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Affaire Talon : les incohérences de la décision du juge d’instruction Houssou

L’affaire Patrice Talon passionne depuis des mois les Béninois, à la recherche de la vérité sur l’homme qui est accusé d’avoir tenté d’assassiner le Président de la République béninoise, Thomas Boni Yayi. De nombreux rebondissements sont intervenus ces derniers jours : entre autres, la Cour d’appel de Paris a repoussé au 18 septembre 2013 son verdict concernant la demande d’extradition de l’homme d’affaires et de son complice ; une décision survenue seulement une semaine après que le juge qui instruisait l’affaire au Bénin ait publié une surprenante ordonnance de non-lieu dans l’affaire d’empoisonnement. 

C’est cette ordonnance qui soulève de nombreuses questions au Bénin : en plaidant pour le non-lieu, le juge Angelo Houssou contredit totalement l’instruction qu’il a menée depuis des mois, qui avait pourtant conduit aux aveux des personnes inculpées, ainsi qu’à l’accumulation de preuves accablantes. Certains crient déjà à une nouvelle manœuvre orchestrée par Patrice Talon, et il est vrai que la fuite du même juge Houssou vers la frontière nigériane, un visa pour les Etats-Unis en poche, ne plaide pas en sa faveur. Avant que la justice béninoise ne se prononce sur l’appel déposé par les avocats du Bénin suite à la décision de non-lieu, intéressons nous aux nombreuses incohérences qui apparaissent dans la décision du juge Houssou.

Houssou instruit le dossier relatif à la tentative d’empoisonnement sur la personne du chef de l’Etat béninois Thomas Boni Yayi depuis le 22 octobre dernier, date à laquelle Patrice Talon et Olivier Boko ont été placés sous contrôle judiciaire en France, et leurs trois complices, des proches du Président, ont été inculpés à Cotonou pour association de malfaiteurs, préméditation dans la tentative d’assassinat du chef de l’Etat, avec volonté indubitable de l’éliminer. 

Des aveux et des preuves accablantes

Le procès verbal d’inculpation des complices de l’homme d’affaires Patrice Talon est accablant pour ce dernier : le médecin personnel du Président (Ibrahim Mama Cissé), sa nièce (Zoubérath Kora), ainsi que l’un de ses ministres (Moudjaidou Soumanou) ont tous les trois reconnu s’être entretenus avec Patrice Talon le 17 octobre 2012 à Bruxelles, rencontre durant laquelle il leur a promis la somme d’un milliard de Francs CFA pour introduire des substances toxiques dans les médicaments habituellement consommés par le Président. Les trois complices ont ainsi été inculpés pour « tentative d’assassinat » et « association de malfaiteurs ». Fort de ces aveux, Houssou a lancé un mandat d’arrêt international à l’encontre de Patrice Talon et de son complice Olivier Boko, tous deux réfugiés en France depuis des mois.

Par la suite, le juge Houssou a continué d’accumuler des preuves à l’encontre de Patrice Talon et de ses complices, à savoir le contenu de 27 messages échangés entre Zoubérath Kora et Patrice Talon, qui détaillent de manière précise les modalités du complot, ainsi qu’une analyse toxicologique réalisée par le FBI, qui prouve la présence de substances potentiellement mortelles telles qu’un puissant hallucinogène (le psilocine), un anesthésiant (la kétamine) ou encore du curare.

Un non-lieu contradictoire

L’accumulation de ces faits au dossier d’instruction n’a apparemment pas suffi au juge Houssou, puisque le 17 mai dernier, il a publié une ordonnance de non-lieu, avant d’être intercepté alors qu’il cherchait à fuir le pays par la frontière nigériane, avec un visa pour les Etats-Unis en poche, et pas moins de 7000 dollars en petites coupures. Il est vrai que ces faits ne plaident pas en sa faveur, d’autant plus que l’on peut pointer différentes incohérences et contradictions dans la décision qu’il a pu prendre.

Dans son ordonnance de non-lieu, le juge énumère les différents faits reconnus par les inculpés à savoir : deux rencontres avec Patrice Talon à New-York et à Bruxelles en vue de préparer l’empoisonnement du Président, le remplacement des médicaments par des produits toxiques sur commande de Patrice Talon, l’acheminement de ces mêmes produits toxiques de Paris à Cotonou par Soumanou Moudjaidou, la remise de ces produits au docteur Ibrahim Mama Cissé et enfin, l’interception de messages échangés entre Zoubérath Kora et Patrice Talon à propos du déroulement du crime à venir.

