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Accueil du site > Actualités > Info locale > Sein, l’île hors du temps

Sein, l’île hors du temps

Rendue célèbre tant par ses récifs que par ses récits, l’île de Sein est un bout de roche au milieu des mers, tantôt bercée par la plainte d’une chanson éolienne, entêtante comme une sourde menace, tantôt assourdie par les cris furieux des tempêtes aux voix hurlantes qui s’y engouffrent sans parvenir à effrayer le réseau solidaire des ruelles groupées que les hommes ont bâti. Point d’origine de toutes les aventures et de tous les périls, la petite île, la rescapée des mers dont elle fut autrefois submergée, survit au bout du monde, au large du Raz.

Sentinelle avancée jusque sous le nez de l’ogre océanique qui ne la voit pas et ne peut l’engloutir, bout de terre affleurant le niveau de la mer, petite tache portant le costume sombre de ses habitants, cette terre bretonne prise entre ciel et mer se dessine au large de la pointe du Raz. L’île de Sein est à elle seule une légende.

« l’Île de Sein est donc le quart de la France ! » (Charles De Gaulle, 1940).

L’histoire de bout de terre qui paraît hésiter entre la terre et la mer ne se dépare pas de sa légende. Mais la grande Histoire atteste le courage des Sénans qui partirent tous dès l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle. Les 129 pêcheurs de l’île rejoignirent, en Grande-Bretagne, la France qu’ils savaient trouver là-bas. En quelques jours, ils formaient le quart des effectifs de la France libre à Londres.

"Parlaient-ils français, parlaient-ils breton
Peu vous importait alors la question ;
Ils avaient entendu l’appel,
Crié : "kentoc’h Mervel"
Peint "Frankiz" sur leur ciré
C’est offense, Grands de France
Que de condamner leur langue au bûcher
."

(Tri Yann, Sein 1940)

Sein, terre de deuil

"Qui voit Sein voit sa fin". "Nul n’a franchi le Raz sans connaître ni peur ni dégâts". Les proverbes ne mentent pas. Et l’écrivain Anatole Le Braz relate dans La Légende de la mort chez les Bretons armoricains : "Quand on fait remarquer aux femmes de l’île de Sein combien leur cimetière est étroit, elles vous répondent par le dicton suivant : Etré an Enez hac ar Beg / Eman berred ar gwazed ("Entre l’île et la Pointe [du Raz] est le cimetière des hommes").

Le cimetière est partout. Celui des épaves de bateaux aussi. Mais les vivants sont solidaires : l’Histoire nous rappelle les sept cents naufragés accueillis en 1796 sur une île en proie à la disette.

Quelques femmes portent encore le "jibilinenn", la coiffe noire de deuil adoptée en 1886 lors de la dernière épidémie de choléra. La jeune fille de la photo porte le sombre costume de l’île de Sein. Elle a été sacrée Reine de Cornouaille 2006. Depuis 1923, le Festival de Cornouaille a sacré soixante-treize reines. Une seule, dans les années 20, a porté le costume sénan.

"Ma p’tite îlienne aux grands yeux noirs
Cheveux d’ébène qui brillent le soir
De toutes les femmes du Finistère
C’est elle qui a bouleversé mon cœur
Ni p’tite ni grande, au pied mignon
Je ne sais d’elle même pas son nom
Mais je ferai le tour de l’île pour la revoir
Ma p’tite îlienne aux grands yeux noirs".

(Chanson populaire de l’île de Sein. Auteur inconnu)

L’île de Sein, Dieu et ses saints

Quand il s’est agi d’évangéliser ces terres hostiles et leurs rudes habitants, peu de prêtres se portèrent volontaires pour résider sur place. En 1614, don Michel Le Nobletz se dévoue et vient sur l’île. Avant de repartir sur le continent, il a le temps de former François Guilcher aux connaissances religieuses. Ce disciple réussira à réunir les îliens à l’église le dimanche et à leur faire réciter des prières. Le livre de Henri Queffélec, Un recteur de l’île de Sein, s’inspire de cet événement. Il a été porté à l’écran par Jean Delannoy sous le nom Dieu a besoin des hommes.

