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Le Liban et ses Chrétiens, à travers le projet de loi électorale de la Rencontre Orthodoxe

Depuis le « printemps » arabe, la tendance s’était installée bien plus tôt, nous assistons impuissants, à l’exil de tant de chrétiens de l’ensemble du monde arabe, à commencer par celui du berceau de la chrétienté en Terre Sainte où, les chrétiens ne représentent guère plus de 1% de la population.

L’exil des chrétiens touche d’autres pays de la région, précipité en cela par les évènements depuis 2001 : Irak, Egypte, Syrie, …

Le Liban paraît, à bien des égards, menacé dans son existence pluri communautaire. Ce fait a été souligné et appuyé par l’ensemble des chefs des Eglises orientales mais aussi par le Vatican à travers la visite toute symbolique du Saint Père en septembre dernier au Liban.

Dans notre pays, chaque élection est une occasion pour une acutisation des tensions, mettant à chaque fois un peu plus le Liban au bord de l'implosion, surtout depuis la fin de la guerre civile libanaise, qui pour la grande majorité d’entre nous est restée floue et en partie source de ces tensions.

Le terme de la législature actuelle est prévu pour Juin 2013, les nouvelles élections pour le renouvellement du Parlement sont donc prévues pour cette période.

Nous avons entendu parler de plusieurs projets de loi dont celui de 1960, arrangé en 2008 à Doha, dont visiblement aujourd'hui personne ne veut.

Le projet de loi électorale imaginé par le bloc du 14 mars portant sur 50 circonscriptions (mode de scrutin majoritaire), le projet du gouvernement portant sur 13 circonscriptions (mode de scrutin proportionnel) et le projet de la Rencontre Orthodoxe portant sur une circonscription unique (mode de scrutin proportionnel) résument, bien qu’il y en ait davantage encore, l’essentiel des propositions pour la loi électorale de 2013.

L’ancien vice Premier ministre Elie Ferzly s’est exprimé le 17 décembre 2012 sur OTV en défendant la vision orthodoxe de ce projet.

Nous pensons qu’il s’agit là d’un projet qui respecte chaque citoyen qui vote, issu d’une des 17 communautés libanaises, qui donnera sa voix à son candidat pour la représentation parlementaire de sa même communauté, au sein d’une Nation dont la raison d’être est basée sur le communautarisme et le confessionnalisme.

Quand bien même nous nous qualifions de laïcs, chacun d’entre nous nait, vote, se marie, meurt dans sa communauté, selon ses traditions et ses règles communautaires.

Le Liban a été officiellement créé en 1943. Il s’est doté d’une Constitution qui défend cette vision multi communautaire spécifique au pays, qu’il n’est pas possible aujourd’hui de changer, à moins de changer la Constitution.

En effet, ce qui est défendu dans cet article, qui concerne les élections législatives à venir de 2013, c’est :

 

Le Liban : - Une circonscription unique,

 - Election législative à la proportionnelle,

 - Chaque communauté élisant ses représentants.

 

Rappelons que les chrétiens libanais (Maronites, Grec-Orthodoxes, Melkites ou Grec-Catholiques, Syriaques, Arméniens, etc.) auront de toute façon à élire, sur l’ensemble du Liban, 64 députés et les non chrétiens libanais (Sunnites, Chiites, Druzes, etc.) également 64 députés. Soit un total de 128 députés que compte le Parlement.

Ceci a été défini par les accords de Taëf en 1990, en contrepartie de la diminution des prérogatives du Président de la république (Maronite) au profit du Premier ministre (Sunnite), ceci indépendamment du poids démographique réel des chrétiens sur le terrain.

Pour les chrétiens, ne s’agit-il pas là d’une occasion en or à défaut d’être l’occasion historique, qu’il serait bien veillant de saisir ?

