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Accueil du site > Actualités > International > Mauritanie : On vend les écoles primaires pour renflouer les finances (...)

Mauritanie : On vend les écoles primaires pour renflouer les finances publiques

En Mauritanie, le ministère des finances n’a pas trouvé mieux pour renflouer les caisses de l’Etat que de vendre les écoles primaires. Des écoles parcellisées pour en faire des boutiques. A leur vente, aux enchères, les commerçants se précipitaient pour acquérir des lots de ce qui fut un terrain du savoir et de l’Education de générations entières.

Dans le communiqué annonçant la vente, le ministère des finances mauritanien mentionnait : « Cette opération vise à améliorer d'une part l'aspect urbanistique des quartiers qui abritaient ces écoles et d'autres part encourager les opérateurs économiques à moderniser et développer leurs investissements, en plus des ressources que cette vente va générer pour le trésor public. ».

Si le ridicule, dit-on, ne tue pas, allié au mensonge, il est certainement mortel. Pour qui connait Nouakchott, « l'aspect urbanistique des quartiers », n’existe pas puisque d’urbanisme, au sens rationalisé du terme, il n’y en a point. Des agglomérations érigées à vau-l’eau sans aspects et des gourbis de banlieues, en bidonvilles difformes.

La véritable raison se trouve dans la volonté du gouvernement mauritanien de vendre tout ce qu’il peut pour qu’une nomenklatura généralissime puisse se servir et prospérer ; et ce ne sont pas les lieux cultes du savoir qui vont l’en empêcher. Un gouvernement qui a fait de l’Etat une immense boutique.

Alors que le niveau scolaire est des plus catastrophiques et que les populations pâtissent d’une sous-éducation criante par manque de structures éducatives en quantité et en qualité, l’Etat vend les écoles et s’en orgueuillit. 

En Mauritanie, la criminalité juvénile est à son summum et toute une jeunesse croupit dans des prisons que l’Etat s’évertue à agrandir et entretenir aux dépens des écoles qu’il vend. Une jeunesse qu’il prive d’une éducation adéquate, et ne lui trouve comme porte pour l’avenir que celle de ses prisons.

En vendant les écoles l’Etat mauritanien sous couvert de « développer les investissements », ouvre des boutiques de la criminalité et fermant lieux de l’Education.

Pour preuve : « Dimanche 27 juillet, au soir, à Dar-Naim-Est (quartier de Nouakchott, fameux lieu de prison d’Etat), une bande de jeunes armés de poignards a attaqué…. un boutiquier » (source : http://rimweb.net/nouakchott-un-boutiquier-attaque-par-une-bande-armee-a-dar-naim)

Ne faîtes pas confiance à un Etat qui vend les écoles….

“Celui qui ouvre une porte d'école, ferme une prison ” Ecrivait Victor Hugo. L’Etat mauritanien, est allé à contresens, Il ouvre les prisons et… vend les écoles. La prison est désormais l’école de la République. Et cela explique que l’Etat, de haut en bas, et la société civile qui l’applaudit naviguent dans la délinquance, morale et matérielle, quotidienne.

Un Etat qui vend les écoles aura tout vendu. L’avenir de ses enfants, l’avenir de générations entières, le devenir de toute une nation. Sacrifiés sur l’autel d’un mercantilisme corruptif qui, déjà, occupe par ses boutiques crasseuses à produits asiatiques, les terrains du savoir de nos petites têtes brunes. Ecole du Marché, Ecole 8…on vend au plus offrant ; qui s’en soucierait ?

“Le commerce est l’école de la tromperie.” ? Disait Vauvenargues ; en Mauritanie, il est pire que cela il est une école de la délinquance instituée en clans, tribus et autres ouailles du pouvoir qui se partagent les prébendes de sa seigneurie au sommet de l’Etat.

 

Ne faîtes pas confiance à un Etat qui vend les écoles….

"On ne reçoit de l'école que ce qu'on y a apporté" disait, de façon bien illustrée, Bill Watterson. Et qu’est-ce que l’Etat mauritanien y a apporté ? Misère des enseignants, délinquance des élèves, pauvreté des institutions scolaires et corruption des examens. Déjà, l’Etat avait préparé l’école à son bradage, il l’a transformée en lieu de vente et d’achat ; de l’attestation de présence au baccalauréat, tout se vend. Et cette culture de capitulation face à un savoir se devant d’être bien acquis, a semé le mal acquis, jusque dans le gain quotidien.

Ne faîtes pas confiance à un Etat qui vend les écoles….

Pour instruire le peuple, écrivait Tolstoï, trois choses sont nécessaires : "des écoles, des écoles et encore des écoles." (« Anna karenine »),

Ce à quoi les dirigeants mauritaniens ont substitué « …des prisons, des prisons et encore des prisons ». L’école de la délinquance et du déviationnisme social. On y jette tous ceux que l’on veut instruire à la culture de l’Etat : la violence, les coups d’Etats, les coups bas, le mal acquis, le népotisme et la corruption.

En vendant les écoles, la seule instruction que l’Etat reconnait est celle du juge, pas celle de l’académie.

A défaut de mettre le savoir en examen à l’Ecole, l’Etat sait mettre en examen (et en prison), à travers ses juges, ceux qui en savent trop.