Un recteur de l’île de Sein d’Henri Queffélec fut porté à l’écran. Extrait :

"Ils piquaient droit sur l’île, mais ils ne la voyaient pas encore. Quel miracle cette île ! Combien il avait raison M. Pennanéach, le dernier curé, de soutenir que tous les enfants de l’île devraient porter, comme second prénom, celui de Moïse sauvé des eaux. L’île de Sein, ni plus ni moins que la corbeille de Moïse, avait été protégée par Dieu. Elle eût dû mille fois couler sous la mer. Elle défiait les éléments, cette petite chose plate, ce récif maigre et venteux, elle était dans la mer comme Jonas dans la baleine, comme Daniel dans la fosse aux lions. C’était miracle qu’une fois pour toutes, un beau jour, les flots ne déferlent pas dessus, ne l’arrachent, ne l’entraînent pas dans les abîmes, et le miracle, à chaque instant, se poursuivait. Derrière l’horizon, dans cette mer qui ne semblait plus être que le flot et le flot, l’île vivait, l’île était heureuse. Ce n’était même pas la vie obtuse des marins dans des soutes, mais la vie hardie et salée du pont et du plein air. Chaque fenêtre ouvrait sur le ciel, la porte de chaque maison ouvrait sur la terre ; les vents, les pluies, le soleil, les oiseaux, existaient pour l’île." (Un recteur de l’île de Sein / Henri Queffélec. Paris : Bartillat, 2007)

Anatole le Bras, dans Un voyage à l’île de Sein, écrit dans les années 20 que chaque recteur peut implanter le saint qu’il veut. Les îliens rapportent régulièrement du continent de nouveaux saints, au gré des modes, mais aussi des nouveaux périls qu’il leur faut affronter.

"Ar Men", l’Enfer des Enfers

Ar Men, le phare portant le nom de "la pierre" sur laquelle il se dresse, fut surtout surnommé l’"Enfer des Enfers" par les gardiens de phare, car au milieu de l’enfer des éléments déchaînés au milieu de nulle part, il y a encore un enfer plus effroyable !

La construction relevait de l’impossible, ce fut une épopée. Les travaux commencent en 1867. Il a fallu d’abord percer des trous dans la roche, pour y sceller des barres de fer afin de fixer la maçonnerie devant servir d’assise à la construction. Pour ce faire, l’ingénieur Georges de Joly a recruté (difficilement) et entraîné une équipe de Sénans. Dès que le temps et la marée sont favorables, les ouvriers, équipés d’espadrilles antidérapantes et de ceintures de sauvetage en liège, débarquent sur la roche par équipes de deux, et sont souvent contraints de s’y coucher pour ne pas être emportés par les vagues qui déferlent sur eux. D’une main, ils se cramponnent à la roche, de l’autre, ils percent fébrilement à l’aide d’un marteau. Un canot reste en permanence à proximité pour récupérer les malheureux qui, de temps à autre, sont jetés à la mer. On ne déplorera qu’un noyé.

Prochainement se tiendra le Salon du livre insulaire qui existe depuis 1999. Il est organisé chaque année par l’île d’Ouessant (Finistère). Pour en savoir plus, cliquez sur le lien ci-dessous :

Actualités : le Salon du livre insulaire du mercredi 22 au dimanche 26 août 2007

Pour aller plus loin :

Un site personnel consacré à l’île de Sein.

Un site sur Ar Men.



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47 réactions à cet article    


  • Boileau419 Boileau419 13 août 2007 11:45

    N’est pas écrivain qui veut.


    • La Taverne des Poètes 13 août 2007 11:50

      J’en suis désolé pour vous.


    • Boileau419 Boileau419 14 août 2007 05:46

      Moins que moi pour vous, cher.

