Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > L’offensive du Mekhzan contre le Rif en 1958/59 et 1984

L’offensive du Mekhzan contre le Rif en 1958/59 et 1984

1958/59 le Rif noyé dans le sang par le criminel Hassan II

Au début des années cinquante, et dans le contexte d’après la deuxième guerre mondiale et l’évolution des idées nationalistes et des mouvements indépendantes, une groupe armée se fondé par les résistants Rifains sous le nom « l’armée de la libération » commençait ses opérations armées contre la colonisation étrangère le 02 octobre 1955 sous la direction de Abbas Lamsaadi. À ce moment-là, les marocains du parti de l’indépendance (Istiqlal) et d’autre qui ont été parmi les membres de dite « mouvement national » étaient contre l’armée de la libération et préféraient les négociations avec les colons. El Mehdi Ben Berka demandait plusieurs fois à Abbas Lamsaadi d’arrêter les opérations armées. Ce dernier refusait et voulait vraiment continuer la résistance armée si les colons ne comprennent que la langue de l’arme. Le 28 juin 1956 Abbas Lamsaadi est assassiné par trois individus à Ain Aïcha dans la province de Taounate.

Entre 20 et 30 Août 1955, les membres du dite mouvement national marocain négociaient le traité d’Aix-les-Bains pour arriver vers un pouvoir supervisé par la France coloniale, et alors annoncer une indépendance qui n’existe pas réellement.

Le Rif dans ce contexte a été saigné à blanc par l’Histoire et a payé un lourd tribut vis à vis de la monarchie. L'une d'elles, de ces horreurs, est bien sûr la répression sanglante, par le Roi Mohamed V, du soulèvement rifain de 1958, deux années après le dite indépendance, par l'entremise du Général Oufkir et du prince Moulay Hassan, le futur Roi Hassan II. Répression qui fit des milliers de morts. La période trouble du dite indépendance en 1956, obtenue auprès des français, mais toujours pas auprès des espagnols, qui contrôlaient alors encore le Rif et le Sahara Occidental. Une période d'incertitude et de tensions autonomistes rifaines qui déboucha sur la terrible et sanglante mise au pas de 1958.

Le 11 novembre 1958, Mohamed EL-Hadji Sellam Ameziane, du PDI, et deux autres membres des Beni Ouriaghel, Abdel Sadaq Khattabi et le fils de Abdelkrim al-Khattabi, Rachid, ont présenté un programme en 18 points pour le Rif au Roi Mohammed V ; ce programme compte des préoccupations des Rifains, allant de l'évacuation des troupes étrangères du Rif, au retour d'Abdelkrim al-Khattabi au Rif, la création d'emplois, la représentation politique et les réductions d'impôts. Cependant, avant que ce programme n'ait été présenté au roi, la révolte du Rif avait déjà commencé depuis presque trois semaines. La réponse de la monarchie et PI à l’époque était une campagne de liquidation collective contre les Rifains qui n’ont pas accepté les nouvelles conditions politiques et sociales du nouveau système colonial.

C’est dans ce contexte des années 1958/1959 que les soulèvements des Rifains sont noyés dans le sang par le criminel Hassan II. Avant d'être officiellement désigné prince héritier en 1957, Moulay Hassan hérite du titre de chef d'état-major de toute la jeune armée créée en 1956. C'est à ce titre qu'il est chargé de mater le soulèvement du Rif. Le prince est secondé par Mohamed Oufkir, un ancien de l'armée française. Et la répression qui s'abat sur le Rif est terrible. “C'est des choses qui ne s'oublient pas, résume aujourd'hui Mohamed Bensaïd Aït Idder. C'est à partir de là que l'on a compris que les Forces armées royales étaient devenues un instrument chargé de protéger le pouvoir en place, et non servir le peuple”.

