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Pas de Nobel pour la Colombie ?

« On appellera colombes ceux qui privilégient la paix à tout prix et faucons ceux qui, pour préserver la paix, ne craignent pas d’envisager la guerre. Jusqu’au bout faucons et colombes s’affronteront. » (Alain Decaux, "De Staline à Kennedy").



Engagé depuis quatre ans, le processus de paix entre le gouvernement colombien et les guérilleros des FARC était sur le point de se conclure, mais le référendum du 2 octobre 2016 pourrait le remettre en cause. Pas sûr, du coup, que la signature de l’accord historique le 24 août 2016 par le Président colombien, Juan Manuel Santos, et le commandant en chef des FARC depuis novembre 2011, Timoleon Jimenez, soit consacrée par l’attribution du Prix Nobel de la Paix. Le prochain devrait être annoncé ce vendredi 7 octobre 2016 à Oslo.

Revenons à ce processus de paix.

Depuis plus de cinquante-deux ans, la Colombie est ravagée par une guerre civile particulièrement meurtrière : 260 000 personnes en sont mortes, 45 000 sont disparues, et 6,9 millions de personnes furent déportées (déplacées). Créées le 27 mai 1964, les FARC sont communistes et ont engagé des milliers de guérilleros (plusieurs centaines d’entre eux, chaque année, sont exécutés pour trahison ou désertion) et contrôlent une partie non négligeable du territoire de la Colombie.

À cette guerre civile particulièrement atroce (les guérilleros n’hésitent pas non plus à prendre des otages comme monnaie d’échange, la plus connue en France a été la sénatrice Isabelle Betancourt, candidate écologiste à l’élection présidentielle du 26 mai 22002, enlevée le 23 février 2002 et finalement libérée le 2 juillet 2008) a été préférée une solution négociée pour un accord de paix. Ce n’était pas évident, car l’État colombien attendait un cessez-le-feu unilatéral des FARC avant d’envisager de commencer à discuter.

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L’accession au pouvoir d’Alvaro Uribe, Président de la République de Colombie du 7 août 2002 au 7 août 2010, élu le 26 mai 2002 au premier tour avec 54,0% des voix (avec 46,5% de participation) et réélu le 28 mai 2006 au premier tour avec 62,4% des voix (avec 45,1% de participation) a privilégié la solution militaire pour terminer cette guerre par la force. Son père avait été assassiné par les FARC en 1983 et lui-même a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat dont une le 16 avril 2002 en pleine campagne présidentielle.

Alvaro Uribe avait réussi à réviser la Constitution colombienne pour pouvoir être élu une seconde fois (ce fut une première depuis un siècle) mais n’est pas parvenu à la modifier pour avoir le droit d’exercer un troisième mandat (la Cour constitutionnelle l’a rejeté le 26 février 2010). Ce fut alors son ancien Ministre de la Défense (du 19 juillet 2006 au 23 mai 2009), Juan Manuel Santos, qui lui succéda le 7 août 2010, élu le 20 juin 2010 au second tour avec 69,1% des voix (avec 44,3% de participation) et réélu le 15 juin 2014 au second tour avec 51,0% des voix (avec 47,9% des voix).

L’élection présidentielle de 2014 fut particulière puisque Juan Manuel Santos fut opposé, au second tour, au candidat du Centre démocratique, qui est un parti issu d’une scission avec le parti présidentiel (parti social d’unité nationale), créé le 20 janvier 2013 notamment par Alvaro Uribe, en considérant Juan Manuel Santos comme un traître pour avoir accepté d’engager le processus de paix avec les FARC en 2012. Oscar Ivan Zuluaga, le candidat en question, ancien Ministre des Finances et du Crédit public d’Alvaro Uribe (du 5 février 2007 au 7 août 2010), avait même dépassé Juan Manuel Santos au premier tour du 25 mai 2014 avec 29,3% des voix contre 25,7% des voix en faveur du Président sortant (avec 40,1% de participation).

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Le processus de paix a en effet démarré à La Havane le 26 août 2012. La procédure de discussion entre le gouvernement colombien et les FARC a été mise en place à Oslo le 18 octobre 2012 et les négociations ont eu lieu ensuite à La Havane à partir de novembre 2012.

Six points de discussions étaient à l’ordre du jour. Le 26 mai 2013, un premier accord a été conclu concernant la réforme agraire (les FARC sont recrutées essentiellement en milieu rural). Le 6 novembre 2013, un deuxième accord a eu lieu sur la participation politique. Le 16 mai 2014 (en pleine campagne présidentielle en Colombie), a été conclu un troisième accord concernant les drogues illégales. Le 15 décembre 2015, un quatrième accord traitait des réparations en faveur des victimes de la guerre civile. Le 23 juin 2016, un cinquième accord a permis un cessez-le-feu bilatéral avec dépôt des armes. Enfin, le 23 août 2016, un sixième accord a été décidé sur le mécanisme de ratification par le peuple colombien, ce qui a permis la conclusion d’un accord global de paix le 24 août 2016.

