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Fukushima, nuages noirs à l’horizon

Depuis dix jours, la catastrophe nucléaire de Fukushima continue à faire des vagues.

Pendant que, suite au Tsunami, le Japon continue de compter ses morts, le nuage radioactif propage un peu partout ses éléments radioactifs.

En dehors des gesticulations grotesques d’Eric Besson, se refusant dans un premier temps à qualifier de catastrophique la situation de Fukushima, les citoyens inquiets tentent de savoir quels produits radio actifs ont été relâchés et en quelle quantité. lien

Besson a profité de l’occasion pour affirmer quelques belles contre-vérités, affirmant que les «  centrales françaises ont été conçues en intégrant le risque sismique et le risque inondation  ».

Pour le risque sismique, il se trompe, puisque nous savons qu’EDF a falsifié les données sismiques, afin d’économiser sur la sûreté. lien

Une étude menée sur Fessenheim ne fait que confirmer ce risque, et d’autres. lien

Et puis, à la lumière de l’inondation qui a touché la centrale nucléaire de Blaye, on voit que son affirmation n’est pas fondée, puisqu’à l’occasion,  nous sommes passés très près de l’accident majeur. lien

Quant à notre autocrate présidentiel, alors que le peuple japonais souffre, il a eu l’indécence de vanter notre technologie nucléaire, affirmant une autre contre-vérité : nos centrales EPR résisteraient à la chute d’un avion de ligne. lien

Or, Greenpeace et le réseau « sortir du nucléaire » ont mis en ligne un document secret révélant que l’EPR, « fleuron » de notre technologie nucléaire, ne résisterait pas à la chute d’un avion de ligne. lien

Sur ce lien, un bilan des risques que nous font courir les centrales françaises.

Un rapport de l’ASN (autorité de sureté nucléaire) vient de paraitre, montrant une augmentation stupéfiante des « incidents » nucléaires en 2010. lien et vidéo

Mais revenons à Fukushima.

Sur ce lien, une chronologie de la catastrophe.

La discrétion, pratique coutumière dans le milieu du nucléaire, pourrait bien être contreproductive, car, le silence ne dit jamais rien qui vaille.

On sait que les Russes avaient décidé, pour protéger leur territoire, de provoquer des pluies grâce à la dispersion d’iodure d’argent, afin d’emmener la radioactivité dans le fond de l’Océan.

La mesure est-elle illusoire ?

Même si dans un premier temps, il faut bien reconnaitre qu’elle a le mérite de nettoyer le ciel, nous empêchant ainsi de respirer un air pollué, cette radioactivité ne peut que s’ajouter aux précédentes, passant des petites espèces de la vie aquatique, aux poissons, puis fatalement un jour ou l’autre, aux êtres humains.

Au moment de Tchernobyl, la CRIIRAD avait mesuré au large de Toulon dans les eaux de la Méditerranée, des sardines avec un taux largement supérieur à la norme fixée. lien

La dispersion des éléments radioactifs dans l’eau n’empêche donc pas le danger.

Le 13 mars, 6 journalistes indépendants de l’association JVJA (Japan Visual Journalist Association) s’étaient rendus à Futuba, à 2 km de la centrale de Fukushima Daiichi, et ils ont constaté que dans ce secteur, on recevait en une heure la dose annuelle.

A 80 km de la centrale, au matin du 13 mars, le niveau de radioactivité était 400 fois supérieur à la normale. lien

Après avoir envisagé le 18 mars de recouvrir le site de sable et de béton, (lien) le gouvernement japonais a décidé la fermeture définitive du site. lien

On continue bien sur de tenter de remplir les piscines asséchées, mais c’est un peu le tonneau des danaïdes, car il est probable qu’elles sont fissurées, d’où la difficulté d’une solution. lien

A l’instar des centrales françaises, dont notre gouvernement a décidé de prolonger la vie de nombreuses d’entre elles, rappelons que le fonctionnement de la centrale japonaise venait d’être prolongé de dix ans. lien

Quant au nuage, une modélisation permet de comprendre son déplacement, et de constater que de nombreux pays sont menacés. lien.

Pour les japonais, soulagés de voir les vents emmener la pollution vers le Pacifique, les nouvelles ne sont pas rassurantes, car les vents sont en train de tourner, et d’après les dernières informations, les vents sont en train de ramener la pollution vers le centre de l’ile, et notamment vers Tokyo. lien

Cette pollution devrait être effective mardi ou mercredi, et le gouvernement japonais devra décider lundi 21 mars s’il conseille aux 35 millions de japonais habitant Tokyo de rester calfeutrés chez eux ou d’aller travailler.

