Je ne crois pas non plus que Grillo, bien qu’il ait dit le contraire, votera pour chaque loi prise individuellement pour peu qu’elles rentrent dans son programme (division par deux du nombre de parlementaires, abaissement de leurs salaires, abolition des retraites spéciales des parlementaires [après seulement 2 ans ½ de mandat – NdT], etc., sur lesquels les partis, parfaitement silencieux jusqu’à hier, ont promis, par peur uniquement, de s’engager. Car cela ne lui conviendrait pas. Ça ne vaut pas le coup de salir d’une quelconque façon, au nom de je ne sais trop quelle « stabilité de gouvernement », avec une classe dirigeante qu’il a lui-même annoncé vouloir renvoyer à la maison, toute entière. Ce qu’il doit faire, c’est attendre. Ce 26 février n’est que la première étape. La seule possibilité qu’il leur reste pour former un gouvernement est une « Grosse Koalizion » [à l’allemande – NdT] entre le Parti Démocratique et le Partito della Liberta. Mais dans ce cas, une telle coalition réunissant les deux ex-grands partis, après toutes les insultes qu’ils se sont échangées durant la campagne électorale, et de par les évidentes contradictions internes qui en résulteraient, s’écroulerait au bout de quelques mois.

Ou bien, on va tout de suite à de nouvelles élections, après avoir évidemment modifié la Loi électorale avec les votes des « grillini » s’il le faut. Dans un cas comme dans un autre, le Mouvement 5 Stelle obtiendrait non plus 25 % des votes, mais entre 40 et 50 %. Et s’en serait fini, une fois pour toutes, de cette classe dirigeante dégénérée.

Certains disent : c’est un grand saut dans l’inconnu. Mais Grillo et [son conseiller] Casaleggio (lui aussi courtisé par les autres partis) ne veulent pas simplement abattre une classe dirigeante. Leur objectif est de revoir de fond en comble le modèle de développement, celui occidental, qui nous emmène vers l’effondrement économique, après avoir réalisé celui social, éthique, humain. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, Grillo et Casaleggio sont des traditionalistes qui utilisent à merveille les moyens ultra-modernes comme le Web, et ils le font pour contrer la Modernité. C’est une partie qui s’annonce difficile, dont l’issue n’est pas connue, et qui concernera les générations à venir. Mais au moins, ce 26 février, nous avons assisté en Italie, pays qui a toujours été un laboratoire [politique], au coup d’envoi d’un nouveau système politique.

Massimo Fini (son site : www.massimofini.fr)


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14 réactions à cet article    


  • Yvance77 7 mars 2013 11:29

    Salut,

    Chavez nous quitte à regrets et Grillo arrive... comme un symbole ! Qu’il soit le chainon manquant !


    • jako jako 7 mars 2013 11:36

      Bonjour, bienvenue et merci à vous. « Un grand saut dans l’inconnu, en somme. » oui mais ce saut dans l’inconnu du pouvoir revenant au peuple me fait bien moins peur que l ’immobilisme dans la situation actuelle qui révèle ses limites chaque jour, alors mille fois oui.


      • Deneb Deneb 7 mars 2013 12:09

        Massimo Fini : "...Grillo et Casaleggio sont des traditionalistes qui utilisent à merveille les moyens ultra-modernes comme le Web, et ils le font pour contrer la Modernité.« 

        Déjà, le Web n’est pas ultra-moderne, il existe depuis plus de 20 ans. Et pourtant, ce qui me plait chez M5S, c’est justement sa modernité : malmener le système, ignorer la vieille presse papier et autres medias »classiques" qui ont porté au pouvoir tant de démagogues corrompus. Prendre en compte les nouveaux moyens de communications pour en faire un véritable outil de démocratie ; pour moi c’est bel et bien la modernité. La modérnité ... Que concevez-vous sous ce terme ?

        Tanti auguri


        • Tall 7 mars 2013 13:07

          Oui, de nouvelles élections devraient s’avérer très avantageuses pour Grillo.

          Car il a fait un score canon, alors que pas mal de ses électeurs n’y croyaient sans doute pas + que ça. Or, maintenant ils savent qu’un vrai changement est réellement possible.

          • ETTORE ETTORE 7 mars 2013 15:17

            Grillo pourrait négocier avec les vieux croûtons jusqu’à leur faire baisser le pantalon au plus bas

            et il sait que ce n’est pas cela qui va changer quelque chose, car depuis longtemps on a été habitué aux voltes faces de ces eunuques de la politique qui n’ont plus rien dans leur caleçon.
            Il a misé sur l’espoir de la jeunesse Italienne, jeunesse qui ne s’abreuve plus depuis longtemps
            au journaux inféodés aux gros poissons. [ d’ailleurs tenez, on pourrait re commencer à y emballer la poiscaille ] Jeunesse qui privilégie les moyens de communications modernes, rapides, libres, interactifs
            Un contact digne d’un concert de rock, avec une prise de scène où les mots volent droit au coeur des spectateurs, qui viennent y entendre les paroles que leurs fort intérieur lui offrent comme un prompteur géant !
            Les mots sont là, la raison, l’espoir que cette fois c’est la bonne, aussi.
            il y a longtemps que je n’ai vu autant de gens pleurer, comme si les mots de Beppe Grillo
            faisait remonter à la surface toute la vie que le peuple a en lui.
            Aucun tribun en France ne m’a jamais fait cet effet là, ni l’avant dernier, qui avait les yeux morts, ni le dernier, qui avait le souffle court [déjà] lors de ses promesses au peuple.
            Grillo, c’est une explosion, un big bang d’espoir qui ne PEUT ETRE QUE contagieux !


