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Accueil du site > Actualités > Médias > Facebook en bourse : à quand la gueule de bois ?

Facebook en bourse : à quand la gueule de bois ?

L’introduction de 15 % du capital de Facebook en bourse a représenté une opération de 16 milliards de $, ce qui valorise la société à 104 milliards de $, soit 28 fois le chiffre d’affaires de la société en 2011 et 155 fois son résultat net.

Rappelons que la valeur des entreprises parvenues en vitesse de croisière est de l’ordre d’une année de chiffre d’affaires ou 10 années de résultat.

Facebook va devoir multiplier son activité par un facteur de l’ordre de 20 à 30, en maintenant un taux de rentabilité très élevé, avant de pouvoir rémunérer « convenablement » ses nouveaux actionnaires.

Est-ce bien réaliste ?

Ouvert à tous publics depuis septembre 2006, Facebook est aujourd’hui utilisé par 900 millions de personnes. Le potentiel total accessible pour le réseau social, selon la société elle-même, est de l’ordre de 2 milliards d’individus, ce qui n’autoriserait, au maximum, qu’un gros doublement d’activité. Il n’est par ailleurs pas exclu que l’activité de réseau social soit concurrencée par de nouveaux entrants.

Accroître la rentabilité nette ?

Elle est aujourd’hui de l’ordre de 20 %, ce qui est déjà considérable, et pourrait donner des signes de tassement.

Accroître le chiffre d’affaires généré par utilisateur ?

Celui-ci est aujourd’hui constitué à 80 % par la publicité. Il est bien sûr concevable de développer le portefeuille d’annonceurs, mais il y a aussi des clients qui résilient ou ne renouvellent pas leur contrat. Dont récemment General Motors. En outre, beaucoup d’adeptes de la première heure considèrent que « réseau social » et « publicité » ne font pas bon ménage.

Développer d’autres activités ?

20 % du CA de Facebook provient déjà d’applications hors réseau social. L’entreprise vient d’acquérir, pour 1 milliard de $ l’entreprise et l’application de partage de photos sur mobile Instagram, qu’il va falloir maintenant rentabiliser. Les 11 milliards de $ de trésorerie dont dispose Facebook lui donnent de l’artillerie pour continuer à développer ou acheter du « chiffre d’affaires » mais les enjeux de croissance rappelés ci-dessus sont tels que les potentiels et rentabilités usuels n’y suffiront pas : il va falloir inventer quelques réussites du même calibre que le réseau social pour espérer y faire face.

On peut donc penser que, pour les nouveaux actionnaires, l’espérance de gain est surtout à court terme, et sous réserve que l’engouement pour le nom Facebook conduise le marché à « spéculer sur la spéculation ». La première journée de cotation n’a pas été brillante. Elle s’est terminée avec un petit gain de 0,61 % et cela pourrait ne pas s’arranger car beaucoup de professionnels de la finance sont circonspects.

Nul doute par contre que l’opération aura été excellente pour les créateurs et actionnaires de l’entreprise qui se sont partagés une dizaine de milliards de $.

Marck Zuckerberg, le fondateur, met en avant la « mission sociale » de Facebook (« Nous ne développons pas des services pour faire de l'argent ; nous gagnons de l'argent pour bâtir de meilleurs services »). D’autres, comme lui, ont eu le talent de donner un développement fulgurant à des entreprises démarrées entre copains, dans un garage ou une chambre d’étudiants, avec la volonté de se démarquer du modèle des affaires dominant, avant d’être eux-mêmes saisis par le virus du gigantisme et du profit exceptionnel.

Facebook est encore avant tout un réseau social. Le simple fait que les dictateurs s’en prennent à lui suffit à démontrer qu’il peut être utile.

Mais Facebook peut aussi être une formidable entreprise d’asservissement, au service d’un consumérisme « compulsif » : publicité envahissante, fichage, développement de « boutiques » de marques (exemple de jargon : « Social Media, Site internet, Application mobile, Retailtainement, QR Code sont les ingrédients de ce relooking très social/digital », grotesque ou sinistre ?). Etre ou ne pas être « likée » sur Facebook, là est la question.

La « mission sociale » de Facebook va ainsi être mise à rude épreuve par les objectifs de croissance et de rentabilité de la société sans que, pour autant, cela suffise nécessairement à éviter que les nouveaux actionnaires soient les dindons de la farce.

Ils pourraient ne pas « liker » cela.


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23 réactions à cet article    


  • wesson wesson 21 mai 2012 11:21

    Bonjour l’auteur, 

    allez, je n’ai pas votre pudeur alors je vais l’écrire directement : Cette introduction en bourse est une arnaque. 

    C’est d’ailleurs la règle dès que des petits porteurs arrivent, ils se font toujours empapaouter, c’est comme ça, c’est aussi vieux que le capitalisme. 

    Des réseaux sociaux, il y en a eu déjà beaucoup et il s’en crée tout le temps. Pour mémoire Twitter, Facebook, LinkedIn, Google+, MySpace. Il y a aussi des messageries instantanées qui peuvent être considéré comme des pré-facebook : ICQ, Yahoo !, AIM, Gtalk, MSN, IRC, Gadu-Gadu, SILC

    Et d’autres plus spécialisés comme Digg, Stumble Upon, Flickr, Feedburner, Skype, Delicious, Reddit, FriendFeed, Gowallz, viadeo, foursquare, Youtube, Dailymotion, etc etc...

    Dans ce contexte évidemment, on ne peut pas voir autrement autrement qu’ayant atteint une sorte de palier difficilement dépassable.

    • scripta manent scripta manent 21 mai 2012 14:03

      Bonjour Wesson,
      Salutaire rappel : il y a effectivement pléthore d’outils.
      L’expérience montre d’ailleurs que ce ne sont pas nécessairement les plus performants ou les plus innovants qui prennent l’ascendant commercial. Le cas Microsoft est exemplaire. A l’époque de son accord avec IBM, le système d’exploitation MS DOS supportait mal la comparaison avec d’autres offres, mais IBM a pris la décision de l’utiliser, tout en laissant Microsoft libre de le commercialiser par ailleurs. Cette incroyable « négligence » d’IBM s’explique sans doute par le fait que ses dirigeants, pendant longtemps, n’ont pas cru au concept de l’ordinateur « individuel ». Et ce fut le vrai début de toute l’histoire. 
      Pour Facebook, le succès actuel, et sa relative protection, viennent de l’effet « boule de neige » : « tout le monde » veut se trouver sur le réseau qui a la melleure audience.
      Jusqu’à ce qu’un petit nouveau développe un autre pôle d’attraction ?


    • bruno 21 mai 2012 15:41

      Exact. Je continue à penser que Facebook est une mode. L’effet de mode est planétaire, mais il n’empêche que je ne parierais pas un kopek sur l’avenir de Facebook à 10 ans d’ici.


    • Talion Talion 22 mai 2012 22:51

      Il me semble que l’effet de mode a d’ailleurs été beaucoup aidé par un certain film...

      Le budget de cette publicité au format cinématographique aura été largement rentabilisé par le ratissage qu’a permis l’entrée en bourse de cette gigantesque baudruche.

      La plus belle arnaque du millénaire ! Zuckergerg aura réussi a refourguer ses actions en moltonel à un prix unitaire indécent qui va lui garantir de passer le reste de sa vie dans la peau d’un gros nabab à cigare...

      Et en plus il aura réussi cet exploit juste avant l’effondrement final de la bourse US.

      J’espère néanmoins qu’une quelconque justice immanente finira par le rattraper et qu’il finira ses jours en se faisant sodomiser à répétition dans les toilettes d’un pénitencier de haute sécurité américain.


    • jmdest62 jmdest62 21 mai 2012 12:20
      Éternel recommencement........

      De phénomène de mode « Facebook » s’est transformé en "modèle économique« à la gloire de la réussite triomphante du »rêve américain" et vaudrait 100 milliards de dollars !

      Les gens qui ont un peu de mémoire doivent se rappeler qu’au début des années 2000 une "énorme bulle" internet a explosé laissant sur le carreau des milliers de petits épargnants qui faisant confiance aux "soi-disant spécialistes économiques" avaient investi dans ce que l’on appelait à l’époque les NTIC.

      A cette époque l’argent des petits investisseurs était passé dans la poche des gros (malins) investisseurs qui eux avaient vu venir les choses et les avaient même déclenchées.

      Avec « Facebook » nous sommes, me semble - il, dans la même configuration car « Facebook » ça n’est que du vent... Et je ne suis pas loin de penser que Zuckerberg n’est qu’un Madoff puissance 10.

      @+.


      • scripta manent scripta manent 21 mai 2012 14:09

        Oui, la bulle « internet » procédait de la même aliénation collective.
        A l’époque, si l’on cumulait les « business plans » des sociétés qui aspiraient à la manne boursière, il aurait fallu quelques centaines de millards de clients sur terre pour assurer les chiffres d’affaires annoncés.
        Bref, l’avion ne pouvait pas voler. Mais les passagers se sont tout de même disputés pour embarquer !