Le 23 septembre 2016, la 10e conférence nationale des FARC a validé l’accord de paix. Sa signature solennelle a eu lieu le 26 septembre 2016 à Cartagena, sur la côte antillaise (nord-ouest) de la Colombie, au bord des Caraïbes, avec une poignée de main de Juan Manuel Santos à Timoleon Jimenez, en présence de Raul Castro, qui supervisait les négociations (à noter que le Venezuela, qui avait rompu ses relations diplomatiques le 22 juillet 2010, s’est ensuite rapproché du gouvernement colombien depuis le début de ce processus, grâce à une diplomatie active du Président Santos).

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Le 18 juillet 2016, la Cour constitutionnelle avait déclaré constitutionnel le référendum d’approbation de l’accord de paix. La procédure était la suivante : si le référendum approuvait l’accord, le Congrès l’examinerait et si le Congrès le validait, la Cour constitutionnelle le contrôlerait. En cas de validation finale, le Président le promulguerait et l’accord aurait force de loi.

On notera la grande différence avec la procédure constitutionnelle française où le référendum français se déroule en aval et pas en amont du processus : il faut d’abord l’approbation du Parlement avant l’approbation du peuple. De plus, le Conseil Constitutionnel ne se permettrait pas de discuter de mesures constitutionnelles qui auraient été approuvées par le peuple, même si elles étaient en contradiction avec d’autres dispositions constitutionnelles ; il se permettrait seulement d’indiquer son interprétation en cas de problème concret.

Le référendum du 2 octobre 2016 a interrompu toutefois ce long processus de paix. Un peu à la surprise des sondages qui tablaient sur 55% de "oui". La question était : « Approuvez-vous l’accord final pour terminer le conflit et construire une paix stable et durable ? ». Il n’y a eu que 49,8% de "oui" (soit 6 377 464 voix) face aux 50,2% de "non". La participation a été plus faible que pour les quatre dernières élections présidentielles, seulement 37,4%. Pour que l'accord fût approuvé par ce référendum, il fallait qu'au moins 13% des électeurs inscrits (soit au moins 4 396 626 voix) se portassent sur le "oui" et que le "oui" fût évidemment majoritaire. Cela signifie que ce référendum est valide car il y a eu assez de participation (au moins 26% des électeurs inscrits). Géographiquement, on peut voir une certaine correspondance entre les zones contrôlées par les FARC et les zones qui ont donné un "oui" majoritaire.

Si les partisans des FARC étaient plutôt favorables à cette solution négociée qui leur permet de rentrer dans le jeu politique, les partisans de l’ancien Président Uribe étaient fermement contre cet accord de paix et trouvaient que la médiation cubaine a trop donné aux FARC. Certains, d’ailleurs, dans la classe politique, sont prudemment restés neutres. Le Président Santos a considéré que le nouveau parti de son prédécesseur (redevenu sénateur aux élections générales du 9 mars 2014) n’était qu’un mouvement d’extrême droite qui prônait la poursuite de la guerre avec des forces paramilitaires.

La paix était-elle fichue pour autant ? Probablement pas politiquement, puisque le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé qu’ils restaient favorables à la paix et au cessez-le-feu. Il va donc leur falloir trouver une méthode juridique pour que cette paix négociée puisse quand même se retrouver dans les textes, sans doute en renégociant l’accord de paix sur certains points qui auraient suscité le rejet (très serré) des électeurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La paix entre le gouvernement colombien et les FARC.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Peuple et populismes.

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3 réactions à cet article    


  • docdory docdory 5 octobre 13:31

    @ Sylvain Rakotoarison

     Les colombiens se sont sans doute souvenus de la phrase de Churchill : « vous avez voulus la paix au prix du déshonneur, vous n’aurez pas la paix mais vous aurez le déshonneur » .
    Cet accord de paix, qui équivalait à laisser une quasi-impunité à des assassins en gros, ne pouvait pas être accepté par le peuple colombien.
    Cet accord ressemble beaucoup dans son esprit à la politique de « concorde nationale » de Bouteflika qui a, en principe, mis fin à la guerre civile algérienne des années 90.
    Cette politique algérienne, en laissant impunis de nombreux criminels, va aboutir à une conflagration sanglante dès que Bouteflika sera mort ( ou dès qu’il sera officiellement mort ? ). La guerre civile de succession, qui va inéluctablement survenir en faisant des centaines de milliers de victimes, va probablement entraîner l’instauration d’une nouvelle théocratie islamique en Algérie, par ceux-là même qui n’ont pas été châtiés à la hauteur de leurs crimes au moment où ils auraient du l’être...


    • escoe 5 octobre 18:29

      @docdory "Cet accord de paix, qui équivalait à laisser une quasi-impunité à des assassins en gros, ne pouvait pas être accepté par le peuple colombien."

      C’est oublier un peu vite que les milices paramilitaires équipées et encadrées par les Etats-Unis et Israël ont exécuté des centaines de millier de personnes en toute impunité.


    • zygzornifle zygzornifle 5 octobre 13:40

      Bah Hollande leur enverra des légions d’honneur ........

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