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L’Allemagne dans l’impasse

 Depuis quelque mois la presse française a l’Allemagne à la bouche. Nos voisins d’outre-Rhin seraient parvenus à s’adapter brillamment aux exigences de la mondialisation, et à préserver et même promouvoir leur puissance industrielle et exportatrice à la suite du désormais célèbre Agenda 2010 et des lois Harz réformant le marché du travail. L’avenir serait donc acquis à l’Allemagne, « petite Chine » lovée au cœur de l’Europe, alors que la France serait destinée à être à la traîne de son imposante voisine.

Cette version des faits tronque profondément la réalité. Une analyse un rien poussée de la configuration économique et sociale de l’Europe révèle que les apparences sont trompeuses. Les points suivants serviront à vous en convaincre.

1) Des chiffres qui dérangent

Si l’Allemagne a si bien mené sa barque depuis une dizaine d’année, pourquoi son niveau de vie n’est-il pas supérieur au nôtre ? Selon les derniers chiffres du FMI pour 2009, le PIB par habitant en Allemagne est de $ 40 875 contre $ 42 747 en France. On allèguera le coût élevé de la réunification du pays et la pauvreté relative de l’ex-RDA qui tire le niveau de vie de l’ensemble vers le bas. Soit. Alors jetons un coup d’œil aux taux de croissance. De 2005 à 2009 compris, le taux de croissance allemand moyen a été de 0,56% par an, avec une santé relative en 2006-07 puis une chute raide en 2008-09. Pour la France le chiffre moyen sur la même période est de 0,84%.

L’Allemagne n’a donc pas de quoi pavoiser : à première vue elle n’est pas dans une posture économique meilleure que la nôtre. Ces statistiques, cependant, ne sont que des indices superficiels. Les vrais raisons du caractère vicié du modèle de développement allemand sont ailleurs.

2) L’Agenda 2010 et les lois Harz : un projet de destruction sociale

Quelque temps après son élection en 1998 dans le contexte du marasme économique prolongé des années 1990, Gerhard Schröder se lance dans l’ambitieux projet de rendre l’économie allemande plus compétitive. L’Agenda 2010 présidera, en outre, à une réduction des allocations chômage (loi Harz IV) et des remboursements médicaux. Mais surtout les salaires réels nets allemands ont baissé en termes absolus entre 2004 et 2008, du jamais vu sur une aussi longue période depuis l’après-guerre.

La compression des salaires (du « coût du travail » dans le langage châtré des économistes) permit de réduire la charge financière pesant sur les entreprises industrielles. Ainsi, en un sens, la mission fut « accomplie ». En 2004 l’Allemagne redevint la première puissance exportatrice mondiale, pour n’être détrônée par la Chine qu’en 2009.

Mais à quel prix ? Et pour quel résultat ? On a vu que si les exportations se sont mieux portées, les performances de l’économie dans son ensemble sont plutôt ternes à l’heure actuelle. L’inégalité, quant à elle, a sensiblement augmenté. Selon le dernier rapport Croissance et inégalités de l’OCDE, le coefficient de Gini (le meilleur outil synthétique pour mesurer les inégalités de revenu) est passé en Allemagne de 0,27 à 0,30 dans les dix dernières années alors qu’en France il restait stable à 0.28. Enfin, la proportion d’Allemands vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passée de 11% en 2001 à 18% en 2008.

Une telle régression sociale laisse pantois dans un pays qui, pendant les décennies d’après-guerre, avait prétendu parfaire une culture du consensus dans le champ politique et sociétal, ainsi qu’une « économie sociale de marché ».

3) La voie exportatrice : un choix peu stratégique au lendemain de la crise

Qui plus est, la crise a indirectement contribué à fragiliser le modèle allemand. Un pays qui se veut grande puissance exportatrice comme l’Allemagne a nécessairement besoin, sur le long terme, de grandes puissances importatrices pour constituer sa clientèle. Mais voilà : la crise actuelle est elle-même née en partie de profonds déséquilibres commerciaux à l’échelle mondiale, qui ont gonflé les excédents des exportateurs (Chine et Allemagne en premier lieu) et alimenté la dette des importateurs (Etats-Unis, Espagne, Grande-Bretagne, et dans une moindre mesure, France).

