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Violer et fouetter sa femme mène à Dieu ?

Entre la nouvelle loi afghane qui légalise le viol marital, l’adoption de la charia dans certaines régions du Pakistan contre un cessez-le-feu avec les talibans, et un fait divers intégriste mené par la police religieuse en Arabie Saoudite contre les réformes libérales du roi, tout porte à penser que les femmes continuent à être des monnaies d’échanges politiques, asservies et déshumanisées.

afghane.jpgSale temps pour les femmes musulmanes...Sale temps pour les femmes tout court. Trois nouvelles, tombées à quelques semaines de distance, autorisent à penser qu’en dépit des efforts fournis un peu partout dans le monde, il n’y a rien à faire pour faire évoluer l’humanité dans le bon sens, celui du respect de la dignité humaine.

On a pu entendre aujourd’hui la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade, s’insurger contre une nouvelle loi afghane, qui interdit aux femmes "de quitter la maison sans la permission du mari" et leur "dicte obéissance pour les rapports sexuels, sauf dans les cas où la femme est malade, ou si les rapports sexuels aggravent sa maladie". Autrement dit, cette loi légalise le viol marital. "La femme est tenue d’apporter une réponse positive aux désirs sexuels de son mari." Quels que soient les désirs, devrait-on ajouter.

Essayons de rire un peu, l’Afghanistan s’est engagé récemment à ne plus favoriser les discriminations envers les femmes.

Or, le président afghan, Hamid Karzaï, a donné son aval à cette loi dans un but uniquement électoral auprès de la minorité chiite hazara (qui représente 15% de la population). Selon certains parlementaires, la loi n’a jamais été débattue au Parlement, et permet uniquement à cette minorité de régenter sa vie familiale selon ses souhaits. De nombreux Etats occidentaux ont fait connaître leur vive inquiétude devant cette loi...Inquiétude qui retombera comme un soufflet et sera très vite oubliée.

Fouettée, filmée, politisée

Le même jour, l’Angleterre et le monde découvraient avec horreur la vidéo prise avec un téléphone portable d’une femme pakistanaise fouettée en public. Deux hommes la maintiennent au sol tandis qu’un troisième lui administre 37 coups de fouets pour être sortie de son domicile en compagnie d’un autre homme que son mari. "Elle est sortie de sa maison avec un homme qui n’était pas son mari, on doit la punir. Il y a des limites à ne pas dépasser", a tenu à expliquer un porte-parole des talibans, joint par téléphone par le quotidien britannique.

La malheureuse hurle dans sa langue : "Tuez-moi ou arrêtez", tandis que le supplice s’éternise. La vidéo est visible sur le site en ligne du Guardian, et est franchement difficile à regarder jusqu’au bout.

La vidéo a été publiée sur le site du Guardian, grâce à une anthropologue et documentariste pachtoune, Samar Minallah. Elle met l’accent sur une négociation aux conséquences très graves. Selon Samar Minallah, la scène a été tournée dans la vallée de Swat (nord-ouest du pays), il y a moins de dix jours, et serait donc postérieure à la signature de l’accord du 16 février entre les autorités et les talibans. En échange d’une trêve dans les combats qui font rage depuis deux ans, les fondamentalistes ont obtenu que des tribunaux islamiques travaillent dans cette région.

Pourquoi avoir filmé la scène ? Sans doute pour montrer au monde que les talibans font leur loi, et depuis longtemps.

Punie à 75 ans

Dernière nouvelle du même acabit, cette fois en Arabie Saoudite, parue dans l’édition du Monde du 18 mars. Une veuve syrienne de 75 ans, Kamisa Sawadi, résidente du pays, a été condamnée à recevoir 40 coups de fouet et à purger quatre mois de prison. Elle avait reçu chez elle deux hommes qui ne faisaient pas partie de sa famille directe. C’est en sortant de son domicile que les deux hommes ont été arrêtés par une charmante milice religieuse, les mutawa. Ils ont eu beau expliquer qu’ils faisaient les courses de la vieille dame, et que l’un d’entre eux était notamment le neveu de son défunt mari, c’était hors du "chemin de Dieu". Pour la peine, fouet et prison pour eux aussi.

Mine de rien, fouetter une femme de 75 ans, même dans un Etat islamique comme l’Arabie Saoudite, ça fait du bruit. Le roi Abdallah , très décidé à éliminer les éléments radicaux de son gouvernement, venait à peine d’instituer des réformes libérales, notamment en limogeant le redouté chef de la police religieuse citée, appelée "Commission pour la promotion de la vertu et la répression du vice". Le remplaçant s’est dit favorable au pardon plus qu’à la répression. A travers ce "fait divers intégriste", les mutawa auraient ainsi montré leur désaccord envers cette tendance à l’ouverture d’esprit...

C’est sans solutionviolence.jpg

Esclaves de l’ego et des désirs des hommes, sans possibilité de se rebeller, au nom "du chemin pour respecter la Loi de Dieu" (puisque telle est la signification de la "charia")... Faut-il que les hommes soient faibles, lâches et peu sûrs d’eux face à l’autre moitié de l’humanité, pour recourir depuis des siècles à des "principes de vie" aussi absurdes et injustes.

Il y aura toujours des faibles pour payer et être écrasés par les forts. Les ouvriers par les patrons, le peuple par le dictateur, le Sud par le Nord, les femmes par les hommes, la Nature par l’Homme. C’est sans solution.