 Selon Stephen Smith, « Les Forces armées royales seront opérationnelles juste à temps pour le soulèvement général du Rif, fin 1958. Elles comptent alors quarante mille hommes et absorbent 30 p. 100 du budget de l'État, contre 26 p. 100 consacrés aux dépenses sociales. Le choix est contestable, mais il sauvera le régime. Entré dans la lutte armée pour « l'indépendance totale » du Maroc dès le 2 octobre 1955, le Rif ne s'embrase véritablement qu'à l'occasion du troisième anniversaire de cette date, lorsque le docteur Khatib et Mahjoubi Aherdane, autre leader de l'Armée de libération du Nord, procèdent au transfert des cendres d'Abbès Messaâdi, leur frère d'armes assassiné par l'IstiqlaL Les ressentiments accumulés contre le parti hégémonique, celui des Fassi la bourgeoisie de Fès - et des Arabes en général, se déchaînent contre l'interdiction gouvernementale de ces obsèques. Nommé gouverneur de Taza, le capitaine Medbouh, originaire de la région, parvient à éviter l'effusion de sang au cœur de la montagne, dans la région d'Aknoul. En revanche, la police ouvre le feu sur des manifestants à Al Hoceïma, sur la côte. Oufkir, appuyé par une unité blindée sous les ordres du capitaine Larbi Chelouati, y est envoyé pour rétablir l'ordre. Le prince héritier, chef d'état-major des FAR, installe son PC opérationnel à Tétouan, l'ancienne capitale du Maroc espagnol. Des bombardiers légers, pilotés par des Français bien qu'arborant des cocardes marocaines fraîchement peintes sur leurs fuselages, attaquent les villages des Béni-Ouriaghel, la puissante tribu qui avait déjà été le fer de lance de l'insurrection entre 1923 et 1926. De la campagne militaire des FAR, entre novembre 1958 et février 1959, aucun récit circonstancié n'est disponible et même le bilan global de cette « pacification » est impossible à établir : selon les auteurs, il varie entre deux mille et huit mille morts. 

La répression va fonder la sinistre réputation de Mohamed Oufkir. L'ancien officier de l'aimée française est présenté comme le « boucher du Rif », le prince Hassan, alors âgé de vingt-neuf ans, comme le garçon boucher, initié au métier par un sadique prenant plaisir à tuer. Or, née du combat politique contre le futur Hassan II et son bras armé, le général Oufkir, cette caricature ne repose pas sur des faits établis. Incontestablement, la soumission du Rif par les FAR a été meurtrière. Les témoignages en ce sens abondent. Cependant, toutes les campagnes précédentes l'ont été également. Lorsque la France et l'Espagne envoient au Rif, respectivement, trois cent vingt-cinq mille et cent mille soldats pour obtenir la reddition d'Abd el Krim en mai 1926, ce sont trente-deux divisions de fantassins et quarante-quatre escadrilles de l'armée de l'air qui combattent soixante-quinze mille Rifains, dont à peine plus de vingt mille sont armés. Elles quadrillent la montagne, brûlent des centaines de villages, procèdent à des bombardements systématiques. Pendant l'hiver 1956-1957, après le déclenchement dans le Rif de la lutte armée contre la présence française, l'italien Attilio Gaudio était l'un des trois journalistes étrangers couvrant les événements sur place. Dans son recueil de reportages paru en 1991 à Paris, Guerres et paix au Maroc, il écrit : « Nous étions horrifiés ... ou trop jeunes. Il nous était entre autres difficile d'admettre que les Français pouvaient abattre d'une rafale un combattant qui venait de se rendre, massacrer allègrement des femmes et des enfants et torturer ou mutiler des prisonniers vivants. » Bref à toutes les époques, la guerre dans le Rif a été sale. Ce qui n'excuse rien, mais oblige à poser autrement la question : Oufkir s'est-il signalé, dans cette guerre, par des excès individuels des actes de cruauté gratuite ? »

Le gouvernement de l'époque finit d'ailleurs par s'émouvoir de l'offensive menée contre le Rif. Au point que le Premier ministre, Abdellah Ibrahim, s'en est ouvert auprès du prince héritier. “Abdellah Ibrahim a demandé un jour à Moulay Hassan les raisons de cet acharnement (contre le Rif). Le prince lui a répondu qu'on avait essayé d'attenter à sa vie à Al Hoceïma. Ibrahim enquêta discrètement, mais ni lui, ni la police politique dirigée par Mohamed Laghzaoui, n'ont jamais pu établir quoi que ce soit”.

Bref, la répression de criminel Hassan II est sale partout : « assassinat de 8000 Rifains. violation physique et psychique des femmes et petits enfants par les soldats marocains. Avortement des femmes enceintes. Incendie et la destruction des biens de la population. » . À la fin de Janvier 1959, le soulèvement a été réprimé par une force militaire commandée par le prince héritier moulay Hassan (futur Hassan II) et composée de près de 30 000 hommes.

Après la fin du soulèvement, du Rif a été soumis à un régime militaire pour plusieurs années et l'héritage le plus ruineux de ce soulèvement fut la négligence complète et la marginalisation de la région par les autorités marocaines au cours des quatre décennies suivantes. Ce qui produisait des vagues de l'immigration des Rifains vers les pays de l'Europe occidentale depuis le début des années soixante. L’immigration continue jusqu'à présent, alors que ce présent n'est pas mieux que le passé !

19 Janvier 1984 : la haine du roi contre le peuple !

Le 19 janvier 1984, les habitants du Rif soulevaient contre l’injustice du régime Hassan II. C’était d’abord à Al-Hoceima quand les élèves manifestaient contre l’augmentation des frais de l’inscription et de scolarité, puis à Nador ou le pain quotidien lié aux activités économiques irrégulières est menacé par les décisions du roi. C'est pour cela d'ailleurs qu'on l'appelle « soulèvement de la faim », Seulement, la succession des faits après le 19 janvier 1984 allait donner au soulèvement initialement social une couleur politique certaine, notamment après le discours Royal du 22 janvier 1984. La genèse du problème nous renseigne que la situation socio-économique du pays à cette époque était désastreuse, ce qui a conduit le pays à une catastrophe entraînant, l'arrivée des nouveaux « colonisateurs » : « Le Fonds monétaire international » et « la Banque mondiale ». Ceux-ci avaient, bien évidemment, dicté leurs lois draconiennes et avaient fait que des pays comme le Maroc soient alignés sur des programmes meurtriers d'ajustement structurels (PAS). Tout le monde connaît le reste de l'histoire.

Les populations étaient sorties entre-temps dans plusieurs villes marocaines dont Nador. Cette ville reposait son économie sur la contrebande en provenance de Mellilia. Le Maroc allait généraliser une taxe de (100 à 500 dh) sur les entrées à la ville, ce qui devait se répercuter sur les conditions des familles vivant de ce genre de commerce. En plus, des augmentations sur les produits de base allaient enflammer les marchés. Se sentant lésées et en l'absence d'alternative, les populations se sont insurgées.

En réalité les manifestations ont commencé par des grèves observées à Al-Hoceima, mais la violence avec laquelle les autorités les ont affrontées, a poussé les établissements de Nador à se solidariser avec leurs voisins. Trois jours durant, les élèves investissent des lycées, mais aussi les rues. Les forces de l'ordre ont commencé à tirer sur tout ce qui bouge dans la ville, même des personnes en situation passive. Le 22 janvier le roi insultait le peuple Rifain, et le traitait de « apache » et de « contrebandier », c’est d’un niveau digne du grand tyran qu’était Hassan II !

 El Telegrama de Mellilia avait, à l'époque, publié le 24 janvier la photo d'un hélicoptère tirant sur des manifestants. Les dégâts, selon un décompte officiel présenté le 25 janvier par le Premier ministre, faisaient état de 7 véhicules privés calcinés et l'endommagement de plus de 20 autres, l'incendie d'un camion des forces de l'ordre et des incendies venant à bout de 11 bâtiments et de six écoles ainsi que d'autres locaux.

Pour ce qui est des victimes de cette violence l'État, à travers le Premier ministre a déclaré que ces événements avaient coûté la vie à 16 personnes et fait 37 blessés dont 5 des membres des forces de l'ordre. Des autres sources locales et étrangères de droits humains affirment pourtant que le fait de l'existence de fosses communes, notamment celle de la caserne militaire de Taouima, prouve que le nombre de morts était beaucoup plus élevé que celui présenté par l'État à l'époque.


Moyenne des avis sur cet article :  4.11/5   (9 votes)




Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès