Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > International > La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille (...)

La Pérestroïka et le début de la réunification de la famille européenne

Ces réformes, qui portent le nom de Reconstruction (traduction de Pérestroïka), vont radicalement changer la politique non seulement en URSS mais aussi dans le monde entier. Elles vont bouleverser la carte géopolitique de l’Europe et permettre l’instauration de la démocratie sur presque tout le continent européen.

Les origines et l’évolution de la Pérestroïka

A la fin de l’époque brejnévienne [1], le bloc socialiste ressemblait plutôt à un vieux dinosaure, très éloigné du monde contemporain. L’économie se trouvait dans un état déplorable, la société civile indépendante était en grande partie en exil, alors que la corruption au sein de l’État via le Parti communiste était devenue légendaire. En plus, l’URSS devait consacrer une énorme partie de son budget à l’armée. Sur le plan international, l’URSS a perdu beaucoup d’alliés, car son modèle social séduisait de moins en moins, sans parler du rejet que provoquait la guerre en Afghanistan (1979-1989). Il fallait donc entreprendre des mesures urgentes, d’autant plus que dans les pays satellites les régimes totalitaires étaient remis en cause et l’URSS n’avait plus les moyens de soutenir les partis communistes locaux.

L’arrivée de Gorbatchev au pouvoir

Les premiers changements apparaissent avec l’arrivée d’Andropov (12 novembre 1982) au pouvoir et les premiers procès anticorruptions qui secouent l’URSS. Mais celui-ci ne reste pas au pouvoir assez de temps : il meurt 16 mois après son élection à la tête du Parti. Son successeur, Chernenko [2] n’a pas fait mieux. Il a fallu attendre Gorbatchev, qui arrive au pouvoir en 1985, pour que les vraies réformes commencent.

L’arrivée de Gorbatchev au pouvoir marque le début de la Pérestroïka. Une des premières mesures prises dès l’arrivée au pouvoir a été la libéralisation partielle de la presse, plus connue sur le nom de Glasnost [3]. Dans son discours lors du XXVII Congrès du PCUS (Parti communiste de l’Union soviétique) en 1986, Gorbatchev a déclaré que « sans Glasnost, il n’est pas possible de construire la démocratie » ; ainsi les premiers journaux libres sont apparus, certains des grands journaux ont changé de rédacteurs en chef tels que : Novii Mir (Nouveau monde), Argumenti i fakti (Arguments et faits) ou encore Moskovskie novosti (les Nouvelles de Moscou). En même temps, les livres interdits par la censure soviétique ont commencé à apparaître dans les magasins. Beaucoup de films censurés auparavant ont pu enfin passer sur l’écran. Déjà en 1987, a été créée la NIKA (une chaîne indépendante d’information), ainsi que ATV (association de la télévision d’auteur). De nouveaux journaux d’information apparaissent : 12e Etage ou encore Vzgliad (Point de vue).

Le changement politique est aussi considérable. Sous Gorbatchev, on honore 140 (ex-)dissidents et on réhabilite les victimes des répressions staliniennes. De leur exil à Gorki, ont été libérés les époux Sakharov, qui ont violemment condamné la guerre en Afghanistan sans être inquiétés. Plusieurs organisations politiques d’opposition apparaissent, comme l’Union démocratique, et en 1988 les premières manifestations anticommunistes ont lieu.

Gorbatchev, comprenant la difficulté et la complexité de la situation politique de l’époque, essaye à tout prix de changer l’élite politique, car il considère que l’ancienne qui est en place n’est pas capable d’assurer la Pérestroïka. Il commence donc la « politique des cadres », qui devait amener du sang frais au pouvoir. On autorise les « sans-parti » (ceux qui n’étaient pas membres du Parti communiste) à occuper des postes importants dans les corps d’État. En outre, on introduit des élections au sein du Parti pour rendre les élus responsables devant leurs électeurs alors qu’avant, le parti Présentait un candidat pour un poste et les membres ne pouvaient seulement que l’approuver.

La fin du communisme

Malgré toutes ces avancées, l’URSS n’a pas pu surmonter la crise économique et sociale qui a frappé le pays au début des années 80. Le problème venait du fait que le système soviétique était irréformable en soi. La Pérestroïka était donc condamnée dès le début. Gorbatchev n’avait pas la capacité politique pour pousser ses réformes jusqu’au bout. Mais sa stratégie a déclenché la chute de l’URSS, ce qui était complètement imprévu.