Pour autant, le juge Houssou qualifie ces actes de « trop peu sérieux », et selon lui, ils ne « permettent pas de conclure avec précision à la volonté des inculpés de passer à l’acte » En effet, pour qu’il « y ait tentative punissable, il faut un commencement d’exécution », or pour les cas d’empoisonnement, « les actes constitutifs d’un commencement doivent tendre directement et immédiatement à […] l’administration de la substance ». Autrement dit, selon le raisonnement de ce juge, il aurait fallu que le poison soit administré au Président Boni Yayi, pour que les actes de préparation et de préméditation puissent être qualifiés d’infraction !

Autre élément étonnant de cette ordonnance de non-lieu : le fait que Patrice Talon ait transmis les médicaments empoisonnés à Moudjaidou Soumanou afin qu’il les remette à son tour à Ibrahim Mama Cissé est insuffisant pour prouver « le dessein criminel » des inculpés. De plus, alors que le médecin de profession Ibrahim Mama Cissé a lui-même reconnu au cours de l’instruction le potentiel danger mortel des médicaments qui lui ont été transmis, le juge Houssou a estimé qu’il ne s’agissait pas d’une certitude, ce qui ne justifiait pas la qualification comme tentative d’assassinat. Ces arguments sont d’autant plus grotesques que les trois inculpés ont eux-mêmes reconnu que leur but était bel et bien d’empoisonner le Président…

Mais on arrive au comble de l’absurde lorsque le juge Houssou déclare dans son ordonnance qu’ « en matière de politique criminelle, il est nécessaire de ne pas intervenir trop tôt dans la répression, dans la mesure où cela reviendrait à priver les infractions de leur matérialité ». En d’autres termes, le juge d’instruction considère que l’enquête menée avec succès par les autorités béninoises a empêché l’empoisonnement du Président Boni Yayi, ce qui ne permet pas de qualifier les faits d’empoisonnement. C’est donc grâce aux policiers qui ont déjoué la tentative d’empoisonnement que les inculpés ne peuvent être considérés comme coupable, un véritable comble !

Au-delà de l’ordonnance de non-lieu, c’est bien le revirement du juge Angelo Houssou qui surprend. Rappelons que c’est lui qui a lancé les mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de Patrice Talon et d’Olivier Boko, pour « association de malfaiteurs » et « tentative d’assassinat », une démarche importante qui n’a pas pu être entreprise à la légère par le juge, qui était bien probablement conscient de la gravité des faits reprochés aux inculpés, de même que de l’importance des preuves dont il disposait contre eux. Ce non-lieu est d’autant plus surprenant que les mêmes faits qui ont conduit à l’émission de ces mandats d’arrêt et au rejet de trois demandes de remise en liberté sont aujourd’hui qualifiés de « trop peu sérieux ».

Ce revirement à 360 degrés du juge Houssou est réellement spectaculaire, et des questions subsistent : qu’est-ce qui a bien pu pousser le juge à se déjuger ainsi, malgré les aveux et les preuves qu’il a lui-même accumulés au cours de son instruction ? Pourquoi a-t-il cherché à fuir le pays la nuit même de la publication de son ordonnance ? Aurait-il subi des pressions ? Le simple fait de poser ces questions montre à quel point cette affaire empoisonne littéralement la vie politique et, maintenant, judiciaire du Bénin, dans une période au demeurant difficile économiquement pour toute la région. Bref, l’affaire Talon a assez duré !


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2 réactions à cet article    


  • Mwana Mikombo 1er juin 2013 13:55

    Bel exemple de disputes des élites néocoloniales pour le partage des prébendes octroyées par leurs négriers. Boni Yayi Thomas, Talon Patrice, Houssou Angelo et Cie, toute cette élite intellectuelle politique, économique et culturelle néocoloniale africaine, c’est de l’ivraie cultivée et entretenue en Afrique par les négriers occidentaux, par les Blancs pour parler clairement.

     


    • lerenard lerenard 2 juin 2013 08:10

      il ne s’appelait pas achille ?

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