      Combien de pouets dans votre caverne à couacs aujourd’hui ?


    • La Taverne des Poètes 14 août 2007 07:50

      Vous remarquerez que je vous avais répondu au même nombre de syllabe près. Cela ne méritait pas plus. Et à votre « pouèt ! couac ! », que voulez-vous que je réponde ? « couic couic » peut-être ? ça ne vaut pas mieux non plus.


    • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 août 2007 01:01

      @ Taverne des poetes. Vos articles sont toujours intéressants et évocateurs. Merci

      Pierre JC Allard


    • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 12:26

      @ La Taverne des Poètes

      J’ai regardé le site personnel que vous citez en référence. Je le trouve un peu incomplet en ce qui concerne l’antiquité du lieu. C’est, à mon avis, un des rares sites qui permet de mieux comprendre ce qu’était le mysticisme des Anciens en général et des habitants de la Gaule, en particulier.

      Voici, en complément, un extrait d’un de mes ouvrages que j’ai publié en 1996 :

      Les vestiges antiques abondent dans l’île. Pomponius Méla, citant l’île Sena qui fait face aux côtes des Osismiens en mer de Bretagne, évoque les prêtresses gauloises qui se consacraient toute leur vie à la virginité (car le dieu des profondeurs était un dieu jaloux). Et Strabon ajoute que dans cette île de Bretagne se déroulaient en l’honneur des déesses gauloises Deméter et Coré des cérémonies religieuses semblables à celles de Samothrace. On sait que les habitants de Samothrace se livraient au culte des mystères des Cabires, divinités représentant les forces telluriques de la terre. Philippe II de Macédoine, dit-on, se livra aux rites effrayants de ce culte.

      E. Mourey


      • La Taverne des Poètes 13 août 2007 12:37

        Emile, merci pour ces informations utiles. Un article n’étant pas une encyclopédie, on ne peut tout y mettre.

        L’écrivain Anatole Le Braz, dans « Un voyage à l’île de Sein », dans les années 30, écrit que la partie nord de l’île semble avoir gardé des traces de druidisme et évoque quatre monunents mégalithiques. « L’impression que l’on garde est que vraiment l’île de Sein a été un cimetière préhistorique important, ou mieux un des grands centres de culte de la pierre dans la primitive humanité » Ces propos seraient bien sûr à vérifier au regard des connaissances actuelles, connaissances que je n’ai pas.


      • La Taverne des Poètes 13 août 2007 12:55

        Les légendes de Sein évoquent aussi une Mari Morgan qui, selon Le Braz, ne serait autre que la princesse Ahès. Ahès, femme du seigneur Ohès seigneur, aurait construit les voies romaines. De là le nom de la ville de Carhaix (« Carohes » puis « Carahes » puis « Carhaix »).

        Cette histoire a inspiré un chant breton intitulé « Groac’h Aès », « La vieille Ahès », déjà connu au XIIème siècle de l’auteur anonyme de la Chanson d’Aquin. (*)

        (*) F.Jouon des Longrais, "Le roman d’Aquin ou la conquête de la Bretaigne par le roy Charlemagne, Nantes, 1880, pages 35 à 37)


      • Ar Brezonneg 13 août 2007 22:09

        A propos du culte à Démeter, déesse des récoltes, et de la fécondité, il me revient quelque chose que je m’étais fait expliquer l’an passé... Il y a à Saint-Pétersbourg un remarquable musée : « le musée d’ethnographie » et des peuples de la Russie. Ce musée ne peut se visiter qu’à plusieurs reprises et avec un guide très spécialisé, en prenant son temps et en ayant quelques idées précises sur le sujet.... C’est très dense , très poussé, très élaboré !