Or ces déséquilibres, qui génèrent une accumulation incontrôlée de dettes d’un côté et de créances de l’autre, ne sont pas viables à long terme – l’écroulement de la croissance des économies occidentales l’a amplement démontré. De fait, l’excédent commercial allemand et chinois s’est déjà réduit, et le déficit des balances des paiements américaine, britannique et espagnole a fait de même. Ces derniers pays ont compris qu’il était impératif de calmer leur fièvre consommatrice et de promouvoir leur propres exportations. L’Allemagne, comme la Chine, prennent lentement conscience qu’il leur faut réorienter leurs modèles de développement et que leurs exportations ne pourront plus être le moteur essentiel de la création de richesse.

Pour l’Allemagne, cela signifie, très simplement, que les sacrifices sociaux considérables exigés par l’Agenda 2010 ont été pour partie inutiles du point de vue de la croissance.

4) La démographie : le point aveugle des débats

Mais il y a encore plus douloureux pour nos voisins d’outre-Rhin. L’Allemagne partage en effet avec l’Italie la triste gloire d’avoir une des démographies les plus sinistrées du monde. L’indice de fécondité y est de 1,35 enfant par femme, quand le seuil minimum de renouvellement de la population est de 2,1 (la France plafonne à 1,98 et la Grande-Bretagne à 1,66).

La réduction progressive et inexorable de la population allemande a déjà commencé et elle est partie pour durer bien longtemps. Le pays, d’ailleurs, sera sans doute amené à se montrer plus accueillant vis-à-vis des immigrés s’il souhaite ne pas voir sa population active fondre comme neige au soleil, et si la société allemande devient ainsi plus ouverte et cosmopolite qu’elle ne l’est aujourd’hui il y aura lieu de s’en réjouir. Mais à moins que l’Allemagne n’ouvre ses portes à des dizaines de millions d’immigrés dans les prochaines années (une perspective tout à fait surréaliste à l’heure actuelle) les flux d’immigration ne pourront agir qu’à la marge pour contrecarrer le déclin général de la population. Ainsi, même avec des taux d’immigration plus élevés qu’aujourd’hui, la plupart des projections placent l’Allemagne nettement derrière le Royaume-Uni et la France en matière de population à l’horizon 2040, ce qui représenterait un changement historique pour un pays qui compte actuellement 16 millions d’habitants de plus que le nôtre.

Une réduction de la population n’est pas mal en soi, bien entendu. Seulement, le déclin de la force de travail collective est vouée à affaiblir le poids relatif de l’économie allemande en Europe. Qui plus est, durant une génération, le déséquilibre relatif entre les retraités et les actifs fera peser sur ces derniers un poids financier autrement plus considérable que chez nous.

L’Allemagne dans l’impasse

L’Allemagne se trouve donc dans une triple impasse : économique, sociétale et démographique. Ayant sacrifié la justice sociale à une promesse de prospérité illusoire, elle est aujourd’hui affaiblie à court terme par un monde susceptible de tourner le dos à ses exportations, et minée à long terme par une démographie quasi cataclysmique.

D’ici une trentaine d’année, non seulement la population allemande sera devenue inférieure à celle de la France et du Royaume-Uni, mais le déséquilibre entre retraités et actifs y sera bien plus aigu. Sur la longue durée, à moins d’un miracle, le niveau de vie allemand ne pourra surpasser celui de ses voisins. Alors, aussi insolite que cela paraisse aujourd’hui, il y a lieu de penser que l’Allemagne se verra rétrogradée à la troisième place en Europe en matière de richesse économique, derrière les Français et les Britanniques.

En somme, l’avenir des rapports de pouvoir économique en Europe n’est peut-être pas ce que l’on croit.


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32 réactions à cet article    


  • FRIDA FRIDA 19 mai 2010 09:37

    Il est toujours intéressant de lire un point de vue différent de celui servi par les médias classiques, merci l’auteur.


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 19 mai 2010 16:12

      @ Frida


       Excellent article. en effet, qui ouvre une fenêtre sur la réalité. Des choses qu’on ne veut pas dire, pour ne pas éveiller l’Occident , notre civilisation sous sédatif et en phase terminale. Juste une fenêtre... 

      On pourrait abattre la cloison... Une analyse semblable pourrait être faite pour montrer le déclin des autres pays d’Europe et des USA. Pour d’autres raisons, mais convergeant vers le même résultat. On pourrait, mais qui a une solution ?

      L’auteur demeure discret sur les conséquences sociales de ce qu’il décrit... Le plus probable, en réaction à la crise actuelle, c’est une violente insurrection et c’est sans doute la population allemande qui garde le plus de cohésion pour la faire. 

