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Dernier débat entre Obama et Romney, quand la politique devient « étrangère » à sa noble mission

Même si la politique étrangère n’a jamais vraiment été l’enjeu premier des élections présidentielles américaines, à l’exception de celle de Jimmy Carter ou de Bush fils, le dernier débat entre Obama et Romney restait très attendu. Il ne manqua de se situer premièrement au niveau de l’image. Lequel saurait « faire président » au mieux ? L’Amérique restant unie comme un seul homme face au monde, les convives se mirent ainsi à table cessant de rivaliser au niveau de l’aisance dans le déplacement scénique de rigueur dans les précédents débats. Les plats servis ne faisaient aucun mystère. L’Iran et la Russie, l’Afghanistan et la Chine, s’inviteraient dans les échanges. L’Europe fut la grande ignorée. Les alliés ou laquais les plus acquis ne mériteraient plus d’être évoqués. Au dessert, lequel des deux postulants aura su l’emporter en bombage de torse ou redressement de menton ? Les spectateurs avaient à choisir.

 Le président en titre ne fut pas sans étaler rapidement sa « supériorité de fait », celle de sa fonction encore bien effective. Il était le « commandant en chef » assaisonnant à volonté ses propos de la notion de « leadership ». Il s’adressa en premier et régulièrement à son rival, s’apparentant parfois à un toutou nerveux qui tente de mordre le bas du pantalon d’une personne qui le dérange. Oui, Obama affichait souvent un regard fuyant. A contrario Romney le regardait avec une sorte de compassion assassine. Le candidat Républicain aura su adopter une attitude indiquée empreinte de beaucoup de responsabilité. Même si cela fut dûment répété avec quelques conseillers, reconnaissons que Romney avait souvent le ton et l’attitude plus justes. La teneur des propos restait hésitante pour ne pas être non plus la spécialité du candidat Républicain. Il reste que Obama se montra sur la défensive, chose bien inappropriée sur des questions de Défense et de politique étrangère.

 Mitt Romney prétendra à plusieurs reprises « poursuivre les mauvais », une formulation qui ne manquera de plaire à l’Amérique profonde plus volontiers religieuse. La radicalité des propos saura s’inscrire dans l’héritage de Bush à l’époque héroïque du World Trade Center, mais surtout, dans la lignée de Ronald Reagan pendant la guerre froide. Chacun tentera ainsi d’instaurer au menu son niveau de langage et son positionnement dans le temps ou la mémoire des américains. Romney recourt donc à Ronald Reagan le chef de guerre ou cow boy en chef face à l’ex URSS dans un subtile parallèle avec la menace de l’Islamisme obscurantiste. Hélas, ne pouvant véritablement se revendiquer de Kennedy, Obama paraissait seul à table.

 A l’évidence quelque chose ne prenait pas du coté du président sortant, et durant toute cette phase de campagne. Va-t-il être sorti de table ? Cela semblait impossible au départ. Plus personne n’ose désormais exclure une victoire du Républicain. Etre un outsider reste un avantage dans bien des circonstances. Obama se montra bien trop sur de lui, voire, arrogant à l’ouverture de cette série de débats jusqu’à perdre sa proximité, feinte ou réelle, celle là même qui fît sa victoire passée. « Yes we can » à nouveau ? Rien n’est moins sur.

 Cette formule tirée de la Bible (« oui nous le pouvons ») mise à l’endroit ou à l’envers ne prendrait plus, au piège ou aux tripes, les citoyens américains. Le plat que tente de resservir Obama ne serait plus de saison. A table Romney paraissait plus serein, moins agressif, plus affirmé parce qu’économe dans les propos. Après avoir tenté de faire passer Romney pour un candidat du passé afin de mieux masquer son passif et usure personnelle, Obama devait recourir bientôt à des arguments ou stratégies de communication qui ne surprennent plus personne, et surtout pas Romney. S’étant durant ce troisième débat adressé en premier à son concurrent à la manière d’un professeur d’école ou donneur de leçon, Obama poussera l’agressivité à son extrémité affirmant « vous n’êtes pas à même de mener une politique étrangère » à l’adresse de Romney. Gardant son sourire faussement compatissant le candidat Républicain n’aura aucune difficulté à rappeler au président en titre toutes les imperfections inhérentes à toute politique étrangère dans l’art subtile de la « diplomatie » laquelle conduit parfois à décevoir tout le monde.