        Dans une salle, consacrée à la vie paysanne, il y a des vieilles photos -remarquables !- (1905-1915 ?) qui montre des femmes enceintes qui se roulent dans les blés pour que la récolte soit bonne. Inutile de dire que cela se faisait à « l’insu du pope » ! Pendant l’ère soviétique, selon le présentateur, cela se pratiquait toujours en cachette... Ce culte était le culte à Démeter.... Et se pratiquait dans le sud de la Russie au XXéme siècle... M’en étant étonné, le guide m’a rappelé en souriant le culte de la Déesse Ana en Bretagne au XXIeme.... Je vous assure que ce musée et tout ce qui tourne autour (universitaires, académiciens...) serait susceptible de nous éclairer en nous donnant un tout autre point de vue sur la connaissance de notre passé...


      • Ar Brezonneg 13 août 2007 22:11

        Votre référence est-elle rééditée ?


      • haddock 13 août 2007 13:15

        Pour ceux-là qui savent pas ça qu’ est ce que c’ est que les cabires de Mourey voici :

        Les Cabires (en grec ancien Κάβειροι / Kábeiroi, de Kabirim, dieux puissants, ou de Khaberim, dieux associés ; dii patentes, dii socii), divinités mystérieuses adorées dans plusieurs endroits de la Grèce, et surtout dans les îles de Samothrace et d’Imbros.

        Elles furent importées en Grèce par les Phéniciens, mais se modifièrent en se confondant avec les divinités du culte pélasgique. Primitivement, les dieux Cabires formaient une tétrade dont les noms étaient : Axiéros, Axiocersus, Axiocersa et Cadmillusou Casmillus ; plus tard, ces noms furent traduits, tantôt en ceux de Vulcain, Mars, Vénus, Amour ou Harmonie ; tantôt en ceux de Cérès, Pluton, Proserpine, Hermès ou Mercure. Souvent aussi on a confondu les Cabires avec les Curètes, les Corybantes, les Dactyles et les Dioscures. On ne peut, du reste, rien affirmer de certain sur des divinités dont il n’était pas même permis de prononcer le nom, ni sur un culte qui avait des mystères même pour la plupart de ses initiés. Le grand prêtre du culte cabirique, appelé eues, recevait la confession de ceux qui se faisaient initier. La dernière cérémonie de l’initiation, qui ouvrait à l’initié l’accès des mystères, s’appelait thronisme : l’initié, après avoir subi les plus terribles épreuves, était assis sur un trône éclatant de lumière, le front couvert d’un voile, couronné d’un rameau d’olivier et ceint d’une écharpe, tandis que tous les prêtres et les mystes, se tenant par la main, exécutaient autour de lui des danses symboliques. Énée, dit-on, fit connaître les Cabires à l’Italie, où des fêtes furent instituées en leur honneur.

        C’ est un peu pour ça que c’ est chiant .


        • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 13:53

          @ Haddock

          Ce que je voulais dire et que, peut-être, vous n’avez pas compris, c’est que de même que la nature inspire les poètes, notamment dans la violence de ses manifestations (voyez le romantisme de Chateaubriand), de même le spectacle de l’île de Sein battu par les flots a impressionné les Anciens jusqu’à y imaginer une mystérieuse présence qui échappait à leur compréhension.

          En ce qui me concerne, se poser la question du « pourquoi » ne me semble pas une question dénuée d’intérêt même si je n’ai pas la réponse.

          E. Mourey


        • haddock 13 août 2007 13:59

          Emile Mourey d’amour pour les mystères incompréhensibles ..


          • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 14:03

            @ Haddok

            Ces mystères sont très compréhensibles. Le véritable mystère est pourquoi ces mystères ? Peut-être avez-vous la réponse ?

            E. Mourey


          • haddock 13 août 2007 17:58

            Merci Monsieur Mourey ,

            Résoudre le mystère des mystères , j’ en suis au début du syllabaire , j’ en suis au aïe..


          • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 19:04

            @ Haddock

            Par mille sabords de Brest, bravo Capitaine !

            Bravo d’avoir déjà décrypté le mystère de la lettre A.

