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Accueil du site > Actualités > International > Matteo Renzi : « le démolisseur » !

Matteo Renzi : « le démolisseur » !

En Italie, l’offensive néolibérale continue avec force et frappe de plein fouet la population, à commencer par les plus précaires (jeunes, immigrés et femmes). Le nouveau gouvernement de Matteo Renzi pousse à l’extrême ces politiques dites « structurelles » déjà entamées par les exécutifs antérieurs (Letta, Monti et Berlusconi) dans le but déclaré de rendre le pays plus compétitif et de promouvoir cette sacro-sainte croissance qui est surtout synonyme de bénéfices exclusifs pour les détenteurs de capitaux et les entreprises.

En février 2014, le premier ministre Renzi (le plus jeune de l’histoire de la République italienne) est arrivé au gouvernement suite à la crise interne du parti démocrate (PD) et à la démission de son prédécesseur Enrico Letta. Désigné pour prendre le secrétariat du PD (parti majoritaire à la chambre des députés depuis les élections du mois de février), Renzi est pour la plupart des Italiens celui qui les a sauvés de l’instabilité typiquement italienne des gouvernements de gauche. C’est pourquoi il est considéré comme le sauveur, l’homme de la grande coalition gouvernementale alliant gauche, centre et droite, qui met tout le monde d’accord.

Bien que surnommé « Il Rottamatore » (« Le démolisseur »), en référence à sa volonté d’envoyer la vieille classe dirigeante italienne à la casse, le premier ministre ne s’est pas vraiment illustré en la matière… Il a plutôt contribué activement à la démolition des droits sociaux conquis par la population italienne depuis les années 60. Dans certains domaines, comme le droit du travail et les privatisations, ses politiques vont même bien plus loin que celles de ses prédécesseurs.

Par exemple, le « Jobs act », la dernière réforme du marché du travail créée par l’exécutif de Renzi, parachève deux décennies de réformes visant à libéraliser le secteur du travail et à le rendre toujours plus précaire. Dans la propagande gouvernementale, le Jobs act passe comme la recette infaillible pour la réduction du chômage, l’embauche des jeunes et la relance économique. Alors qu’en réalité, il se révèle être l’instrument privilégié de la précarisation des rapports de travail.

La nouveauté la plus importante de la réforme est « le contrat à protections croissantes », un type de contrat à durée indéterminée qui s’applique à tous les nouveaux embauchés à partir de l’entrée en vigueur de la réforme (le 7 mars 2015). Ce type de contrat prévoit que le travailleur ne bénéficie plus du droit aux prestations sociales qui sont normalement appliquées aux contrats de travail normaux (CDD et CDI). Ce droit est certes prévu mais sera appliqué après une certaine durée qui sera établie par des décrets d’application. En revanche, les gains pour les entreprises sont bien réels car celles-ci ne doivent verser aucune cotisation patronale pendant ce laps de temps. Mais les avantages pour les entreprises ne s’arrêtent pas là ! En effet, tout change aussi en matière de licenciement. Pour les nouveaux embauchés, la règle d’application de l’article 18 qui concerne le licenciement sans juste cause se restreint. Le nouveau contrat en effet introduit la possibilité pour l’entreprise de payer une indemnité aux travailleurs au lieu de les réintégrer dans le lieu de travail (comme prévu par l’article 18 avant ces réformes) même en cas de licenciement injuste

L’autre belle nouveauté du Jobs Act concerne la loi Poletti (du nom du ministre du travail) relative aux régimes des contrats à durée déterminée (qui vont de plus en plus remplacer des anciens CDI). Si avec l’ancienne loi (2001), un CDD devait être motivé par l’entreprise pour des « raisons à caractère productif, technique, d’organisation ou de substitution », le nouveau décret prévoit que l’entreprise ne doit plus aucune explication aux travailleurs. La seule limite établie concerne le nombre de ces contrats : pour les entreprises avec plus de 5 salariés les CDD ne peuvent pas dépasser 20% du total des contrats signés. Par contre, en dessous des 5 salariés il n’y aucune limitation (il faut rappeler que 94,4 % des entreprises en Italie sont des micro-entreprises). De plus, avec cette réforme, un CDD peut être renouvelé au maximum 8 fois dans un délai de 36 mois.

Il serait bon de rappeler aux politiciens qu’en Italie en seulement cinq ans (de 2008 à 2013) 1 million d’emplois se sont évaporés, avec un effondrement du nombre de CDI (- 46,4%) qui ont laissé la place aux CDD (+19,7%). Cela montre comment la précarité et la flexibilisation du travail, favorisées par les différentes réformes, ne créent pas de l’emploi mais au contraire en détruisent. Et la nouvelle réforme va encore un peu plus contribuer à cette destruction.

