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Camila Vallejo au 1er Congrès Mondial des leaders étudiants.

A Londres depuis jeudi passé, la leader étudiante chilienne était la conférencière la plus attendue des cent leaders étudiants présents. Devant un parterre des représentants étudiants venant de l'Europe, de l'Asie, du Canada, de l'Afrique et de l'Océanie, Camila Vallejo a positionné sa vision de l'unification d'un mouvement étudiant mondial. Ce congrès situé dans les locaux de l'Université de l'Est de Londres, coordonné par les étudiants anglais, est le fruit d'une initiative lancée par l'Union des étudiants européens (ESU) dont la vice-présidente s'est rendue au Chili, en juin dernier. Le mouvement étudiant chilien ayant un impact dans les fédérations étudiantes des quatre coins du globe, la présence de membres de la Confédération des étudiants de ce pays (CONFECH) était évidente. A ses côtés, la vice-présidente des étudiants de l'Université du Chili (FECh) avait le chargé international de la Confech, Paul Floor et le président de la fédération des étudiants mapuches du Chili (FEMAE), José Ankalao, en tournée européenne. Ils seront reçus par d'autres fédérations nationales d'étudiants d'Europe durant leur séjour.

Jusqu'à la dernière minute, la présence de la leader étudiante du Chili n'était pas confirmée. Une fédération membre de l'Union des étudiants européens a permis de faciliter la venue de la dirigeante grâce à un travail commun de deux mois réalisé au Chili et une présence dans les manifestations étudiantes, voyant la répression choisie par le gouvernement de droite de Sébastian Pinera. Camila Vallejo clôturait quatre jours de débats intensifs sur l'unification du mouvement étudiant mondial. " Je voudrais commencer par mettre en évidence une chose importante : l'éducation, dans n'importe quel pays, devrait être non seulement un droit humain, mais également, un élément stratégique pour le développement des sociétés." Dans son discours, la dirigeante étudiante chilienne a prôné l'utilité de lier les divers mouvements étudiants. Cependant, elle a rappelé le rôle joué par les étudiants d'Amérique Latine dans les processus sociaux et étudiants de ce continent : " (...) Les camarades de Puerto Rico, ont protagonisé une page héroïque de l'histoire du mouvement d'étudiant de la région ; les camarades Colombiens démontrent chaque jour que, malgré les conditions difficiles et parmi les menaces et persécutions constantes, l'ordre du jour est la lutte pour une éducation qui répond aux intérêts du peuple ; les étudiants dominicains demandent 4 % PIB pour l'éducation ; le mouvement étudiant équatorien qui se bat pour maintenir les idéaux établis d'autonomie et étudiant partagea à Cordoue ; les étudiants brésiliens protestent parce que 10 % du PIB est investi dans l'éducation et nous, les étudiants chiliens nous nous battons contre le modèle de marché libre de vie imposé par la dictature de Pinochet." L'assistance du congrès étant principalement européenne, il était important de planter le rôle à jouer dans l'éducation par chaque continent.

L'ex-présidente de la FECh a aussi rappelé la genèse du mouvement étudiant de son pays en 2011 : "Au Chili, le mouvement étudiant ,et l'éducation sociale par la suite, a clairement opté pour que le système éducatif soit un objet de transformation social. Dans notre pays, ce n'est pas juste que ne nous soit pas garanti le droit de l'éducation dans notre Constitution politique, étant donné qu'il assure tout d'abord la liberté d'entreprise, mais la conception de notre système éducatif a été précisément destinée à l'entretien et la reproduction du modèle économique néolibéral imposé pendant la dictature militaire en 1973. Ce n'est donc pas un hasard si l'ensemble des mouvements sociaux qui ont été soulevées au moins au Chili, depuis 2010, ainsi que l'augmentation des demandes particulières, sont tous venus remettre en question notre modèle de développement. Ce qui est arrivé est que la réalité a dépassé les promesses que depuis plus de 30 ans, le modèle ne pouvait pas garder." L'ex-présidente de la FECH a exposé la réalité du Chili, selon ces termes : " La vérité, c'est que au Chili, étant donné l'imposition du système néolibéral, réaffirmé par le consensus de Washington, cela a augmenté l'inégalité et les droits fondamentaux ont été réduits à une entreprise et un privilège d'un petit nombre. Parce que ils n'ont pas suffisamment de salaire pour vivre, ils ont donc été contraint d'emprunter auprès des banques privées pour financer l'éducation, la santé, la nourriture, les vêtements, et les services de base de leurs familles. Face à cette réalité, jamais mentionnée dans les discours officiels au sujet de notre politique macroéconomique très grande, il nous a semblé intolérable que l'éducation n'ait pas été conçue pour surmonter ces inégalités, mais pour les reproduire et les approfondir." 

L'historique de la création du système libéral éducatif chilien est venu dans ce débat animé. Les membres de la Confech ont expliqué que l'Etat chilien en 1988, durant la dictature, avait délibérément choisi de réduire le pouvoir et les ressources pour l'éducation, en réduisant les droits fondamentaux et en les donnant à une entreprise. Etudiante en géographie à l'Université du Chili, la leader étudiante a expliqué que l'éducation publique chilienne est sous- financée. Au niveau de l'école, cela représente seulement 30% de la cotisation totale, et pour l'enseignement supérieur public, moins de 20% : " Ce système privé croît sans réglementation, ajoute-t-elle. Les investisseurs du Chili et d'autres parties du monde injectent leur capital financier dans l'entreprise importante et rentable, qui leur donne notre éducation, indépendamment de la fraude qui a fait de ces institutions. La subvention à la demande, au moyen d'un financement mixte (familles et état) et la concurrence inégale entre institutions publiques et privées a signifié que l'éducation au Chili n'est pas seulement un des plus coûteux dans le monde grâce à sa privatisation, mais c'est aussi un des plus distincts. Le même rapport de l'OCDE montre que l'éducation chilienne est structurée consciemment par les classes sociales." Pour les dirigeants de la Confech, l'éducation chilienne ne vise que à reproduire les inégalités sociales : "éducation pour les riches, pour les classes moyennes, et pour les pauvres, rien. L'éducation forme les futures élites mondiales." 

Camila expliqua que l'objectif de privatisation au Chili n'était pas seulement de maintenir les inégalités sociales, la destruction de l'éducation du public comme un espace d'intégration sociale, mais qu'il avait une relation directe à détruire ce qui était considéré comme le point de rencontre de l'ennemi parmi nous. C'est-à-dire, l'éducation public qui formait le citoyen à être critique, à penser à la réalité nationale, à ses injustices, à être actifs dans le processus de démocratisation interne des établissements d'enseignement du pays. "Ce que ce système à chercher à détruire, c'est que les étudiants soient des citoyens critiques." rapela-t-elle. La porte-parole de la Confech expliqua que malgré tout, les étudiants du continent sud-américain, ont conservé l'esprit des ancêtres de rébellion en vie, d'où les appuis pour des combats similaires, comme celui qui se déroule en ce moment au Canada :" Aujourd'hui, notre attention est sur la diversité et la richesse de la pensée de notre continent. L'année dernière, nous avons eu un congrès des étudiants d'Amérique Latine et de la zone caribéenne (OCLAE) où se sont rassemblés plus de 6 000 étudiants. Nous avons confirmé la volonté des organisations du continent à renforcer l'éducation publique pour la transformation, l'inclusion et l'union de tous les secteurs populaires dans les mains des travailleurs, des travailleurs manuels et des indigènes." 

Se fit écho de cet aspect, le président de la fédération des étudiants mapuches (peuple originaire) du Chili, José Ankalao dénonçant la répression faite par le gouvernement directement aux étudiants mapuches. Le dirigeant reçu lui-même cinq menaces de mort. Camila Vallejo cita des cas de tortures, d'abus sexuels sur les étudiants chiliens qui sont mobilisés, et directement venant d'ordre du Ministère de l'Intérieur du Chili. La délégation du chili signifia qu'une loi tente actuellement de les envoyer en prison, la loi dite Hinzpeter (nom du Ministre de l'Intérieur) qui criminalise le mouvement étudiant de trois ans de prison s'ils continuent à se mobiliser dans les rues, les universités ou même si les leaders appelent à une manifestation. Le responsable international de la Confech, Paul Floor, cita et expliqua le rôle que peuvent désormais tenir les étudiants du monde entier. Un rôle pas seulement de représentation, mais aussi de militance, de défense de l'éducation elle-même, et donc de la société future dans laquelle vivront les futures générations.

Pour conclure, celle qui fut élue "personnalité de l'année" par les lecteurs du Guardian, posa ces questions fondamentales : voulons-nous conserver ce type d'éducation, ou voulons-nous concevoir un nouveau système d'éducation qui fonctionne comme un véritable outil de transformation sociale ? Lors de la fin de son intervention, les questions fusèrent, et les étudiants du monde entier remirent en question le rôle dans la société de la jeunesse, du rôle fondamental de l'éducation. Parmi les autres intervenants, les doyens de la banque Santander en Angleterre, qui favorisent la mercantalisation de l'éducation, l'étudiante de 24 ans du Chili eu la cote. Elle donna une série d'interviews aux divers médias anglais. Pourtant, dans les colonnes des journaux du Chili, rien ne filtra sur sa présence au premier congrès mondial des leaders étudiants. La prochaine date est fixée en 2013, mais rien ne nous empêche de penser que même si elle entamera une possible carrière politique au Chili, que Camila ne laissera pas le sujet éducatif et le projet d'une fédération étudiante mondiale, sans un soutien fort affiché de sa part. Le congrès se termina et les leaders étudiants n'avaient que son nom en tête. Quand certains leaders lui demandèrent comment les étudiants chiliens trouvaient la force de lutter dans ce contexte explosif et dangereux, elle expliqua que sa génération avait dépassé la peur de la répression vécue sous la dictature. Les membres de la Confech furent ovationnés par ceux qui avaient signé, en mai 2012, une déclaration mondiale dénonçant les erreures stratégiques du gouvernement chilien pour résoudre la crise éducative entamée depuis avril 2011.