      En nul autre pays d’Europe, sauf peut-être en Russie on n’a réussi à maintenir un sentiment d’appartenance nationale aussi fort. C’est ici que la trahison de la petite élite des riches va être accueillie avec le plus de ressentiment. C’est sans doute en Allemagne qu’on exécutera les premier banquiers. 


      Pierre JC Allard


    • wesson wesson 19 mai 2010 10:44

      Bonjour,

      Enfin, enfin un article qui parle de ces fameuses réforme Harz. Pour que le lecteur sache bien de quoi l’on parle, ces réformes Harz c’est le salaire à 1€ / H, et l’octroi de prestation sociale et de santé contre des travaux d’intérêt généraux, ce qui a si bien fonctionné aux USA...

      Il y a quelques années lorsque même les morts pouvaient obtenir un crédit en Angleterre, c’était le modèle à suivre. Les recommandations actuelles des médias sur le modèle Allemand sont à prendre avec autant de considération.


      • Néo-Résistant Néo-Résistant 20 mai 2010 08:52

        Nos « élites politiques et médiatiques » continuent à nous prendre pour de « veaux » en cherchant à nous faire croire que l’herbe dans le champ d’à côté est plus grasse, mais la vérité commence à se faire jour et ça va en décoiffer certains !

        http://www.everyoneweb.fr/marredelagauchecaviar/


      • ZEN ZEN 19 mai 2010 11:01

        Article intéressant, qui brise un tabou, celui de la prétendue « vertueuse » Allemagne
        __Foufouille donne un lien qu’il est instructif de parcourir en détail, par exemple sur la précarité masquée, le réel taux de chômage, etc...


          • Maldoror Maldoror 19 mai 2010 12:03

            Intéressant article en effet, en gros, le fameux modèle allemand c’est travailler plus pour vivre moins bien.

            Daily Telegraph du 19 septembre 2000 - Extraits :
            « - 19/09/2000 - (de notre correspondant à Bruxelles Ambrose Evans-Pritchard) - Des documents
            secrets du gouvernement américain qui viennent d’être déclassifiés montrent que la
            communauté des services secrets américains a mené une campagne, tout au long des années 50 et 60, afin de promouvoir l’unification européenne. [...]
            Les dirigeants du Mouvement Européen (Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l’ancien premier ministre belge Paul-Henri Spaak) étaient tous traités comme des employés par leur
            parrains américains. Le rôle des États-Unis fut camouflé comme pour une opération secrète.
            L’argent de l’ACUE (American Committee on United Europe : Comité Américain pour l’Europe Unie) provenait des fondations Ford et Rockefeller, aussi bien que des milieux d’affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. [...] .Le Département d’État jouait aussi un rôle.
            Une note émanant de la Direction Europe, datée du 11 juin 1965, conseille au vice-président de la Communauté Économique Européenne, Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice l’objectif d’une union monétaire. Cette note recommande « d’EMPÊCHER TOUT DEBAT JUSQU’AU MOMENT OU L’ADOPTION DE TELLES PROPOSITIONS DEVIENDRAIENT VIRTUELLEMENT INEVITABLES  »


            • alberto alberto 19 mai 2010 12:05

              Bravo M. Neuman,

              Votre brillant argumentaire démontre une fois de plus s’il le fallait le caractère moutonnier des commentateurs (je n’ose employer le terme d’experts) économiques qui se répandent dans les médias ne perdant pas une occasion de nous vanter les mérites et la rigueur de l’économie allemande.

              Bien à vous.


              • Philou017 Philou017 19 mai 2010 13:04

                Une réaction surprenante de Mme Merkel. A-t-elle écouté Généreux ?

                Angela Merkel a exhorté l’Union européenne mercredi à accélérer la supervision des marchés financiers et à mettre en place une nouvelle taxe les concernant.La chancelière allemande a ajouté que l’Allemagne était prête à agir seule sur l’interdiction des ventes à découvert.Angela Merkel a déclaré devant le Bundestag que les dirigeants européens devaient veiller à ce que les banques ne puissent pas « extorquer » davantage de l’argent aux Etats.Elle a indiqué que l’UE introduirait sa propre taxe sur les transactions financières si le groupe des 20 pays les plus industrialisés (G20) ne parvenait pas à s’entendre sur le sujet en juin.Angela Merkel a également dit que la zone euro devait pouvoir organiser l’insolvabilité ordonnée de ses membres.

                Auparavant, elle avait estimé que l’euro était en danger.Sur la radio allemande Deutschlandfunk, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a de son côté précisé que l’Allemagne ne mettrait en place une taxe sur les transactions financières qu’en cas d’accord sur le sujet au niveau international, ce qui, a-t-il dit, paraît difficile.
                http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2010/05/19/97002-

                Au cours du même discours devant le parlement, Angela Merkel avait auparavant appelé ses voisins à prendre modèle sur son pays en adoptant « une nouvelle culture de stabilité », mettant en garde contre « les conséquences incalculables » pour l’Europe et au-delà de l’indiscipline budgétaire. « L’euro est en danger », a déclaré la chancelière. « Si nous ne parons pas ce danger, les conséquences pour l’Europe sont incalculables et les conséquences au-delà de l’Europe sont incalculables », a ajouté Mme Merkel, « et les conséquences politiques ne sont même pas imaginables ». « Si l’euro échoue, l’Europe échoue », a encore déclaré la chancelière conservatrice, dans une allocution aux accents dramatiques.

                Parmi les autres propositions allemandes, qui devraient être présentées vendredi à Bruxelles par le ministre des Finances Wolfgang Schäuble au cours d’une réunion avec ses homologues européens, la chancelière a encore cité un blocage de l’accès aux fonds structurels européens pour les mauvais élèves en matière budgétaire, un retrait des droits de vote dans les instances européennes.

                Projets et discours ont suscité mercredi matin une réaction très négative des marchés. Les Bourses européennes étaient en chute de près de 3 % vers 12H, et l’euro s’installait sous 1,22 dollar pour la première fois en quatre ans.

                http://www.lesechos.fr/info/inter/020550077471-berlin-exhorte-ses-partenaires-a-accelerer-la-regulation-les-marches.htm


                • Philou017 Philou017 19 mai 2010 13:11

                  L’interdiction allemande porte sur les emprunts d’Etat de la zone euro et les CDS souverains, ainsi que sur les actions des dix plus grands banques allemandes. Elle a pris effet mercredi et court jusqu’au 31 mars 2011.

                  Le Financial Times rapporte ce mercredi que le ministère autrichien des Finances souhaite une interdiction au niveau européen des ventes à découvert à nu sur certaines actions de sociétés financières et sur certains titres de dette.« La zone euro est persuadée que les spéculateurs sont là pour lui faire du mal », commente Harvinder Sian, analyste chez RBS.

                  « Le Royaume-Uni et la Financial Services Authority (FSA) ne devraient pas faire respecter une interdiction sur les ventes à découvert à nu sur les emprunts d’Etats de la zone euro, mais si elle est adoptée dans les grands pays de l’UEM (Union économique et monétaire), cela va détruire de la liquidité. »« Environ 50% des transactions sur obligations sont à découvert, aussi nous reconnaissons que cela va éliminer la moitié des transactions sur obligations allemandes aujourd’hui », indique un trader à Londres.Il estime que 20% environ des transactions sur l’ensemble des emprunts d’Etat de la zone euro sera supprimé mercredi.

                  Selon le président de MFS Investment Management, Bob Pozen, l’interdiction de Berlin va accroître l’aversion au risque sur le marché obligataire et conduire les investisseurs à se porter davantage vers les emprunts d’Etat américains.La mesure devrait également bénéficier aux exportateurs européens, ajoute-t-il.« C’est un instrument très brutal qui n’a pas de sens », a déclaré Bob Pozen à Reuters.« Ces réactions sont compréhensibles de la part du gouvernement mais elles sont malencontreuses et inefficaces. »
                  http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2010/05/19/97002

                  Mme Merkel prend des mesures de régulations tant annoncées par Sarkosy, mais jamais ébauchées dans la réalité. Que va faire notre conducatore parleur ?


                • Philou017 Philou017 19 mai 2010 14:02

                  Trichet entretient l’incendie !
                  Le banquier délégué du libéralisme rampant en rajoute plusieurs couches :

                  « Nous avons vécu et vivons des temps véritablement dramatiques. » Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE), n’est pas connu pour son goût de l’emphase. En début de semaine, c’est pourtant bien lui qui tenait ces propos lugubres, dans une interview accordée au magazine allemand Der Spiegel.

