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Accueil du site > Actualités > International > Dérives alternatives (1/2) : la crise économique du Vénézuela

Dérives alternatives (1/2) : la crise économique du Vénézuela

La faillite du néolibéralisme, éclatante avec les crises de 2001 et 2008, et toutes les failles de notre modèle économique, n’a, pour l’instant, pas encore produit un véritable changement de direction politique, si ce n’est dans quelques pays d’Amérique latine. Et si un manque de distance avec les failles des politiques des pays dirigés par des alternatifs freinait le véritable changement que nous attendons ? En ne faisant pas toujours assez le tri entre le bon grain et l’ivraie, sans pour autant tomber dans les caricatures véhiculées par les tenants de la pensée dominante, le premier ne peut-il pas en être souillé politiquement ?

 
Premier exemple, le Vénézuela : même si on approuve certains aspects du chavisme, il faut reconnaître la grave crise économique que traverse le pays depuis quelques mois. L’effondrement du prix du pétrole a frappé une économie qui en était très dépendante, et qui camouflait les failles du régime.
 
Victime du marché et de mauvais choix
 
Tout le paradoxe de la situation du Vénézuela tient au fait que la crise des derniers mois provient de facto du fait que le pays a profité de manière inconsidérée des excès des marchés. Quelle ironie de constater que le chavisme doit une partie non négligeable de son succès à l’exubérance des marchés, qui avait poussé les prix du pétrole au-delà de cent dollars le baril, apportant au pays une énorme manne financière qui avait permis au gouvernement de se rendre populaire. Bien sûr, cela n’enlève rien aux choix, justes, de répartir cette manne de manière plus égalitaire que ce que le marché fait, et de refuser les diktats venus d’ailleurs. Néanmoins, l’effondrement des prix du pétrole, après leur envolée, expose les erreurs d’un régime qui n’a pas eu la prévoyance d’anticiper le retournement des marchés.
 
Bien sûr, les média ne sont pas toujours objectifs sur le Vénézuela. Ce pays, parfois présenté comme une dictature, a connu une alternance démocratique lors des dernières législatives, signe que les chavistes, s’ils ne sont pas exempts de pratiques autocratiques, sont quand même des démocrates. Malheureusement, ils ont aussi recours à des manœuvres guère démocratiques pour se protéger des conséquences de leur défaite électorale : en décembre, juste avant l’élection, ils ont nommé 34 nouveaux juges à la plus haute autorité judiciaire du pays, le Tribunal Suprême de Justice, pour en garder le contrôle, et cette dernière vient d’annoncer une limitation des pouvoirs du Parlement, sachant qu’ils avaient essayé d’invalider l’élection de 3 députés de la nouvelle majorité pour la priver de majorité qualifiée.
 
Pire encore, la crise économique que traverse le pays est extrêmement brutale puisque même le président Maduro a jugé la situation « catastrophique  », avec un recul du PIB de 7% et une inflation officielle à 141%  ! Bien des produits manquent à la population, qui fait la queue dans les magasins. Le pouvoir d’achat aurait reculé de 35% en un an, et selon une autre étude, pas moins de 76% de la population serait pauvre, plus qu’en 1998 ! En fait, le pays a cédé à un excès de création monétaire et un refus trop extrême des règles du marché en profitant de la rente pétrolière, sans construire autre chose. Du coup, à moins d’un redressement du prix du pétrole, le pays est proche d’un défaut de paiment puisqu’on estime qu’il lui manque la bagatelle de 30 milliards de dollars pour boucler la seule année 2016.
 

S’il faut reconnaître certains aspects positifs du chavisme, la déconfiture actuelle démontre aussi que ses fondations étaient fragiles et qu’il n’est pas un modèle sans (grandes) limites. Mais le succès de certaines de ses recettes (protectionnisme, création monétaire), appliquées de manière plus modérées, notamment en Asie, démontre que le problème venait surtout d’un manque de mesure.

 


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7 réactions à cet article    


  • lsga lsga 5 mars 12:44

    2008 n’est en aucun cas la crise du néo-libéralisme. C’est une crise du Capitalisme. Il y en a eu plus de 200 depuis le début du 19ème siècle. 

     
     
    Tout cela n’est en rien la conséquence d’un prétendu « libéralisme ». Tout cela est la conséquence de la propriété privée des moyens de production. 
     
    Citons le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx, qui décrit parfaitement bien la crise économique de 2008 :

    « Les conditions bourgeoises de production et d’échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées. Depuis des dizaines d’années, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre chose que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l’existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise. Chaque crise détruit régulièrement non seulement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à toute autre époque, eût semblé une absurdité, s’abat sur la société, - l’épidémie de la surproduction. La société se trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée ; on dirait qu’une famine, une guerre d’extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance ; l’industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l’existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. - Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives ; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir. Les armes dont la bourgeoisie s’est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd’hui contre la bourgeoisie elle-même. »

    • Doume65 5 mars 19:09

      « Bien des produits manquent à la population, qui fait la queue dans les magasins. »

      Est-ce bien la faute du chavisme (et je voudrais bien comprendre comment le fonctionnement de l’État vénézuélien aboutit à cette situation) ou de certains intervenants, bien capitalistes, qui stockent pour provoquer la crise et en profiter pour vendre plus cher ?
      Le chavisme n’a rien à voir avec les planifications absurdes de l’URSS qui, elles, étaient effectivement responsable des pénuries.


      • Mowgli 6 mars 02:22

        « le problème venait surtout d’un manque de mesure. »

        le problème venait surtout d’une ignorance crasse.

        Il faut s’appeler Chavez pour croire que l’espèce humaine est vieille de 2500 ans (googlez « especie humana ») et que l’absence de vie sur Mars serait due à l’arrivée là-bas du capitalisme (googlez +Marte +Chavez) et vendre UN cent à la pompe le litre d’essence qui en coûte VINGT rien qu’à raffiner.

        Comme l’ont dit naguère nos grands intellectuels du terroir, Clémentine Autain et Jean-Luc Mélenchon : « c’est quelqu’un comme Chavez qu’il nous faudrait. »


        • vogtphil 6 mars 10:33

          Je crois que j’ai un problème avec mon écran : je n’arrive pas à lire les mots « corruption », « incompétence » ou « népotisme » dans cette analyse ? 


          • JC_Lavau JC_Lavau 6 mars 12:22

            Pas un ici qui ait jamais entendu parler de la « Maladie hollandaise » ?
            http://citoyens.deontolog.org/index.php/topic,2072.0.html


            • CN46400 CN46400 7 mars 10:27

                  En fait le Venezuela est victime du « syndrome hollandais » qui frappe tous les pays qui exportent beaucoup de matières premières et distribuent les recettes à l’essentiel de la population. Celle-ci bénéficie alors d’un niveau de vie sans comparaison avec la valeur de sa force de travail qui n’est pas, ou peu, exploitée à cause de son coût de renouvellement qui rend les produits manufacturés sur place plus chers que ceux qui sont importés. Et ce, aussi, parceque les importations sont le corollaire obligés de bien des contrats d’exportation du pétrole dans ce cas.


                 Seul moyen pour échapper, contrôle drastique des importation de produits de consommation au bénéfice des importations des biens d’équipements, ce qui suppose l’étatisation du commerce extérieur. Avec, comme conséquence, des pénuries, surtout sensibles pour la partie supérieure (en revenus) de la société. 

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