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Accueil du site > Actualités > International > L’essor des pays émergents et la hollandisation de l’Occident

L’essor des pays émergents et la hollandisation de l’Occident

Le contraste entre l’atonie de la reprise dans les pays développés et le dynamisme des pays émergents illustre le découplage qui se profile dans le monde de l’après-crise. Ce découplage international est doublé d’un découplage intra-national entre les banques et les multinationales du Vieux Monde qui ont su se repositionner sur les nouveaux territoires de croissance et les populations qui restent ancrées dans leur réalité nationale. Mais le choc des civilisations n’est pas inéluctable. On assistera plus vraisemblablement à une « hollandisation » de l’Occident face au reste du monde.  

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, l’essayiste Alexandre Adler racontait dans un ouvrage éponyme qu’il avait “vu finir le monde ancien”. S’il est vrai que ces attentats ont révélé la vulnérabilité des Etats-Unis, symboliquement touchés au coeur de leur puissance économique et financière, remettant en cause le mythe de l’hyperpuissance qui s’est développé dans l’euphorie de l’après guerre froide, pour le reste force est de constater que le diagnostic fait par Adler - celui d’une géopolitique culturaliste fondée sur une opposition irréductibles de valeurs sur le mode “Djihad versus McWorld” - est progressivement devenu dépassé. L’islamisme radical était déjà sur le déclin à ce moment là comme l’avait bien compris l’islamologue Olivier Roy. Ceux qui ont par la suite entretenu l’illusion d’Al Qaéda comme d’un réseau parfaitement organisé capable de frapper partout et à tout moment en ont fait un épouvantail commode pour masquer le statu quo sur les véritables enjeux géopolitiques (pétrole en Irak et en Iran, eau en Cisjordanie) mais la ficelle est vite apparue trop grosse.

Le monde ancien, celui de l’hyperpuissance américaine a bien disparu mais ce ne sont pas les méchants islamistes qui en sont venus à bout, nonobstant le caractère spectaculaire du 11 septembre 2001. L’économie américaine a d’ailleurs très bien résisté à ces attentats. Non, le vrai tournant c’est produit quelques années plus tard, le 15 septembre 2008, date de la faillite de Lehman Brothers qui elle a bien failli faire imploser tout le système économique et financier, dans des proportions sans commune mesure avec tout ce que l’on a pu voir jusque là, même pendant la Grande Dépression. La faute au Shadow Banking System, ce système financier parallèle fondé sur la titrisation qui distribue près de la moitié des financements aux entreprises et aux ménages aux Etats-Unis. On a redécouvert à cette occasion une leçon que tous les praticiens du risk management connaissent bien : plus un système est sophistiqué et plus il est vulnérable. Après le “too big too fail” connu depuis les travaux de Walter Bagehot au XIXème siècle, on a assisté à la naissance du “too connected to fail” qui est la vraie originalité - mais elle est de taille - de la crise de 2007-2008.

La crise financière a aussi révélé la résilience des grandes économies émergentes d’Asie et d’Amérique Latine comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. Même la Russie qui a subi la plongée des cours du pétrole à l’automne 2008 s’en est plutôt bien sortie grâce aux réserves en devises accumulées. Les BRIC sont les grands gagnants de la crise. Qui peut encore en douter ? Le dynamisme des BRIC, ces pays émergents devenus “submergents” contraste de manière éclatante avec l’essoufflement du Japon et l’absence de leadership en Europe - il y a bien des nations européennes mais pas une nation européenne - comme en témoignent les hésitations dans le traitement de la crise grecque.

Ce qui est plus frappant encore c’est que le découplage entre les économies émergentes et les économies développées - à l’exception notable des Etats-Unis dont la capacité de rebond relatif est liée à leur statut d’économie-monde et au dynamisme des nouvelles élites latino et asiatiques (voir à ce sujet l’essai d’Alain Minc “Le monde qui vient”), ce découplage se retrouve transposé au sein même des pays développés entre les multinationales qui ont su se repositionner sur les nouveaux territoires de croissance et les populations ancrées dans leur réalité nationale. Il y a désormais une déconnexion frappante entre les résultats des entreprises du CAC 40 et les perspectives de croissance économique en France. Comme si on avait délocalisé l’économie française dans son ensemble !

Ces deux découplages inter-nationaux et intra-nationaux montrent combien les nouvelles lignes de fracture ne sont pas tant civilisationnelles qu’économiques, ce qu’elles ont d’ailleurs toujours été dans l’Histoire. C’est toujours l’économie dominante qui impose sa civilisation et non l’inverse. Même Samuel Huntington, l’auteur du “choc des civilisations”, dont on parle beaucoup sans l’avoir réellement lu avait compris cette loi historique. Cela signifie-t-il que les occidentaux vivront moins bien ou que ce qu’on appelle la civilisation occidentale est condamnée à disparaître comme l’empire romain avait été détruit par les Barbares ? Rien n’est moins sûr. Le scénario le plus probable est plutôt celui d’une hollandisation “de l’Ouest face au Reste”, en référence à la République des Pays-Bas qui avait commencé à décliner au début du XVIIIème siècle (après le Traité d’Utrecht de 1713) face à la montée en puissance de l’Angleterre. Reléguée au rang de banquier de la superpuissance émergente, la Hollande n’en a pas moins conservé le niveau de vie par habitant le plus élevé au monde pendant près d’un siècle après le début de son déclin.


