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Fort La Latte vit les pieds dans l’eau

Il domine la mer depuis le XIVe siècle. Ce géant a les pieds dans l’eau et ses mâchicoulis tutoient les mouettes. Accroché aux Côtes-d’Armor, voisin du Cap Fréhel, le Fort La Latte est la propriété d’une famille : les Joüon des Longrais. Deuxième volet de notre série d’été ’ Vue sur mer ’. La truffe au vent, Vigie, la chienne aux yeux clairs, se fraie un chemin au milieu des touristes, frôlant les mollets rougis aux premiers soleils d’été. Bobs vissés sur des crânes dégarnis, un groupe de retraités passe le pont-levis d’un pied gaillard. Typhaine, la fille du propriétaire, les attend. Avec son bâton et ses lunettes de montagne, elle sera leur guide pour cette plongée dans l’Histoire, cette ascension du donjon. Le Fort, elle le connaît bien, il est dans sa famille depuis 1931.

« Vigie, viens là ma fille ! » Le verbe haut, Isabelle Joüon des Longrais, maîtresse des lieux, sort par la petite porte de la cuisine. Eh oui, le Fort est habité. Ce géant cache dans ses entrailles de pierre, des salles à la hauteur vertigineuse, des cheminées où l’on cuirait un boeuf et de simples mais douillettes alcôves. Elles sont équipées, depuis peu, d’eau et d’électricité. « Ça nous change la vie », lâche dans un rire Isabelle. Le confort s’arrête là. Pour ce qui est des toilettes, il faut s’aventurer derrière la chapelle, contre la muraille. Une porte à loquet s’ouvre sur un trône ancestral, dominant les rochers... L’air marin vous chatouille le postérieur. Car au Fort, même dans cet intime lieu, on a vue sur mer. Bleue, émeraude ou grise les jours de colère, elle est la fiancée de ce colosse aux pieds de granit. Elle l’entoure de bras tour à tour langoureux ou passionnés.

Édifié au XIVe siècle, en pleine guerre de succession de Bretagne, le Fort a connu des attaques par la terre, jamais par la mer. « Au XVIIe, pour protéger Saint-Malo des Anglais, Vauban a fait ajouter des fortifications », explique Isabelle, qui connaît bien l’histoire de « sa maison ». Des canons à longue portée protégeaient la baie de la Frénaye. Ils se sont montrés dissuasifs. La vocation militaire du lieu lui a fait connaître bien des conflits. Et puis, en 1890, l’État a jugé ce vieux monsieur inapte à la guerre moderne. Par décision ministérielle, il est déclassé et mis en vente par les Domaines. « Il va connaître deux propriétaires privés avant de croiser, en 1931, ses sauveurs : mes beaux-parents, monsieur et madame Joüon des Longrais. »

Ils vont y faire des travaux et redonner une nouvelle vie, civile cette fois, à ce guerrier. En 1957, il devient même une star de cinéma. Hollywood débarque en masse pour tourner les Vikings. Sous la direction de Richard Fleisher, Tony Curtis et Kirk Douglas s’affrontent sur le donjon.

Depuis 1980, la destinée du Fort est entre les mains de Frédéric et d’Isabelle Joüon des Longrais. Ils le bichonnent, l’animent de soirées à thème et l’ouvrent en grand à 120 000 visiteurs par an. Leurs entrées font vivre une dizaine de salariés et permettent d’investir, chaque année, dans de nouveaux travaux.

« C’est un travail de titan, une vocation, confie Isabelle. Quand on a fini de réparer un mur, il faut passer au suivant. Pas de répit. Mais c’est un peu une histoire d’amour. Nous sommes passionnés par ce lieu, nous tenons à le faire vivre en ayant bien conscience que nous ne sommes que des passeurs au regard de l’Histoire. » Un passage qui se fait en famille. Si Typhaine quitte Paris à chaque saison pour s’occuper des visites, Guénolé, l’un des garçons, vit à demeure au Fort. Célibataire, la trentaine, il n’a pas peur de la solitude et des longues et froides soirées d’hiver. « Mon père a fait installer la télé. Il avait sans doute peur que je devienne neurasthénique. Je ne la regarde jamais. Après une bonne journée, je me couche souvent harassé. » Compagnon du devoir, il est devenu le spécialiste des travaux. « Je suis les chantiers avec les artisans et je veille à ce que tout se passe bien. » Sa chambre, un brin désordonnée, donne elle aussi sur le grand bleu. Il pourrait se satisfaire de cette merveilleuse perspective. Mais Guénolé s’est acheté un bateau. « Car de la mer, on a une vue magnifique sur le Fort. »


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