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Gerald Ford (1913-2006), unique Président des États-Unis non élu de l’histoire américaine

Étrange nation qui se permet d’être dirigée parfois par des non élus dans un pays qui cultive l’esprit démocratique au point d’en imposer quelquefois la vision à d’autres.

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Le 14 juillet est habituellement connu en France pour la Révolution française. La prise de la Bastille, la fête de la Fédération et peut-être le Bicentenaire. Depuis plusieurs décennies, c’est l’occasion d’un grand défilé militaire à Paris, d’une interview présidentielle dans le Palais (Yves Mourousi n’est plus là mais les successeurs se bousculent), tradition ignorée par Nicolas Sarkozy, suivie d’une garden party dans les jardins de l’Élysée (qui finalement se fera malgré la crise), et cela finira par un concert et un feu d’artifice au pied de la Tour Eiffel.

Mais depuis cent ans, le 14 juillet, c’est aussi la naissance d’un Président américain. Gerald Rudolph Ford est né en effet un 14 juillet. Et quand j’écris depuis cent ans, c’est parce que justement, il est né le 14 juillet 1913. Un an avant la Première guerre mondiale. C’est l’un des Présidents américains qui sont morts très âgés, à plus de 93 ans, le 26 décembre 2006 (c’est même aujourd’hui le record de longévité pour les Présidents américains).


Hasard et nécessité

La destinée de Gerald Ford (dont les nom et prénoms étaient ceux en fait de son beau-père) ne peut qu’être associée à celle de son prédécesseur Richard Nixon (1913-1994), de la même génération (né le 9 janvier 1913). Si le premier a été Président, il l’a dû au second grâce au Watergate (des micros placés chez les adversaires politiques ; en France, l’Élysée avait sa propre cellule d’écoutes téléphoniques, c’était plus pratique !).

Gerald Ford fut élu à 35 ans membre de la Chambre des représentants le 8 novembre 1948 et le resta jusqu’au 6 décembre 1973. Il avait refusé d’être candidat pour être sénateur ou pour être gouverneur du Michigan car il avait nourri l’ambition de présider la Chambre des représentants (speaker). Parmi ces engagements, il fut désigné membre de la commission d’enquête sur l’assassinat à Dallas de John Fitzgerald Kennedy (1917-1963), dont on commémorera très bientôt le cinquantième anniversaire. À cette occasion, il a toujours soutenu l’absence de complot (à savoir, que l’assassin Lee Oswald aurait agi seul).

Entre temps, Richard Nixon fut en 1960 le candidat républicain malheureux face à John Kennedy. Il est l’un des rares hommes politiques américains à s’être représenté malgré un premier échec. Il a eu raison puisqu’il a gagné l’élection de 1968 face à Hubert Humphrey (1911-1978), Vice-Président sortant, puis celle de 1972 face au sénateur George McGovern (disparu le 21 octobre 2012 à 90 ans).


Spiro Agnew puis Nixon

Le perpétuel Vice-Président de l’historique général Dwight Eisenhower (1890-1969), né un mois avant De Gaulle, était devenu enfin le chef d’État, avec son visage facilement caricatural. En 1972, comme en 1968, il avait été élu sur un "ticket" (comme on dit) avec Spiro Agnew (1918-1996) qui, par conséquent, fut Vice-Président des États-Unis à partir du 20 janvier 1969.

Mais, en raison d’un scandale sur une évasion fiscale (cela fait penser à quelque chose), Spiro Agnew a été obligé de démissionner le 10 octobre 1973. Gerald Ford fut alors désigné par Nixon le 12 octobre 1973 pour le remplacer comme Vice-Président et confirmé les 27 novembre et 6 décembre 1973 par le Congrès. Quelques mois plus tard, le 9 août 1974, c’est le Président lui-même, Richard Nixon, qui fut acculé à la démission pour éviter l’aboutissement d’une procédure d’empêchement à cause du scandale du Watergate.

Résultat, Gerald Ford fut le premier (et pour l’instant le seul) Président des États-Unis à ne jamais avoir été élu par le peuple américain, que ce soit comme Président ou Vice-Président. Son échec en 1976 face à Jimmy Carter ne lui a pas non plus permis de retrouver cette légitimité électorale qui lui a fait tant défaut, d’un point de vue démocratique.

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Son Vice-Président, qu’il a désigné le 20 août 1974 et qui fut confirmé par le Congrès le 19 décembre 1974, lui aussi sans suffrage populaire, Nelson A. Rockefeller (1908-1979), alors gouverneur de l’État de New-York depuis plus de quinze ans, avait tenté sans succès d’être le candidat républicain (de l’aile "centriste") aux élections présidentielles de 1960, 1964 et 1968.


Continuation de la détente entre deux crises pétrolières

Gerald Ford a été essentiellement le continuateur de la politique de Nixon qu’il admirait (et qu’il gracia dès le 8 septembre 1974 pour stopper toutes les procédures contre lui).

Auprès de lui, il a gardé Henry Kissinger (90 ans) au poste stratégique de Secrétaire d’État (Affaires étrangères). En revanche, il l’a relevé quelques mois plus tard du poste qu’il cumulait avec le département d’État, puisque Nixon en avait fait aussi son très influent Conseiller à la Sécurité nationale (en poste du 20 janvier 1969 au 3 novembre 1975), fonction qu’il attribua à Brent Scowcroft (88 ans) qui fut renommé dans ces mêmes responsabilités sous le mandat de George H. Bush Sr (89 ans).

Gerald Ford nomma justement George H. Bush Sr ambassadeur à Pékin en 1974 (puis directeur de la CIA en 1975), et Donald Rumsfeld (81 ans) succéda en 1974 à Alexander Haig (1924-2010) comme directeur du cabinet présidentiel ("White House chief of staff", équivalent de Secrétaire Général de la Présidence de la République en France) que Dick Cheney (72 ans) remplaça quand Donald Rumsfeld fut nommé Secrétaire à la Défense le 21 novembre 1975. Comme on le voit, George H. Bush Sr et plus tard, son fils George W. Bush Jr (67 ans), rappelèrent à leurs côtés quelques personnalités clef de la Présidence de Gerald Ford.

En politique étrangère, il a poursuivi la politique de détente lancée par Nixon et Kissinger en signant des accords avec l’Union Soviétique de Leonid Brejnev (SALT le 24 novembre 1974 à Vladivostok) et en rencontrant Mao Tsé Toung le 2 décembre 1975 à Pékin. Gerald Ford signa également les accords d’Helsinki le 1er août 1975 (ainsi que l’URSS et la plupart des pays européens) qui reconnaissaient implicitement la situation de fait de l’Europe centrale et orientale sous influence soviétique mais grâce à la partie de ces accords consacrée à la défense des droits de l’homme, beaucoup de dissidents soviétiques ont pu justifier d’une base juridique leur demande de plus de libertés.

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La Présidence de Gerald Ford fut également marquée par le départ précipité du Vietnam après la chute de Saigon le 30 avril 1975 (il fut considéré comme le seul Président des États-Unis à avoir perdu une guerre, ce qui l’a toujours ulcéré : « Well, I was mad as hell, to be honest with you, but I never publicly admitted it ! »), par l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir le 17 avril 1975 au Cambodge (avec des tensions avec les États-Unis au golfe de Thaïlande), l’occupation du nord de Chypre par la Turquie, membre de l’OTAN, à partir du 20 juillet 1974, qui mit fin au régime des colonels en Grèce.

En politique intérieure, Gerald Ford, très impopulaire à cause de la grâce accordée à Nixon, a perdu ses seules élections intermédiaires (législatives et sénatoriales) en 5 novembre 1974, laissant aux démocrates une large majorité au Congrès, si bien qu’il a dû utiliser près d’une quarantaine de fois son droit de veto pour refuser certaines décisions des parlementaires. Il a dû faire face à une montée du chômage et à une l’inflation élevée qui décourageait les investisseurs. Il chercha à diminuer les impôts et les contrôles étatiques pour relancer l’économie. Essentiel notamment dans la propriété intellectuelle, le 23 décembre 1975, Gerald Ford fit reconnaître par les États-Unis le système international des unités ("Metric Conversion Act"), mais cela n’empêche toujours pas les Américains, près de quarante années plus tard, de parler encore en pouces ou en miles.


La Présidence de Gerald Ford fut marquée par quelques expressions comme "WIN" qui signifiait "whip inflation now" (en finir avec l’inflation), ou encore cette phrase : « Our long national nightmare is over. » (Notre long cauchemar est terminé) pour conclure l’affaire du Watergate, ce qui lui valut plus tard la Presidential Medal of Freedom remise en 1999 par Bill Clinton (66 ans) et la John-F.-Kennedy Profiles in Courage Award remise en 2001 par Ted Kennedy (1932-2009).


Échec électoral

Le 2 novembre 1976, Gerald Ford renonça à se présenter devant les électeurs américains en ticket avec Nelson Rockefeller, considéré comme trop "centriste". Il regretta par la suite de l’avoir évincé sous la pression des ultras de son parti parce qu’il considérait son Vice-Président très loyal et l’avoir abandonné a été lâche de sa part (« an act of cowardice on my part »).

Gerald Ford a alors choisi comme colistier le sénateur Bob Dole (qui va avoir 90 ans le 22 juillet prochain), qui, par la suite, après deux échecs aux primaires républicaines de 1980 et 1988, contre Ronald Reagan (1911-2004) et George H. Bush Sr, fut (enfin) le candidat républicain (malheureux) à l’élection présidentielle de 1996, sans succès contre Bill Clinton.

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Gerald Ford fut cependant battu par un cultivateur de cacahuètes quasiment inconnu, Jimmy Carter (88 ans), gouverneur de la Géorgie, qui fut lui-même battu quatre ans plus tard, enlisé dans l’affaire des otages américains à Téhéran. Son concurrent Ronald Reagan commença ensuite un "règne" républicain nouveau ("America is back"), durant huit ans, fait de déréglementation et de libéralisme bien compris, en association avec Margaret Thatcher (disparue le 8 avril 2013 à 87 ans), Premier Ministre de Grande-Bretagne entre 1979 et 1990. Quant à Jimmy Carter, se consacrant aux grandes causes humanitaires après son échec de 1980, il a été récompensé par le Prix Nobel de la Paix en octobre 2002.

De son côté, après avoir quitté la Maison Blanche le 20 janvier 1977, Gerald Ford se consacra essentiellement à des conférences, à son autobiographie et à sa passion du golf. Il noua des relations très amicales avec son ancien adversaire Jimmy Carter, tandis que Ronald Reagan avait songé à lui pour la Vice-Présidence. Gerald Ford fut également un militant de la cause des homosexuels afin de leur garantir l’absence de discrimination.


Contre la guerre en Irak

À la fin de sa vie, Gerald Ford avait fait une ultime démonstration de ce qu’il a toujours été, à savoir une personne intellectuellement honnête et modérée, en quelques sortes, sage. Une démonstration posthume, à sa demande.

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En effet, seulement deux jours après sa disparition, fut rendue publique sa position contre l’intervention des forces américaines en Irak en 2003. Le journaliste du "Whashington Post" Bob Woodward l’avait interviewé pendant quatre heures en juillet 2004.

Gerald Ford n’avait mâché ses mots contre son successeur George W. Bush Jr ainsi que ses deux anciens collaborateurs, Dick Cheney et Donald Rumsfeld : « Rumsfeld and Cheney and the President made a big mistake in justifying going into the war in Iraq. They put the emphasis on weapons of mass destruction. And now, I’ve never publicly said I thought they made a mistake but I felt very strongly it was an error in how they should justify what they were goingt to do. ».

Il avait même repris à son compte l’expression de Colin Powell selon laquelle Dick Cheney avait développé une fièvre ("fever") à propos de la menace terroriste et de l’Irak (« I think that’s probably true. ») pour affirmer qu’il n’aurait certainement jamais déclaré la guerre en Irak avec les raisons invoquées : « If I had been President (…), I don’t think I would have ordered the Iraq war. I would have maximized our effort through sanctions, through restrictions, whatever, to find another answer. ».

Malgré cette critique assez violente de son dernier successeur, la dernière apparition publique de Gerald Ford fut pourtant lors de la visite de courtoisie chez lui du Président George W. Bush Jr le 23 avril 2006. Des funérailles nationales à Washington ont été célébrées sobrement pour lui rendre hommage.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le 14 juillet.
Incompréhensions américaines.
Gerald Ford était contre la guerre en Irak ("The Washington Post" du 28 décembre 2006).

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