            À l’origine, le nom de cette lettre dérive du mot aleph qui désigne un bœuf en phénicien, une langue sémitique dont les locuteurs furent à l’origine de l’alphabet phénicien dont dérive l’alphabet grec (ainsi que les abjads sémitiques dont l’hébreu, l’arabe, l’avestique).

            La forme de la lettre majuscule A en grec (plus tard empruntée par le latin), est elle-même une tête de bœuf ayant subi une rotation de 90 degrés (cf Wikipedia)

            Continuez jusqu’à la lettre Ω, et vous pourrez dire « Ouf ».

            E. Mourey


          • haddock 13 août 2007 20:18

            l’ Emile ,

            Vous avez des talents de pédagogue , ça me plaît .

            Nestor , un wiskhy pour Emile .


          • LE CHAT LE CHAT 13 août 2007 14:25

            elle est presque islamiquement correcte si la Bretagne devient un califat !il manque jusque la moustiquaire devant les yeux ! smiley


            • La Taverne des Poètes 13 août 2007 20:29

              chanson du chat qui rêvait d’un califat :

              Moi quand la mort viendra /

              Je me ferai calife/

              Pour la Californie/

              A côté de Schwarzy,/

              Je serai trop chétif./

              Pour me cacher je crois/

              Que son bras suffira./

              La mort me verra pas/

              La morte elle m’oubliera.


            • La Taverne des Poètes 13 août 2007 20:29

              Pardon : « la Mort elle m’oubliera. »


            • Ar Brezonneg 13 août 2007 14:26

              Avez-vous déjà navigué dans les parages de l’ile ?

              Il y a plusieurs années, je me suis retrouvé « encalminé » à côté de Sein , il y avait une forte brume de chaleur, avec un soleil rougoyant dans la brume... Le courant rapide me transportait à travers les cailloux, et les tourbillons...

              Les bruits lointains étaient amplifiés par ces conditions météo pas très courantes.... Dans l’eau claire il m’est arrivé de voir passer les masses sombres des roches sous la quille... Cà ? ça fait dresser les cheveux sur la tête ! Ca donne des sueurs froides même si on sait où on est ! Cela donne à réfléchir. On comprends alors la réaction des navigateurs anciens qui passaient par là sans savoir exactement où il étaient ! Après quand Pythéas est rentré chez lui, on devait le prendre pour un sacré galègeur !...


              • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 15:03

                @ tous

                A ceux qui sont intéressés par la pensée des Anciens et qui cherchent à les comprendre plutôt qu’à les juger, voici ce que je pense au sujet de cette étonnante et impressionnante île de Sein (lisez le commentaire vécu de Ar Brezonneg).

                Au plus loin qu’on remonte dans l’Histoire et pour la majorité des peuples, l’homme a imaginé une présence d’ordre supérieur, puis l’espérance d’une « revie » après sa mort. Parmi les hypothèses sur le lieu qu’habitait la ou les divinités, il y avait cette idée que les flots de l’océan pouvaient emmener les défunts sur l’autre rivage, alors inconnu. Cette idée également de sacrifier des hommes ou des femmes en les abandonnant sur l’île de Sein aux flots du dieu des profondeurs.

                Vous ne connaissez peut-être pas l’île de Sein, mais si vous l’observez avec son prolongement d’îles, vous devinerez facilement que les Anciens aient pu la comparer à un dragon qui nage au milieu des flots, avec son corps reptilien, son long cou et sa tête tantôt submergée, tantôt faisant surface. Et je ne vous parle pas de son terrible coup de queue qui faisait chavirer les bateaux des pêcheurs. Oui, les anciens s’imaginaient voir des manifestations de la création divine dans certaines formes du terrain.

                Force est de constater que depuis, la science a fait reculer sans cesse le domaine des dieux... Jusqu’où ? Jusqu’à un mur ? Un autre chemin de réflexion ? Je ne sais pas.

