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Accueil du site > Actualités > Europe > Virginia Raggi : toutes les routes mènent à Rome

Virginia Raggi : toutes les routes mènent à Rome

« On arrive à choisir la fraîcheur et la sympathie, à considérer l’inexpérience comme la plus grande des valeurs. Et à l’associer à l’espérance. » (Mario Calabresi, directeur de "La Repubblica", le 18 juin 2016).

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Pari réussi pour le Mouvement 5 étoiles (M5S), le parti italien créé le 4 octobre 2009 par l’humoriste Beppe Grillo (67 ans) et par Gianroberto Casaleggio (mort le 12 avril 2016 à 61 ans, considéré comme l’idéologue du mouvement), sur les décombres du paysage politique italien, un peu comme le milliardaire Silvio Berlusconi avait réussi à faire une OPA sur la vie politique italienne il y a une vingtaine d’années avec son mouvement Forza Italia.

Le M5S est affilié notamment à l’UKIP du député européen britannique europhobe Nigel Farage et à Debout la France, le mouvement souverainiste du député français Nicolas Dupont-Aignan. Aux élections législatives du 24 février 2013, le M5S avait conquis la deuxième place avec 25,5% des voix (près de 8,8 millions d’électeurs) et 109 sièges sur 629 députés, et avec 23,8% des voix et 54 sièges sur 315 sénateurs.

Pari gagné car les élections municipales partielles, qui ont eu lieu en Italie le 5 juin 2016 pour le premier tour et 19 juin 2016 pour le second tour (dans cent vingt-six villes impliquant près de 9 millions d’électeurs), ont été un grand succès pour le mouvement populiste qui dénonce la corruption et les failles des responsables politiques italiens. Son objectif, maintenant, le Palais de Chigi, à savoir la Présidence du Conseil italien (tête du gouvernement) qu’occupe actuellement l’ancien maire de Florence, Matteo Renzi (41 ans), dont c’est le premier revers électoral depuis sa conquête du pouvoir le 22 février 2014.

Le M5S peut en effet s’enorgueillir de deux grands succès, ce dimanche 19 juin 2016 : la victoire attendue mais historique de Virginia Raggi à Rome et, plus inattendue, la victoire de Chiara Appendino à Turin. Même s’il faut relativiser, car le scrutin n’était que partiel et la participation assez faible (53%), le succès est néanmoins incontestable.

Chiara Appendino (32 ans) a été élue maire de Turin avec 54,6% des suffrages avec le soutien de la Ligue du Nord (désormais l’alter ego du Front national en Italie) face au député-maire sortant Piero Fassino (66 ans), maire depuis le 16 mai 2011, ancien communiste (du PCI), ancien ministre sous les gouvernements de Massimo D’Alema et de Giuliano Amato (du 21 octobre 1998 au 11 juin 2001) et candidat à la Vice-Présidence du Conseil aux côtés de Francesco Rutelli aux élections législatives du 13 mai 2001.

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Diplômée en économie et management de la prestigieuse Université Luigi Bocconi à Milan (meilleur établissement universitaire du pays et parmi les dix premières hautes écoles de commerce dans le monde), jeune chef d’entreprise peu connue jusqu’à cette élection, mariée et mère d’une enfant, Chiara Appendino avait été élue conseillère municipale d’opposition en 2011 déjà sous les couleurs de M5S. Non seulement elle a su attirer des électeurs de centre droit mais aussi ceux de gauche opposés au "système politique" ainsi que des opposants à la liaison TGV Lyon-Turin. Elle a pu tweeter sa joie le 19 juin 2016 : « Abbiamo fatto la storia. » [Nous avons fait l’histoire].

La victoire de Virginia Raggi était plus logique.

Le maire de Rome était Ignazio Marino (61 ans), chirurgien du même parti que Matteo Renzi, sénateur de 2008 à 2013 et il avait battu avec 63,9% le 10 juin 2013 le maire sortant Gianni Alemanno (58 ans), ancien du MSI (néofasciste) puis de l’Alliance nationale, proche de Silvio Berlusconi (dont il fut ministre du 11 juin 2001 au 17 mai 2006), maire de Rome du 28 avril 2008 au 12 juin 2013 et mis en examen en décembre 2014 pour connivence présumée avec la mafia.

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La ville de Rome, en quasi-faillite, Ignazio Marino avait menacé de donner sa démission en mars 2014. Mais touché par un scandale sur des frais personnels qu’il avait payés avec l’argent de la mairie, il avait été contraint à la démission le 31 octobre 2015, remplacé par Francesco Paolo Tronca, un commissaire préfectoral chargé de gérer la ville jusqu’aux élections de juin 2016.

