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Accueil du site > Actualités > Médias > Les Tigres de papier

Les Tigres de papier

Quelques réflexions sur le fonctionnement, les manipulations et la censure de nos grands médias.

En 1964, les grands médias ont répandu l’information que les Nord-vietnamiens avaient attaqué deux destroyers américains dans le golfe du Tonkin – le Maddox et le Turner Joy.

En 2008, a été révélé l’existence d’un rapport de la NSA (Agence de sécurité nationale) gardé secret depuis des années. Dans ce rapport, un historien de l’agence apporte la preuve définitive de ce qu’on savait déjà depuis longtemps : que les services gouvernementaux US avaient délibérément falsifié des comptes rendus militaires pour faire croire à une agression nord-vietnamienne. La manipulation a servi de prétexte : elle a entraîné le vote par le Congrès américain de la résolution dite “du golfe du Tonkin”, du 7 août 1964, permettant au président Johnson de déclencher une guerre qui a officiellement tué 58.226 soldats américains et fait plus d’un million de victimes vietnamiennes.

Près de quarante ans plus tard, après le premier conflit de 1990-1991 résultant de l’invasion irakienne du Koweit, les Etats-Unis et leurs alliés ont déclenché en 2003 la guerre à Saddam Hussein, son renversement et l’occupation de son pays, sur la base de mensonges fabriqués de toutes pièces et désormais mondialement reconnus, concernant les armes de destruction massive qui n’ont jamais existé et les achats d’uranium au Nigeria qui n’ont jamais eu lieu.

Là aussi, les informations de Bush et de son équipe ont servi de prétexte : elles se sont révélées inventées par la suite, mais elles ont permis de lancer l’opération militaire, et ont été répandues par les grands médias sans l’ombre d’une hésitation.

Entre ces deux preuves dramatiques du conditionnement de l’opinion publique par une propagande mensongère, comment peut-on raisonnablement penser qu’une troisième opération n’ait pas suivi le même schéma ? Tout le monde n’en est pas encore convaincu, mais une floraison de témoignages, de rapports et de documents prouvent, depuis quelques années, que le même terrible mécanisme a fonctionné pour démembrer une Yougoslavie gênante et diaboliser le peuple qui voulait défendre son Etat fédéral, les Serbes. Tous les prétextes invoqués pour leur déclarer la guerre – depuis les tirs sur la foule du marché de Markalé en Bosnie jusqu’à l’exécution imaginaire de civils du village de Racak au Kosovo, en passant par le soi-disant massacre de prisonniers musulmans de Srebrenica – se sont révélés de tendancieuses exagérations ou des faux grossiers. Mais eux aussi ont été répandus par les grands médias et ont servi de prétextes au déclenchement de la plus grande agression militaire en Europe depuis la Seconde guerre mondiale : le bombardement de l’ex-Yougoslavie.

Nous voici donc en présence d’une formidable machine qui n’a cessé de se perfectionner. La calomnie politique existe depuis toujours. Elle a pour but d’attribuer à l’adversaire qu’on veut détruire des crimes qu’il faut punir, et de fournir au justicier les raisons morales de son combat contre le mal. Ce qui est nouveau, c’est la puissance et la sophistication des moyens employés, d’une part ; de l’autre, la docilité avec laquelle les grands médias acceptent la version inventée. Il est évident que la pression des premières accroît la servilité de la seconde. Plus forte est la propagande, plus convaincants sont ses arguments, et plus grand est le nombre d’informateurs qui les acceptent sans sourciller.

Comment est-ce que cela fonctionne ? Comment l’information devient-elle message orienté ?

Disons, pour simplifier son parcours, que nous avons affaire à une équation à trois facteurs : l’émetteur, le médiateur, le récepteur.

