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Iran : le complot avorté de Dick Cheney

Cet été est riche en révélations de complots américains, ourdis par les plus hauts dirigeants de l’administration. Zoom sur les "complots estivaux" de Dick Cheney et George W. Bush.

Le vice-président américain, Dick Cheney, a envisagé plusieurs scénarios, une dizaine, pour provoquer une guerre contre l’Iran. C’est ce qu’a révélé le journaliste d’investigation au New Yorker Seymour Hersh, lors de la conférence sur les médias Think Progress en juillet 2008.

Il a décrit l’un de ces scénarios, rapportant certains des propos de Dick Cheney.

« Le plan qui m’a le plus intéressé est "pourquoi ne pas construire, à partir de notre flotte, quatre ou cinq bateaux qui ressemblent à des vedettes lance-torpilles iraniennes ? Mettez dessus des soldats de la Navy SEAL puissamment armés. Et la prochaine fois qu’un de nos bateaux passe par le détroit d’Ormuz, ouvrez le feu" ».

Il s’agissait donc de "déguiser des commandos de la marine américaine en Iraniens qui, à bord de vedettes copiées sur les iraniennes, se seraient précipitées sur les bateaux de guerre américains, qui, ripostant, auraient fini par entrer en guerre contre l’Iran".

« Cela pourrait coûter quelques vies, a continué Hersh. Et la proposition a été rejetée parce qu’on ne peut pas faire tuer des Américains par des Américains. C’est le genre de chose, c’est le niveau de discussion dont on parle ici. De la provocation. »

Le scénario fut discuté lors d’une réunion au bureau de Cheney après l’incident du détroit d’Ormuz, en janvier dernier, lorsque des navettes iraniennes avaient "provoqué" (selon la Maison-Blanche) des navires de guerre américains. Les Etats-Unis, criant à la provocation iranienne, auraient donc voulu eux-mêmes provoquer une guerre peu de temps après...

Hersh ne semble pas se faire trop d’illusion sur la capacité de réaction du peuple américain face à une éventuelle manipulation. S’il arrive, soutient-il, que Washington manigance « l’incident qu’il faut  », les Américains soutiendront la guerre contre l’Iran.



Le journaliste a indiqué que la proposition n’avait été rejetée qu’in extremis, en toute fin de discussion.

C’est d’ailleurs sous le prétexte que cette option n’avait pas été choisie que le New Yorker refusa d’inclure ces informations dans l’article de Hersh. Un article paru le 7 juillet, et dans lequel il est question des opérations clandestines que les Etats-Unis mènent en Iran.

La manipulation envisagée par Cheney rappelle, selon le site ReOpen911, l’opération Northwoods qui avait été imaginée en 1962 pour justifier l’invasion de Cuba et qui avait été, en fin de compte, refusée par le président John Fitzgerald Kennedy. Elle rappelle aussi l’incident du Golfe du Tonkin qui avait permis aux Etats-Unis de justifier leur entrée en guerre au Vietnam.

Pour Bakchich, elle "rappelle le fameux « incident de Gleiwitz » du 31 août 1939, quand sur les ordres de Heydrich des Allemands déguisés en soldats polonais ont attaqué l’émetteur radio allemand frontalier de Gleiwitz et ont diffusé un message appelant la minorité polonaise de Silésie à prendre les armes pour renverser Adolf Hitler. Ce prétexte, repris par la propagande nazie comme casus belli, permit à Hitler dès le jour suivant d’attaquer la Pologne et ainsi déclencher le Seconde Guerre mondiale."

Plus près de nous, l’opération imaginée par Cheney nous renvoie à celle que George W. Bush avait envisagée contre l’Irak peu avant le début de la guerre.

Le 25 juillet dernier, l’ancien procureur de Los Angeles, Vincent Bugliosi, déclarait en effet, devant la commission judiciaire du Congrès des Etats-Unis que, le 31 janvier 2003, le président américain, très inquiet de l’échec des inspecteurs de l’ONU à trouver des armes de destruction massive en Irak, avait évoqué dans le bureau ovale, en présence de Tony Blair, trois moyens possibles pour « provoquer une confrontation » avec Saddam Hussein.

L’un de ces moyens consistait à faire voler un avion de reconnaissance U2 au-dessus de l’Irak, peint aux couleurs des Nations unies, pour provoquer des tirs irakiens, ce qui aurait mis Saddam Hussein en violation des résolutions de l’ONU et aurait justifié l’entrée en guerre des Etats-Unis.




Cette option ne fut pas retenue. Les Etats-Unis attaquèrent l’Irak sans provocation préalable de leur ennemi.

Non sans avoir, si l’on en croit Ron Suskind, ancien reporter au Wall Street Journal et vainqueur du Prix Pulitzer, fait fabriquer par la CIA, à l’automne 2003, une fausse lettre attribuée au chef des services secrets irakiens, qui "prouvait" que Saddam Hussein était lié à Al-Qaïda et aux pirates du 11-Septembre, et aussi qu’il avait acheté de l’uranium au Niger avec l’aide d’Al-Qaïda.

