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Silvio Berlusconi renversé par Giuseppe Verdi

Le 12 mars dernier, Silvio Berlusconi a dû faire face à la réalité. L’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.

Nabucco de Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de l’Italie unifiée.

Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.

Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…

Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».

Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant « Muti, sénateur à vie ».

Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière.  », raconte-t-il.

Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit :

[Après que les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus, on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"]

Le chef d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais...

[applaudissements]

Muti
 : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue".

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

Muti
 : Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.

C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »

« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens. »


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Silvio Berlusconi renversé par Giuseppe Verdi

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46 réactions à cet article    


  • easy easy 31 mars 2011 10:08

    clap clap clap !


    • jako jako 31 mars 2011 10:38

      Quelle excellente nouvelle ! Vivement la même en France


      • jako jako 31 mars 2011 10:59

        Il y a tout de même de petites actions en France, les magistrats sont dans la rue, et certains films sortent : nous princesses de Clève


      • easy easy 31 mars 2011 11:55

        Jako dit, « vivement la même en France » 

        Cette soirée Muti-Verdi-Sconi était un des moments les plus émouvants qu’un public puisse vivre et j’aurais aimé y être.

        Mais l’évènement est conçu, fait et vécu pour rester limité à cette salle, à cette soirée. Il est également fait pour être raconté et faire fable. L’évènement peut servir de point d’appui à un discours de sursaut national mais il ne peut pas aller au-delà de sa symbolique. Cette soirée n’est pas un programme, ce n’est même pas une doléance précise, c’est juste un point d’orgue d’un sentiment d’humiliation que vivent les Italiens.

        L’humiliation que ressentent les Italiens, les Français la ressentent aussi mais pour d’autres raisons. Idem pour les Allemands, les Chinois, les Japonais. Nous subissons tous des humiliations différentes.

        Hormis les différences de cas et de personnes, il y a depuis 30 ans, et ça c’est inédit dans l’Histoire, un dénominateur commun à nos humiliations. Nous partageons l’effarement de la découverte que nous sommes dans une nasse tissée par nous-mêmes.

        Parce que beaucoup de Terriens ont désormais l’oreille sensibilisée à Verdi, Nabucco peut nous rassembler tous en une géoséance de larmes très émouvante mais ce sera pour pleurer sur notre sort de maîtres-esclaves, de piégeurs-piégés et nous tenir la main pour marquer notre communauté de désespoir.

        Ca ne constituera toujours pas un programme pour sortir de cette funeste perspective dans laquelle il n’y a pas d’autres méchants que les victimes. Un programme peut jaillir de cette fraternité doloriste mais il reste entièrement à faire...


        • jako jako 31 mars 2011 12:04

          Bonjour Easy, « Nous subissons tous des humiliations différentes. » tout à fait d’accord.
           Cependant il y a aussi une autre constante qui fait souffrir les peuples c’est la disparition de la culture au profit d’une pseudo culture, cela a été souvent dénoncé, et sans culture il ne peux y avoir d’alternative politique puissante.


        • Roosevelt_vs_Keynes 31 mars 2011 12:26

          Vivre une émotion culturelle sans programme politique peut s’avérer pire qu’inutile : frustrant.

          Un programme politique sans renouveau culturel est peut-être encore pire : dangereusement illusoire.

          Ceci peut aider à comprendre pourquoi les jeunes du mouvement politique de Jacques Cheminade, Solidarité & Progrès, chantent en chorale des textes très politiques et que le chant « bel canto » fait partie intégrante de leurs campagnes électorales... ce qui a un effet sur les citoyens bien plus profonds que n’importe qu’elle musique sensée « chauffer » le public lors d’un meeting.