1) L’émetteur, ce sont les sources de l’information. Déjà, à ce niveau, le pouvoir exerce son influence. En zone de conflits, les journalistes sont triés par les militaires, enfermés dans des pools, limités dans leurs déplacements sous le prétexte qu’on ne peut pas les protéger. On efface ainsi les atrocités de la guerre en empêchant de les constater. Dans certains cas de black-out décidé en raison d’une situation hors de contrôle, on interdit carrément la présence de tout informateur. C’est ce qui s’est passé dans le golfe du Mexique, ou les polices fédérales et locales américaines ont collaboré de façon scandaleuse avec les forces de sécurité du pétrolier BP pour empêcher tout compte rendu effectué sur place de la catastrophique marée noire. Les reporters sur le terrain ont tous témoigné qu’on leur bloquait l’accès aux zones polluées et qu’ils étaient réduits à n’entendre que les communiqués officiels. Ca, c’est la négation totale, l’omerta, la loi du silence. On applique une vieille formule, attribuée au président Queuille : “La politique ne consiste pas à résoudre les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent.” C’est-à-dire, en fin de compte, à les supprimer. C’est comme si un étudiant à qui l’on demande de résoudre un problème, déchirait le papier sur lequel le problème est écrit au lieu d’en chercher la solution.

D’autres techniques sont plus subtiles. Dans la vie courante, les interviews de personnalités sont soigneusement calibrées à l’avance par le choix d’interlocuteurs accrédités. Cela va des questions posées à une vedette, filtrées par son manager ou son attaché de presse, jusqu’à l’interrogation d’un chef d’Etat, dont les services éliminent tout imprévu. Comme le dit un humoriste : “Le président va donner une conférence de presse à 15 heures ; à 13 heures, vous pourrez passer prendre la copie de vos questions.”

En effet, comme on ne peut jamais faire totalement confiance aux journalistes, il vaut mieux leur indiquer ce qu’ils doivent dire. Le 21 juillet dernier, la société des journalistes du Figaro a dénoncé un compte rendu de l’audition de l’ex-comptable de Liliane Bettencourt comme étant “un PV tronqué, assorti d’un article non signé, qui participait à l’évidence de la stratégie de communication élaborée à l’Elysée.” Un exemple parmi d’autres de la masse de nouvelles savamment ciblées que diffusent les cellules spécialisées dans la promotion, les relations publiques ou la propagande. Pendant la guerre dans l’ex-Yougoslavie, selon les aveux officiels, le responsable de la communication du gouvernement de Tony Blair, Alastair Campbell, dirigeait une équipe spécialement chargée d’inventer chaque jour un incident pouvant noircir l’image des Serbes. C’était facile, les Serbes n’ont jamais rien compris aux relations publiques et donc n’arrivaient jamais à faire croire à leurs démentis. Les Croates et les musulmans, eux, plus malins, ont fait appel à de grandes firmes américaines de relations publiques, comme Rudder Finn, qui se sont vantées d’avoir retourné l’opinion juive aux USA en faisant croire à l’antisémitisme de Belgrade et à une volonté de conquête de la “Grande Serbie” qui n’a existé que dans leur imagination. Elles l’ont fait en diffusant à grande échelle des enquêtes imaginaires et des reportages fabriqués. Un travail que font désormais couramment des officines spécialisées dans le publireportage ou des unités de psy-ops (opérations psychologiques) dans les armées.

Les latins distinguaient ces deux façons de baillonner la vérité : suggestio falsi, suppressio veri. Le pouvoir, et les responsables de l’info qui se plient à ses désirs, utilisent les deux : ils peuvent répandre le mensonge, ou dissimuler la vérité. Et c’est efficace. La conformité au système va de l’obéissance aux ordres à la routine des clichés à la mode. Ceux-ci constituent un ensemble culturel imbibé d’un néo-libéralisme à dominante américaine, dont les thèmes majeurs sont la mondialisation, l’Europe, le sauvetage des banques, la lutte contre le terrorisme et la sécurité. Pas de quoi enthousiasmer les auditeurs ou les lecteurs, mais de quoi fournir une matière tendancieuse à toutes les rédactions.

Le journaliste irlandais Claude Cockburn a résumé avec esprit l’interventionnisme gouvernemental. Il a dit : “Ne croyez aucune information avant qu’elle ne soit officiellement démentie.” Et il était encore en deçà de la réalité. Il ne savait pas qu’un Sarkozy, à l’image du dictateur d’une république bananière, allait exiger personnellement le renvoi d’un rédacteur en chef de Paris-Match qui lui déplaisait ou nommer lui-même les grands patrons de l’info, comme Philippe Val à la tête de France-Inter, s’assurant ainsi un service après vente parfaitement contrôlé.

