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Accueil du site > Actualités > International > Le « printemps arabe » débouche-t-il sur « l’été des femmes arabes » (...)

Le « printemps arabe » débouche-t-il sur « l’été des femmes arabes » ou plutôt sur « l’hiver des femmes arabes » ?

Les femmes sont les principales victimes des révolutions arabes, après les dictateurs déchus.

On se souvient du tabassage de cette femme au soutien-gorge bleu, devenue la "blue bra girl", que le monde entier a vu (merci aux reporters de Reuters) se faire massacrer par plusieurs soldats qui lui sautent sur le corps à coups de rangers et la frappent de façon ahurissante tout en lui arrachant ses vêtements. Cette photo a fait le tour du monde. Mais surtout, "elle est devenue le symbole du prix que paient les femmes dans la révolution égyptienne".

De Tunis à Benghazi, du Caire à Sanaa, les femmes ont adhéré, bien avant les islamistes, aux “printemps arabes”. Aujourd’hui, elles sont les premières menacées par le vent du conservatisme.

Les premières élections démocratiques en Tunisie et en Egypte ont vite balayé leurs espoirs. Car un vent de conservatisme souffle aujourd’hui sur tous les pays du Moyen-Orient.

Souvenez-vous c’est en annonçant dans l’euphorie la libération de la Libye que Mustafa Abdel Jalil, alors président du Conseil national de transition, a promis l’application de la charia et le retour de la polygamie.

Les Tunisiennes étaient jadis enviées dans tout le monde arabe pour leur statut, mais la révolution du jasmin a tout bousculé. Un an et demi après la révolution qui était censée apporter plus de libertés, les Tunisiennes craignent aujourd'hui de voir leurs droits amputés.

Depuis le début, les islamistes d'Ennahda s'efforcent de donner une image modérée du parti. Avant les élections, ils avaient garanti que les droits des femmes resteraient intactes. Mais la réalité est tout autre : de plus en plus, les femmes se plaignent d'être harcelées en raison de leur tenue soit-disant contraire aux lois de l'islam. Quant aux Salafistes, des islamistes radicaux, ils ont beaucoup gagné en influence au sein de la société ainsi qu'en politique.

Au Parlement, les Salafistes font pression pour introduire la charia dans la nouvelle constitution. Une mesure qu'Ennahda a toujours refusé d'appliquer, le but n'étant pas d'instaurer un état religieux, mais une constitution à caractère séculier, comme en Turquie. Aujourd'hui, l'article 27 du futur texte est au coeur de la polémique. Il évoque la "complémentarité" des sexes. Une formulation qui, pour les Tunisiennes, enterre le principe d'égalité hommes-femmes, réduisant ainsi la femme à une simple compagne. Enfin, ce même article induit une différence de statut et donc de droits entre les mères et femmes célibataires et celles mariées.

En Égypte les islamistes et les libéraux tentent de surmonter leurs profondes divergences sur la future Constitution en sacrifiant les femmes. L'avant-projet de la Constitution , présenté le 10 octobre, ne remet pas en question l’article 36, qui stipule que “les hommes et les femmes sont égaux tant que cette égalité ne contrevient pas aux règles de la charia”. Mais reste à savoir qui définira le contenu de la charia, sujet à de multiples interprétations. Les uns pensent que les juges sont habilités à le faire, d’autres veulent réserver ce rôle à l’instance islamique d’Al-Azhar.

Depuis le 25 janvier 2011, les Frères musulmans et les salafistes ont multiplié les vexations et les violences contre les femmes. À la lisière de Boulak, le quartier de la presse où siègent les plus grands quotidiens, six salafistes ont investi un salon de coiffure, lançant des menaces de mort à l’encontre des femmes aux cheveux découverts. Dans un supermarché de Nasser City, des femmes voilées ont battu des femmes non voilées qui faisaient leurs courses. À Alexandrie, des bandes de salafistes ont saccagé des plages et détruit les cabines de bain pour dissuader les femmes de se baigner.

Les frères Musulmans avec la victoire de leur candidat, possèdent ce qu’ils n’avaient pas auparavant : la légitimité d’imposer leur vision religieuse et celle de la société. Dernièreement ils se sont distingués en proposant de réformer la khola, une disposition qui permet aux femmes de divorcer sans l’accord de leur mari, de réclamer la baisse de l’âge du mariage à 9 ans ou d’envisager le retour à la pratique de l’excision. Des tracts sont distribués près de la mosquée avec cet argumentaire : " Excisées, les femmes deviennent plus pudiques et protègent l’honneur de la famille."

Une femme non mariée ne peut pas prendre un appartement seule. Un couple non marié ne peut pas avoir de relations sexuelles. L’homme frustré de relations normales a donc le choix entre la violence, le terrorisme, la religion ou le bango, sorte de drogue qui ressemble à l’ecstasy.

En novembre dernier, une femme journaliste est agressée sexuellement par une centaine d'hommes, publiquement sur la place Tahrir, symbole de la révolution égyptienne. Elle n'est pas la seule. Quelques mois plus tôt, les forces de l'ordre arrêtent Samira Ibrahim, et lui font subir un "test de virginité".

La journaliste égypto-américaine et célèbre féministe Mona Eltahawy a écrit un article dans la revue américaine Foreign Policy, sous le titre provocateur “Pourquoi ils nous haïssent”, dans lequel elle parle de la haine des femmes dans le monde arabe. Il faut absoument le lire en cliquant ICI.

Toute la planète se pose désormais une question : les islamistes vont-ils transformer leurs pays en cauchemars théocratiques, à l’image de ce que les ayatollahs ont fait de l’Iran ? Vont-ils accroître encore la répression envers les femmes qui deviennent la ligne de front de l'affrontement entre séculaires et traditionalistes ? En tout cas sûrement qu'ils vont tout faire pour cela.

Mais les femmes de ces pays sont debout, malgré tout ce qu'elles subissent. Elles continuent de se battre et demandent notre aide dans notre savoir faire dans le "droit des hommes et surtout des femmes", par des conseils, sans ingérence. Comme ces onze journalistes blogueuses activistes qui ont couvert les révolutions arabes, pour la plupart d'entre elles en prenant de sérieux risques. Originaires de Bahreïn, d'Egypte, de Jordanie, du Maroc, des Territoires palestiniens, de Tunisie et du Yémen, elles sont venues au début du mois de juin en France à l'occasion d'un programme d'invitation de journalistes organisé chaque année par le Ministère des affaires étrangères. (Voir vidéo)

 

 

Sources : Tribune de Genève, France 24, Courrier international,


Moyenne des avis sur cet article :  4.41/5   (34 votes)




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12 réactions à cet article    


  • Henri Diacono alias Henri François 3 décembre 2012 15:50
    • à l’auteur,
    • Je tiens à vous signaler que sous la pression de la rue qui avait accueilli en masse femmes et hommes tunisiens, l’article dont vous faites allusion voulu dans la Constitution par le parti religieux (de plus en plus combattu actuellement dans le pays) a été purement et simplement retiré. Sachez également que les femmes tunisiennes demeureront très enviées dans le monde dit arabo-musulman car elles on été, sont et seront toujours en toute première ligne dans les manifestations pour la défense des libertés dans leur pays et en premier lieu les leures dont elles bénéficient depuis plus de 50 ans.

    • menou69 menou69 3 décembre 2012 17:45

      C’est exact le 24 septembre 2012, l’Assemblée nationale constituante a retiré de l’article cette notion de « complémentarité » pour réintroduire celle de « l’égalité ». Les signaux envoyés par le pouvoir restent néanmoins contradictoires.
      Le positionnement ambivalent du gouvernement tunisien a été constaté dans l’affaire du viol commis sur une jeune femme de 27 ans par des policiers dans la nuit du 3 au 4 septembre 2012 dans la banlieue nord de Tunis qui a ravivé toutes les inquiétudes quant à une évolution politique dommageable pour les droits des femmes tunisiennes. En effet, le 26 septembre 2012, la jeune femme violée a été convoquée par un juge d’instruction pour "atteinte à la pudeur« car elle aurait été trouvée par les policiers dans une  »position immorale" dans la voiture avec son petit ami. Elle passait alors du statut de victime à celui d’accusée. Le chef du Gouvernement Hamadi Jebali a condamné ce viol le 2 octobre 2012 et le Président Marzouki a présenté à la jeune femme violée les « excuses de l’État » le 4 octobre 2012.
      Le 29 novembre sont avocat Me Emma Zahrouni a déclaré que "la jeune femme et son fiancé ont bénéficié d’un non-lieu".
      Or nous avons appris ce matin que le ministère public avait fait appel du non-lieu, a déclaré l’avocate de la victime Me Bochra Belhaj Hmida.
      La jeune femme violée risque toujours aujourd’hui d’être inculpée pour atteinte à la pudeur.


    • Henri Diacono alias Henri François 4 décembre 2012 15:37
      • A l’auteur,
      • Vous voilà encore une fois mal informé ou plutôt oublieux de mettre à jour vos informations : il s’avère que l’avocate en question s’est trompée ou a menti. Aucun appel n’a été fait par les tribunaux ayant eu à débattre sur l’affaire de la jeune fille. Sachez aussi qu’en vertu d’un sondage local récent 85% des tunisiens (les hommes) pensent que les femmes sont leurs égales. Bon nombre d’entre elles occupent d’ailleurs des postes importants dans les activités sociales ou économiques du pays.
      • D’autre part il faudrait que de l’autre côté de la Méditerranée on admette une bonne fois pour toutes qu’un pays qui se débarrasse d’un despote après avoir vécu plus de cinquante ans sous le joug d’un pouvoir personnel et absolu, ne peut se parer d’une démocratie à l’occidentale en un an ou un peu plus. Un peu de patience et en ce qui concerne la Tunisie, faites confiance à son peuple, hommes et femmes confondus qui n’acceptera JAMAIS un pouvoir religieux ou un nouvelle dictature.
      • J’ajouterai enfin que de tout temps la région, au sud comme au nord de la mer, baigne dans le matriarcat