      • jmdest62 jmdest62 23 mai 2012 12:04

        la gueule de bois c’est déjà maintenant.....

        @+


      • scripta manent scripta manent 23 mai 2012 14:00

        L’article du Monde.fr de ce jour, que vous signalez, fait état d’une opinion d’analystes selon laquelle 28 $ par action aurait été correct. Voila qui est bien optimiste, car cela valorise encore l’entreprise à environ 20 fois son chiffre d’affaires !
        Des procédures juridiques s’annoncent aux USA. A suivre !


      • le journal de personne le journal de personne 21 mai 2012 15:01

        La bourse ou les amis ?

        Les bons comptes font les bons amis

        Lieu commun qui ne m’inspire rien de bon

        Bonté divine...

        Que l’homme est mesquin

        Bonté divine...

        Que la femme est mesquine !

        Les bons comptes font les bons amis....

        Ha ! Ha ! Ha !et pourtant c’est ce qu’on dit !

         

        http://www.lejournaldepersonne.com/2012/05/la-bourse-ou-les-amis/


        • pidgin 21 mai 2012 15:36

          Personne, vous avez raison, le terme « amis » est galvaudé sur Facebook, « relations » serait plus adapté et nous en sommes déjà à « relations commerciales » ...
          Petite réflexion philosophique sur le mal (c’est intentionnellement que je ne mets pas de majuscule) : il se travestit pour attirer, il est mensonge, il est mouvement, et son perpétuel changement nécessite un effort toujours renouvelé pour le débusquer ...


          • scripta manent scripta manent 21 mai 2012 16:41

            Bien vu : on commence avec quelques « amis », on se retrouve avec une cohorte de « relations » virtuelles, puis avec des « relations ... commerciales » omiprésentes, avides de matraquage publicitaire et de vente aux moutons de panurge.


          • bruno 21 mai 2012 16:07

            On lit ceci dans la presse (La tribune : http://www.latribune.fr/technos-medias/internet/20120518trib000699237/les-banques-conseil-de-facebook-lui-epargnent-une-deroute-complete.html)

            "Selon plusieurs intervenants de marchés, les banques conseil, et plus particulièrement Morgan Stanley et JPMorgan, ont été à la manoeuvre en fin de séance pour soutenir le cours. Tout comme elles l’avaient été à peine 20 minutes après la première cotation, à 11h30, heure de New York, lorsque l’action avait déjà touché les 38 dollars. Elles permettent ainsi à la société de Mark Zuckerberg de sauver la face. En attendant la séance de lundi, qui pourrait à nouveau être bien délicate."

            Ca s’appelle de la manipulation de cours ou je m’y trompe...
            D’ailleurs, à titre de preuve supplémentaire... Goldman Sachs s’est livré à un jeu que ne renieraient pas certains bandits qui manipulent des penny stocks :

            On notera que quand un petit boursicoteur fait cela il est hors-la-loi, mais que quand GS, MS et JPM le font, ils sont dans la parfaite légalité. Elle est belle, la finance !

            Une remarque cependant : les particuliers qui ont acheté du FB sont des VEAUX. Rien ni personne ne les obligeaient (surtout par les temps qui courent...) à se plier ainsi à une telle arnaque.


            • scripta manent scripta manent 21 mai 2012 16:34

              Lu dans Le Monde du 21 mai :
              « La banque d’affaires Goldman-Sachs, un des conseils de cette opération (...) devait vendre initialement 22 % des parts qu’elle y détenait. Mais, peu avant l’entrée en bourse, elle a décidé de se séparer de la moitié d’entre elles. D’autres investisseurs importants ont suivi le même mouvement : la société de capital-risque Peter Thiel a mis en vente 50 % de ses actions, au lieu des 22 % prévus. »


            • bruno 21 mai 2012 19:12

              A 19h le titre est à moins de 35 $, soit une baisse de quasiment 8%. Ce n’est pas l’introduction en bourse la plus enthousiaste qu’on ait vu...
              Je prends les paris : dans moins de 3 mois, elle vaudra 20 $


              • bruno 26 août 2012 15:38

                Je me suis trompé pas trompé de beaucoup sur le timing smiley


              • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 21 mai 2012 19:27

                Facebook a voulu faire une bulle en pétant plus haut que son cul . Les investisseurs ont senti l’odeur et fuient !


                • Switcher 21 mai 2012 21:33

                  Le chiffre de 900 millions de comptes est une arnaque : comptes abandonnés, double-comptes, pipotage médiatique (le demi-milliard pour la sortie de The Social Network, quelle aubaine), etc.