La Pérestroïka n’a pas pu changer la structure de l’économie soviétique, qui était un frein aux réformes. Tous les moyens de production étaient sous le contrôle de l’État, un fait qui décourageait l’initiative et l’innovation qu’on a dans le secteur privé. De plus, les directeurs d’usines et les fonctionnaires corrompus voulaient à tout prix conserver le système économique qui leur donnait des avantages considérables, surtout dans un pays où le déficit des produits de consommation était une réalité au quotidien. Ainsi, selon Jacques Rupnik (L’Autre Europe), « l’économie dirigiste est une pyramide de mensonges dans laquelle chaque usine, chaque administration ment sur ses performances aux instances situées en dessous et au-dessus d’elle dans la hiérarchie ».

Le système politique était aussi, tout comme l’économie, fondé sur le mensonge. Les responsables politiques (des villes, des régions, etc.) mentaient sur les statistiques, sur la politique intérieure et extérieure, en utilisant la propagande, dont le journal Pravda (Vérité) était devenu le symbole. Les services secrets soviétiques faisaient tout pour empêcher les gens d’avoir des informations non désirables : toute presse étrangère ou indépendante était interdite. En commençant ses réformes, Gorbatchev voulait donc reformer l’irréformable. Pérestroïka et Glasnost ont rendu le système fragile, car le mensonge n’était plus là pour aveugler le peuple. C’est ainsi qu’en 1991, un système politique qui paraissait indestructible, imbattable, a disparu à jamais de la carte politique du monde.

Quel impact sur l’Europe ?

Les systèmes politiques des pays satellites du camp socialiste ressemblaient en grande partie à celui de l’URSS. L’État était dirigé par un seul et unique parti, d’où la notion d’État-parti. Par conséquent, le leader du parti était aussi le leader de l’État. Les libertés fondamentales n’étaient jamais respectées et toute réforme de démocratisation était condamnée par avance. D’ailleurs, l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie à Budapest en 1956 et à Prague en 1968 ont « vacciné » tous les dirigeants des satellites contre toute réforme démocratique.

La Pérestroïka fut le facteur déterminant dans la chute du Rideau de fer. Les forces libérées, telle la liberté de la parole (Glasnost), par Gorbatchev à l’intérieur de son pays ont dévoré les partis communistes de l’Europe de l’Est. Poursuivant la politique de rapprochement avec l’Ouest et la démocratisation du communisme en Europe, Gorbatchev a in fine condamné la survie des « démocraties populaires » en Europe.

Tel fut le cas de la chute du Mur de Berlin et de la réunification allemande. La chute du Mur de Berlin s’est produite en très grande partie grâce au feu vert de Moscou. Sans une telle approbation, on aurait eu très probablement une répétition du « coup de Prague » de 1968, quand les forces du Pacte de Varsovie sont entrées dans la capitale tchécoslovaque pour mettre fin aux réformes démocratiques de Dubcek qui avaient fait suite au Printemps de Prague. Après la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989, la réunification de l’Allemagne n’était plus qu’une question de temps.

La RDA (République démocratique allemande, l’Allemagne de l’Est) était une création artificielle, elle divisait un peuple en deux. Le soutien de l’URSS était sa seule source de survie. Or, l’URSS négocie la réunification de l’Allemagne et cela aboutit le 16 juillet 1990 à un accord entre Gorbatchev et Helmut Kohl. Le 2 octobre 1990, la RDA cesse d’exister.

La non-intervention des forces du Pacte de Varsovie lors de la chute du Mur de Berlin a été le signal de déclenchement des révolutions qui se sont produites par la suite. Partout ailleurs en 1989, en Europe de l’Est, les mouvements démocratiques libérés de la tutelle de Moscou l’emportent sur le communisme. C’est le cas de la Roumanie avec la chute de Ceausescu, de la Tchécoslovaquie avec la démission du gouvernement communiste, ou en Pologne avec le début des négociations entre le général Jaruzelski et les représentants de la Solidarnosc.

La politique du rapprochement de l’Ouest promue par Gorbatchev s’est traduite par la chute du Pacte de Varsovie. N’ayant plus les moyens financiers, ni la volonté politique de sauvegarder cette alliance militaire, les Soviétiques proposaient déjà en 1988 d’abroger le Pacte contre la dissolution de l’OTAN. Au mois de décembre 1988, Gorbatchev et Bush déclaraient lors d’une rencontre à Malte que la guerre froide était terminée. En 1991, plusieurs pays du bloc socialiste annoncent leur sortie du Pacte de Varsovie, et le 1er avril 1991 celui-ci est dissout. Au mois de décembre l’URSS allait disparaître, le camp socialiste aussi. Et la Pérestroïka fut terminée...