Désavouée par l’implication de l’ancien maire Gianni Alemano dans des affaires judiciaires, la droite, très divisée au premier tour, a même été exclue du second tour, mais le centre gauche, représenté par le député Roberto Giachetti (55 ans), journaliste, ancien directeur de cabinet du maire de Rome à l’époque de Francesco Rutelli (dans les années 1990), n’a obtenu que 24,9% au premier tour du 5 juin 2016 face à Viriginia Raggi conquérant plus d’un tiers de l’électorat (35,3%).

Ce fut donc assez logique que face à une classe politique largement discréditée dans la gestion municipale de Rome, Virginia Raggi remportât triomphalement le second tour avec les deux tiers de l’électorat, soit 67,2% des voix.

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Qui est Virginia Raggi ?

À 37 ans, mariée et mère d’un enfant, Viriginia Elena Raggi est une avocate spécialisée en propriété intellectuelle (droits d’auteur, brevets, etc.). Elle a débuté sa carrière dans un cabinet qui appartient à …l’un des avocats de Silvio Berlusconi. Engagée au M5S en 2011, elle fut élue conseillère municipale de Rome le 10 juin 2013 (elle y siégea jusqu’à la dissolution du conseil municipal le 31 octobre 2015). Elle était parvenue à se faire investir candidate du M5S à la mairie de Rome grâce à une primaire réalisée sur Internet.

Peu connue dans la vie politique italienne, elle va devenir dans quelques jours la 65e maire de Rome depuis 1870, la première maire femme (depuis deux mille sept cents ans !), la plus jeune maire de l’histoire romaine, et aussi la première maire de Rome qui casse le clivage traditionnel de la politique italienne depuis la guerre. Elle doit son élection non seulement à sa campagne portant sur l’impopularité des candidats du Parti démocrate mais aussi au soutien, non sollicité, de la Ligue du Nord, d’une partie du parti de Silvio Berlusconi et de Fratelli d’Italia.

Elle a profité de la très mauvaise gestion de la ville et des scandales financiers depuis au moins une décennie. Près de la moitié de la voirie est insalubre et est à refaire, les travaux n’en finissent plus (la troisième ligne de métro devait s’ouvrir en 2000, mais les travaux sont aussi confrontés aux vestiges archéologiques), les transports en commun circulent mal (bus et métros) et sont toujours en grève, les ordures ne sont pas toujours ramassées, la dette est abyssale (13,5 milliards d’euros !), les fonctionnaires municipaux sont pléthoriques (ils sont 60 000 !) et forment un groupe de pression très fort pour préserver leurs avantages.

Toute la campagne de Virginia Raggi, adepte de l’économie circulaire (sans déchets, compatible avec le développement durable), fut centrée sur l’honnêteté et la transparence. Et aussi sur le courage en politique, jouant de son patronyme pour en faire un slogan : CoRAGGIo ! Pourtant, elle avait omis de dire qu’elle avait « eu des responsabilités dans une société liée à la régie des transports municipaux de Rome dont plusieurs dirigeants ont été limogés ou mis en examen » comme l’affirme le 19 juin 2016 le journaliste Philippe Ridet, correspondant du journal "Le Monde".



Rome est une ville peuplée de 3 millions d’habitants et dont la superficie est douze fois celle de Paris. Le programme de la nouvelle maire est resté néanmoins très vague, en dehors de l’énoncé d’une gestion des deniers publics rigoureuse et de sa réticence contre la candidature de Rome aux Jeux Olympiques de 2024. L’absence d’une équipe de personnes expérimentées et connaissant bien les dossiers municipaux pourrait se révéler peu prometteuse. À elle de savoir faire converger les énergies pour montrer ce que le Mouvement 5 étoiles est capable de faire : « Dans une ville où tout va mal, les choses ne peuvent qu’aller mieux si on change. ».

Car il s’agit bien de cet enjeu-là : l’ascension que ce mouvement considère comme inéluctable aux portes du pouvoir. Certains électeurs de Virginia Raggi n’ont pourtant pas caché que leur vote misait d’abord sur l’échec du M5S et la volonté de montrer que ce parti ne serait pas capable de gérer le pays (un raisonnement assez tordu qu’on peut retrouver aussi auprès de certains électeurs du Front national en France). Un buraliste du centre historique de Rome, interrogé par "Le Monde", expliquait ainsi : « Je vote Raggi. Elle sera incapable de tenir le coup. Comme ça, dans deux ans, il y aura de nouvelles élections avec, cette fois, des candidats valables. » (19 juin 2016).