                  A l’usage des malcomprenants, le patron de la BCE a surligné au feutre noir : "[Les marchés] se trouvent dans la situation la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, voire depuis la Première." Plus guère possible, après cela, de se voiler la face. Voyageant à la vitesse de la lumière, la tornade financière a tout balayé sur son passage : maisons et voitures, banquiers et traders, dogmes et croyances.
                  http://www.lexpress.fr/actualite/economie/crise-ce-qui-nous-attend_893195.html

                  On peut se demander quel intérêt a Trichet de jeter de l’huile sur le feu de cette façon, alors qu’il devrait avoir le rôle inverse.

                  Je pense qu’il s’agit des soubresauts d’une lutte obscure apposant deux groupes d’intérêts, un plutôt anglo-saxon qui cherche sans doute à faire tomber le système, sans doute au profit des USA, l’autre plutôt Européen qui cherche à le sauver.
                  Les ogres de la finance se déchainent en coulisse, et même maintenant sur le devant de la scène.


                • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 19 mai 2010 13:41

                  Excellent article dont j’approuve le contenu et dont je peux apprécier la justesse dans notre entreprise familiale de ventre en gros et au détail d’accessoires et de produits pour automobiles en Allemagne.


                  Cependant :
                  Les allemands eux-même mettent de plus en plus en doute la politique du « tout exportation » comme on le voit dans le succès de « die Linke » et surtout dans le changement de ligne en cours au SPD et dans les syndicats unifiés (DGB) relativement plus puissants qu’en France.

                  L a baisse démographique peut être contre balancée par l’immigration venant de la Turquie et des ex-pays de l’est, Russie comprise, avec et malgré tous les problèmes d’intégration que cela pose.



                  • Daniel Roux Daniel Roux 19 mai 2010 14:29

                    Deux remarques :

                    Sur le PIB et l’émigration
                     :

                    La baisse de la population entraîne de facto une baisse de la construction de nouveaux logements et équipements collectifs, type groupes scolaires. Les conséquences sont un moindre besoin en émigration et un PIB en berne.

                    Sur les mœurs politiques :

                    L’accession de Shröder à la chancellerie s’est faite à la suite d’un coup politique surprise à l’intérieur de son parti visant à l’éviction d’Oscar Lafontaine. Ce dernier, ayant échappé de peu à la mort à la suite d’un violent attentat, a dû resté à l’écart de la vie politique pendant un certain temps (une balle dans la tête). Quelqu’un ne voulait pas laisser un « socialiste » prendre le pouvoir ?

                    Cela est à mettre en parallèle (même méthode) avec la mort d’Aldo Moro à la veille d’une alliance républicaine avec le parti communiste. Mort qui a profité au très altlantiste Andreotti, jugé par ailleurs pour ses liens présumés avec la mafia.


                    • Daniel Roux Daniel Roux 20 mai 2010 00:21

                      @ Pasou

                      Je ne sais pas si l’immigrant coûte aux Français et je ne sais pas non plus qui profitent sans vouloir le savoir du pillage les matières premières ou de la ruine de l’agriculture des pays africains ou asiatiques ou américains du sud par les compagnies françaises.

                      Ce que je sais c’est que :

                      1) Le chômage massif qui appauvrit les Français découlent directement des délocalisations et des transferts de savoirs faire centenaires dans des pays à bas coûts sociaux et écologiques, encouragés et favorisés par le pouvoir en place.
                      2) Que ces délocalisations sont décidés et réalisés par les riches actionnaires Français de ces entreprises qui s’enrichissent et planquent leur argent dans les paradis fiscaux pendant que nos compatriotes tombent dans la misère et sont écrasés de charges.
                      3) Que les seuls que je voyais travailler dur dans le bâtiment et les travaux publics lorsque j’étais encore en activité, étaient des étrangers, mal payés, mal logés, mal considérés, mal protégés mais souvent professionnels, courageux, souriants et respectueux des autres.
                      4) Que si je crevais de faim dans un pays de misère dont les dictateurs corrompus étaient soutenus par des ripoux étrangers, je ferais exactement comme eux pour survivre.
                      5) Que chez un homme seuls ses actes comptent.
                      6) et pour finir, que le sujet de mon commentaire est sur la situation allemande pas sur le coût éventuel de l’immigration.


                    • Moritz 19 mai 2010 15:15

                      L´article est intéréssant mais qq d´imprécisions sont á noter.
                      Vivant en Allemagne, je tiens à donner un petit apercu.