Ceux qui lisent, s’informent et prennent connaissance de ces faits, se posent globalement la même question : pourquoi n’entend-on pas les réactions d’autres musulmans, qui ne soient pas intégristes ? Car ils se font étrangement silencieux. Qui ne dit mot consent ?



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Les réactions les plus appréciées

  • Par Riposte Machique (---.---.---.119) 4 avril 2009 20:43
    Riposte irrédentiste

    ISRAËL : DEUX FEMMES MINISTRES EFFACÉES D’UNE PHOTO
    Etre une femme ministre peut être gênant pour la presse juive ultra-orthodoxe. C’est en tout cas ce que prouvent les publications Shaa Tova et Yated Neeman en les supprimant de la photographie de famille du nouveau gouvernement. Le permier, un hebdomadaire, a noirci les silhouettes de Limor Livnat et Sofa Landver tandis que le second a carrément usé de photoshop pour remplacer les deux femmes ministres par deux de leurs collègues masculins. La raison de ce geste ? Les « haredim » (ceux qui craignent Dieu en hébreu) jugent indécentes les représentations féminines. Lors de la campagne des dernières élections législatives, la candidate Tzipi Livni s’était vue interdite de séjour dans certains quartiers ultra orthodoxes de Jérusalem. Son visage avait même été effacé dans certaines zones intégristes du pays. 

  • Par Christophe (---.---.---.18) 4 avril 2009 11:30
    Christophe

    @L’auteur,

    Article très intéressant qui montre la dérive de la régression de la condition des femmes dans des pays comme le Pakistan ou l’Afghanistan.

    J’émmettrai un seul bémol. La vidéo à laquelle vous vous référez est certes sortie récemment mais elle a été réalisée et transmise à l’anthropologue de façon anonyme et les médias traditionnels eux-mêmes expriment qu’elle n’est ni ne peut être datée. Restons vigilant sur la manipulation, même si une telle vidéo renforce les inquiétudes légitimes que nous pouvons avoir.

    Dans le domaine de la liberté des femmes, dans les pays où la politique rime avec religion, nous pourrions accepter que l’évolution tend vers une amélioration. Ce n’est malheureusement pas le cas et les positions de nos propres gouvernements interpèlent quelque peu.

    Comme vous le dites, ce sont les adeptes d’une religion qui peuvent la faire évoluer. Même dans ce cas, l’évolution est longue ; nous n’avons pas encore atteind l’égalité entre les hommes et les femmes en 2-3 siècles dans nos propres pays, même si nous sommes sur une bonne voie. C’est donc de s’engager sur cette voie qui est primordial, mais il ne faut attendre un traitement accéléré tant la culture religieuse s’inscrit en profondeur dans les cultures où politique et religion ne sont pas séparées.

    Pour mettre en évidence le poids des cultures, même dans des démocraties, référez vous aux pratiques dans les villages reculés de l’Inde ; deux jeunes ont subis, il y a environ un an, dans un village, le suplice du pal pour avoir eu des relations amoureuses trans-castes. Il y a une grande différence entre les deux cas ; la constitution indienne renie les castes (même si elles perduent dans les faits) alors qu’en Afghanistan et même dans les zones tribales du Pakistan, la législation recule en ce domaine puisque la Charia revient en force (je partage les inquiétudes de Rama Yade).

    Concernant Karzaï, les pays de l’OTAN sont quelque peu ennuyés. Ils savent très bien que si le président afghan ne se rallie pas à des branches à forte tendance religieuse (voir les coutumes afghanes dans les villages), il ne pourra tenir au pouvoir. C’est, à mon sens de la realpolitik qui pousse nos dirigeants à le soutenir quitte à faire quelques critiques, mais uniquement du bout des lèvres. Karzaï, en cédant à certains principes religieux, tend à essayer de glaner quelques soutiens à l’extérieur de Kaboul ; actuellement, il est le président élu à Kaboul, mais nullement de l’Afghanistan dans son intégralité territoriale.

  • Par Tama (---.---.---.237) 4 avril 2009 17:43

    @ farkanscheltabres 							 														 (IP:xxx.x62.85.53)

    Euh, votre commentaire, c’est du second degré j’espère ?!?

  • Par Surya (---.---.---.225) 4 avril 2009 13:28
    Surya

    Bon article utile, juste une petite chose sur laquelle je voudrais pinailler, lorsque vous dites : il y aura toujours des faibles et des forts. Je pense qu’il ne faut surtout pas intégrer l’idée qu’il y a des forts et des faibles, que les ouvriers sont les faibles par rapport aux patrons, les femmes sont les faibles par rapport aux hommes etc. Je crois qu’il vaut mieux parler de pouvoir et d’absence de pouvoir. Les femmes en bavent, mais elles sont fortes au contraire, très fortes. Si nous n’étions pas si fortes, comment supporter certains traitements qu’on nous fait subir de part le monde ? Comment avoir encore le courage et la volonté de résister ou se battre ?
    De plus, pour ce qui concerne les autres "faibles", je suis intimement persuadée que les dictateurs finissent toujours pas tomber, tôt ou tard. C’est ce que l’histoire montre (mais que de souffrances endurées en attendant qu’ils tombent !), et la nature finit toujours par reprendre ses droits...

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