D’autre part, l’eau du robinet de Tokyo serait légèrement contaminée, et les autorités conseillent de ne pas la boire. lien

D’après l’IRSN, (institut de radioprotection et de sureté nucléaire) le nuage radioactif pourrait arriver sur nos côtes françaises à partir du mercredi 23 mars, ajoutant, en employant le conditionnel, que les concentrations de césium 137 « devraient être d’un niveau trop faible pour être détectées par les 170 balises d’alerte ». lien

Abandonnant la stratégie utilisée lors de Tchernobyl, qui certifiait l’étanchéité de nos frontières, les pouvoirs publics minimisent donc, espérons avec raison, l’importance de la pollution.

Sur ce lien, quelques explications sur les masques de protection contre les particules, et des images de la manifestation de Valence.

Tepco, l’opérateur de Fukushima, dont on peut rappeler qu’il a été condamné à 27 reprises pour diffusion d’informations mensongères, est quant à lui dans l’opacité.

Il serait temps qu’une autorité de surveillance indépendante soit mise en place dans notre pays, et dans le monde, car à la lumière de certains médias français, affirmant que le niveau d’irradiation des produits alimentaires seraient sans danger, la CRIIRAD indique que ces informations sont erronées.

Cette association indépendante et scientifique  a trouvé dans des épinards provenant d’exploitations situées à 100 km au sud de la centrale de Fukushima des niveaux de contamination très élevés. (Entre 6100 Bq/kg et 15020 Bq/kg pour l’iode 131). lien

Il suffit qu’un enfant de 5 ans ingère 10 000 Bq d’iode 131 pour qu’il atteigne la limite admissible de 1 mSv, et pour un enfant de moins de 2 ans, la limite de dose est atteinte aux environ de 5 500 Bq.

Rappelons aussi que la norme n’empêche pas le danger.

Un sondage récent paru dans « Le Monde » montre bien la volonté du peuple français de sortir du nucléaire :

Ils sont seulement 16,3% à penser que le nucléaire est une énergie indispensable, qui pourrait être cependant être plus fiable, et en renforcer la sécurité.

Pour 4,1% les centrales sont sûres.

5,3% voudraient créer un conseil de sûreté et de sécurité nucléaire mondial.

16,9% voudraient un équilibre entre le nucléaire et les énergies renouvelables.

20% demandent que l’on arrête ce monde de croissance en sortant de cette soif terrifiante d’énergie.

24,7% demandent que l’on tourne la page du nucléaire, et que l’on cesse de la favoriser au détriment des renouvelables.

Et enfin, pour 12,6% d’entre eux, le temps est venu de sortir de la religion de l’atome.

En résumé, ils sont 57,3% à demander la sortie immédiate du nucléaire, 25,7% à croire encore à cette énergie dangereuse, et 16,9% à réclamer un « panachage » des deux. lien

Le détail du débat sur ce lien.

Mais le Chef de l’état n’en a cure, et même s’il a décidé pour les mois prochains de faire un bilan santé des 58 réacteurs nationaux, personne n’attend de retombées de ce geste manifestement destiné à calmer l’inquiétude des citoyens, car comme dit mon vieil ami africain :

« Celui qui confond la chaleur d’un foyer avec les flammes de l’enfer risque de se bruler ».

L’image illustrant l’article provient de « zegreenweb.com »




par olivier cabanel (son site) lundi 21 mars 2011 - 269 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gaspard Delanuit (---.---.---.146) 21 mars 2011 10:33
    Gaspard Delanuit

    Je vais faire court : impossible de remettre en cause la suprématie du nucléaire sans remettre en cause tout notre système fondé sur la surconsommation, la gaspillage, l’intoxication publicitaire, la fabrication de la frustration pour écouler des biens inutiles et le culte fasciste de la performance sportive débile. 

  • Par Daniel Roux (---.---.---.31) 21 mars 2011 10:09
    Daniel Roux

    Le problème avec les centrales d’énergie fonctionnant avec la chaleur fournie par des barres radioactives, c’est le refroidissement de ces barres afin d’éviter qu’elles ne fondent. En effet, elles produisent leur propre chaleur par radio activité intense, comme cela se produit sous le manteau terrestre.

    Si pour une raison ou une autre, l’électricité est coupé, le système de refroidissement est hors fonction. C’est un peu comme si vous étiez dans une voiture fonçant sur route de montagne et que les freins ne répondent plus.

    Les systèmes industriels sont ainsi faits que tout ce qui peut arriver, arrive un jour quelque soit la capacité des ingénieurs à concevoir des contre mesures aux accidents prévisibles en fonction des connaissances du moment et des arbitrages financiers.

    Si l’on ajoute à cela la détermination des financiers à gagner le plus d’argent possible en réduisant au maximum les dépenses jusqu’à fermer les yeux et les oreilles aux études et données qui contrarient leurs projets quitte à changer quelques normes et à protéger leur choix privés sous le secret-défense avec la complicité de politiciens corrompus ou naïfs.

    Hors si l’histoire industrielle nous a montré quelque chose, c’est que les fusées explosent quelquefois lors de leur lancement comme Challenger, que les usines explosent comme à Bhopal ou à Toulouse, que les trains déraillent et que les avions tombent quelque soit le soin apporté à leur construction et les normes suivies.

    La question n’est donc pas « Est ce que le nucléaire est sûr ? » mais quand aura lieu la prochaine catastrophe, quand la voiture chargée de quelques milliers, quelques millions de personnes tombera dans un précipice ?

    Contrairement à ce que prétendent les lobbys nucléaires et leurs nombreux relais médiatiques, la comparaison entre les catastrophes industrielles « ordinaires » et les catastrophes « nucléaires » si elles ont la même origine, les limites du contrôlable, n’ont pas les mêmes conséquences. La mort soudaine de quelques centaines à quelques milliers de victimes dans le pire des cas « ordinaires », deviennent des centaines de milliers voire des millions de victimes sur plusieurs générations et des zones de plusieurs kilomètres carrés inhabitables.

    Une chose est sure, l’inconscience ou le cynisme, l’irresponsabilité ou la violence dévastatrice, sont présentes au plus haut niveau des responsables politiques mondiaux qui privilégient les profits de l’oligarchie financière à l’humanité. Ils sont devenus fous.

  • Par olivier cabanel (---.---.---.197) 21 mars 2011 10:16
    olivier cabanel

    Gabriel,
    si l’on relit attentivement le sondage (et il n’est pas isolé) la réponse est non.
    j’avais été frappé par les risques estimés pour la défunte centrale de creys malville qui étaient de l’ordre de une fois tous les 100 000 ans : ils concernaient d’une part la possibilité d’une fuite de sodium, et d’autre part de la chute d’un poids d’un kilo sur le dôme du réacteur.
    or la fuite de sodium a eu lieu moins de 6 mois après l’inauguration de la centrale, et la chute d’un poids de 1600 kg est intervenu quelques temps après.
    par deux fois, un risque estimé improbable (1/100 000 ans) avait eu donc lieu.
    or, les centrales françaises vieillissantes que le pouvoir sarkozyste a décidé de prolonger vont donc augmenter les risques d’un accident majeur.
    nous avons été prévenus 2 fois, et nous savons qu’inévitablement, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, il y aura une troisième fois, si le pouvoir ne décide pas d’arrêter les dégâts.
    merci pour ton analyse judicieuse.
    à+

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 21 mars 2011 10:05
    Gabriel

    Bonjour Olivier, peut-être que la question à se poser est : « Voulons nous et acceptons nous de prendre le risque en cas de catastrophe, même jugée hypothétique, le sacrifice de centaine de milliers de personnes sous prétexte économique ? » Si la réponse est oui, alors continuons a construire des centrales nucléaires mais ne soyons pas étonnés et horrifiés lorsqu’un accident majeur arrivera parce que nous avons été prévenu deux fois (Tchernobyl & Fukushima). L’énergie nucléaire deviendra une énergie propre et sans danger le jour ou l’on sera traiter les déchets et maîtriser un réacteur en fusion. Concernant les emplois, étant donné qu’il faut trente années pour démanteler les centrales nucléaires et pendant ce temps développer les énergies alternatives, tous cela devrait créer des centaines de milliers d’emplois. C’est une décision politique à prendre et là, vu la puissance du lobby nucléaire, c’est pas gagné. Dommage que cette décision sur notre avenir énergétique ne soit pas prise collectivement par le biais d’un référendum, mais il est vrai que la démocratie dans notre pays ….

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