 Comme on rappelle un suppléant à l’ordre Romney affirmait à plusieurs reprises à l’endroit de Obama que « L’Iran reste le plus grand problème, et la Russie un ennemi géopolitique évident ». La formulation raisonnait comme un pistolet que l’on dégaine. L’Amérique profonde sera rassurée. Et si c’était Romney le meilleur ? Pour le moins devant les caméras. Obama serait-il fatigué ? Aussi d’avoir trop dansé sur les plateaux de télévision.

 

Le « encore président » Démocrate va vouloir très tôt dans le débat déminer par avance tous les terrains glissants pour lui. Pour se mettre ainsi en faiblesse il eut finalement à se défendre sans cesse, sous le regard apaisé de Romney, qui attendait manifestement son tour avec une confiance accrue au fil des échanges et débats.

La technique de la décrédibilisation ou de la supériorité logiquement retirée du fait d’être déjà dans le costume présidentiel échouant, Obama tentera finalement de se mettre Romney « dans la poche » en soupçonnant ce dernier d’être d’accord sur tout ou presque. Ainsi Obama assènait soudain à son rival « Vous voulez faire la même chose, vous pensez juste à tort que vous le feriez mieux ». Un silence se fît à table. Même la mouche qui volait, elle aussi, dans les meilleurs plats, partageait cet avis. Les deux n’étaient pas loin d’être d’accord sur tout, le plus talentueux étant celui qui parviendrait le mieux à convaincre les téléspectateurs du contraire. Souvent la Politique devient "étrangère", d’abord à elle-même, pour ne plus s’apparenter qu’à un jeu, étrange.

 

A la table, chacun cherchait encore à se convaincre qu’un possible président du monde y avait sa place. Entre la poire et le fromage Obama affirma plusieurs fois en redressant son petit menton « tant que je serais président… ». A cet instant là il semblait en douter lui-même. Romney accusait ensuite la Chine de n’être qu’une « manipulatrice de devises » ne cessant de « copier nos biens », prolongeant sur l’Iran pour affirmer que ce pays « a progressé de 4 ans dans sa fabrication de la bombe nucléaire sous Obama ». Il assurait avec autorité « qu’il n’y aura plus de coupe budgétaire au niveau des forces armées » sous sa présidence. Oui, pour peu que l’on retire les vieilles lunettes de l’Obamania, il semble bien qu’à table Romney aura su sortir les plus belles assiettes. Bien sûr, Obama chercha à faire valoir qu'il a tenu ses promesses les plus emblématiques comme le retrait d'Irak et la transition en Afghanistan et engrangé des succès contre Al-Qaïda. Il reste que le cœur n’y était plus, ce supplément supposé ou réel de cœur qui fit sa victoire, autrefois. Comme il passe le temps, politique. Alors ?

 

Peu de différences réelles entre Démocrates et Républicains. La « real politique » avec la Chine, voire avec l’Iran, outre des effets de menton, devait prévaloir. Le bourbier en Afghanistan ne pouvait qu’être soigneusement évité, personne n’ayant intérêt à trop y insister pour ne pas savoir véritablement y répondre. Romney en tira un profit d’audience pour ne pas apparaître responsable de certains échecs. Le symbole de Ben Laden abattu permit à Obama de s’improviser un instant en réel chef cow boy. Guantanamo restera une épineuse question située entre l’angélisme théorique des droits de l’Homme et la brutalité inévitable de la supposée « lutte contre le terrorisme », à moins qu’il ne s’agisse que d’une boite magique électoraliste toujours à portée de main pour « influencer » le brave peuple dans un usage subtile de la peur. Le rapport sous jacent de force avec l’ex ennemi de la guerre froide qu’est la Russie conduisait Romney à évoquer à nouveau son « maître » Ronald Reagan. Déplacer l’attention dans l’imaginaire collectif reste une bonne ficelle de communication.