Enfin, le gouvernement a dédié tout un chapitre de sa réforme aux plus jeunes, qui s’appelle « Buona scuola » (la « bonne école »). Le type d’école promu par le gouvernement prend comme modèle celui de l’Allemagne : les programmes scolaires doivent s’aligner aux exigences du marché du travail. Cela signifie que les formations doivent être orientées afin que les élèves coopèrent et participent aux projets des entreprises, ce qui remet en question non seulement le caractère public des écoles mais surtout leur objectif d’éducation et d’émancipation.

Renzi et son gouvernement ne sont pas seulement responsables de la précarisation galopante, véritable fardeau de la péninsule, mais aussi du processus de privatisation du secteur public déjà entrepris dans les années 90. Dans un contexte de liquidation de tous les secteurs (santé, éducation, énergie, poste), le premier ministre déclare vouloir reprendre la privatisation du service de l’eau (que les Italiens avaient refusé par référendum en 2011), vouloir opérer une fusion des entreprises (de 8000 à 1000), mais aussi poursuivre avec la privatisation de l’ENEL (la plus grande entreprise énergétique du pays, déjà fortement privatisée), des postes italiennes et des chemins de fer (pour 40 % du capital). La privatisation de l’eau, la soi-disant nécessité de grands travaux publics (très coûteux et qui se font même parfois contre l’avis des mairies) et la réutilisation des incinérateurs font partie du « Sblocca Italia » (débloquer l’Italie), un autre décret- loi voté fin 2014.

En Italie, l’automne et l’hiver passés ont été marqués par les protestations contre le Jobs Act et le « Sblocca Italia ». Plusieurs mobilisations ont eu lieu dans les villes et les provinces concernées par la construction de projets inutiles. Un réseau s’est aussi mis en place entre plusieurs mairies se déclarant « anti décret-loi ». Concernant le Jobs Acts, des étudiants, des syndicats de base, des activistes des centres sociaux et des associations ont commencé à se ressembler dans les plus grandes villes du pays à partir du 14 novembre. Le cri est le même partout : « Grève sociale !  ». Ce mot d’ordre n’a pas été choisi par hasard : cette grève a été pensée surtout pour ceux et celles qui ne sont pas représentés par un syndicat à cause de la précarité de leur contrat de travail, de leurs conditions de chômage ou de leur travail indépendant sans protection, mais qui manifestent contre ces lois qui protègent uniquement les entreprises. Parmi les autres revendications, parallèlement à l’élimination du Jobs Act et au rétablissement de l’article 18, il y a le salaire minimum européen, un revenu de base universel, la fin du travail non rémunéré, la gratuité de la formation et la stabilisation des précaires. Qu’importe si le chemin est long, nous gagnerons !

D'aprés un article du cadtm repris sur 2ccr

« Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite » … B.Brech

D’autres personnages intéressants …


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11 réactions à cet article    


  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 1er juin 2015 20:54

    Arriver à faire tout un article sur les réformes structurelles en Italie, sans jamais dire que ce sont les politiques de l’ Union européenne, est quand même un tour de force !


    « Les GOPé, les Grandes Orientations de Politique économique » 2014/2015 pour les 28 pays de l’ UE.

    Le terme de « recommandations » est de la novlangue. C’est l’article 121 du TFUE qui permet à la Commission européenne de décider des politiques économiques des 28 pays.

    • Appolonius de Zante Appolonius de Zante 1er juin 2015 21:39

      @Fifi Brind_acier

      Oyez Oyez. La voix de son maître vient de vous sommer d’adhérer au nouveau catéchisme unique et obligatoire. Ne pensez pas obéissez à la voix qui pense pour vous.


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 2 juin 2015 06:56

      @Appolonius de Zante
      Dès 1992, en analysant le Traité de Maastritch, j’avais compris la nature politique réactionnaire de l’ Union européenne. Pas besoin d’ Asselineau, j’avais compris depuis bien longtemps !


      Et vous, ancien de l’ UPR, vous avez quoi à proposer ? à part poster votre commentaire débile après chacun de mes commentaires ?

    • mmbbb 2 juin 2015 11:40

      @Fifi Brind_acier oui tout ca c’est bien gentil mais la france est devenu un petit pays faible economiquement Les PME PMI en france n’ont jamais eu le potentiel de celles de l’Allemagne. Nous avons encore des secteurs comme l’aéronautique qui est perforamant Et quand Dassault avec son bureau d’etude arrive a produire des bons avions ,dans ce media on lui crache a la gueule comme par ailleurs on m’ a appris a detester le monde de l’entreprise a l’ecole Notre systeme scolaire est tout entier tourne a former des technocrates qui nous a fait rater la revolution numerique alors que nous fumes une nation pionniere en informatique ( Louis Pouzin et le genial Moreno et je pense a Mr Ichbiah qui fut l’inventeur du langage ADA) Si l’europe n’a pas toutes les vertus, les francais non plus. ils n’aiment pas l’economie et attendent tout de l’ETAT qui est beaucoup trop etouffant et dont l Enarque de base bien formate ne pense qu’ a pondre des taxes en tout genre De la taxe il y en France On sait faire que ca ou presque( le patrimoine de nos socialistes pour les plus fortunes est dans le pierre aucun n’a de PEA ) Quant l’Italie il est etonnant que la corruption ne soit pas mentionnee alors que cette corruption mine ce pays quoique que la France ne soit pas si bien placee aussi


    • Appolonius de Zante Appolonius de Zante 2 juin 2015 12:22

      @Fifi Brind_acier

      Vous avez raté le coche. Vous n’êtes la le Maître, mais le centimaître.