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4 réactions à cet article    


  • Free Palestine Free Palestine 25 mai 2010 12:00

    PRÉFACE : La crise économique mondiale, la Grande Dépression du XXIe siècle
    Michel Chossudovsky et Andrew Gavin Marshall

    "Dans toutes les grandes régions du monde, la récession économique est profonde et entraîne le chômage de masse, l’effondrement de programmes sociaux étatiques et l’appauvrissement de millions de personnes. La crise économique s’accompagne d’un processus mondial de militarisation, d’une « guerre sans frontières » menée par les États-Unis d’Amérique et ses alliés de l’OTAN. La conduite de la « longue guerre » du Pentagone est intimement liée à la restructuration de l’économie mondiale.

     

    Il ne s’agit pas d’une crise économique ou d’une récession précisément définies. L’architecture financière mondiale maintien des objectifs stratégiques et de sécurité nationale, tandis que le programme militaire U.S.-OTAN sert à cautionner une puissante élite d’entreprises, laquelle éclipse et sape implacablement les fonctions du gouvernement civil.

     

    Ce livre conduit le lecteur dans les corridors de la Réserve Fédérale et du Council on Foreign Relations, derrière les portes closes de la Banque des règlements internationaux (BRI) et au cœur des salles de réunion corporatives cossues de Wall Street, où s’effectuent couramment des transactions financières d’une portée considérable, en un clic, à partir de terminaux informatiques liés à de grands marchés boursiers.

     

    Chaque auteur lève le voile sur une toile complexe de tromperie et de déformation médiatique servant à camoufler les rouages du système économique mondial et ses effets ravageurs sur la vie des gens. Notre analyse se concentre sur le rôle de puissants acteurs économiques et politiques dans un environnement envahi par la corruption, la manipulation financière et la fraude.

     

    Malgré la diversité des points de vue et des perspectives présentées dans ce volume, les contributeurs arrivent tous ultimement à la même conclusion : l’humanité se trouve à la croisée des chemins de la crise économique et sociale la plus grave de l’histoire moderne.

     

    La débâcle des marchés financiers en 2008-2009 est née d’une fraude institutionnalisée et de la manipulation financière. Les "sauvetages bancaires" ont été mis en œuvre sous les instructions de Wall Street et ont mené au plus important transfert de richesse monétaire de l’histoire jamais enregistré, tout en créant simultanément une dette publique insurmontable.

     

    Avec la détérioration planétaire des niveaux de vie et la chute des dépenses de consommation, la structure entière du commerce international des denrées est potentiellement compromise. Le système de paiement des transactions monétaires est chamboulé. Une fois le marché du travail effondré, le paiement des salaires est perturbé, ce qui en retour déclenche une diminution des dépenses liées aux biens et services essentiels. Cette grave dégringolade du pouvoir d’achat se répercute ensuite sur le système de production, résultant en une série de mises à pied, de fermeture d’usines et de faillites. Exacerbée par le gel du crédit, la baisse de la demande de biens de consommation contribue à la démobilisation des ressources humaines et matérielles.

     

    Ce processus de déclin économique est cumulatif et toutes les catégories de main-d’œuvre sont affectées. Les paiements des salaires ne sont plus effectués, le crédit est déréglé et les dépenses d’investissement sont au point mort. Entre-temps, dans les pays occidentaux, le « filet de sécurité sociale », hérité de l’État providence et protégeant les chômeurs lors d’un ralentissement économique, est également en danger."


    • Free Palestine Free Palestine 25 mai 2010 19:18

      Il na faut pas oublier l’Iran !


    • frédéric lyon 26 mai 2010 09:01

      « Le scénario le plus probable est plutôt celui d’une hollandisation “de l’Ouest face au Reste”, en référence à la République des Pays-Bas qui avait commencé à décliner au début du XVIIIème siècle (après le Traité d’Utrecht de 1713) face à la montée en puissance de l’Angleterre. Reléguée au rang de banquier de la superpuissance émergente, la Hollande n’en a pas moins conservé le niveau de vie par habitant le plus élevé au monde pendant près d’un siècle après le début de son déclin ».


      On peut le dire comme ça.

      Les réserves de croissance se trouvent aujourd’hui dans les pays émergents d’Asie et d’Amérique Latine, où des populations très nombreuses ont encore d’énormes besoins qui ne sont pas satisfaits complètement, ce qui ne signifie pas que les populations des pays déjà développés verront leurs niveaux de vie baisser.

      Il ne restera plus alors que deux milliards d’individus qui auront manqué le coche et sur lesquels il faudra se pencher attentivement pour les sortir de leur impuissance à leur corps défendant sans doute : L’Afrique Noire et le monde musulman.

      • NERI 26 mai 2010 11:58

        Tous ces économistes de salon se prennent au sérieux et racontent n’importe quoi. Le seul problème que nous ayons en ce moment, c’est comment s’en tirer sur le plan individuel avec le moins de pertes possibles dans sa vie de tous les jours. 

        Conséquence de cette « indifférence » la Reconsista « islamiste bat son plein.Eux, depuis longtemps ont compris que l’échec politique de la mondialisation libérale + l’universalité de nos valeurs judéo chrétiennes rejetée par l’Orient+ la crise »écosystémique« jamais appréhendée pour ce qu’elle est véritablement, annonçaient le déclin de l’Occident et qu’ils pouvaient s’engouffrer dans la brèche. Ce que les islamistes font... avec succès !
        Comme disait quelqu’un l’avenir appartient aux peuples sales...ceux qui n’ont rien à perdre !
        Petit rappel : la »reconsista" (reconquête) Espagnole a duré 700 ans 
        Courage pour nos descendants !

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