Pour le moment et malgré la fin officielle de la guerre civile depuis plus de 22 ans, il persiste le monopole politique quasi féodal (+/- paramilitaire) de certains partis, voire de certaines familles dans chacune des communautés (Courant du Futur pour les Sunnites, Hezbollah et Amal pour les Chiites ; Kataëb, Forces Libanaises pour les Chrétiens, etc.) qui se lient entre eux selon leurs intérêts, sur des listes de candidats mélangeant les communautés et élus selon un mode de scrutin majoritaire. Ces listes sont établies, séparées en deux blocs (8 et 14 mars), selon des objectifs qui ne sont pas toujours au service de tous, dans une vision unificateurs et nationaux, mais plutôt dans une vision sectaire et régionale.

Il serait utile et même salutaire de briser ces monopoles, non pas selon un mode violent sur le terrain en provoquant une autre guerre civile tout en s’aidant de l’extérieur et du parrainage de puissances régionales, mais au Parlement et à l’intérieur de chacune des communautés, sans parrainage extérieur, par la voie démocratique par excellence que représente le mode proportionnel.

Il importe donc que chaque chef de communauté en prenne conscience, ceci d’autant qu’il s’agît de la communauté chrétienne.

Il importe que chaque chef de parti politique en prenne conscience d’autant qu’il s’agît de parti à connotation chrétienne.

Si l’un des chefs chrétiens refuse de regarder cette réalité en face, il mettra en difficulté, et même en péril, l’avenir politique et existentiel de l’ensemble des chrétiens du Liban.

Ceci voudrait dire que les intérêts personnels de ce chef sont plus importants, au point d’étouffer l’intérêt suprême de sa communauté.

S’il refuse d’en prendre conscience, il devra alors en répondre et être écarté par tous les moyens démocratiques.

Aucun alibi ne pourra alors être avancé, surtout pas celui de la compromission vis-à-vis de ses alliés (d’une autre confession) pour justifier sa position. Si tel était le cas, la voie proportionnele viendrait rétablir cette équité dans la représentativité, mise à mal jusque là par ces monopoles.

La logique des blocs du 8 et 14 mars pour cette question spécifiquement n’a pas lieu d’être. La menace que fait peser l'extérieur sur le Liban utilise cette dichotomie. Il s'agit pour les chrétiens de saisir cette occasion historique de renforcer et leur présence et leur poids politique, non comme partenaire mais en tant que chrétiens. Il s'agit pour l’Etat, d'une occasion également historique de se restaurer en luttant contre le clientélisme féodal et son corolaire, la corruption institutionnalisée qui le ronge et le détruit en profondeur.

Il sera ainsi demandé aux chrétiens du 14 mars, du 8 mars et les autres, indépendamment de leur couleur politique, de proposer autant de candidats qu’ils le souhaitent et d’appliquer la proportionnelle lors des élections législatives. Une autorité morale à distance des partis politiques désignera les candidats, ceci pour ne pas faire obstacle aux candidats potentiels en dehors de ces partis.

Aussi, cette circonscription unique englobe les libanais du monde entier puisqu’elle permettra à chacun d’ « Al’ Intishar » (l’équivalent libanais de la diaspora) de participer aux élections, du lieu même de sa résidence principale à l’étranger, auprès du Consulat dont il dépend.

Rappelons à cet égard l’énorme poids potentiel, qui touche absolument tous les domaines, d’ « Al’ Intishar » si par chance il pouvait accéder aux urnes (plus de 13 millions à travers le monde / 4 millions au Liban).

Cela signifiera en clair que les 64 premiers candidats chrétiens, en nombre de voix obtenus dans les urnes libanaises et d’ « Al 'Intishar », seront les élus au Parlement ; de même pour les musulmans. Cette façon de procéder limitera les influences que ne manqueront pas d'exercer les différents appareils politiques.

Ainsi au Parlement, multi communautaire de principe, émergera après ces élections, une classe politique, issue des différentes familles spirituelles certes, composée de candidats qui ne seront pas forcément issus des appareils politiques dominants de chacune des communautés.

Cette classe (composée de chrétiens et de musulmans), à tempérament plutôt national bien que d'essence communautaire, davantage enclin à imaginer un programme politique qui concerne l'ensemble de la population libanaise (du nord au sud et d'est en ouest). Cette classe a déjà intégré que les problèmes des uns et des autres sont identiques indépendemment des croyances de chacun.