                E. Mourey


                • claude claude 13 août 2007 15:34

                  bonjour,

                  encore une délicieuse bordée d’embruns iodés !

                  je connais belle-île en mer, bréhat et ouessant... c’est vrai que chaque île forme un univers à part... chacune a sa lumière et son odeur.

                  vues du ciel, la couleur des eaux de certaines de leur criques font penser à des mers tropicales, en revanche la température de l’eau n’est pas la même !!! brrrrrrrrrrrr !!!


                  • La Taverne des Poètes 13 août 2007 16:17

                    Bonjour Claude ,

                    vous êtes fidèle au rendez-vous de la bretonnitude ! La température de l’eau ? Que des ragots ! Une fois que l’on a creusé son trou dans la glace on y est bien. Attention quand même, vous pouvez heurter un pingouin.

                    Dans un prochain article on voyagera avec deux Bretons célèbres. Plus loin encore. Si, si ! c’est possible...


                  • claude claude 13 août 2007 16:56

                    cela fait 25 ans que je fréquente belle-île en été.

                    la seule année, où, depuis que je suis devenue « grande », j’ai pu me baigner sans mettre 3/4 d’h à entrer dans l’eau, c’était lors de la canicule de 2003 : belle-île avait tout d’un paradis tropical !

                    il n’y a que les bretons de souche qui peuvent entrer sans être congelés, dans une eau aussi froide ! smiley bon bain !


                  • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 13 août 2007 16:42

                    @ La Taverne

                    L’intérêt de ce forum, Agoravox, en période estivale, est qu’il nous fait voyager et découvrir des coins de pays insoupçonnés et ignorés des agences de voyage. Votre article est fort rédigé et « plaisant » à lire, comme nous disons si bien dans notre pays. Poursuivez... poursuivez tant qu’il y aura d’autres contrées lointaines à découvrir. Bretonnes, de surcroît.

                    Pierre R.


                    • La Taverne des Poètes 13 août 2007 16:55

                      Merci Pierre. Un breton ressent toujours l’appel du large. Comme Jacques Cartier qu’en tant que Québécois, vous connaissez.


                    • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 18:31

                      @ La Taverne des poètes

                      Oui, c’est un article intéressant car, comme Pierre le dit, vous nous faites redécouvrir des contrées que nous avons perdu l’habitude de « voir », quand je dis « voir », je veux dire avec les yeux de ceux qui y ont vécu.


                    • L'enfoiré L’enfoiré 15 août 2007 12:49

                      Bonjour Pierre,

                      Ce que j’aime toujours ce sont les rencontres entre nos grands « fana » d’histoire (Emile) et de géographie, paysages et hommes bretons en l’occurrence. (Taverne).

                      Le mot « fana » est, à mon sens, loin d’être péjoratif. Quand on aime ce que l’on décrit, comment rater le coche ?

                      Les mots prennent de la couleur. L’intrigue du mystère souvent avec Emile. Les embruns de la mer. Qu’espérer de mieux pour l’été surtout quand il n’est pas dans les temps de son ardeur.

                      Dépêchez-vous, l’automne arrive et les rêves s’estompent.  smiley


                    • Pierre R. Chantelois Pierre R. - Montréal 16 août 2007 08:09

                      @ L’enfoiré

                      À la simple idée que l’été nous quitte, que l’automne est déjà aux aguets, et que l’hiver pointe son nez... je suis tout de tristesse envahi. Voilà pourquoi je viens chercher un peu de soleil breton pour m’éloigner de la grisaille.

                      Pierre R.


                    • Ar Brezonneg 13 août 2007 19:14

                      J’admire ma compatriote souriante dans ses beaux atours de fête...

                      Comme le disait mon grand-père en parlant de sa femme : « Elle est bien gréee ! Comme ma goëlette ! »...

                      La jupe brodée, le justaucorps de même, les rubans de soie noués, les dentelles des coeffes ! Et l’ensemble sur un fond qu’aucun studio ne pourra imiter !...

                      La diversité des « costumes » de nos grand-mères, femmes , et filles -quand elles veulent bien les revêtir- montre la richesse de civilisation des différents « pays » !

                      Quand j’étais gamin, la coëffe se portait encore. Et permettait de savoir à qui on avait affaire : la Dame de Fouesnant se distinguait de celle de l’Ile aux Moines, la Penn-sardinn de l’Alréenne, la Paimpolaise n’avait pas le même accent que celle de Lochrist... Tout le monde se parlait !.... En breton, en français, ou les deux mélangés... On prenait le « café » ! Savez vous ce que c’est que de « prendre le café » ? Cà ? c’est une institution ! Il faut avoir vécu dans les villages, ou les ports, la Grande Terre, ou les îles pour savoir ce dont il s’agit ! Et il y avait le far servi aux gamins et gamines pour les faire tenir tranquille avant d’aller courir à la côte...

                      Cela permettait d’éviter bien des impairs... Ce monde là a commencé à disparaitre à partir de 1970...

                      Puis, le « tourisme » a tout perverti, pourri... Ceci est une autre histoire ! Et vous comprenez pourquoi je suis si ardent à défendre le pays de nos Pères ?...


                      • La Taverne des Poètes 13 août 2007 19:30

                        Et le temps qu’il fallait pour ôter tout cela ! Cela enseignait la patience...

                        P.S : je n’ai pas le numéro de téléphone de la petite. smiley


                      • La Taverne des Poètes 13 août 2007 19:35

                        Ar Brezhonneg, il faut redonner vie et fierté à toutes les régions . Mais je ne vous suivrai pas sur un terrain nationaliste. La richesse des cultures locales ou importées est le rempart le plus efficace au nationalisme de Sarkoy-Le Pen et à leur stupidité d’identité nationale. Maintenant, il est vrai que la Bretagne est une région à forte identité, ce qui n’est pas le cas de toutes, mais gardons-nous d’écraser ou d’imposer. Faisons plutôt connaître. Et que chaque région en fasse autant. Notre identité, c’est cette somme de richesses et de différences, ce n’est pas une identité abstraite forgée par un esprit jacobin !


                      • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 20:06

                        @ Ar Brezonneg et à la Taverne des Poètes

                        Et vous comprenez pourquoi je suis si ardent à défendre le pays de nos Pères ?...

                        Voilà un sentiment qui vous honore. Car la richesse des nations, quelqu’elles soient, c’est aussi leur diversité. Je suis un ardent défenseur de la mémoire des peuples.

                        Pour faire plaisir au capitaine Haddock qui ne veut pas comprendre que l’île de Sein est une terre de mystères, savez-vous qu’on peut s’interroger sur l’origine du mot latin Sena dont le nom actuel est dérivé (il ne s’agit évidemment pas de la poitrine féminine ni d’une qualification d’origine locale) ? Voici ce que je pense.

                        Pas de rapport direct, apparemment, avec la Seine (Sequana) mais plutôt avec un fleuve d’Ombrie qui portait ce nom (Sena). Et même plutôt avec une ville de cette région d’Italie, toujours existante : Senagallia, ville fondée par les Sénons, peuple gaulois dominant, plusieurs siècles avant J.C., dont la capitale était, en Gaule, Château-Landon en Seine-et-Marne. Les nautes sénons ont parcouru les fleuves de la région. Rien d’étonnant à ce qu’ils aient fait de votre île un lieu mystique et qu’ils lui aient donné leur nom.

                        E. Mourey


                      • Ar Brezonneg 13 août 2007 21:23

                        « Notre identité, c’est cette somme de richesses et de différences, ce n’est pas une identité abstraite forgée par un esprit jacobin ! » Je suis bien d’accord !

                        Et c’est pour cela que je m’élève contre la falsification.... Et j’accepte toujours les bonnes idées d’où qu’elles viennent. Mais je ne veux pas que l’on détruise ce qui fait notre richesse et notre avenir.


