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Accueil du site > Actualités > International > Junichiro Koizumi : un héros romantique et un simplificateur

Junichiro Koizumi : un héros romantique et un simplificateur

Les dernières élections législatives japonaises ont été un pari gagné pour le premier ministre japonais, l’occasion de revenir sur une personnalité atypique pour comprendre ce succès.

Ainsi, le premier ministre japonais, qui avait dissout l’Assemblée parce que le Sénat avait rejeté son projet de privatisation de la poste, a gagné son pari. Cet acte, que beaucoup avaient ressenti comme désespéré, brutal et borné, a finalement renforcé son auteur et son parti. Il faut dire que Junichiro Koizumi est un être à part sur la scène politique nippone. L’image du Premier ministre est toujours très forte au Japon, même si elle apparaît moins « brillante » qu’en 2001, année de sa nomination, où sa cote de popularité avait atteint 87%. Celle-ci était retombée après qu’il eut limogé son ancienne ministre des affaires étrangères, Makiko Tanaka, la femme politique la plus populaire au Japon, dès 2002. Il lui en coûtera 30 points de popularité. Et les élections sénatoriales de 2004, où son parti, le Parti Libéral Démocrate (PLD) avait perdu du terrain, ont fait dire à certains que la « Koizumimania » était bien terminée. Les résultats sans ambiguïté des dernières élections semblent montrer que non. Cela tient plus au personnage lui-même qu’à un parti, le Parti Libéral Démocrate (PLD), au pouvoir pratiquement sans interruption depuis 50 ans. Il ne faut d’ailleurs pas se méprendre : si ce parti est au pouvoir depuis autant de décennies, il faut bien se garder de parler de stabilité politique. Les luttes de pouvoir sont intenses à l’intérieur du PLD, et Koizumi n’est sûrement pas un pacificateur.

L’apparence.

Koizumi est associé à l’image du lion, du fait de sa « crinière » argentée. D’ailleurs, la « newsletter » du premier ministre s’appelle « Cœur de Lion ».Volontairement charmeur, parfait communicant, costume impeccable à l’occasion, tenue décontractée en été pour donner l’exemple de la campagne gouvernementale pour les économies d’énergie, pouvant pleurer en public, il peut cependant devenir glacial parfois, fermé et complètement borné et cassant, sourd aux conseils, voire hautain. Il ne craint pas la solitude, trouve au contraire que c’est la destinée d’un chef, d’être seul. On a parlé de « Koizumimania » en 2001. Plusieurs objets, plus ou moins utiles, à l’effigie du Premier ministre, ont été réalisés à cette époque : porte-clés, pâtisseries, etc. Ses goûts sont connus, et il n’hésite pas à en parler, ou à en faire parler, ce qui rend la personne très humaine auprès du public.

Un samouraï.

Pour beaucoup de Japonais, le premier ministre apparaît comme un samouraï, un héros dans la lignée de ces seigneurs de guerre qui n’hésitaient pas à sacrifier la vie de leurs compagnons d’armes ou la leur pour poursuivre leurs rêves de conquêtes, quitte, dans le cas de Koizumi, à trahir les caciques du PLD, ce qui ne doit pas lui déplaire, vu son intérêt pour de tels personnages. On le compare même explicitement à Nobunaga Oda, seigneur de guerre du 16ème siècle. Cette comparaison vient notamment de sa tactique d’envoyer des « assassins » dans les circonscriptions des élus rebelles du PLD qui n’ont pas voté la réforme de la poste. La dissolution de l’ Assemblée qui est à l’origine de ces dernières élections peut elle aussi être assimilée à un de ces "faits d’armes" brutaux, un coup de sabre dans les usages et les conventions. On peut penser que cette image de rebelle impitoyable contre les caciques du parti, éclaboussés par les scandales,a séduit les Japonais, frustrés dans la vie quotidienne par une hiérarchie professionnelle et sociétale pesante. Ils l’identifient à un héros sans peur, un idéal romantique.

Son "jusqu’au-boutisme" a irrité la classe politique, dérouté les universitaires, mais semble avoir séduit la population qui voit en lui un homme résolu et déterminé. Les gens semblent avoir des envies d’histoires chevaleresques à l’ancienne dans ces temps quelque peu moroses et ternes.

L’amant idéal.