    • menou69 menou69 4 décembre 2012 16:33

      Cela aussi est exact, pourtant un porte-parole du ministre avait confirmé l’information à l’AFP donné par l’avocate de la jeune femme. C’est la confusion totale au sein du ministère de la justice tunisienne

      Mais le conseiller du ministre de la justice Fadhel Saihi a déclaré par la suite : "Le parquet n’a pas fait appel ni du non lieu concernant la femme et son ami ni de la décision d’inculper" les trois policiers,

      Cette décision a été annoncée non sans confusion. Ni le ministère de la Justice, ni l’avocate n’étaient en mesure en fin de journée d’expliquer ce cafouillage.

      « J’aurai accès au dossier demain » mardi, a indiqué Maître Belhaj Hmida.

      Une source au sein du tribunal de première instance de Tunis, qui traite l’affaire a indiqué à l’AFP ne « pas comprendre ce va et vient ».

      Une source qui a accès au dossier a déclaré : « Le parquet a voulu faire appel, mais finalement il ne l’a pas fait » sans pouvoir expliquer les raisons de ce revirement.

      Alors comment voulez-vous qu’on s’y retrouve, dans ces conditions l’information exacte est impossible quand elle change d’une minute à l’autre !


    • dominique 4 décembre 2012 10:26

      Dans ces pays là ils ont annonçé la sortie d’un nouveau film. Il sagit de « Retour vers le passé et la barbarie » et Wotan à raison


      • magma magma 4 décembre 2012 12:04

        merci pour cet article bien détaillé. C’est toujours les femmes les premières victimes des régimes tyraniques et c’est pour cette raison qu’il faut interdire aux religions de s’imicer dans le pouvoir


        • cedricx cedricx 4 décembre 2012 13:14

          Il est bon de rappeler, pour ceux qui s’intéressent à la région, que la première révolution arabe a eu lieu en Algérie un certain 05 Octobre 1988, un pays tout entier qui se soulève contre la chape de plomb imposée à l’époque par le pouvoir algérien, des centaines de morts, des milliards de dégâts, des milliers d’arrestations, la torture et tutti quanti ; un soulèvement populaire qui fut par la suite récupérée par les islamistes qui pourtant n’y étaient pour rien ; cette révolte qui fit voler en éclat la toute puissance du parti unique FLN, donna naissance à une myriade de partis politiques, puis dans la foulée la presse indépendante dont la liberté de ton n’a pas eu d’égale dans le monde arabe jusqu’à que la presse tunisienne s’affranchisse à son tour. La suite on la connait tous ; l’affrontement entre l’armée algerienne et le parti islamiste du FIS.... Et on l’impression que dans ces pays du « printemps » arabe, c’est un recommencement de cette histoire algérienne avec les islamistes qui déclarent la démocratie péché et qui intime l’ordre aux femmes de rester dans leur cuisine..


          • fmAA52 4 décembre 2012 14:24

            un pays tout entier qui se soulève contre la chape de plomb imposée à l’époque par le pouvoir algérien, des centaines de morts, des milliards de dégâts, des milliers d’arrestations, la torture et tutti quanti ; un soulèvement populaire qui fut par la suite récupérée par les

            BONJOUR CEDRIC
            curieux ce texte ! il me semble avoir lu il n’y a pas longtemps sur ce site qu’il n’y avait que l’armée française qui avait torturé en Algérie
            et WOTAn a raison, sauf que ça a déjà commencé !
            ce n’est pas un président qu’il va nous falloir bientôt, mais un chef !!


            • cedricx cedricx 4 décembre 2012 14:37

              BONJOUR CEDRIC
              curieux ce texte ! il me semble avoir lu il n’y a pas longtemps sur ce site qu’il n’y avait que l’armée française qui avait torturé en Algérie


              Oh la la le gros mensonge ! il a été dit effectivement que l’armée française avait torturé, pillé, assassiné et génocidé, ce que nul ne conteste. On parlait alors de la période de la guerre d’Algérie, de ce qui était de notre responsabilité, en tant que français dans une guerre coloniale ; pour ce qui est de la période de l’indépendance de ce pays ce n’est plus notre affaire ou plutôt ce n’est plus de notre responsabilité...

            • magma magma 4 décembre 2012 14:53

              mais si... tout ce qui est après ou avant est de la faute de la france, voir d’israel ou des usa ou des 2 ou des 3


            • fmAA52 4 décembre 2012 17:20

              ah ! la la ! c’est dur de se sentir coupable !!


              • El Lobo 9 décembre 2012 18:16

                Très bon article, merci surtout pour « sans ingérence ». Les révolutions arabes sont déjà de la poudre aux yeux destinées uniquement qu’à renverser les pouvoirs en place. Pourvu que les revendications pour les droits des femmes (ô combien légitimes dans ces pays) ne dérapent pas sur la pente d’un féminisme savonneux comme cela a lieu en Europe.


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