        • easy easy 31 mars 2011 12:48

          Bien pensé, bien dit R/K


        • Guzecha Guzecha 31 mars 2011 13:57

          THIS is rock’n roll


          • easy easy 31 mars 2011 16:48

            «  »«  »«  »Cependant il y a aussi une autre constante qui fait souffrir les peuples c’est la disparition de la culture au profit d’une pseudo culture, cela a été souvent dénoncé, et sans culture il ne peux y avoir d’alternative politique puissante.
            «  »«  »«  »« 

            Bonjour Jako


            Si l’on considère qu’à notre époque, une poltique puissante prendrait en compte, au moins en partie, les problématiques mondiales, de quel endroit, de quel moment, de quelles circonstances, pourrait-elle surgir ?

            Etant posé que par puissante on entendrait : porteuse d’espoir.

            Avant Stravinsky et Freud, les plus grandes problématiques strictement inter humaines étaient les dominations/asservissements massifs pendant que les problématiques de l’individu étaient ignorées.
            A un esclave unique, Verdi ne savait rien apporter en termes d’espérance. Il était d’envergure politique et ne voyait à traiter que les problématiques des masses d’humiliés à qui il savait apporter l’espoir.
            C’est qu’une masse possède des caractéristiques qui dépassent la somme des caractéristiques des individus qui la constituent. Son temps est sans fin, son âge est indéterminé, sa culpabilité, son innocence aussi. La masse échappe au jugement et sait très bien s’entendre pour se considérer beaucoup plus innocente et dans les papiers de Dieu, que coupable et damnée.

            Quand un chef, politique ou d’orchestre, prend l’initiative d’organiser à l’intention d’une masse, un moment avec des points d’orgue très précis, pour qu’elle pleure sur elle, il fait forcément mouche car personne ne refuserait de profiter de cette parenthèse offerte à son innocence.

            Ce soir là, à part Berlusconi, tous les autres s’offraient un moment d’innocence. 

            A partir de ces communions autour d’une innocence et victimisation partagée, il ne reste plus qu’à proposer de passer à la colère et à partir du même coagulat surgira la politique forte en  »Restons unis autour de notre innocence mais ne pleurons plus, brisons plutôt nos chaînes et tuons le coupable"

            Tant qu’il existait une possibilité de réaliser ces communions, se dessinait ce qu’on appelle une vraie culture. Une vraie culture se caractérise en ce qu’elle offre toujours un support possible dans le décor, dans le thème, dans l’intrigue, dans la musique, à une communion massive.


            A partir de Stravinsky et Freud, pendant que certains ont commencé à explorer non plus les horizons océaniques mais le plus profond des intimités à la recherche du secret de l’innocence et de la culpabilité, de grands prêtres ont organisé d’immenses et dernières messes où, après avoir pleuré ensemble, on a coagulé de colère rouge et noire. 

            Deux énormes guerres en résultèrent. Signant la fin de Verdi et Wagner.

            On se retrouve avec Stavinsky et Messiaen qui ne cherchent plus à faire pleurer. Ce ne sont plus des Gros et des David qui témoignent de la guerre en sublimant les gestes et en soignant les éclairages mais des Picasso et des Kandinsky qui refusent d’arranger la réalité, talonnés qu’ils sont par les photographes et cinéaste qui livrent la réalité toute crue.

            Et ce qu’on voit alors de ce qu’une masse d’innocents en colère est capable de faire, nous dégoûte définitivement des messes.

            C’est la fin des politiques fortes surgies de messes.



            Après Hiroshima et Nagasaki, dans le fil du Sacre du Printemps, apparaît le butoh qui ne peut en aucun cas rassembler des gens et les faire pleurer d’innocence à 22h09. 
            Tout ce qui se fera après les rapports photographiques des guerres modernes et après la désintégration du noyau, excluera qu’on se tienne la main en pleurant. L’individu est renvoyé à lui-même, à sa solitude, étant prouvé qu’on ne peut décidément rien tirer de bon de ses coagulations. Toute la musique, la peinture, la sculpture dira la désintégration et la mort de l’espoir.

            Le mur écologique n’ayant évidement rien arrangé à l’émergence d’horizons soudainement finis.


            Certes, nous pouvons encore nous retrouver devant un Muti livrant du Verdi et en pleurer en nous embrassant, mais l’effet ne sortira guère de cette salle qui n’est désormais plus qu’un vaisseau offrant quelques nostalgiques et éphémères retours dans le passé.