Le rêve européen

Tout de suite après la chute du communisme en Europe, les anciens satellites de l’URSS ont clairement fait le choix de réintégrer la famille européenne unifiée et l’OTAN. Chronologiquement, dans la première moitié des années 90, presque tous les Pays d’Europe centrale et orientale (PECO) ont déposé leur demande d’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN. Pour ces pays, l’appartenance à ces structures porte d’abord un symbole politique, car elles veulent garantir leur liberté et leur souveraineté.

L’intégration européenne signifie aussi le retour de ces pays dans le concert européen en tant que partenaires égaux et non plus en tant que « petits frères », comme c’était le cas avec l’URSS. Longtemps opprimés par un régime ressenti (à raison d’ailleurs) comme imposé de l’extérieur, ces pays peuvent enfin défendre leurs intérêts dans un cadre démocratique que leur offre l’Union européenne.

Sans la Pérestroïka, le monde d’aujourd’hui ne serait pas le même. C’est surtout grâce à ce processus que la démocratisation a pu s’installer dans les PECO et que l’Europe ne fut plus divisée en deux.


Moyenne des avis sur cet article :  2.09/5   (11 votes)




Réagissez à l'article

8 réactions à cet article    


  • ZEN ZEN 30 avril 2008 13:29

    C’est de l’histoire anecdotique, sans grand intérêt...

    "La famille européenne intégrée à l’Otan..." Là, on tombe dans l’image d’Epinal..

    Lisez donc Stiglitz : "La grande désillusion"... Le chapitre concernant les manoeuvres des USA pour contribuer à la dislocation de l’ex-URSS...


    • stephanemot stephanemot 1er mai 2008 06:32

      Je rejoins ZEN sur la legerete du propos. La candidature a l’OTAN est moins un signe d’independance que d’allegeance a une autre puissance.

      En revanche, le reve europeen propose effectivement une autre definition a la fraternite, la liberte et l’egalite... meme si, on le constate, la reunification de la famille europeenne est une illusion, personne ni aucun systeme n’etant a ce jour parvenu a unifier l’Europe.

      PS : a mon sens, Perestroika signifie restructuration plus que reconstruction - plus reforme que revolution. La reconciliation du socialisme avec la democratie. Gorby a marque la rupture mais ne pouvait pas non plus tout se permettre - on a vu ce que ca a donne pour Krouchtchev.

       

       


    • frédéric lyon 30 avril 2008 16:04

      L’Avenir de l’Europe se trouve à l’Est et non au Sud de la Méditerranée.

      Nous accueillerons nos frères slaves, en commencant par les Ukrainiens, les autres suivront. Au Sud il n’y a que misère, sang et tyrannie et des populations qui ne peuvent s’insérer facilement chez nous.

       


      • stephanemot stephanemot 1er mai 2008 06:35

        allez au bout de votre pensee : les voyez vous venir, jusque dans vos bras, egorger vos fils, vos compagnes ?

        ne voyez vous ni sang ni tyrannie a l’Est d’Eden ?


      • Internaute Internaute 30 avril 2008 16:50

        Je partage les deux précédents commentaires. Pour rester dans l’anecdote historique, j’aurai aimé comprendre comment la Russie s’est laissé séparer de la Biélo-Russie et de l’Ukraine qui sont partie intégrante de la Russie depuis des siècles. Il s’en est fallu de peu qu’elle perde l’accès la mer Noire. Poutine essaye de récupérer la biélo-russie et y arrivera peut-être. Pour l’Ukraine ce sera plus difficile.

        L’avenir de l’Europe est à l’Est, de Brest à l’Oural comme disait un vieux général. Pensait-il ce qu’il disait ? Il ne pouvait ignorer que l’Europe de Brest à l’Oural est nécessairement l’Europe de Brest à Vladivostok. Imaginons 300 ingouches sous des tentes sur les quais de la Seine réclamant le droit inaliénable et opposable au logement. La Russie n’est donc pas prête de rentrer politquement dans l’Union Européenne mais nous devrions au moins avoir des relations plus que privilégiées.


