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Accueil du site > Actualités > International > Canal du Nicaragua vs canal de Panama : le péril blanc

Canal du Nicaragua vs canal de Panama : le péril blanc

 En décembre 2014, le futur canal au Nicaragua, qui reliera les océans Atlantique et Pacifique et concurrencera le canal de Panama, a commencé officiellement.

Pourquoi le président du Nicaragua a-t-il décidé ce projet ?

Pourquoi la Chine le soutient-elle ?

Pourquoi les écologistes le combattent-ils ?

Il faut se rappeler l'histoire du pays pour avoir le début de l'explication, d'abord le péril blanc, cette dictature sous influence américaine dans laquelle vivait la majorité de la population, puis le péril rouge, que l'Occident a cru voir quand la démocratie et la justice sociale tentaient d'émerger. Voguant de Charybde à Scylla, le pays semble maintenant s'en sortir à la limite du naufrage avec un fardeau de dettes et des acquis sociaux engloutis quand apparaît un nouveau danger, l'ombre d'un pays étranger et des menaces sur son écologie : comme si un mauvais sort appelait les périls à se succéder ?

 

Le péril blanc : dictature et soumission au grand voisin

 

Cette première partie n'est qu'un rappel, pour planter le décor et tenter d'expliquer les forces et les contraintes en présence.

La République du Nicaragua, dont la capitale Managua est la plus grande ville, est un pays d'Amérique centrale, limitrophe du Costa Rica au sud et du Honduras au nord, bordé par l'océan Pacifique et la mer des Caraïbes. Il est peuplé actuellement de près de 6 millions d'habitants, dont 69 % de métis, 17 % de blancs, 9 % de Noirs et 5 % d'Amérindiens.

Il s’étend sur 129 494 km2 et c'est le plus grand mais aussi le plus pauvre pays d’Amérique centrale.

 

La pauvreté rêgne sur le Nicaragua, qui occupe le 129e rang sur 187 pays pour ce qui est de l’Indice de Développement Humain. La pauvreté extrême y est très importante et la malnutrition chronique représente un grave problème. Le faible taux de scolarité, le chomage et les emplois précaires font que plus de 30 % des jeunes sont pauvres, et que 12 % vivent dans des conditions d'extrême pauvreté et ne bénéficient d'aucune mesure sociale.

http://www.lux-development.lu/fr/activities/country/NIC

 

Colonie espagnole dès 1524, le Nicaragua devient un État indépendant le 15 septembre 1821 et adhère aux Provinces unies d'Amérique centrale. Il se sépare de la fédération en 1838 et devient une république complètement souveraine en 1854.

Souveraine est un bien grand mot quand on est un petit pays et qu'un voisin trop puissant vous a à l'oeil.

L'histoire des débuts de la nation est fortement influencée par les interventions militaires des États-Unis, qui y voient déjà la possibilité d'y creuser un canal entre l'Atlantique et le Pacifique.

Le pays est troublé par des périodes prolongées de dictature militaire, la plus dure étant sans doute le règne de la famille Somoza au début du 20ème siècle.

Entre 1927 et 1933, le général Augusto Sandino, d'obédience libérale, mène une guérilla, d'abord contre le gouvernement conservateur, puis contre les forces américaines. En 1927, il refuse un accord de paix proposé par les États-Unis. La guérilla est finalement repoussée par l'United States Marine Corps (USMC), qui compense son infériorité numérique par l'appui de l'aviation et de l'artillerie. À la fin de l'intervention américaine, les rebelles sont repoussés loin de toute agglomération et réduits à la famine et à la désertion, et le gouvernement nicaraguayen se trouve en position de force pour les négociations avec le mouvement de Sandino, négociations qui aboutissent à la paix en 1933.

Les troupes américaines sont remplacées par la Garde Nationale, formée et équipée par les États-Unis, et qui devait remplacer l'armée et la police supprimées par les Américains.

Anastasio Somoza García devient le premier dirigeant de la Garde Nationale. Avec le soutien des États-Unis, Somoza fait assassiner son principal opposant politique, Sandino, en février 1934 et prend le pouvoir en 1936. Il instaure alors une dictature personnelle de 1936 à 1956. Ses fils, Luis et Anastasio, lui succèdent et le pays est mis en coupe réglée. Les Somoza se posent comme anticommunistes afin de bénéficier de l'appui des États-Unis tout au long de la Guerre froide.

L'opposition au régime est représentée par Pedro Joaquín Chamorro Zelaya, descendant de présidents du Nicaragua, de sensibilité conservatrice, qui lutte contre les Somoza par le biais de son journal La Prensa.

Par la suite, reprenant le combat de son père, Pedro Joaquín Chamorro Cardenal est arrêté en 1944, alors qu'il n'avait que 20 ans, et est amené à fuir au Mexique. De retour en 1948, il succède à son père comme éditeur de La Prensa, où ses positions contre la dictature lui valent d'être arrêté, torturé et emprisonné en 1954, puis placé en résidence surveillée.

Anastasio Somoza est assassiné le 21 septembre 1956. Pour un dictateur, ce n'est qu'un accident du travail.

Alors que son fils aîné, Luis Somoza Debayle, accède à la présidence, Pedro Joaquín Chamorro Cardenal est une nouvelle fois arrêté et accusé de complicité dans l'assassinat du président. Chamorro fuit en 1959 au Costa Rica, d'où il organise une expédition pour renverser le dictateur. Il est arrêté, puis relâché en 1969 par Anastasio Somoza Debayle (fils), qui avait accédé à la présidence en 1967.

En 1972, Anastasio Somoza ne peut plus se représenter, une loi interdisant deux mandats consécutifs. Mais, resté chef de la Garde nationale, il profite de la situation catastrophique créée par un tremblement de terre en décembre 1972 pour promulguer la loi martiale et prendre ainsi le contrôle du pays. Chargé d'acheminer l'aide internationale reçue après le tremblement de terre, il s'en approprie la majorité.

Malgré tout, Somoza est réélu président lors des élections de 1974, mais maintient un pouvoir répressif et perd l'appui d'anciens soutiens : l'oligarchie, les États-Unis et l'Église catholique.

Un autre mouvement, plus à gauche, rejoint le courant conservateur dans l'opposition au régime : le Front sandiniste de libération nationale (FSLN). Affaibli, le gouvernement aggrave sa politique de répression avec pour seul résultat la montée de l'opposition. Chamorro fonde alors un parti d'opposition qui réclame la démission du président. Cependant, le 10 janvier 1978, Chamorro est assassiné. Ses funérailles font se déplacer des foules énormes – 30 000 personnes à Managua – et des émeutes éclatent dans le pays.

En février 1978, le milieu des affaires se joint à l'opposition, qui organise une grève générale, demande la démission de Somoza et la formation d'un gouvernement de transition. Malgré la répression, les contestataires forment en juillet 1978 un front national, auquel se joint la veuve de Pedro Chamorro, Violeta Barrios de Chamorro, devenue directrice de La Prensa.

Le 5 juillet 1978, la bourgeoisie antisomoziste fonde le Front élargi d’opposition (FAO) et propose l’installation d’un gouvernement provisoire et la tenue d’élections.

En septembre 1978, une grande partie de la population se soulève dans les départements de León, Matagalpa, Chinandega, Estelí, Masaya et Managua, mais la supériorité logistique de la garde nationale de Somoza oblige les troupes à se replier dans les campagnes et les montagnes. L'insurrection est cependant sans cesse nourrie de nouveaux effectifs issus de la population.

Peu à peu, les trois tendances du FSLN se rapprochent. La réunification du FSLN est signée en 1979, alors que l'opposition conservatrice se renforce. La population entame une grève générale qui paralyse le régime. Les villes s'insurgent une seconde fois.

Somoza répond par des bombardements massifs. Un journaliste de la chaîne américaine ABC, Bill Stewart, est assassiné par la garde nationale devant les caméras de télévision, ce qui convainc l'opinion publique des États-Unis.

 

Le gouvernement Carter interrompt le soutien à Somoza. Un mois plus tard, en juillet 1979, le dictateur Anastasio Somoza Debayle, dernier de la dynastie des Somoza, démissionne et quitte le pays.

 

Un destin plus humain attend-il ces Américains ?

 

(à suivre)


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1 réactions à cet article    


  • alberto alberto 7 mars 2015 14:12

    Salut l’auteur : les grands esprits se rencontrent !

    Moi je raconte un voisin : ici .

    Salut, en attendant ta suite...

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