            Nous decouvrons que nous sommes dans une nasse que nous avons tissée. Il n’y a plus d’espoir. Chacun accuse son voisin mais en vain car plus personne n’est clairement le seul coupable. Chacun se précipite pour faire valoir qu’il est victime mais on ne sait plus de qui de quoi. Victime, innocent, ces mots n’ont plus de sens. 
            Il n’y a donc plus de culture possible.


            • Roosevelt_vs_Keynes 31 mars 2011 17:10

              @ easy

              Vous n’avez rien compris ni à Nabucco, ni à la raison pour laquelle j’ai publié cet article.

              Avec Nabucco, et avec ce qu’ont dit successivement le maire de Rome et Riccardo Muti, il n’est aucunement question de pleurer d’une émotion romantique. Leur propos de sont que le reflet - dont ils sont nécessairement parfaitement conscient vu leur place dans la société italienne - d’un processus à l’oeuvre dans le monde depuis le lendemain de la mort de Roosevelt, processus qui a pour but de détruire définitivement le dernier Empire de l’histoire de l’humanité et la mentalité d’empire qui a infecté la quasi totalité de la planète : l’Empire britannique.

              Nabucco symbolise la fin de l’Empire des Habsbourg. Si la majorité du public n’a aucune idée de ce qu’est l’Empire britannique aujourd’hui, il ne se sent pas moins esclave d’un « système ». Muti et le maire de Rome sont très bien placés pour savoir que dans le Gouvernement Berlusconi, il y a un monsieur qui s’appelle Giulio Tremonti qui, lui, s’exprime régulièrement, officiellement et publiquement par des propos qui sont spécifiquement un signal diplomatique extrêmement puissant à l’endroit de l’Empire britannique.


              • easy easy 31 mars 2011 19:25

                Je vois que vous êtes un garde, un héritier de Nabuchodonosor, de Verdi ou au moins leur thuriféraire, que vous avez leur chapelle à défendre et qu’ici les mécréants n’ont pas leur place.

                Les remugles de l’empire autro-hongrois me faisant moins de souci que les sushis japonais, je n’ai effectivement rien à faire ici. Veuillez demander qu’on efface tous mes commentaires 

                Avec mes plus plates excuses







                Bin désormais quand j’entendrai du Verdi ou un italien, je décamperai d’abord et je me demanderai pourquoi après.


                • Kessonfait ? 31 mars 2011 21:22

                   Nous subissons des humiliations différentes mais elles émanent d’un seul et unique système qui met en concurrence les peuples pour le profit d’une oligarchie. Les révoltes dans le monde arabe, aux Etats-Unis, en Europe (Portugal-Irlande-Grèce-Angleterre-Allemagne) ont en commun le refus populaire de payer pour les responsables. Si ça « easy » n’est pas un espoir pour passer d’un système de concurrence et de pillage à un système de partage pour un développement mutuel qu’est ce que c’est ?
                   Je t’invite à t’informer, prendre connaissance de cette alternative comme tu ne trouveras pas dans les autres partis politiques. A solidarité et progrés ils n’attendent qu’une occasion de pouvoir te redonner confiance en l’avenir et en l’être humain.

                  A ton avis roosevelt vs keynes, « easy » est il un individu sauvage(= les sentiments s’imposent sur les principes), barbare(= les principes qui ruinent les sentiments), les deux ou aucun des deux ? Qu’en sera t-il avec le temps ?


                  • Patricia 8 avril 2011 15:45

                    Bonjour,

                    Merci beaucoup de cet article et de la vidéo qui l’accompagne.

                    Deux remarques sur la traduction française des propos de Riccardo Muti :

                    1) […] alors que je dirigeais le Choeur qui chantait « ô mon pays, beau et perdu » […]  : Muti dit :« o mia patria, bella e perduta », « ô ma patrie, belle et perdue ».

                    2) La phrase de Riccardo Muti est : […] Siccome siamo in un clima molto italico e molto spesso Muti ha parlato ai sordi per tanti anni, vorrei..., facciamo un’eccezione, siamo in casa nostra, no ? nel teatro della capitale, siccome il coro l’ha cantato magnificamente […].
                    Reprenons la partie de phrase en caractères gras «  molto spesso Muti ha parlato ai sordi per tanti anni », littéralement « très souvent Muti a parlé aux sourds pendant de nombreuses années ». La phrase de l’article « moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années » est un contre-sens. Riccardo Muti, sur son nom, fait un jeu de mots appréciable. Dans la langue italienne, muti est le masculin pluriel de l’adjectif muto qui signifie muet [muta, mute  : féminin singulier et pluriel, muette(s)].

                    Cordialement,

                    Patricia


                    • Raphaël Zacharie de Izarra Raphaël Zacharie de Izarra 13 avril 2011 22:04

                      Un étrange autochtone

                      Il vient du fond des âges, nourri de légendes, abreuvé de vins, héritier du vent de la liberté, du pain de l’esprit, du poids des mots. Et de la légèreté d’être. Son luth chante le blé des champs et la boue des tranchées. Ses idées sont folles, lumineuses, toujours nouvelles. Il se brouille avec ses frères, s’accorde avec les étoiles, se réconcilie sous un tonneau. Il aime les grecs, les dieux romains, le cochon.

                      Serviteur de l’amour, il honore sa femme, ses maîtresses, viole les règlements. Mais respecte le code pénal.

                      Créatif, inventif, résistant, il défie la loi des tyrans comme celle de la pesanteur. Ses ailes sont de plume, ses rêves de plomb, ses idées de velours.

                      Il est pleutre, fier, courageux, minable, hautain, éduqué, mal-élevé, distingué, rebelle, meuglant... Ses pieds puent le fromage, sa tête sent le laurier, sa langue est d’oc, d’oïl, de gouaille ou de veau.

                      Il pullule dans notre pays, rayonne dans le monde, ennui ses voisins de palier.

                      C’est un foutu français.

                      Raphaël Zacharie de IZARRA

                      • Raphaël Zacharie de Izarra Raphaël Zacharie de Izarra 13 avril 2011 22:06

                        En exil

                        C’est une fois hors de l’onde que le poisson se met à aimer passionnément son élément... Voici ce que je ressens pour la France, lorsque je m’attarde trop longtemps en terre étrangère  :

                        Un ciel, une terre, un pays sont loin de mes yeux. J’ai quitté mon sol natal, un royaume de petits riens mystérieux et de grandes choses familières, et je n’entends plus aujourd’hui le chant du vent dans les herbes folles.

                        Tout un monde me manque. Cette terre quittée, ce lointain pays d’origine, ce cher empire, pour vous le nommer ici permettez-moi d’y mettre un peu d’esprit et beaucoup de cœur. Ce paisible royaume, ce séjour plein de quiétude, ces rivages aux ondes sereines, c’est tout humblement la France.

                        Quel expatrié pourrait sans rougir renier plus de dix jours ce pays aux mille châteaux où coulent des ruisseaux sages de vins âgés, où s’élèvent, dressées sur leurs pieds puants, des montagnes de fromages vifs, où des poètes ivres chantent des vers suaves et féroces ?

                        Ma France, ma terre, mon berceau, mon alcôve et ma tombe, je n’ai qu’un mot pour elle : NOSTALGIE. Oui, j’ai l’honneur d’aimer la France. Nulle autre contrée ne saurait consoler mon coeur exilé, et je donnerais l’Empire State Building, et encore tous les monts de l’Olympe, pour un plateau de fromages de mon pays.

                        Je déteste Paris, je hais sa triste banlieue et j’exècre encore tous ses habitants aux regards moroses. Je vomis sur la banalité et l’ennui des dimanches provinciaux aux heures molles pleines de torpeur ensoleillée. Et pourtant, qu’il est doux mon amour pour la France !

                        Je vous parlerais volontiers de ces petits clochers de villages qui sonnent les heures discrètes des jours qui passent. Ou bien de ces sentiers perdus, pavés ou non, où souvent l’Histoire croise la Poésie et où se concertent muses et troubadours. Ou encore de ces chères demeures hantées par leur propre charme, habitées par les pierres elles-mêmes, lesquelles ont une âme en ce beau pays de France...

                        Mais tout ceci est un secret. Un délicieux mystère commun à ses habitants. Elle est là. Vous la trouverez au bout de ma plume, à la fin de cette lettre, et mon coeur se serre. Regardez-la, écoutez-la, sentez-la, respirez-la chaque jour depuis vos fenêtres en ville, admirez-la à travers champs et chemins de campagne, c’est elle, c’est la mienne, c’est la vôtre, c’est notre FRANCE.

                        Raphaël Zacharie de IZARRA

                        • Raphaël Zacharie de Izarra Raphaël Zacharie de Izarra 13 avril 2011 22:08

                          New York un dimanche d’hiver

                          Exilé chez les Yankees, j’ai parfois éprouvé un immense ennui dans la Babylone de béton.

                          En hiver, sous le coup d’une lancinante averse de neige fondue ou d’une ondée mollement déversée par un ciel sans espoir, New York prend le visage morose et plombé des jours de deuil et d’ennui, qui est le visage universel des grandes villes sous les pluies de janvier.

                          Les rues sans soleil semblent soupirer sous la glace qui se brise, sous les pas qui s’enlisent, et les grands pans de murs qui s’élèvent de toutes parts pèsent comme des ombres démesurées sur l’âme des passants.

                          Les visages humains prennent alors le ton terne de la ville. Et les pierres comme les coeurs, définitivement, sont tristes.

                          Les têtes si hautes de New York, je veux parler des tours, soudain paraissent déshéritées, misérables. Leur majesté, leur gloire, leurs regards de géants, si fameux au soleil, s’effacent devant la grisaille immense qui s’étend, répercutée de pierres en pierres, de rues en rues, de gratte-ciel en gratte-ciel...

                          Des ailes sombres recouvrent ce monde qui est un univers entier depuis le Bronx jusqu’au fond de Brooklyn en passant par Manhattan et le Queens, et lorsque je longe les hauts murs de la rue ou j’habite, je me sens au bord d’une tombe sans limite.

                          La cité a des allures de ville de province sous l’onde froide de la saison brumale, et je sens tous ses habitants prisonniers d’un interminable dimanche aux barreaux de béton gigantesques comme l’Empire State Building. Alors je vois un peuple encerclé de gratte-ciel, recouvert de froid, de pluie, de béton. D’ennui. Les tours de New York ne me font pas rêver.

                          Mon éden n’est pas ici.

                          Raphaël Zacharie de IZARRA

                          • Fatalmant 4 juillet 2011 14:47

                            L’opéra de Verdi retrouve une actualité. Lors de la première de Nabucco, la même chose s’était produite en présence de l’Impératrice d’Autriche (qui occupait alors le nord de l’Italie).



                            • Justin Navis 22 septembre 2011 18:49

                              Merci, gracié mile pour cette magnifique transcription.

                              Nous vivons le trouble d’une période allant vers une transmutation révolutionnaire.
                              Elle n’est pas qu’une crise économique, politique, sociale ni financière.

                              Nous arrivons au tournant de notre histoire.
                              Pas d’une société à refaire emprunte d’anciens modèles sans espoirs,
                              Mais d’une nouvelle civilisation à inventer, construite sur l’Être plutôt que l’avoir.
                              En reflet de cette émancipation qui vient, la culture en est l’un de ses miroirs.

                              La voix des peuples se fait entendre jusqu’aux loges des arènes qui les rassemblent.
                              Car toutes ces voix ont en commun et d’une manière de plus en plus ample,
                              Des aspirations qui, substantiellement les réunies, les rattachent et s’assemblent.
                              Pendant que ce système vacille, ceux qui le représente et l’ont modelé, tremblent.

                               


                              • Hardy Show Hardy Show 7 octobre 2011 11:49

                                Pourquoi censurer ?

                                Le faux nez Léon a repris cet article et l’a recopié sans aucun crédit alors qu’il crache en permanence sur Agoravox sur son blog

                                Ca doit être dit


                                • Tall 7 octobre 2011 12:56

                                  Ah bon ?

                                  On vous a censuré quand vous l’avez signalé ?
                                  C’est curieux ça ....
                                  C’est peut-être un robot qui a éliminé automatiquement votre post sur base d’un mot-clé lié à ce site.

                                • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 12:41

                                  Il s’ en passe des choses quand-même dans la vie . Je l’ aurais pas cru si je ne l’ aurais pas vu . 


                                  Agoravox servant de source à Disons . 

                                  Je pars à Doxe ... smiley

                                  • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 13:00

                                    Agoravox va être accusé de plagiat-antérieur ... smiley


                                    • Tall 7 octobre 2011 13:05

                                      C’est ça, Agoravox a fait le 31 mars 2011 une copie anticipée de l’article paru aujourd’hui sur d.i.sons.fr .. smiley


                                    • Tall 7 octobre 2011 13:02

                                      Oui, et d’après Google, cet article d’Agoravox est bien l’original


                                      • Tall 7 octobre 2011 14:27

                                        bug de google, c’est pas 2010


                                      • Socrate 7 octobre 2011 13:08

                                        Il me semble qu’il s’agit de la reprise d’un article qui circule depuis un certain temps déjà, ce que le site incriminé précise et pas agoravox.



                                        • Tall 7 octobre 2011 13:37

                                          le compte Socrate est déjà supprimé .... le gars avait oublié d’enlever son badge  smiley



                                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 13:10

                                          Monsieur Tall je vous accuse d’ accusations véritèges .


                                          • Tall 7 octobre 2011 13:39

                                            Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat.

                                            Il sort de prison demain.

                                          • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 13:19

                                            Il me semble qu’ un inscrit comme Socrate dont c’ est le premier commentaire est une émanation du site copieur .


                                            Crédible comme une banque moderne ... smiley

                                            • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 13:51

                                              Faut être maboul pour reprendre un article d’ un journal que l’ on traite de maboul .

                                              Dans le cas contraire il existerait une logique en dehors de la logique , genre Marx-Brother ...

                                              • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 14:04

                                                Ils doivent être verdis de honte ...


                                                • Tall 7 octobre 2011 14:09

                                                  ’tention cap, celui-ci n’est pas l’orig non plus

                                                  mais de toute façon, c’est de la copie sans citation des sources

                                                  • Tall 7 octobre 2011 17:03

                                                    quoique ...


                                                  • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 14:11

                                                    t’ as raison Tall , 


                                                    Mais au lieu de leur Otello  ce serait mieux de la leur remettre ... smiley

                                                    • Tall 7 octobre 2011 14:18

                                                      ils ont déjà dans les caves ... et au printemps, il y en aura au rez aussi


                                                    • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 14:14

                                                      Un allumé qui parle de lumière obscur destin ...


                                                      • Annie 7 octobre 2011 21:05

                                                        Bonsoir Haddock,
                                                        J’ai essayé de vous rendre la politesse que vous m’aviez faite sur les Raisons de la Liberté en vous saluant sur un article de Morice, mais mon commentaire ou le vôtre a été supprimé, bref ils sont tous passés à la trappe. Comment savoir si ce sont les civilités ou les individus qui ne sont pas appréciés ?


                                                      • Tall 7 octobre 2011 14:56

                                                        Si j’ai bien compris, le « socrate » serait un genre de ran-tan-plan qui a mis sa tête sur les rails pour entendre venir le train, mais qui a oublié de retirer ses boules kiès avant.

                                                        Je te raconte pas la tronche du clebs après le passage du train ... smiley smiley

                                                        • rocla (haddock) rocla (haddock) 7 octobre 2011 15:10

                                                          Le choeur des copieurs a l’ air Spartacucus .... smiley

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