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 2 juin 2015 19:23

      @mmbbb
      Je vous rejoins sur un point, nos z’élites passent leur temps à valoriser l’ Europe, et à dénigrer la France et les Français. Mais involontairement, vous en faites autant : « petit pays faible économiquement », alors que la France est la 5e ou 6e puissance économique du monde...


      Comment font les autres pays pour survivre ? Comment font l’ Islande, la Suisse, la Norvège pour avoir quasiment le plein emploi ?
      Réponse, ils ne sont ni dans l’ UE, ni dans l’euro !

      Les énarques ont bon dos, il y a des énarques à Chypre ? en Grèce ? au Portugal ? en Espagne ? en Italie ? « Les illusions économiques de l’ Union européenne ». Voilà les vrais responsables.

    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 2 juin 2015 19:29

      @Appolonius de Zante
      ça ne s’arrange pas pour vous..., j’attends toujours vos brillantes analyses, c’est pour quand ?


    • mmbbb 3 juin 2015 12:55

      @Fifi Brind_acier La Suisse La Norvege deux contre exemples La Suisse n’a jamais voulu integrer l’ Europe et ce pays est reste maitre de ces decisions . L image d’Epinal de  la Suisse : un pays du fromage du chocolat et de la banque, ce pays a su garder une dynamique econique importante avec une by PalMall 1.1"> reelle liberte d’entreprendre Elle a de grands groupes Neste et Pharmacie entre autre et ce pays a un bon systeme educatif. Quant a la Norvege ce pays a la rente du petrole et a garde sa monnaie Ces deux pays ne survivent pas , ils sont prosperent by PalMall 1.1"> Votre mentor Asselineau qui est Enarque vous le dira Cette ecole qui a ete ouverte par de Gaulle a Uriage pour redresser la France , produit desormais des cadres qui pantouflent dans les mininteres et ne savent pondrent que des textes et « complexifier » la by PalMall 1.1"> reglementation francaise Prenez le temps de tapez Louis Pouzin sur Google et vous verrez comment vos chouchous nous ont fait rater la revolution numerique Comment cette oligarchie ( dont denoncait deja Kissinger dans un ouvrage puisque nous avons toujours l’arrogance de donner des lecons ) a mis la France a sac en cassant son industrie Il y a une particularite de ce pays et que notre elite n’est jamais responsable . C est votre entêtement à prendre l’Europe a partie qui me gene Les pays cites Grece Italie souffrent de corruption Ce n’est pas l Europe qui a institue la corruption La decheance de la Grece est due a elle meme L’europe n’a pas mis ce pays sous by PalMall 1.1"> tutelle Ces politiques véreux ont triche et ont profites de la manne financiere de l’Europe Ce pays n’a jamais mis en place by PalMall 1.1"> des normes fiscales  afin de recouvrer les impôts Qui a ete un des promoteur de cette adhesion VGE un enarque je suis desole (ce type qui apprartient a l’elite intouchable ,nous  a fait  paye aussi son emprunt indexe sur l’or ), alors que ce pays n’avait pas les bons criteres pour son adhesion  Quant a notre classement dans  les 2 decennies a venir, nous allons retrograder a la 9 eme place Je veux bien passe pour un idiot cela ne m’affecte pas

       


    • fred.foyn Le p’tit Charles 2 juin 2015 08:31
      Renzi..l’arnaqueur...comme en Grèce aujourd’hui..des « BOUFFONS » qui détruisent leur pays par incompétence.. !..(remarquez chez nous nous sommes gâtés avec les deux derniers présidents.. ?)

      • zygzornifle zygzornifle 2 juin 2015 08:46

        Démolisseur ? nous a a eu Sarkozy et qui risque de réapparaitre en 2017 pour finir le travail qu’Hollande est en train de continuer .....


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 2 juin 2015 19:27

          @zygzornifle
          Ou peut-être Juppé ? La Gôooche à l’air de bien l’aimer celui là !
          Allez savoir pourquoi ? D’ici à ce qu’ils aillent voter pour lui aux primaires...
          Chirac a bien fait voter pour Mitterrand pour se débarrasser de Giscard...

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Robert GIL

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