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La fièvre de l’indignation gagne l’Espagne

Mais que se passe-t-il de l’autre côté des Pyrénées ? Bravant l’interdiction des autorités, des milliers de jeunes se sont rassemblés ces derniers jours au cœur de Madrid et dans toutes les grandes villes espagnoles pour manifester leur “indignation” avant les élections locales du 22 mai.

S’inspirant directement du livre de Stéphane Hessel cette mobilisation spontanée contre le chômage et la corruption des politiques a un nom : Movimiento 15-M (le mouvement du 15 mai) et un slogan “¡ Indignaos !” (indignez-vous).

Pas de revendications précises donc mais un sentiment général de ras-le-bol contre une crise et un taux de chômage de 21,19 % qui bondit à 44,6% pour les moins de 25 ans.

La crise et surtout son cortège de mesures d’austérité ont poussé dans la rue des espagnols qui contrairement aux français n’ont pas l’habitude de battre le pavé à la moindre occasion. De financière, la crise devient démocratique. Faute de se retrouver dans l’offre politique, de plus en plus d’espagnols s’interrogent sur l’intérêt d’aller voter pour les élections municipales et régionales qui se tiendront ce week-end.

Le nom du collectif qui s’est créé est éclairant Democracia Real Ya (Une vraie démocratie maintenant) et doit interroger les vieilles démocraties européennes qui ont peut être pensé un peu vite que le vent de fraîcheur du printemps arabe ne traverserait pas la méditerranée. Il trouve à son tour dans les réseaux sociaux Facebook et Twitter un extraordinaire moyen de mobilisation.

La réaction des autorités espagnoles, dépassées par l’événement, ne diffère guère, toutes proportions gardées, de celle de ses homologues arabes. Outre des brutalités policières nombreuses, le gouvernement espagnol a tout simplement interdit les rassemblements.

Les partis traditionnels n’arrivent pas à reprendre la main sur un mouvement qui est avant tout la manifestation d’une profonde désillusion dans la société et le constat de l’incapacité de la démocratie à traiter correctement une partie importante de la population. La classe politique traditionnelle espagnole espère que les élections de ce week-end marqueront la fin du mouvement. Rien pourtant n’est moins sûr.

Obnubilée par l’affaire DSK la France n’a prêté aucune attention à la poussée de fièvre espagnole. Il est vrai qu’à la différence de l’Espagne le début de la campagne des présidentielles devrait jouer un rôle de soupape pour évacuer les tensions qui traversent la société française. En affichant la jeunesse comme sa priorité François Hollande a sans doute eu une bonne intuition. Reste à savoir si les candidats sauront réitérer une campagne capable de mobiliser les foules ou si le sentiment de dépit et de lassitude sera le plus fort et constituera le terreau d’un printemps français.




par Henry Moreigne (son site) vendredi 20 mai 2011 - 51 réactions
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