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Manifestations étudiantes au Chili : néolibéralisme = éducation chère et pourrie

Santiago – Le Chili est en proie à des manifestations étudiantes très importantes depuis plus d’un an. Les étudiants universitaires avaient d’ailleurs débrayé pendant plus de sept mois l’an dernier, effectuant de nombreuses occupations et forçant l’annulation ou l’extension des sessions. La grève n’a pas été relancée avec la nouvelle année scolaire, en mars, mais les manifestations continuent à coups de dizaines de milliers de personnes.

La plus récente manifestation nationale a eu lieu le 28 juin dernier : entre 100 000 et 150 000 personnes ont défilé le long de l’artère principale de Santiago, selon les estimations. D’autres villes de moindre taille ont aussi vu des attroupements de plusieurs milliers de personnes, selon des médias locaux. Le bilan : plus de 250 arrestations et une vingtaine de policiers blessés.

Il faut dire que les manifestations chiliennes ne sont pas de tout repos. Très tôt, la police a sorti les canons à eau et l’escouade anti-émeute. Après une demi-heure de manifestants qui arrachaient des morceaux de pavé pour les lancer aux policiers, un nouveau camion les a aspergés de gaz lacrymogènes.

Éducation trop chère

L’élément déclencheur fut la constatation que les familles chiliennes dépensent plus en éducation que presque partout ailleurs – parfois jusqu’à 10 000 $ par année – avec des revenus de seulement 16 000 $ par année, en moyenne. Selon l’OCDE, les Chiliens fournissent 75 % du coût total de l’éducation postsecondaire, alors que le gouvernement n’en fournit que 15 % ; en comparaison, l’agence indique que 80 % du financement est public dans la plupart des autres pays et juridictions (y compris au Québec, où il y a présentement un autre grand mouvement de contestation étudiante).

En conséquence, environ 40 % des étudiants chiliens ont une dette si importante que les paiements annulent toute augmentation salariale due à l’obtention d’un diplôme universitaire. Selon la terminologie néolibérale en vigueur, ils ne rentabilisent donc jamais leur investissement en éducation. Alors ils ont commencé à réclamer la gratuité scolaire.

Pas de grève, mais pas d’essoufflement

Pendant toute l’année 2011, alors que la grève étudiante battait son plein au Chili, le président Sebastian Piñera a refusé tout compromis. « Rien n’est gratuit », a-t-il lancé aux étudiants.

Questionnée à savoir pourquoi la grève n’a pas été renouvelée avec la nouvelle année scolaire, Camila Vallejo, présidente de la Confédération des étudiants du Chili (CONFECH) a affirmé qu’il fallait trouver de nouvelles façons de faire plier le gouvernement. « Sept mois de grève et d’occupations n’ont pas réussi à faire entendre raison au gouvernement », dit-elle. « On doit prendre conscience de ce fait et en apprendre quelque chose. »

Elle ajoute toutefois que « la conviction des étudiants demeure et on le voit dans la taille des manifestations ».

Selon elle, loin de s’essouffler, le mouvement est en train de s’élargir pour mettre en place les changements structurels nécessaires pour que l’État puisse prendre une place beaucoup plus importante dans le système d’éducation. Ce changement doit se faire sur le long terme : « La mobilisation estudiantine peut et doit être permanente », affirme-t-elle en entrevue.

Un problème : la Constitution

Selon Luís Casado, syndicaliste et éditeur du magazine de gauche Politika, cet élargissement des demandes est nécessaire pour assurer le succès des étudiants. Ceux-ci doivent d’ailleurs intégrer d’autres acteurs de la société dans la lutte : « Jamais dans l’histoire du monde les étudiants, seuls, n’ont réussi à changer un pays », affirme-t-il.

Le problème, pour les étudiants, est que la Constitution chilienne – héritée de la dictature de Pinochet – étend les valeurs néolibérales jusque dans le système d’éducation. L’article 19.11 stipule que « La liberté d’enseigner comprend le droit d’ouvrir, organiser et maintenir des établissements d’enseignement. La liberté d’éducation n’a aucune autre limite que celles imposées par la morale, les bonnes mœurs, l’ordre public et la sécurité nationale. »

Autrement dit, l’éducation est principalement une affaire privée et l’État n’a presque aucun pouvoir sur les établissements d’enseignement. C’est semblable dans bien d’autres sphères, ce qui pousse M. Casado à lancer qu’il y a « un mur, au Chili, qui s’oppose à toute solution démocratique ; ce mur s’appelle la Constitution. »