Il s'agit dès lors d'un programme national, digne de ce nom, qui cherchera à trouver des solutions pérennes, à : Assainir l'argent public, assurer la sécurité de tous, moderniser infrastructure et routes, construire des logements, promouvoir l'économie, bouster l'emploi, lutter contre l'exclusion et la pauvreté, etc.

Ce mouvement politique visera progressivement la laïcisation des mentalités et de l’Etat, ne cherchera probablement pas à rester cantonné dans une logique communautariste qui a largement prouvé son incapacité à gérer le quotidien et à garantir l’avenir politique et sécuritaire proche du pays.

Il est aussi prévu dans la Constitution que les familles spirituelles seront représentées au sein d’une entité aux côtés de l’Assemblée Nationale qui portera le nom de Sénat, qui pour l’heure n’est toujours pas créé.

L’impact du problème de la représentativité nationale des chrétiens sur leur existence et leur avenir a été parfaitement compris par : Bkerké et le Cardinal Raï, Sleiman Frangieh, le Général Michel Aoun et le Président Amin Gemayel en plus, bien entendu, de l’Eglise Orthodoxe initiatrice et parti prenante dans ce débat.

Ce problème a été également parfaitement compris par les différentes communautés, autres que chrétiennes.

Cette vision est pour le moment inégalement défendue par chacun des responsables chrétiens, la conviction n’étant pas pleine et totale.

Malgré ce, persiste un gros point noir, le désaccord de Samir Geagea, chrétien et chef des Forces Libanaises, qui n’est ni conforme à ce que nous venons d’exposer, ni logique puisque son point de vue occulte l’historique désastreux pour les différentes communautés chrétiennes, surtout la très respectable communauté Maronite qui a malheureusement beaucoup perdu de ses prérogatives, pendant les années noires de la guerre civile.

Il n’est pas acceptable dès lors, de laisser un seul dirigeant chrétien, faire obstacle à cette occasion historique pour les chrétiens d’une représentativité à la hauteur de leur espérance. 

Il n’est pas tolérable alors, d’assister à ce suicide chrétien collectif issu du manque d’union dans des moments historiques de la vie nationale.

C’est donc aux chrétiens, de quelque bord qu’ils soient, de le comprendre, d’en prendre conscience et d’en prendre acte, parce qu’il est de leur responsabilité de défendre leur existence même, sans tenir compte aucunement de l’intérêt de quiconque en particulier.

Les pétro-dollars finançant l’Armée Syrienne Libre ou l’armée légale syrienne, ne pourront avoir raison de notre élimination pure et simple de la carte du monde. Il nous faut dépasser cette vision purement mércantile spécialement durant ces moments de crise économique mondiale qui touche également le Liban.

Il ne faut pas oublier que les chrétiens du Liban représentent ce liguant qui unie les différentes communautés libanaises entre elles et qui a fait que le Liban existe.

Pour preuve, tous les villages du Liban du nord au sud et d’est en ouest sont composés de la même manière : Chrétiens-Sunnites ou Chrétiens-Chiites ou Chrétiens-Druzes.

C’est en cela que le Liban est un message.

Autrement dit ces élections concernent au plus haut chef les chrétiens.

Qui connaît parfaitement le Liban ne pourra dire ou penser du mal d’aucune des nobles communautés qui composent ce rayonnant pays qui a encore beaucoup de choses à régler.

Ce projet présenté ici permet au Liban de sortir des griffes de la haine largement souhaitée à l’échelle régionale par ceux qui poussent les extrémismes et les extrémistes, de quelque bord que ce soit, à oeuvrer pour déchiqueter l’entente entre les différentes communautés et cristallisé en cela par cette dichotomie 8 et 14 mars dont l’objectif ne prédit rien de bon pour l’avenir de ce modèle de vivre ensemble plus que de coexistence que représente notre cher pays.

Nous le répétons, le projet de loi électorale de la Rencontre Orthodoxe est le meilleur des projets pour le Liban, tenant compte de ses émigrés éparpillés à travers les quatre coins du monde, correctement représentés par ses différentes communautés qui ont le désir de vivre tout simplement ensemble, au Liban mais aussi à l'étranger, et pour … l’éternité.


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