Ne faîtes pas confiance à un Etat qui vend les écoles….

"Les dérangements cérébraux sont les plus dangereux : ils font école." (Louis Dumur- Petits aphorismes sur la sottise). Nos dirigeants sont les meilleurs élèves de cette école-là. Ils sont devenus des psychopathes du pouvoir, un pouvoir qu’ils ont squatté soit par la force (putschs) soit par la complicité d’élites véreuse et notables acquis (élections tronquées) et dans tous les cas au mépris du peuple.

On est loin de l’interpellation de Victor Hugo aux membres du Congrès international pour l'avancement des sciences sociales à Bruxelles (le 22 septembre 1862) : « Pour faire un citoyen, commençons par faire un homme. Ouvrons des écoles partout. ».

Une interpellation faite au 19ème siècle ! Au 21ème siècle, nos dirigeants… vendent les écoles. Ils n’ont besoin ni d’hommes, ni, encore moins, de citoyens, ils ont besoin de serfs acculturés, vivotant en grappes tribales, avec un mental moyenâgeux vivifiant le sectarisme et la violence comme au temps des hommes des cavernes.

Aujourd’hui, l’Etat, confondu avec son régime, veut maintenir le peuple dans l’ignorance, en monnayant, au sens propre et figuré, le lieu du savoir par excellence : l’école.

Ne faîtes pas confiance à un Etat qui vend les écoles.

Pr ELY Mustapha


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6 réactions à cet article    


  • Verdi Verdi 19 octobre 2015 14:07

    Merci pour cet excellent article.


    • Sozenz 19 octobre 2015 14:22

      tout dans ce monde sera vendu ( privatisé) pour nourrir les esprits affamés ( avides) qui ne sont jamais rassasiés.
      il suffit d imaginer un être capable de tout ingurgité , mais qui a toujours faim, que ses entrailles sont toujours en train de demander à manger et dont même la chair humaine ne rebute pas et que rien ne rassasie .
      et bien voila , le monde dans lequel nous vivons .....
      ce que vous exposez avec les écoles de la Mauritanie . c est ce qui se passe dans toutes les parties du monde . aucun endroit n est épargné.
      Ce monde matériel fonctionne avec les plus basses vibrations qu’ il soit .
      Ces affamés ont en leur possession assez de technologie pour tout dévorer .

      Malgré cet image qui peut paraitre pessimiste ;croyez en ce que cette épreuve que nous traversons puisse être la porte ouverte à la conscience et à réel changement .
      Le grands prédateurs destructeurs qui ne laissent de place à rien d autre qu ’à eux mêmes sont amenés tous à disparaitre.


      • zygzornifle zygzornifle 19 octobre 2015 17:23

        la « mort itanie » ....... il y en a qui vont se précipiter pour n’acheter que les gosses .....


        • devphil30 devphil30 19 octobre 2015 19:41

          Merci pour l’article très bien écrit et très enrichissant en terme de savoir.


          Il est navrant de constater partout dans le monde la baisse générale des niveaux et des apprentissages , les écoliers de demain seront démunis face à la manipulation grandissante des élites financières et politiques.

          On perçoit déjà une forte baisse de acquis inculqués en France , le fait de vendre des écoles en Mauritanie ou ailleurs est le signe de la soumission totale à l’argent .

          La dette a bien pour but d’asservir les nations , en privant d’éducation les enfants ils deviendront une masse corvéable sans capacité d’évoluer.

          Seuls les riches pourront fournir une éducation de qualité à leurs enfants , le système d’école pour tous décline dans le monde.

          La privatisation des écoles conduira à un élitisme et aussi verrons nous dans les écoles privatisées moins élitistes des cours subventionnées par des multinationales.

          Imaginons Coca , Philipps Morris vantant les mérites de leur produits .......

          Philippe 
           

          • Pr ELY Mustapha Pr ELY Mustapha 19 octobre 2015 23:10

            @toutes et tous,

            Merci pour vos réactions positives. Je ne fais, ici, qu’indexer l’une des nombreuses atteintes au peuple mauritanien et à son développement par une minorité détentrice d’un pouvoir usurpé par la force.

            Et si n’était que l’école ! Tout est bradé y compris les infrastructures publiques (routes,  aéroport..) à travers des marchés publics à soumissionnements et adjudications plus sombres que les avenues de Nouakchott et plus glauques que ses caniveaux jours de pluie.

            Le peuple mauritanien dans sa grande majorité, ses couches les plus faibles,  subit une oppression qui ne dit pas son nom et que l’on pourrait assimiler à un « génocide » culturel et social militaro-tribalo-religieux organisé sournois et  latent, visant la destruction  de ses valeurs humaines et sociales. Le bradage de l’école est l’un des moyens les plus apparents de ceux qui l’organisent.

            En l’avenir de la Mauritanie, je rejoins, hélas !, le camp des pessimistes, au moins en ce que, dit-on,  « le pessimiste est un optimiste averti ».  Averti et en alerte.

            Amitiés



            • Henry Canant Henry Canant 19 octobre 2015 23:55

              En Mauritanie, l’école étant obligatoire, les possédants d’esclaves les envoient à l’école à la place de leurs gosses.

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