Camila Vallejo déplore aussi le manque de légitimité de cette constitution : « Des trois constitutions stables qu’a connues le pays, les citoyens n’ont jamais été consultés. Les constitutions chiliennes ont toujours été le fruit de conspirations de palais entre les militaires, l’oligarchie et la bourgeoisie nationale. »

Résultat : une éducation chère et mauvaise

Même si la constitution oblige l’État à offrir une éducation publique primaire et secondaire pour les classes défavorisées, la base du système d’éducation demeure l’entreprise privée. D’ailleurs, de nombreux politiciens, tant au pouvoir que dans l’opposition, sont actionnaires d’écoles privées, ce qui rend la tâche des contestataires d’autant plus difficile.

Une des demandes centrales des étudiants est de restructurer le système pour éviter que des écoles soient établies avec le seul but de faire des profits. « Nous sommes ici pour dire au revoir aux entrepreneurs voleurs et pour mettre fin de manière définitive aux profits en éducation », disait Gabriel Boric, un autre leader étudiant, lors de la manifestation du 28 juin.

Il est illégal, au Chili, de s’enrichir avec une école. Mais de nombreux établissements réussissent à contourner les règles, notamment en créant une nouvelle entreprise à qui appartient le terrain sur lequel l’école est construite ; l’école lui verse ensuite ses profits sous la forme de loyer.

Le système actuel favorise donc la création d’écoles qui n’en ont que faire de la qualité de l’enseignement. Selon Myriam Ramón, une journaliste de Santiago qui travaille pour une ONG qui s’appelle Educación 2020, environ 40 % des adolescents qui sortent du secondaire peuvent à peine lire leur diplôme.

Educación 2020 milite donc pour que l’État prenne une place beaucoup plus importante dans le système d’éducation, notamment en augmentant le financement des écoles publiques, mais aussi en instaurant un système de contrôle de la qualité et en participant à l’élaboration des programmes.

Le changement doit-il passer par le politique ?

Les problèmes sont donc très profonds au Chili et leur source est le texte fondamental du pays. La lutte s’annonce longue et ardue pour les étudiants, d’autant plus qu’ils ne font plus confiance aux partis politiques pour redresser la situation.

« La Concertación [NDLR : coalition de centre-gauche qui a mis fin à la dictature et qui forme actuellement l’opposition] nous a trahit en 2006 lors de la dernière grève, alors on ne fait plus confiance à ces partis », me dit Luís Jaqui, un vétéran de la mobilisation.

« Les Chiliens avaient confiance en Concertación pour qu’ils changent le système politique de Pinochet », ajoute-t-il. « Mais ça ne s’est pas passé, rien n’a changé. Le système tend toujours vers le statu quo et les partis trahissent toujours les mouvements sociaux. »

Le principal parti de la Concertación est Démocratie Chrétienne, un parti formé essentiellement d’entrepreneurs. Certains d’entre eux sont actionnaires d’écoles privées, tout comme quelques ministres du gouvernement de centre-droit de Piñera.

Le Congrès est donc réticent à l’idée de changer le système d’éducation en profondeur. Semblablement, régler la question par référendum est presque impossible : la constitution ne permet cette méthode que dans certains cas précis, comme lorsque le président et le Congrès sont en désaccord sur un sujet. Le peuple ne peut donc pas se faire entendre… même si 80 % des gens appuient les étudiants, selon divers sondages.

Difficile, avec un tel système, de concevoir un règlement politique à la crise. La seule issue possible, pour les étudiants, est de former des liens avec d’autres mouvements de contestation pour que le poids de toute la population se fasse ressentir sur le gouvernement et sur la classe dirigeante.

VIDEO : Reportage de Sandra Beltrami, citoyen reporter à Santiago du Chili.

Le 28 Juin 2012, plus de 150 000 citoyens ont descendu l’avenue principale de Santiago du Chili et des milliers d’autres dans d’autres régions. Les élèves ont été brutalement réprimés par la police avec des gaz lacrymogènes principalement, et plus de 400 arrestations ont eu lieu. A l’image de l’Espagne et d’autres pays dit démocratiques, le gouvernement chilien manipule l’information avec l’intention de promulguer une loi criminalisant la protestation sociale dans son intégralité.

Par Olivier Robichaud, pour Le Grand Ecart.

Plus d'info ICI




par Le Grand Ecart (son site) lundi 16 juillet 2012 - 3 réactions
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