Alors Israël ? Les conclusions des deux prétendants aboutiraient inévitablement à situer la balle ou le bal au centre. Le lien à Israël n’autoriserait aucun débat. Le « diable » de l’Iran resta un « outil » de guerre électorale aux effets de manche faciles. Pourtant, Romney avait bien raison de rappeler que la tête de pont de la civilisation Perse pourrait bien faire bientôt reparler d’elle, avec fracas. Autour de la table le repas allait prendre fin. Le téléspectateur restait sur sa faim, qu’il s’agisse des arguments ou de la dimension personnelle des deux invités. Oui, la mission si noble du Politique est de plus en plus étrangère à elle-même. Si le président Barack Obama accusait il y a peu Mitt Romney de " tirer d'abord et viser ensuite" en matière de politique étrangère, il semble bien que le président sortant se soit tiré une balle dans le pied à plusieurs reprises durant ces trois débats, notamment pour le premier et le dernier. Que retenir ?

Mitt Romney affirmait récemment que "le risque de conflit au Moyen Orient est plus fort aujourd'hui que lorsque le président Obama a commencé son mandat". Peut-on vraiment lui donner tort ? Evoquant la crise nucléaire avec l'Iran, la guerre en Syrie ou l'attentat de Benghazi qui a coûté la vie à un ambassadeur américain, Romney fustigeait la politique d'Obama qui aurait "estompé le leadership américain" et aurait "généré davantage de chaos". Peut-on vraiment en disconvenir ? Quand le candidat Républicain affirme que « la politique étrangère d’Obama ressembla à celle du deuxième mandat de George W. Bush » insistant sur « le centre de détention de Guantanamo resté ouvert et plus cruel et inefficace que jamais », peut-on le contredire ? Que « la guerre en Afghanistan s'éternise et que les attaques de drones soient plus nombreuses pour si peu de résultats " n’est-il pas exact ? Que Obama reste partisan d'un reset ("redémarrage") avec la Russie ayant conclu en 2010 un nouveau Traité Start de désarmement nucléaire avec Moscou peut se justifier. La Russie n’est-elle pas plus arrogante que jamais depuis la guerre froide ? Que le républicain ait accusé ces jours-ci Barack Obama d’avoir fait "trop peu, trop tard" face à Pékin n’est-il pas une affirmation de bon sens, quand l’intérêt commercial brade toujours plus les droits de l’Homme ? Bien sûr, Barak Obama peut affirmer « Il y a quatre ans, j'ai promis de mettre fin à la guerre en Irak et je l'ai fait. J'ai dit que nous réduirions la voilure en Afghanistan et nous le faisons ». Pour l’essentiel, le bilan de Obama n’est vraiment pas exceptionnel.

 

Juste avant de quitter la table de ce dernier débat, Obama s’essaya dans une conclusion assez hasardeuse scandant des « je veux » pour afficher fébrilement quelque potentiel d’autorité ou de conviction. Il « demandera plus aux riches » ce qui ne mange pas de pain comme promesses démagogiques déjà faites il y a quatre ans. Il voulait « bâtir la nation d’abord sur le territoire américain » chose qui assure du maintien de l’Amérique dans son autarcie impériale certaine. Enfin, avec un regard livide, Obama promettait « d’entendre toujours la voix » des citoyens américains. Il n’est plus sur que cela soit réciproque. Gardant son attitude souveraine parfaitement appropriée pour la thématique de ce dernier débat autant que dans l’optique de paraître suffisamment présidentiel, Romney venait clore les échanges en assurant de « maintenir l’Amérique comme l’espoir de la terre ». En quittant la table Obama se jetait rapidement dans les bras de son épouse, un plan fixe montrant son visage juvénile les yeux fermés. Oui, les citoyens du monde pourraient bien avoir ouvert les yeux.

 

Face à un tel affaissement du niveau général de la politique américaine, notamment, il reste à espérer comme dans les vœux de Mitt Romney que l’espoir fasse vivre. Parfois la Politique devient assurément étrangère, à elle-même, et aux citoyens.

 

Guillaume Boucard


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1 réactions à cet article    


  • Gaetan de Passage Gaetan de Passage 24 octobre 2012 12:14

    L’élection de Romney, c’est le risque voir se déclencher une re-récession mondiale.

    Car sur le plan économique, les républicains sont toujours aussi dogmatiquement libertariens qu’en 1929 avec le Président H.Hoover qui a plongé le monde dans le chaos et la famine pendant 4 ans avant le « new deal » de Roosevelt.

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