                      • Ar Brezonneg 13 août 2007 21:27

                        @ M. Mourey

                        Je penserais plutôt à l’itinéraire d’Antonin : Siata, Arica, Vindilis, Sena, Uxantia... Des noms très antérieurs à l’arrivée des Bretons. Certains disent que ce sont des noms Gaulois, et pour pour certains, Vénètes...


                      • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 22:27

                        @ Ar Brezonneg

                        Il n’y a là rien de contradictoire, bien au contraire. Quand je pense aux Senons, c’est parce qu’il me semble que, dans les premiers temps, leur influence s’étendait bien au-delà de leur territoire (ce sont des Senons Brennus qui commandaient les armées de coalisés gaulois quelques siècles av. J.C.). Le peuple vénète, dont les Osismiens de Carhaix étaient probablement vassaux ou clients, et donc les habitants de l’île Sena, a probablement subi leur influence et peut-être aussi leur présence.

                        Que l’itinéraire d’Antonin mentionne l’île sous le nom de Sina, rien d’étonnant quand on sait que la ville d’Italie, Senagallia, s’appelle aussi Sinigallia.

                        Quand à la carte de Peutinger que je date de l’époque de l’empereur Julien et que je considère comme une tentative de cet empereur pour établir une carte mystique païenne, et même touristique, je fais de la baie des Trépassés, proche de l’île de Sein, le terminus d’une voie qui se termine au bord de l’océan.

                        De même qu’augustus - mot latin : saint - était un qualificatif utilisé par la suite pour nommer des villes ou des lieux saints, de même bien avant J.C. le qualificatif sena.

                        Quant à l’arrivée des Bretons, j’ai toujours été très sceptique sur cette vieille idée des historiens, aujourd’hui plus ou moins abandonnée, selon laquelle des populations d’envahisseurs auraient anéanti des populations autochtones pour les remplacer. En fait, ce ne sont pas les petits effectifs militaires qui se faisaient la guerre qui modifiaient le fond des populations, mais les noms, oui.


                      • Ar Brezonneg 13 août 2007 23:05

                        Je suppose que vous faites allusion à Conan Meriadeuc racontée par geoffroy de Montmouth ? Je pense qu’il s’agirait là de propagande pour la maison des Rohan ! Lobineau qui a démonté cette légende a eu des ennuis. Après c’est La Borserie qui a cassé cette histoire... Je pense que l’arrivée des Bretons s’est faite à doses filées, et certainement parce qu’il y avait communauté linguistique économique voire familiale. Tacite avait relevé la communauté linguistique des deux côtés de la Manche. Et plus tard, il y eut un chef Breton -Riwal- qui gouvernait les deux cotes de la Manche : la Domnonée.. Mais là on l’éloigne de Sein...


                      • Emile Mourey Emile Mourey 13 août 2007 23:31

                        @ Ar Brezonneg

                        Non, je voulais parler d’une façon générale. Je ne vois pas de notables différences dans l’évolution des peuples d’au-delà de la Manche et d’en-deçà. Ce qui explique qu’on puisse parler de Bretons ici et là vient probablement du fait de la proximité de la Bretagne et de la (Grande) Bretagne et non, à mon avis, parce que les uns auraient conquis les autres ou les autres les uns.

                        César écrit que les druides se rendaient en (Grande) Bretagne et un autre auteur écrit que les Gaulois emportaient les têtes de leurs défunts de l’autre côté de la Manche, ce qui montre bien qu’il existait des croyances communes.

                        E. Mourey


                      • La Taverne des Poètes 14 août 2007 09:46

                        « Gardien de phare, d’Ar-Men » de Jean-Yves Fouquet vient de paraître aux éditions Ar Bed Keltiek, 2 rue du Roi Gradlon Quimper. Source : Ouest-France du 14 août. (info qui tombe à pic sous cet article !)

                        Il s’agit d’une autobiographie avec anecdotes et illustrations, écrite par un insulaire natif de Sein.

                        50 euros !!! smiley J’espère que c’est une erreur du journal...

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