                      Le salaire en Allemagne est pour la même qualification plus élevé qu´en France (entre 20 et 40% selon l´activité). Les impôts sont plus élevés mais les charges sociales beaucoup plus faibles. Il faut également noter qu´il n´y a pas d´impôts comme en France type impôts locaux et impôts foncier (150€/an).
                      Au final l´ensemble des charges est plus faible qu´en France.

                      L´immobilier est environ 50% plus faible qu´en France. A Munich (la ville soit disant la plus chère d´Allemagne) l´immobilier oscille entre 1500 et 3000 euros le mètre carre.
                      Dans d´autres villes comme Stuttgart l´immobilier oscille entre 1000 et 2200 euros le mètre carré. La campagne étant nettement moins chère, la différence avec la France est énorme.
                      La population a donc un accès nettement plus facile qu´en France.

                      De plus les dépenses sont plus faibles qu´en France (alimentation, ...) et la qualité n´est pas moindre.

                      Les immigrés sont nombreux dans la société et sont biens intégrés et ne restent pas dans des ghettos.

                      Il ne faut pas confondre niveau de vie et cout de la vie. Le cout de la vie en Allemagne est plus faible qu´en France mais le niveau de vie y est supérieur.

                      Concernant l´évolution démographique, c´est vrai c´est un problème.

                      Pour le commerce extérieur la qualité allemande est une référence que personne ne peut nier et qui est plus adapté qu´en France.

                      En résumé, je ne pense pas que l´évolution démographique soit un grand problème, car il y a une mixité de cultures et beaucoup plus d´immigration qu´en France, notamment des pays de l´Europe de l´Est, Russie, mais aussi de tous les continents. En France, l´immigration est très souvent en provenance des anciennes colonies. L´insertion est plus difficile en France également.

                      Tirer une conclusion aussi rapidement est difficile et ne peut s´avérer exact.


                      • foufouille foufouille 19 mai 2010 16:52

                        sauf pour les exclus
                        les salaries a 1, 2 ou 3€
                        http://allemagne-et-plus.a18t.net/?p=9


                      • ARMINIUS ARMINIUS 20 mai 2010 06:58

                        Tout à fait d’accord Moritz, vivant en Allemagne, vous en connaissez un Max ! J’ajouterais deux remarques : quand l’Allemagne va mal, la France ne va pas très bien non plus : ce pays est à la fois notre premier client et notre premier fournisseur. La dénatalité allemande est une bonne nouvelle pour les français qui parlent allemand : un immense marché du travail s’ouvre à eux, donc...


                      • finael finael 19 mai 2010 15:17

                        Excellent article.

                        On peut aussi noter que le fameux « modèle éducatif » allemand, longtemps présenté (par le patronat) comme très supérieur à celui de la France en raison de ses formation « qualifiantes » : apprentissage et travaux « d’entreprise » est maintenant tenu, en Allemagne, comme très défavorable à long terme.

                        Mais le système allemand évolue actuellement à l’inverse du « système français » avec une inflexion vers le généralisme et l’excellence.

                        On peut signaler aussi la rareté des informations, en France, sur l’Allemagne et le reste de ses voisins et c’est une excellente chose d’apporter cet éclairage.


                        • finael finael 19 mai 2010 17:14

                          A signaler cet article du 13 mai dans « Le Monde ».


                          • L'enfoiré L’enfoiré 19 mai 2010 19:04

                            Finael,

                             Merci pour l’article.
                             Il y a une différence de conception entre un Allemand et un Français.
                             « Arbeiten mach frei » n’est pas qu’une enseigne au sommet d’un camp.
                             Les Allemands, femmes et hommes, sont souvent carriéristes.
                             Pas beaucoup d’incitants à procréer.
                             Pas beaucoup de crèches.
                             Heureusement, qu’il y a les étrangers pour apporter du sang neuf et assurer peut-être les pensions des Allemands de souche.
                              smiley

                             


                          • cmoy patou 19 mai 2010 17:26

                            N’oubliez pas que les allemands ont payé un prix ahurissant pour la réunification de l’ex RDA .

                            En tant que frontalier je peux vous dire que nombre de mes compatriotes traversent régulièrement la frontière pour allez y faire leurs courses car beaucoup de produits sont nettement moins chers qu’en France et notamment les fruits et légumes ce que je n’ai jamais compris car l’Allemagne n’a pas ou peu d’agriculture.
                            Après renseignement du comment pourquoi un patron de grande surface m’a dit que les intermédiaires étaient moins gourmands qu’en France.

                            Comprenne qui pourra.


