Hommage posthume à François Mitterrand qui déclarait le 17 janvier 1995 : « Le nationalisme, c’est la guerre ! ». Le Prix Nobel de la Paix 2012 vient rappeler l’objectif premier et atteint de la construction européen : pacifier durablement ce vieux continent qui n’avait cessé, avant 1945 et depuis plusieurs millénaires, d’être en guerres quasi-continuelles.
Le lendemain de l’adoption définitive du Traité budgétaire européen (TSCG) par les parlementaires français, le Prix Nobel de la Paix 2012 a été attribué à l’Union Européenne. Le Comité Nobel a communiqué cette récompense le matin du 12 octobre 2012 à Oslo, dans un pays qui avait refusé son intégration européenne en 1995.
Pour l’expliquer, il a déclaré ceci : « L’Union et ses ancêtres contribuent depuis plus de six décennies à l’avancement de la paix et à la réconciliation, la démocratie et les droits de l’home en Europe. » et a ajouté très lucidement : « L’UE connaît actuellement de graves difficultés économiques et des problèmes sociaux considérables. Le Comité norvégien du Nobel souhaite souligner ce qu’il considère comme le résultat le plus important de l’UE : la lutte réussie pour la paix et la réconciliation, et pour la démocratie et les droits de l’homme. Le rôle stabilisateur joué par l’UE a participé à faire passer la majorité de l’Europe d’un continent de guerre à un continent de paix. ».
On pourra toujours critiquer le principe des Prix Nobel, leur attribution arbitraire, le manque parfois de discernement en l’attribuant à des personnalités qui n’avaient encore rien accompli jusque là (comme en 2009)… mais je ne vais pas bouder mon plaisir de voir l’Union Européenne récompensée pour son but principal, à savoir, celui de garantir la paix durablement sur un continent qui fut passablement belliqueux dans le passé encore récent.
Car oui, il faut le dire et le répéter, le marteler : la construction européenne est avant tout un beau projet, un projet du cœur, celui d’en finir avec les guerres en Europe. Ce n’était pas évident et c’est pour cela qu’elle repose sur les deux ennemis d’hier, à savoir la France et l’Allemagne, et l’adhésion à l’Union Européenne a permis au moins de pérenniser non seulement la paix (la Croatie sera le prochain et 28e pays à adhérer dans quelques mois) mais aussi la démocratie (la Grèce, l’Espagne, le Portugal, et tous les pays d’Europe centrale et orientale anciennement sous le joug communiste qui ont adhéré le 1er mai 2004).
C’est donc une magnifique démonstration des fondamentaux auxquels il faut toujours revenir quand on veut avoir une vision du monde et de l’avenir : garantir la paix !
Et cette paix, il faut bien l’avouer, elle est tellement normale, tellement habituelle, qu’on n’y pense plus. Quand j’écris "on", je m’y inclus bien sûr, n’ayant pas moi-même connu la guerre (ce qui est une chance que je savoure et espère savourer toute ma vie). Il existe une tranche de la population, que je dirais née entre 1950 et 1975, qui n’a ni connu la guerre ni vécu en Européen, entre autres par la généralisation du programme d’échanges étudiants Erasmus.
Ceux qui ont connu la guerre n’ont même pas hésité à faire l’Europe dans un souci de réconciliation. C’est en particulier le principal actif des deux longs septennats de François Mitterrand, celui d’avoir choisi l’Europe en mars 1983 (ce n’était pas évident) mais on peut aussi saluer le Général De Gaulle qui aurait très bien pu laisser à l’abandon le Traité de Rome signé le 25 mars 1957 et qui, par ses relations avec le Chancelier allemand Konrad Adenauer et l’approfondissement de l’amitié franco-allemande (Jacques Chirac et Gerhard Schröder avaient même proposé une citoyenneté commune franco-allemande), a évidemment créé le pas décisif pour la construction européenne. De même, Valéry Giscard d’Estaing a compris qu’il fallait démocratiser les institutions européennes en faisant élire directement par le peuple les députés européens et en instituant le principe des sommets européens réunissant les chefs d’État et de gouvernement européens.
Ceux, plus jeunes, qui ne vivent finalement que dans un ensemble bien moins national et bien plus international (et pas seulement européen), ont, eux aussi, l’idée que la construction européenne est un processus non seulement indispensable mais enthousiasmant pour la paix.
Notons d’ailleurs que ce programme Erasmus, si cher à la concorde des peuples européens (lorsqu’un jeune vit avec d’autres jeunes Européens, les connaît, les comprend, il est a priori moins enclin à leur faire la guerre), qui permet chaque année à 230 000 étudiants de suivre une année d’étude dans un autre pays de l’Union Européenne que le sien, risque cruellement de s’arrêter car il n’y a pas de budget prévu pour 2013. Cela ne coûte pourtant que 450 millions d’euros, ce qui est assez faible par rapport aux montants impliqués par le MES ou le TSCG.
Mais le gros de l’électorat se situe entre ces deux générations, et il n’a connu dans ses tripes ni la guerre ni l’Europe. C’est pour cela qu’il peut y avoir de la frilosité, des refus d’avancée européenne, même des peurs dont la crise économique renforce évidemment l’ampleur et aussi le besoin de trouver un bouc émissaire à tous les problèmes (l’Europe a ainsi été utilisée comme tel par la grande partie de la classe politique).
François Mitterrand avait eu l’intuition qu’une Europe politique était la seule solution non seulement pour conforter la France comme puissance économique mondiale mais aussi pour pérenniser la paix sur le continent européen. En impulsant avec le Chancelier Helmut Kohl la monnaie unique quelques mois après la Réunification allemande, et en proposant un référendum en septembre 1992 pour ratifier le Traité de Maastricht, il a permis au débat d’entrer dans la société française.
François Mitterrand était hanté par la Seconde guerre mondiale et voulait favoriser une paix durable. L’un de ses meilleurs discours est sans doute lorsqu’il s’adressa au Parlement européen de Strasbourg le 17 janvier 1995, à la fin de son second septennat : « Il faut transmettre, non pas cette haine, mais au contraire la chance des réconciliations que nous devons (…). Chacun a vu le monde de l’endroit où il se trouvait, et ce point de vue était généralement déformant. Il faut vaincre ses préjugés. Ce que je vous demande là est presque impossible, car il faut vaincre notre histoire, et pourtant, si on ne la vainc pas, il faut savoir qu’une règle s’imposera, Mesdames et Messieurs : le nationalisme, c’est la guerre ! La guerre n’est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c’est vous, Mesdames et Messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir. ».
Et en effet, le nationalisme est un mouvement très récent, qui a deux siècles et qui a été l’alibi de nombreux tyrans pour faire la guerre et provoquer la mort de centaines de millions de personnes. Le nationalisme n’est pas une valeur en soi.

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C’est de la naïveté ou de la propagande cet article !!!???
08/11 18:42 - bdoume@l’auteur « vouloir l’intégration européenne et vouloir que l’UE devienne (...)
15/10 12:16 - al.terre.natif(correction) vouloir en finir AVEC la prédominance américaine. Je note que les incohérences (...)
14/10 14:52 - Sylvain RakotoarisonÀ Mac 12 octobre 19:42 , Merci de votre contribution. Bien sûr que je ne suis pas aveugle, (...)
14/10 14:45 - Sylvain Rakotoarison@Aguéra Depuis très longtemps, tous les Américains peuvent dire qu’ils n’ont pas (...)
14/10 07:07 - Roubachoff@ JAJA, si vous etiez ainsi voue au mutisme, et que votre entourage professionnel vous (...)
13/10 22:58 - dadascope
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