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Accueil du site > Actualités > International > En Côte d’Ivoire, le pouvoir étouffe l’enquête sur le meurtre (...)

En Côte d’Ivoire, le pouvoir étouffe l’enquête sur le meurtre de deux Français, dans l’indifférence de la presse parisienne

Trois ans après l’assassinat de l’homme d’affaires français Yves Lambelin du groupe SIFCA, de deux de ses collaborateurs et du patron du Novotel, Stéphane Frantz Di Rippel, le pouvoir ivoirien, soutenu par la France, n’est pas capable de faire éclater la vérité attendue par l’opinion. Ses faits et gestes accréditent la thèse d'une tentative d'étouffement de l'affaire. Après avoir relayé la thèse d'un crime commis par des proches de Laurent Gbagbo, l'ancien président, la presse française se tait désormais. Enquête.

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Les deux Français tués en avril 2011, dont les bourreaux n’ont jamais été jugés.

Le Nouveau Courrier [quotidien ivoirien], dans sa parution du 7 avril dernier, dénonçait l’indifférence du gouvernement Ouattara dans l’affaire pour lequel une vingtaine de civils et de militaires ont été arrêtés et écroués à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan. Alors que le Garde des Sceaux, ministre de la Justice d’alors, Jeannot Ahoussou affirmait, en juin 2011 sur des médias étrangers, que les enquêtes étaient bouclées, et que des officiers mis aux arrêts étaient passés aux aveux, les choses continuent de trainer encore en longueur. 

Les premières zones d’ombre à l’instruction 

Le dossier Yves Lambelin avait été confié à la doyenne des juges d’instruction, Cissé Makouéni Delphine qui a mené ses investigations jusqu’au 18 janvier 2013, date à laquelle elle a, selon ses propres termes, « bouclé définitivement le dossier ». A cette date du 18 janvier 2013, elle procède à la confrontation générale en présence des supposés suspects, de leurs avocats, d'un substitut du procureur, des greffiers et des témoins. Au cours de cette confrontation, selon une source proche du dossier, la juge d’instruction évoque le nom d’un témoin clé, en la personne de "Bernard", de nationalité française. Mais celui-ci brille par son absence...

Cette séance qui a duré 8 heures de temps (15h – 23h) devait en principe permettre de retracer les faits, c’est-à-dire de faire la lumière sur le dossier Lambelin. Deux questions fondamentales, selon une indiscrétion, ont été posées à la doyenne des juges par les avocats. Le dossier est-il définitivement bouclé comme l’a annoncé le ministre Jeannot Ahoussou ? Pourquoi n'y a-t-il pas eu de reconstitution des faits ? A la première question, la juge a répondu par l’affirmative. Quant à la deuxième, elle a indiqué que la reconstitution des faits n’était pas nécessaire. Il faut savoir que le Me Pierre-Olivier Sur, actuel bâtonnier du barreau de Paris et avocat de la famille de Stéphane Frantz Di Rippel s'interrogeait fin 2012, selon La Lettre du Continent, "sur le refus apparent de la justice ivoirienne de procéder à la reconstitution de l’assassinat de Stéphane Frantz Di Rippel, demandée il y a plusieurs mois"... 

Une ordonnance qui attend depuis août 2013

Après la confrontation générale du 18 janvier 2013, les avocats des prévenus déposent des demandes de mise en liberté provisoire pour leurs clients. C’est pendant qu’il s’affaire à accorder la liberté provisoire à trois premières personnes que le procureur Simplice Kouadio est déchargé de ses fonctions par le gouvernement. Arrivé aux affaires, le procureur Richard Adou surseoit à cette demande : il dit vouloir s’imprégner du dossier. 

Sur insistance des avocats, la doyenne des juges qui a en charge le dossier, le transmet à la chambre d’accusation. Entretemps, la doyenne des juges, Cissé Makoueni, avait été limogée et remplacée par un autre doyen des juges, Coulibaly Ousmane Victor. 