                            • foufouille foufouille 19 mai 2010 17:33

                              "Après renseignement du comment pourquoi un patron de grande surface m’a dit que les intermédiaires étaient moins gourmands qu’en France."
                              ils ont pas le choix


                            • L'enfoiré L’enfoiré 19 mai 2010 18:58

                              @L’auteur,

                              "Si l’Allemagne a si bien mené sa barque depuis une dizaine d’année, pourquoi son niveau de vie n’est-il pas supérieur au nôtre ?"

                              Je m’excuse mais la réponse est dans la question.
                              L’Allemagne, je vous rappelle était divisée en deux jusqu’en 1989.
                              L’Allemagne a dû bosser pour rattraper le retard de celle de l’Est.
                              Véritable défit de rendre la parité du mark ouest et est à 1=1.
                              La France n’a pas du faire cet effort. smiley


                              • L'enfoiré L’enfoiré 19 mai 2010 19:08

                                "Allemagne se verra rétrogradée à la troisième place en Europe en matière de richesse économique, derrière les Français et les Britanniques"

                                N’allez surtout pas enseigner ça à Shanghaï.
                                Conseil d’ami. 
                                 smiley


                                • L'enfoiré L’enfoiré 19 mai 2010 19:11

                                  Pour avoir travaillé avec eux, sachez qu’ils n’en ont rien à faire, que ce soit un Turc, un Arabe, un Polonais qui produit le travail.
                                  Les racistes sont dans la rue. Pas dans les entreprises.


                                  • Jean d'Hôtaux Jean d’Hôtaux 19 mai 2010 22:06

                                    L’auteur écrit :

                                    « Le pays, d’ailleurs, sera sans doute amené à se montrer plus accueillant vis-à-vis des immigrés s’il souhaite ne pas voir sa population active fondre comme neige au soleil, et si la société allemande devient ainsi plus ouverte et cosmopolite qu’elle ne l’est aujourd’hui il y aura lieu de s’en réjouir.  »

                                    Mais la société allemande est déjà très cosmopolite. Quant à son ouverture, je n’ai pas le sentiment qu’elle le soit moins que d’autres en Europe occidentale. Bien sûr on pourra toujours invoquer les violents affrontements dont ont été victimes des étrangers dans certaines villes de l’ex-DRA, au début des années 1990, à Rostock au bord de la Baltique par exemple, où la foule s’en était pris à la communauté vietnamienne accueillie par l’ancien régime communiste de la RDA. Les causes de ces pogroms étaient essentiellement économiques et la situation s’est beaucoup améliorée dans l’ex-RDA

                                    S’agissant de la démographie, la carence démographique allemande est compensée, et le sera encore, par l’immigration. Celle-ci se fera au gré des besoins économiques et non pas sur des critères de regroupements familiaux. Les Turcs constituent à eux seuls, une communauté de plus de 2 millions personnes et bon nombre d’immigrés sont natifs d’Europe centrale et de l’est, des gens généralement très bien formés professionnellement.

                                    Concernant la réunification allemande, l’auteur en sous-estime l’effort. Qui n’a pas vu les gigantesques chantiers de travaux publics dans l’ex-RDA et à Berlin ne peut se rendre compte de cet effort.


                                    • brieli67 19 mai 2010 22:36

                                      Décidément, les sciences économiques ne sont pas des sciences. cf Auguste Comte ici sur la classe des ingénieurs . très instructif pour les sciences appliquées.


                                      Commençons le périple par le Brésil : les microcrédits 
                                      d’un film_documentaire de Claus Strigel der Schein trügt

                                      rq auteur et notre ségo_Sylvain expatrié peuvent se glisser dans les rôles traducteur_interprètes..

                                      Le Troc est de retour...

                                      En Allemagne, un phénomène sans précédants : le Regiogeld/ Local currency




                                      La question :


                                      • Rémi Manso Manso 19 mai 2010 22:52

                                        Heureux de lire sous la plume de l’auteur que « une réduction de la population n’est pas mal en soi. » C’est en effet la seule solution viable, non pas seulement pour l’Allemagne, mais pour toute la planète. Il va sans dire que si ce pays et quelques autres (dont l’Italie) sont les seuls à aller dans cette voie, cela ne servira pas à grand chose...
                                        Il faudrait bien entendu que toutes les régions du monde s’y mettent (et surtout là où l’on prolifère à l’excès). Ce d’ailleurs autant pour notre survie à long terme que pour celle immédiate de ces milliers de femmes qui meurent en couche à cause de grossesses trop précoces ou trop rapprochées.
                                        Malheureusement nous n’en prenons pas le chemin. Et pourtant il est avéré qu’au moins 20% des femmes, sont en demande insatisfaite de contraception. Y répondre coûterait à 3 milliards de $ par an...