Discours de Camila Vallejo :

http://www.globalstudentleadership.org/?p=429


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6 réactions à cet article    


  • médy... médy... 24 septembre 2012 11:35

    Les Chicago Boys ont été formés à l’économie dans les universités américaines. Il est donc vrai que l’éducation dans ce cas est un « outil de transformation sociale ». Les gens qui ont mis en place la dictature au Chili, au Guatemala et dans bien d’autres pays sont parmi les plus éduqués. La boucle est bouclée...

    Ces leaders étudiants croient en l’éducation (quelle éducation ? y en a t-il une seule ?) comme une sorte de panacée mais ils feraient bien de constater que le désastre vient en partie de là. Bourdieu a montré que l’Ecole que nous avons conserve les inégalités sociales en termes statistiques, ce qui signifie qu’un étudiant de la classe pauvre a beaucoup moins de chance de « réussite » qu’un étudiant de la classe riche. La faute au programme ? A l’organisation ? La question est complexe.


    • médy... médy... 24 septembre 2012 12:29

      Néanmoins je me suis demandé si l’élargissement de l’accès à l’éducation pouvait menacer l’état de fait au Chili, cette emprise absolu du néo-libéralisme sur tout. J’ai appelé une étudiante chilienne de ma connaissance, elle m’a appris ceci :

      - certains jeunes pensent que Pinochet est un héros qui a libéré le Chili du communisme.

      - le programme scolaire ne parle pas des raisons économiques et géopolitiques de la transition dictatoriale (nationalisation des mines de cuivre par Allende, collectivisation des terres, famine, Milton Friedman..)

      - d’ailleurs l’enseignement d’Histoire au lycée s’arrête en 1973.

      - Pinera l’actuel président du Chili est une sorte de mini-Pinochet.

      Ces éléments expliquent l’importance des enjeux en matière d’éducation, qui, si elle était correctement dispensée, quantitativement et qualitativement, pourrait faire voler en éclat le socle de la dictature néo-libérale au Chili.


    • médy... médy... 24 septembre 2012 14:03

      Sur Agoravox, le Chili n’existe pas. Dommage !


      • Michel Maugis Michel Maugis 24 septembre 2012 22:59

        @ Anémone C.HUBERT et Médy

        Merci pour cette claire et objective présentation de la lutte étudiante au Chili.

        Ojala que Camila puisse être une future Gladys Marine et peut être dans vingt ou trente ans une présidente du Chili.

        @Médy

        Votre commentaire est assez juste.

        « Sur Agoravox, le Chili n’existe pas. Dommage »

        Effectivement c’ est très dommage, car pour y vivre depuis 33 ans, j’ y trouve beaucoup de similitude avec la France, politiquement et idéologiquement parlant

        « Pinera l’actuel président du Chili est une sorte de mini-Pinochet. »

        Hélas, j’ espérais qu’ il paresse comme un Charles de Gaule, je rêvais surement. 

        Il ne fait que continuer la politique de ses 4 prédécesseurs pour lesquels, à la fin, les électeurs ont préférer un original plutôt que des copies faux culs du libéralisme. C’ est la faute des électeurs handicapés qu’ ils sont par l’ anticommunisme injectés en permanence par la presse de droite…comme de « gauche ». je ne crois pas que l’ éducation y changera grand chose. Ce qui compte c’ est d’ avoir un accès à la TV, avec des chaines comme TeleSur.

        Toutefois, je remarque que idéologiquement la droite semble avoir baissé le ton, puisque Piñera ( Piraña ?) a désigné, trois fois au moins, Hugo Chavez par « commandante Chavez » lors du dernier sommet de l’’UNASUR ( je crois que c’ est là), alors que que d’ autres gouvernants de droite évitèrent de le nommer ainsi.


        • médy... médy... 25 septembre 2012 11:20

          Merci pour votre compagnie Michel, bonne continuation !


          • Anémone C. HUBERT Anémone C. HUBERT 25 septembre 2012 21:03

            @Michel Merci pour vos commentaires. Ce qui se passe en Chili est très intéressant, je trouve dommage que les médias européens n’en parlent pas plus. Le Congrès de Londres fut un vrai succès pour les étudiants chiliens - j’y étais. Il faut continuer à donner des news de ce mouvement qui a un impact dans le monde entier. J’ai hâte de voir ce que cela va donner aux élections chiliennes de 2013 et 2014 :) Camila, Presidenta ! jajaja

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