            • null 7 mars 2013 17:28

              Pour info, l’actuel secrétaire de l’elysée est un ancien de l’actionnaire principal de Liberation, le fameux banquier, par exemple. J’aime bien le programme de Grillo. D’ailleurs mon point de vue est assez proche. Éradiquer les politiques professionnels et conflits d’intérêts, mettre un stop à la consanguinité avec les medias, ca nous ferait gagner 30 ans ... 


              • Feilusha Feilusha 7 mars 2013 17:44

                Il est bon d’avoir de l’espoir en l’espèce humaine... même si elle le mérite rarement.

                Je crains d’amères désillusions, comme j’en ai déjà vécu. Passer de la critique d’un système corrompu agenouillé devant le fric, système qui devrait avoir fait son temps depuis des lustres, à la construction d’une société nouvelle, ça fait deux.

                Ce que l’histoire m’a appris, c’est qu’on ne change pas le monde par une action dans un seul pays, même très grand. Je conserve aussi de ma chanson préférée : Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun. Même ce bon vieux anarchiste avec son « Ni dieu, ni maître » a l’heur de me plaire.

                Que des esprits éclairés souhaitent ardemment remettre en cause le système de domination qui continue à sévir, c’est fort louable. Encore faudrait-il qu’une masse suffisante soit prête, collectivement et individuellement se lancer dans la durée dans une telle entreprise. Je dis bien, une masse consciente, pas une foule crédule. Les expériences antérieures ont montré qu’un tel enthousiasme n’a qu’un temps.

                Il continue d’exister une catégorie de personnes modestes qui ne rêvent que d’un patron, au sens de la clientèle romaine antique. Des gens toujours à genoux devant les puissants. C’est bien pour cela que même Berlusconi n’a pas été réellement éradiqué.

                Le pire, c’est encore le tribun qui finit par se prendre au sérieux, et qui se surcroît a non seulement mauvais caractère, mais est persuadé de détenir La Vérité !

                La pente est facile entre le discours de contestation légitime et une pratique de pouvoir autocratique !


                • Feilusha Feilusha 7 mars 2013 18:09

                  On peut trouver de fort bonnes idées dans le programme du Mivimiento Cinque Stelle !

                  Mais la façon dont Grillo et Casaleggio se débarrassent des gens qui les gênent n’est pas bon signe ! Plusieurs membres du M5S ont été exclu par « tweet » du chef génial et de son mentor. Aucun débat pouvant mettre en cause la gestion du mouvement n’est toléré. Cela augure mal de la suite. Un duce commence toujours par faire pleurer les foules !

                  F


                    • Fifi Brind_acier Pilou Camomille 7 mars 2013 19:40

                      Merci pour ces précisions. Ce qui se passe en Italie soulève de grands espoirs aussi en France, et sans doute ailleurs.

                      C’est Stiglitz qui aide Grillo et ses élus à peaufiner leur programme économique, attendons de voir ce qui en sortira.

                      Que la population prenne ses affaires en main ne convient pas à tout le monde, semble-t-il.
                      Il vaut voir les volées de bois vert de la part de gens dont on penserait qu’ils attendent que les citoyens se mobilisent.... , ils ne cessent d’appeler à la mobilisation, mais il doit y avoir de bonnes mobilisations, et des mauvaises.

                      Certains aiment bien les révolutions citoyennes quand ce sont eux qui les contrôlent....


                      • mario du 38 8 mars 2013 10:13

                        Bravo pour ce travail de sous titrage qui permet de mieux saisir les enjeux et les changements souhaités par le peuple italien.


                        • Mugiwara 8 mars 2013 17:25

                          quand les éléphants ont peur des souris ... Grillo fait un peu cet effet, on ne peut pas dire que son score à la dernière élection soit très surprenant, je ne suis pas sûr non plus que ce tsunami ait encore fini de faire des ravages... 

                          suis content d’être un étron libre moi aussi. 
                          prochain tournant ? L’Allemagne ... 



                          • herope herope 8 mars 2013 18:44

                            Grillo n’est qu’un manipulateur de foule qui est réellement derrière lui ? C’est proposition dans l’air du temps taper sur la classe dirigeante et après ! Bref il ne va pas changer le système il l’adapte nuance ! MAIS SUR LE FOND RIEN


                            • herope herope 9 mars 2013 18:05

                              now change its réal world !

                              www.fa-heropelyon.fr.gd

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