                  Facebook est une baudruche dont la seule existence est de préparer un internet à deux vitesses et à diviser ce dernier en entités hautement profitables.

                  Patience.

                  • scripta manent scripta manent 21 mai 2012 21:52

                    Vous nous mettez en appétit, mais on reste sur sa faim : comment démontrer tout cela ? sources ?


                  • alphapolaris alphapolaris 22 mai 2012 11:10

                    +1

                    L’internet a deux vitesses est une des raisons pour lesquelles je n’aime pas Facebook. Vous devez avoir un compte pour y consulter les informations qui y sont stockées. J’ai vu des sites web d’entreprise qui ne contiennent qu’un seul et unique lien « rejoignez-nous sur Facebook ». Ainsi, des pans entiers d’internet qui étaient autrefois libres d’accès et indépendants se trouvent pris en otage d’une seule entreprise. C’est un hold-up. Il faut payer de sa vie privée juste pour avoir ce qu’on avait avant.

                    Quant à la surestimation du nombre de compte, c’est de bonne guerre pour ces sociétés utilisant ce business model. Google + le fait. Pour ce dernier, c’est simple. Vous vous rappelez l’uniformisation des conditions générales d’utilisation de Google ? Depuis, quand vous vous inscrivez chez google pour le mail, Google vous compte automatiquement parmi les utilisateurs de Google+... même si vous ne l’utilisez pas. D’où l’image de ville fantôme donné par le réseau social de Google. Pour Facebook, c’est plus difficile à trouver, mais on pense que lui aussi truque ses statistiques.


                  • alphapolaris alphapolaris 22 mai 2012 10:38

                    Cette introduction en bourse, c’est du délire le plus complet. C’est la crise nous dit-on. Pas pour tout le monde. On sait où passent les liquidités (aka : planche à billet) injectées par les banques centrales : dans cette spéculation outrancière qui valorise une entreprise dont l’horizon s’assombrit.

                    Cette agence de pub a mangé son pain blanc. Sa matière première est la vie privée des utilisateurs. Son produit est de la publicité ciblée. Sa façade est un réseau social. Elle fait d’autant plus de bénéfices que sa matière première est de qualité. Problème : comme nous avons atteint le pic du pétrole, Facebok a aussi dépassé le sien. Les gens qui ne sont pas sur Facebook aujourd’hui n’ont aucune chance d’y aller dans le futur, trop soucieux de préserver leur vie privée. Et ceux qui y étaient ont toutes les chances de partir au fur et à mesure que l’idée de protection de la vie privée fait son chemin dans le public (mais il est trop tard pour eux : le trou noir Facebook avale tout, et ne restitue rien). le tout, dans un contexte de défi d’une part grandissante d’utilisateurs.

                    Facebook ne pourra pas atteindre ses objectifs sans se diversifier fortement. Le virage sera rude.

                    Dans ces conditions, je ne vois même pas comment on peut se poser la question de savoir si Facebook est sur-valorisé. Facebook est le symbole de c’est que devenu la bourse : un gigantesque casino légal pour les plus fortunés.


                    • scripta manent scripta manent 22 mai 2012 11:56

                      La question de la survalorisation de Facebook n’est tout de même pas anecdotique.
                      Elle ajoute une cerise sur le gâteau.
                      Orchestrée par les créateurs du réseau « social » et par la première vague des investisseurs, elle permet à ceux-ci d’encaisser une énorme plus-value, aux frais des idolâtres qui vont se faire plumer. Une mention toute particulière pour les banques qui ont fait partie de ces bénéficiaires tout en intervenant en tant que conseils de l’opération.


                    • karina 23 mai 2012 21:30
                       Cette introduction en bourse s’était transformée en véritable « buzz » médiatique et tout le monde voulait en être malgré une valorisation de Facebook jugée beaucoup trop haute depuis longtemps déjà au regard des profits réellement dégagés.

                      • forexo 27 mai 2012 11:16

                        C’est évident, l’intro de facebook est un fiasco de plus dans un monde ou la finance se permet toutes les dérives, au final le petit investisseur est toujours perdant. Les institutions sont toujours gagnantes (Plusieurs millions de commissions pour les banques introductrices).

                        Sans compter que Facebook est en perte de vitesse et commence à se faire manger des parts par des sites comme Pinterest. Le business plan n’est pas au point, les pubs sur facebook ne sont ni rentables pour les annonceurs, qui abandonnent la plateforme, ni pour facebook qui pour le coup est obligé de baisser ses prix du à un ROI trop faible.
                        Le succès de l’intro est due au phénomène de mode et tout le tapage médiatique qui frôle le harcèlement. 

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