Le plus incroyable dans ces histoires, c’est qu’elles deviennent si banales qu’elles n’étonnent plus personne.
par William Castel mardi 12 août 2008 - 80 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Constantin (xxx.xxx.xxx.195) 12 août 2008 15:21

    En effet, ce cynisme et ces manipulations n’étonnent plus personne. Mais je ne comprendrai jamais l’apathie de la presse, car leur responsabilité devant l’histoire est immense. L’époque que nous vivons, avec son culte affiché de la transparence et de la chasse au secret, devrait être propice à l’épanouissement d’un journalisme éclairé, d’opinion, de révolte. Dans quels media ces sujets sont-ils évoqués ?

    Au lieu de ça, on observe une forme de résignation indécente chez les journalistes, voire de complicité. Pour eux, dénoncer les agissements des faucons néo-libéraux, c’est sombrer avec la lie, dans la théorie du complot. 

    Cet article confortera ceux qui pensent que seuls les paranoïaques survivent. J’en fais partie.

  • Par Pierre JC Allard (xxx.xxx.xxx.36) 12 août 2008 21:37
    Pierre JC Allard

     Le problème, c’est que lorsqu’il est généralement admis que le Père Noel est une ordure, on ne croit plus à rien et l’on n’ouvre plus les cadeaux.  Ainsi, je refuse de croire à l’innocence virginale de Obama, je ne crois pas que les USA veuille vraiment lutter contre le réchauffement climatique, je ne crois pas qu’ils donnent un seul sou sans en tirer un avantage, je ne crois pas qu’ils respectent leurs traités plus longtemps que ça les arrange, que la liberté des médias ne soit pas surveillée, ni que la justice américaine ne soit pas aux ordre du pouvoir.    Je reste ouvert a tout geste qui serait le commencement d’un indication que l’Amérique veut redevenir un pays  civilisé, mais il faudra quelques gestes bien tangibles avant que la confiance ne revienne.

    Pierre JC Allard 

    http://nouvellesociete.wordpress.com

  • Par ZEN (xxx.xxx.xxx.88) 12 août 2008 14:29
    ZEN

    Dick est tout de même un bosseur et un grand coeur... smiley

    "...Il s’est aussi illustré par la défense des intérêts pétroliers et du monde des affaires.

    ...A partir de 1989, il devient le secrétaire à la défense du président George Bush père (1989-1993)

    C’est dans cette fonction qu’il supervise l’opération « Juste cause » au Panama et l’opération « Tempête du désert » au Koweït en 1991, année où il reçoit la médaille présidentielle de la liberté pour avoir « assuré la défense de l’Amérique dans des temps de grands bouleversements internationaux ».

    En 1993, Cheney rejoint le think tank (cercle de réflexion) néo-conservateur American Enterprise Institute (Institut de l’Entreprise Américain) après la défaite de George Bush à l’élection présidentielle.

    De 1995 à 2000, il dirige la société d’ingénierie civile Halliburton spécialisée dans l’industrie pétrolière. Le fait que cette société ait pu décrocher de gros contrats en Irak en 2003 lui sera très fortement reproché par ses opposants politiques.

    En 1997, avec Donald Rumsfeld et d’autres, il fonde le think tank néoconservateur PNAC (Project for the New American Century) - « Projet pour un nouveau siècle américain » - dont le but est de promouvoir le leadership global des États-Unis au XXIe siècle.

    En 1998, il est un des signataires d’une lettre adressée à Bill Clinton pour demander le renversement de Saddam Hussein en Irak.

    En 2000, en dépit d’une santé fragile suite à plusieurs attaques cardiaques, il se choisit lui-même pour être candidat républicain à la vice-présidence aux côtés de George W. Bush sous l’instigation de ce dernier, démissionne de ses fonctions à Halliburton et cède une grande partie de ses titres à des organismes de charité. La même année, Cheney rejoint comme membre le Conseil consultatif du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) [1].

    En janvier 2001, il devient vice-président des États-Unis...." (Wiki)


  • Par onegus (xxx.xxx.xxx.230) 12 août 2008 14:40
    Onegus

     Pour les non anglophones, traduction du passage du témoignage de Bugliosi devant la Chambre Judiciaire du Congrès US concernant cette proposition de peindre des U2 aux couleurs de l’ONU...

    "Bush et le premier ministre Tony Blair se sont réunis dans le bureau ovale avec 6 de leurs principaux conseillers, incluant le conseiller de politique étrangère en chef de Tony Blair, David Manning. Après la réunion, Manning prépara un compte-rendu de 5 pages, extrêmement sensible, résumant ce qui avait été dit durant la réunion. Il écrivit que George Bush, pas Tony Blair, George Bush était si inquiet de l’échec des inspecteurs à trouver des armes de destruction massive en Irak, qu’il évoqua 3 moyens possibles pour, je cite « provoquer une confrontation », fin de citation, avec Hussein, dont l’une était, je cite, je cite George Bush, « faire voler un avion de reconnaissance U2 au-dessus de l’Irak, peint aux couleurs des Nations-Unies, et si Hussein tire dessus », disait Bush, « il serait en violation des résolutions de l’ONU et cela justifierait notre entrée en guerre ». Donc Bush disait aux Américains, disait au Monde, que Hussein représentait un danger imminent pour la sécurité de ce pays, mais derrière les portes closes, George Bush parlait de comment provoquer Hussein pour la guerre."

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