Dans sa séance du mercredi 5 juin 2013, la chambre d’accusation constate qu’il n’y a pas eu de reconstitution des faits. Elle ramène donc le dossier en cabinet pour que cela soit fait. Malgré l’insistance de la chambre d’accusation, le nouveau doyen des juges d’instruction, comme son prédécesseur, ne trouve pas nécessaire la reconstitution des faits. Il préfère rendre son ordonnance de règlement à la suite de laquelle, selon ses propres dires, il pourra libérer certains suspects et en garder d’autres pour un éventuel jugement. Cette ordonnance qu’il avait promis rendre avant les vacances judiciaires (août 2013) n’a jamais vu le jour. 

Des questions clés qui restent sans réponses

Comment des faits aussi graves et sensibles, relatifs à un assassinat qui aurait été planifié, impliquant des militaires, des policiers, des gendarmes, des douaniers et des civils soient traités avec une si grande légèreté ? Pourquoi la reconstitution des faits qui apparaît comme un élément central est reléguée aux calendes grecques, voire refoulée avec nervosité ? Pourquoi après trois ans de détention préventive, les prévenus ne sont ni libérés ni jugés ? Les recoupements d’informations du Nouveau Courrier ont permis de noter quatre faits majeurs : jusqu’à ce jour, ni l’arme du crime, ni le mobile du crime, ni l’auteur du crime ne sont formellement identifiés dans la procédure. Les bâtiments (au Palais présidentiel) qui sont censés être le lieu du crime ont été endommagés et des réhabilitations ont été faites. Un sergent-chef dont nous taisons le nom, ex-élément de la Garde républicaine, témoin du juge d’instruction, qui, selon lui, a affirmé avoir participé activement aux faits, n’a jamais été inquiété par la justice ivoirienne jusqu’à ce jour. Aucun de tous les prévenus qui sont actuellement en prison n’ont été vus dans les vidéos des cameras postées à l’hôtel Novotel. Pourtant ces caméras ont identifié au moins certains éléments du commando qui a enlevé et assassiné Yves Lambelin et ses collaborateurs ! Cette information est confirmée par ce qu'affirmait Yann Caillère, dirigeant du groupe Accor, auquel appartient le Novotel d'Abidjan, dans une interview au Figaro. "Les caméras de l hôtel ont filmé la scène, car le site était sécurisé. L'un des ravisseurs notamment pourrait être identifiable. Les autorités ont récupéré les vidéos et poursuivent leur enquête". Depuis, ces autorités ne semblent pas pressées de collaborer avec la justice française, activée par le groupe Accor...

Un suspect clé, selon une source crédible, dont nous taisons également le nom qui, affirment certaines sources, a été reconnu dans la vidéo du Novotel, n’a jamais été inquiété par la justice ivoirienne. Il a par ailleurs été confié à la police judiciaire par les Français pour servir de « témoin ». 

Pourquoi la force Licorne a-t-elle abandonné les Français du Novotel ?

Selon des indiscrétions proches de la direction de l’hôtel Novotel, le dispositif de la force Licorne au Novotel a été levé 30 minutes avant l’arrivée du commando qui a procédé à l’enlèvement du ressortissant français, de ses collaborateurs et du patron de l'hôtel. Qu’est-ce qui explique cette attitude des militaires français au plus fort de la bataille d’Abidjan quand on sait bien que plusieurs expatriés français, dont un petit bataillon de journalistes, étaient retranchés dans cet hôtel ? La vérité semble plus que jamais étouffée. [Gilles Naismon]


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1 réactions à cet article    


  • alberto alberto 12 avril 2014 13:36

    Une affaire de plus à enterrer !

    Après le juge de Djibouti, le journaliste de Tahiti, et quelques autres du gente, le Quai d’Orsay va devoir embaucher des puisatiers pour ensevelir tout ça ...

    Comme dit Fabius :« c’est difficile » !

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