                                        • titi 20 mai 2010 07:26

                                          @L’auteur,

                                          La situation économique de l’Allemagne est AUJOURD’HUI meilleures que la notre.
                                          Vous nous annoncez que cela n’est pas perenne et que notre tour viendra DEMAIN nécessairement car ils ont fait les mauvais choix (forcément mauvais car différents des notres)
                                          Voila 30 ans que j’entends ce discours mais leur situation est toujours meilleures que la notre.

                                          Votre article est typique du mal francais qui consiste à toujours trouver aujourd’hui la solution universelle pour demain. Voilà 30 ans qu’en France on se prépare pour le long terme. Résultat le court terme est sinistré.

                                          Cela est normal car vous faites des projections à 2040 en analysant la situation actuelle. Si j’analyse ce 20 dernières années, cela veut dire que d’ici là on aura eu : 3 bulles/cracks boursiers, 3 bulles/cracks immobiliers, 3 évolutions technologiques majeures.

                                          Vous croyez vraiment que vos analyses seront valables après ces évenements ?

                                          Le monde va trop vite pour des prévisions à long terme.
                                          Tachons de gérer correctement le court terme.





                                          • Internaute Internaute 20 mai 2010 10:01

                                            Toute analyse socio-économique ne peut se faire qu’à partir du tableau économique d’échange. C’est une matrice qui donne le montant de qui achète quoi à qui. C’est le seul moyen de comprende ce qui se passe. J’ai bien peur que même nos politiciens n’en disposent pas, ayant supprimé tous les services des douanes. On théorise à partir de ressentiments, à partir d’informations parcellaires qui transitent sous nos yeux. On prend alors des décisions sous la pression de l’instant et surtout sous la pression de celui qui crie le plus fort. Lagarde passe plus de temps au restaurant qu’à lire des statistiques.

                                            Ce tableau essentiel existe à peu prés pour les USA. Est-ce que l’auteur l’a eu sous les yeux pour la France et l’Allemagne ?

                                            L’erreur de l’Allemagne, mais elle est loin d’être la seule dans ce cas, est d’avoir choisi le mondialisme. Ils ont commencé à réduire leurs salaires mais tant qu’ils n’arriveront pas au niveau des chinois ils seront hors course tôt ou tard. Vaut-il la peine de rentrer dans cette course ? Voilà bien la question politique primordiale. L’autre voie est justement de défendre un pré-carré assez large comme aurait pu l’être l’UE en laissant la Chine développer son marché intérieur et nous concurrencer sur les marchés émergents. N’oublions pas que l’Allemagne était dans les années 70 la reine de l’électronique domestique et de l’optique, deux domaines qui sont passés au Japon. La Chine d’aujourd’hui c’est le Japon d’hier. Va-t-on refaire les mêmes erreurs ? Les panneaux solaires et les ampoules basse consommation qui devaient être la porte de sortie écologique de l’Allemagne sont déjà passés en Chine. Il n’y aura aucune sortie vers le haut tant qu’on aura pas corrigé les fondamentaux.

                                            La baisse démographique est plutôt une bonne nouvelle, sauf pour une génération de retraité. Un trou démographique est plus que bouché en une seule génération quand la population en ressent le besoin (ma grand-mère a eu 8 enfants, chose normale à son époque). L’appel que vous faites à l’immigration est suicidaire. En disant cela vous faites déjà l’erreur de croire que les gens sont interchangeables. Pourquoi voudriez-vous que des arabes qui n’ont jamais fait fonctionner le moindre système de retraite dans leur pays le fassent en Allemagne ? J’aimerais avoir vos explications la-dessus. Jamais l’immigration ne paiera les retraites de ceux qui se sont laissés envahir, jamais. D’autre part, que serait une Allemagne qui ne serait pas peuplée d’allemands ? Une simple zone géographique qui fera double emploi avec le maghreb. Ce que vous proposez est un génocide par métissage. Le pire est qu’une énormité pareille nous est vendue pour un petit bénéfice pécuniaire immédiat. Autant vendre la moitié du pays à des investisseurs étrangers et replier la population sur l’autre moitiée. C’est une ineptie.

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