Si le parti de Matteo Renzi (le Parti démocrate) a pris une sévère "déculottée" dans beaucoup de villes lors de ces élections municipales (il n’était même pas représenté au second tour à Naples remporté par le maire sortant de gauche Luigi de Magistris, magistrat de 49 ans, avec 67% des voix), il est parvenu à sauver Milan grâce à l’élection avec 51,7% des voix de Giuseppe Sala (58 ans), ancien commissaire de l’Exposition universelle, ainsi que Bologne.

Ces scrutins restant locaux et partiels, Matteo Renzi n’a montré aucune intention de démissionner du gouvernement, même si la perte de Rome pourrait être considéré comme un échec personnel car c’était bien lui qui avait fait pression sur la démission d’Ignazio Marino et sur le choix de Roberto Giachetti comme candidat.

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Le prochain rendez-vous électoral des Italiens aura en revanche des conséquences politiques beaucoup plus grandes. Matteo Renzi a en effet décidé d’organiser un référendum en octobre 2016 (date pas encore fixée) pour faire ratifier sa réforme constitutionnelle du Sénat (réduction de ses pouvoirs) et il s’est déjà engagé à démissionner en cas d’échec. Un risque de retour à l’instabilité gouvernementale dont est si coutumière l’Italie d’après guerre. D’autant plus que les oppositions vont tout miser sur le "non".

Pour le M5S, l’avenir semble s’annoncer radieux. Après avoir conforté son intégration politique et son implantation locale dans le pays, il s’est désigné un jeune candidat très ambitieux pour prendre la tête du gouvernement en vue des élections législatives qui devront avoir lieu avant le 23 mai 2018 : Luigi Di Maio (29 ans), dauphin de Beppe Grillo, vice-président de la Chambre des députés depuis le 21 mars 2013, qui a annoncé solennellement le 19 juin 2016 : « Nous sommes prêts à gouverner le pays. Et les Italiens nous reconnaissent la capacité de gouverner. Maintenant, c’est à Rome et à Turin. Après, ce sera le tour du reste du pays. ».

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La veille du scrutin municipal, Mario Calabresi, directeur de "La Repubblica", comparait, dans un éditorial, les électeurs du M5S aux passagers d’un avion qui prendraient les commandes pour protester contre les retards des vols et les privilèges sociaux des pilotes. À Matteo Renzi de montrer que son gouvernement est capable de tenir la barre et d’arriver à bon port… ou à bon aéroport, plutôt !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 juin 2016)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Virginia Raggi.
La révolution institutionnelle italienne.
Suicide à la proportionnelle.
Serpent de mer en France.
Renzusconi franchit le Rubicon.
Enrico Letta, un nouveau visage en Europe.
Habemus Lettam (29 avril 2013).
Discours d’Enrico Letta du 26 octobre 2013 à Paris.
Giorgio Napolitano.
Le compromis historique.
Aldo Moro.
Erasmus.
L’Europe, c’est la paix.
L’Europe des Vingt-huit.
Mario Draghi.
Tournant historique pour l’euro.

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4 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 21 juin 16:25

    ça me rappelle Tsipras au début, le preux chevalier Bayar , maintenant il est devenu le Don Qui Chiotte qui agite ses moignons devant Merkel , on verra a l’usage en tout cas les italiens ne font pas barrage au changement comme les veaux LR PS ...


    • hunter hunter 21 juin 17:05

      Forza Virginia !

      Parce que bon, même si elle ne tient pas ses promesses, au moins, elle a un charme fou !
      Très jolie femme !

      A côté de la virago hystéro-sioniste que se sont mis les parigots, les Romains eux au moins ont du goût !

      L politique étant pour moi un truc à définitivement bannir ( élections, partis, etc) autant voter pour une jolie femme, puisque de toute façon, voter ne sert à rien !

      Chez nous, les femmes en politique sont des thons (les mecs aussi d’ailleurs), sauf Marion et Barbara !

      Allez Virginia, fais ce que tu peux !

      Adishatz

      H/


      • Jo.Di Jo.Di 21 juin 18:19

         
        Un petit article sur le troupeau d’esclaves goyims finançant Tsahal avec leurs impôts ....
         
        « La sénatrice UDI-UC de l’Orne, Nathalie Goulet a annoncé à l’AFP avoir reçu des menaces de mort après s’être étonnée de la possibilité offerte aux cons tribuables ex-français qui font un don à l’armée israélienne, Tsahal, de bénéficier d’une réduction d’impôts de 60 %. »
         
        http://www.ouest-france.fr/politique/la-senatrice-de-lorne-nathalie-goulet-menacee-de-mort-4120722/


        • fred.foyn Le p’tit Charles 22 juin 06:47

          Certains Italiens on fait le bon choix..qu’en sera t il pour nous en 2017.. ?

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