        • ASINUS 1er mai 2008 10:01

          yep

          oublié aussi la ferocité et la violence économique avec laquelle cette Perestroika c est passée

          que l on me comprenne bien je ne regrette pas l ére sovietique mais les 15 années de

          destructions economique et sociale pour ont etés d une violence inimaginable pour le peuple

          j en etais a envoyer de l aspirine pour la petite fille d un correspondant phila " un ouvrier".

          en fait il s agit bien pour la russie d une défaite cette etat avait disparu de la scene internationnal

          pour 15 ans , les usa en ont profités pour avancer leur pions , la russie ne peut faire l impasse

          de la bielorussie et de l ukraine tot ou tard nous europeens recevrons la facture présentée

          par l ours que nous avont cru endormi pour toujours


          • Lavigue 1er mai 2008 17:15

            Et le monde unipolaire naquit engendrant la démocratie totalitaire avec son cortège de fléaux : la guerre des balkans, de Tchétchénie, les deux invasions de l’Irak et l’écrasement de l’Afghanistan. Des millions de morts et la consécration de l’empire des Etats-Unis. Bravo, M. Gorbatchev pour avoir livré votre pays entre les mains d’un alcoolique, le bien-nommé Boris Eltsine qui fit de l’URSS ce que l’on sait.

            Lire "La grande Fracture" de feu l’ex-dissident Alexandre Zinoviev qui s’empressa de rentrer chez lui, en bon patriote, renoua avec l’ex-PCUS et condamna le complot occidental , affligé de n’en avoir pas pris conscience à temps.


            • malqp 4 mai 2008 21:22
               

              L’Europe est la nouvelle URSS.

               

              L’URSS était gouvernée par 15 personnes non élues qui se cooptaient et n’avaient à répondre de leurs actes à personne.
              L’UE est gouvernée par deux douzaines de personnes qui se cooptent, se réunissent en secrêt, ne répondent de leurs actes à personne et ne sont pas limogeables
               

              L’URSS avait une espèce de parlement, le Soviet Suprême, qui avalisait les décisions du Politburo
              L’UE a un parlement élu où le temps de parole est rationné à une minute par intervenant et qui ne fait qu’avaliser les décisions du Conseil
               

              L’URSS avait une Nomenklatura de privilégiés
              L’UE possède des centaines d’Eurocrates avec des salaires énormes, du personnel, des larbins, des bonus et des privilèges, une immunité à vie et qui sont transférés d’un poste à l’autre sans tenir aucun compte de la qualité de leur action et de leur travail

              L’URSS fut créée par la contrainte et généralement avec le concours des forces armées
              L’UE est créée par la contrainte, certes pas avec le concours de forces armées, mais par la terreur économique

              L’URSS pour continuer d’exister pronait la révolution mondiale et tentait de s’étendre toujours plus loin. Lorsqu’elle a cessé de s’étendre, elle a commencé à s’écrouler
              L’UE prone la révolution mondiale du libéralisme et tente de s’étendre le plus loin possible jusqu’en Turquie même et peut être au-delà (Israel ?) et on peut espérer que lorsqu’elle ne s’étendra plus, elle s’écroulera sur elle-même

              Le but de l’URSS était de créer une nouvelle entité historique, le peuple soviétique. Il fallait oublier les nationalités, les traditions et les coutûmes
              L’UE prêche que vous abandonniez votre nationalité, que vous ne soyez plus français, ni allemands, ni anglais, elle veut créer une nouvelle entité, les européens, réprimer vos sentiments nationalistes et vous forcer à vivre en communauté multinationale. C’est le but suprême de l’immigration incontrôlée.

              Un des buts grandioses de l’URSS était la destruction des états-nations.
              L’un des buts grandioses de l’UE est la destruction des Etats-nations

              L’URSS était connu pour être un régime antidémocratique
              L’UE est un régime antidémocratique et ceux qui s’y opposent ou le dénoncent sont baillonés, diabolisés ou punis

              En URSS, il y avait le Goulag
              En UE aussi mais il s’agit d’un goulag intellectuel nommé politiquement correct. Essayez de dire ce que vous pensez sur la race ou la sexualité ou la tribalisation de la société ou l’instrumentalisation des mass-médias (édition, presse, télévision, cinéma, etc..) par un groupe ethnico-religieux ou si vos opinions divergent du cadre défini et admis comme correct et vous serez ostracisés. C’est en cela qu’existe le goulag intellectuel dont les exemples les plus connus, C’est le commencement de la perte de votre liberté.

              En URSS, ils considéraient que seul un Etat fédéral éviterait la guerre.
              En UE, ils nous disent exactement la même chose. alors que ce n’est pas l’europe qui a fait la paix mais la paix qui a fait l’europe.

              C’est la même idéologie qui prime dans les deux systèmes. L’UE est le vieux modèle soviétique habillée à l’occidental.
              Heureusement, l’UE, comme l’URSS, porte en elle les germes de sa propre perte. Hélas, quand elle s’écroulera, car elle s’écroulera un jour, elle laissera derrière elle un immense champ de ruine et de destruction et de gigantesques problèmes économiques et ethniques.
              A vous de voir !

               

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès