Peut-on être intellectuel et dirigeant politique ? Vaclav Havel a fait l’une des plus frappantes démonstrations. Quasiment unique dans l’histoire des démocraties.
Quelques jours à Prague pour le Nouvel an 1995. J’arrive à la place Venceslas noire de monde. Il y a déjà des MacDo pas loin, des gens de toutes parts. Un pays comme un autre. Libre. Au fond, un gros bâtiment noir très laid qui casse l’harmonie architecturale des lieux, le siège de l’ancien parti communiste tchécoslovaque. Dernier résidu des années terribles ?
Je m’avance et je me recueille devant la tombe de Jan Palach. Une sorte de soldat inconnu de la liberté dans les pays d’Europe centrale et orientale.
Jan Palach ? Il était un simple étudiant en économie de vingt ans qui, le 16 janvier 1969, s’était immolé à cet endroit précis pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par les chars soviétiques le 21 août 1968. Il s’éteignit trois jours plus tard. Deux autres étudiants firent de même les 25 février et 9 avril 1969 (Jan Zajic et Evzen Plocek). Symboles de la résistance contre l’oppression communiste.
L’invasion soviétique ? Le but, écraser le Printemps de Prague. En 2011, on parle de Printemps arabe. À l’époque, il y a eu des printemps qui sont vite devenus des hivers.
Il a commencé le 5 janvier 1968 par la nomination d’Alexander Dubcek (1921-1992) à la tête du parti communiste tchécoslovaque à la place d’Antonin Novotny (1903-1975), leader au pouvoir depuis plus de dix ans et très contesté en interne et lâché par Brejnev. Le 30 mars 1968, Dubcek fit élire à la Présidence de la République un héros militaire, Ludvik Svoboda (1895-1979) qui fut confirmé après la normalisation puis limogé le 29 mai 1975.
Dubcek lança alors cette expression presque naïve : le "socialisme à visage humain". Et proposa des tas de réformes, la libéralisation du régime, la liberté d’expression… époque typiquement 1968. Mais les Soviétiques s’en inquiétèrent et réprima dans le sang cette velléité de révolution (provoquant une centaine de morts).
Après avoir temporisé (et découragé la poursuite de la résistance), Dubcek fut limogé le 17 avril 1969 au profit de Gutav Husak (1913-1991) et quitta la vie politique pendant une vingtaine d’années. Un retrait à la Nikita Khrouchtchev.
Husak récupéra la totalité du pouvoir le 29 mai 1975 en reprenant aussi le poste de Svoboda. Symbole éculé de la "normalisation" tchécoslovaque.
Le Printemps de Prague avait commencé pour les vingt ans du coup de Prague qui, entre le 17 et le 25 février 1948, marqua la Tchécoslovaquie d’Edvard Benes (1884-1948) par la prise de pouvoir des communistes aidés par les Soviétiques.
La Révolution de velours, elle, qui fut l’une des révolutions de 1989 (avec la Pologne, l’Allemagne de l’Est et la Roumanie), avait commencé avec les vingt ans du sacrifice de Jan Palach.
La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 précipita les événements.
Le 16 novembre, des étudiants slovaques manifestèrent à Bratislava puis, le 17 novembre, des étudiants à Prague. Chaque jour, des manifestations de plus en plus nombreuses inondèrent le pays, jusqu’à un demi million de manifestants le 20 novembre. Le 28 novembre, c’était plié : le pouvoir communiste renonça à son hégémonie politique. Gorbatchev avait renoncé à utiliser la force en RDA et dans tous les autres pays satellites.
Husak lâcha prise le 7 décembre 1989. Marian Calfa (né en 1946) succéda à la tête du gouvernement tchécoslovaque à Ladislav Adamec (1926-2007). Il fut confirmé jusqu’au 2 juillet 1992 et abandonna ensuite la vie politique. Calfa assura aussi l’intérim présidentiel du 10 au 29 décembre 1989.
Durant les derniers jours de décembre 1989, il y a vingt-deux ans, Alexander Dubcek refit son apparition. L’homme historique du Printemps de Prague aurait dû devenir le Président de la Tchécoslovaquie. Il fut écarté probablement parce qu’il était slovaque et pas tchèque et on lui préféra un brillant intellectuel, écrivain et dissident, Vaclav Havel, élu Président de la République tchécoslovaque le 29 décembre 1989.
Alexander Dubcek a dû se contenter de la Présidence de l’Assemblée fédérale le 28 décembre 1989 jusqu’à sa mort accidentelle le 7 novembre 1992 (comme Borislaw Geremek le 13 juillet 2008, un simple accident de la route, à un passage à niveau, il me semble), en pleine dissolution de l’État tchécoslovaque.
Je note au passage que les changements de dirigeants se sont réalisés sans élection populaire, montrant à quel point la nomenklatura communiste, même pour abandonner son pouvoir, se comportait de manière très antidémocratique. Vaclav Havel fut confirmé par de nouveaux parlementaires démocratiquement élus en juillet1990.

Vaclav Havel, lui, symbolisait une extraordinaire espérance, beaucoup plus fine que Lech Walesa en Pologne (qui a dû attendre un an avant de remplacer Jaruzelski). Il avait été arrêté le 16 février 1989 pour avoir posé une gerbe sur la tombe de Jan Palach et fut condamné quatre jours plus tard à neuf mois de prison ferme.
Il avait déjà passé cinq années en prison pour avoir été le symbole de la dissidence politique face à un pouvoir communiste sans concession, dramaturge célèbre et co-auteur de la courageuse Charte 77, une pétition revendiquant les droits de l’Homme en décembre 1976 qui se transforma en mouvement des intellectuels contre la dictature communiste.


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Merci pour ce très bel hommage à Vaclav Havel. M.Nicolas Sarkozy qui a assisté à ses obsèques (...)
25/12 11:52 - antonioVous estimez donc votre point de vue suffisant pour prononcer cette condamnation définitive. (...)
22/12 18:17 - Pierre-Marie BatyLà où vous vous trompez, Pierre-Marie, c’est sur mon mode d’information : je suis (...)
20/12 23:46 - amipbbonjour. J’aimerais juste demander à l’auteur ou est situé, place Venceslas (...)
20/12 17:38 - f1900Bonjour amipb, Je suis d’accord avec vous quand vous dites ceci : « Effectivement, (...)
20/12 11:11 - Pierre-Marie BatyTout cela pour dire que je comprends la verve d’Anty, car on ne peut pas dénoncer les (...)
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