Une autre raison du succès est son principal adversaire : Katsuya Okada. Un homme valable, travailleur, mais trop sérieux, trop terne et qui, comme il l’avait promis en cas de défaite, a quitté son poste de leader du Parti démocrate. D’ailleurs, l’image même du parti, composé d’anciens membres déçus du PLD et de personnalités plus à gauche, reste floue, difficile à placer sur l’échiquier politique. Selon une enquête menée auprès des femmes, si Okada apparaissait comme celui qu’elles voudraient comme mari, sérieux, travailleur, rapportant le salaire à la maison, Koizumi, lui, apparaît comme l’amant idéal. Celles-ci semblent lui tenir moins rigueur que par le passé du limogeage de Makiko Tanaka, qui avait écorné son image auprès de la gent féminine.

Un simplificateur

Koizumi a réduit le débat politique à l’opposition entre deux catégories : les réformateurs, et les autres. Il se pose comme le chef de fil des réformateurs, lui, le libéral.. Au grand dam du parti démocratique mais également de la vieille garde du PLD, appelé par Koizumi « le vieux PLD », une formule parmi d’autres, souvent à l’emporte-pièce, mais qui a le mérite d’avoir un impact auprès de la population. Le choix, pour ces élections, était donc présenté de la sorte aux Japonais par le premier ministre : voulez-vous aller dans le sens du progrès, des réformes, ou rester enferré dans l’immobilisme, la bureaucratie, le clientélisme ?

Il reste un libéral : son slogan est « Laisser au secteur privé ce qu’il peut faire », et il souhaite diminuer le nombre de fonctionnaires, ce qui, bien sûr, lui a mis à dos cette catégorie de la population, particulièrement les agents de la poste. De plus, avec ces élections, Junichiro Koizumi a pris un peu tout le monde par surprise, ne laissant que peu de temps à son adversaire pour s’organiser. Lui, au contraire, avait déjà un projet très clair : poursuivre la politique qu’il mène depuis 4 ans, avec en priorité la privatisation des services postaux.

Un bilan mitigé.

La reprise est timide, un peu poussive, mais elle est là. Pas aussi forte que le premier ministre semble le prétendre, lui qui avait lancé « La crise ? Quelle crise ? » en 2004. Les 56% de foyers japonais qui déclarent en 2005 avoir des conditions de vie difficiles, selon une enquête du ministère de la santé, du travail et des affaires sociales, semblent avoir un avis différent. De plus, en 2005, le revenu annuel moyen des foyers japonais a baissé pour la septième année consécutive. Le secteur bancaire est, lui, assaini. Mais la politique du premier ministre s’est accompagnée d’un endettement de l’Etat phénoménal. Les réformes nécessaires et promises restent à achever. Le discours est pour le moment plus important que l’action elle-même. Koizumi répète que la réforme de la poste est la pierre angulaire des réformes. Le blanc-seing donné par la population avec ces élections, qui en réalité étaient devenues un référendum « pour ou contre la privatisation de la poste », va lui permettre de réaliser son projet, alors que, d’après des sondages réalisés avant l’examen du projet de loi de privatisation de la poste, une très grande majorité de Japonais considéraient que cela n’était pas une priorité.

En politique étrangère, il a réussi à dégrader les relations avec la Chine, à un niveau jamais atteint depuis 1972, année de la signature du traité normalisant les relations diplomatiques entre les deux pays. Et cela pour satisfaire la frange nationaliste de la population en visitant le temple de Yasukuni, où reposent les cendres de 4 criminels de guerre, et malgré la désapprobation de la majorité de la population. De même, sa politique d’alignement systématique sur les Etats-Unis en agace certains. Malgré cela, la population lui apporte un soutien massif par les urnes. Cela peut apparaître contradictoire. En même temps, la population a été tellement usée par les affaires de corruption qui ont entaché la vie politique et le PLD dans les années 90 que Koizumi apparaît encore comme l’homme providentiel, même si lui aussi, issu d’une famille de politiciens, fait partie du sérail. D’ailleurs, 4 ans pour un premier ministre au Japon, c’est très inhabituel, très long. Plusieurs cabinets sont tombés au bout de quelques mois pour des histoires de corruption.

Mais son dernier coup de poker, gagnant donc, va, on peut le penser, encore renforcer son aura et sa popularité. Au Japon, on aime les gagnants. Et avec ces élections, Koizumi a fait sauter la banque.


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