2) Le médiateur, ce sont les supports. Chaînes de télévision, radios, journaux et magazines. Ce qu’on appelle les médias. C’est à leur niveau que l’information est la plus vulnérable. D’abord parce que ses grands supports écrits vivent sous perfusion permanente de l’argent public. Le montant des aides directes à la presse – de l’ordre de 1,4 milliard d’euros – représente 12 % de son chiffre d‘affaires annuel. Or la matière plus ou moins brute de l’information arrive des reporters, des envoyés spéciaux, des agences ou des correspondants locaux. Avant d’être présentée au public, elle est “traitée”, mise en forme, par les directions et les rédactions en chef. Comme tout produit, l’information a son producteur (le journaliste), son grossiste (l’agence de presse), son détaillant (le journal) et son client (le lecteur). C’est au niveau du détaillant – le support – qu’a lieu cette mise en forme. Or, ne serait-ce qu’en raison de cette dépendance économique du support, ce traitement de l’information subit plus ou moins volontairement à ce niveau – outre la censure directe, comme celle du soit-disant “secret-défense” – les suggestions ou les pressions du pouvoir. Quand, dans les années de la présidence gaulliste, le directeur du journal télévisé, Edouard Sablier, m’a confié une émission de débats sur la chaîne unique de l’époque, j’ai été convoqué au ministère de la Culture pour qu’on me communique la liste des personnes à interviewer. J’ai réalisé quatre émissions ainsi “inspirées” et j’ai donné ma démission. Les directives sont aujourd’hui moins grossières, mais elles existent toujours, sous la forme d’indications appuyées ou de propositions persuasives.

Ces influences occultes sont complétées par une censure indirecte, une autocensure, comme celle que s’imposent à eux-mêmes les responsables de médias, en évitant de parler de sujets tabous. L’armée, la police, l’Eglise ont été, pendant des lustres, exonérés de toute critique ou investigués avec précaution. Il était traditionnellement dangereux de parler mal des forces de l’ordre ou de la religion. Aujourd’hui, cela l’est toujours. Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a par exemple porté plainte récemment contre deux sites internet qu’il accusait de médire de la police. La critique est même de plus en plus périlleuse en ce qui concerne les religions, en particulier la foi musulmane. Toute mise en question de l’islam est édulcorée pour ne pas offenser les croyants, au point de passer sous silence les crimes du fanatisme confessionnel. A un degré moindre, la politique de notre gouvernement et la prise de position de la majorité de nos “élites” étant résolument atlantistes, il est peu recommandé de s’écarter d’une ligne favorable à l’empire américain. La “pensée unique” est là pour raboter les dissidences et imposer le droit chemin. Si l’on ajoute à cela la peur distillée par une croissance exponentielle des poursuites en diffamation, intentées pour des propos qui auraient paru anodins il y a seulement quelques décennies, on a l’image de médias prudents, où la référence est remplacée par la révérence et où les armes de distraction massive sont devenus le quotidien de la désinformation.

Le “Quatrième pouvoir”, ainsi édenté, souffre en plus de trois poisons qui achèvent de l’affaiblir : la confusion des genres, les connivences et le mimétisme.  

La confusion des genres est la teinture d’idéologie qui dénature le compte rendu. En France, à la différence des pays anglo-saxons, l’information se sépare très difficilement de la politique. On connaît la différence traditionnelle entre le news et les views, c’est-à-dire entre la nouvelle et l’opinion. Chez les anglo-saxons, les deux se distinguent nettement dans des pages ou des rubriques séparées. Chez nous, les deux sont très souvent fondus dans la vanité des grands acteurs des médias, qui se veulent tous éditorialistes ou chroniqueurs avant d’être de simples rapporteurs de la réalité. Ce sont eux qui forment ce que Régis Debray a appelé la médiacratie, cette couche particulière de vedettes de la plume qui régissent notre profession par leurs signatures connues, leurs commentaires qui font autorité à l’antenne ou sur le papier, et leur présence incessamment répétée dans les débats de la télévision ou de la radio.

Les connivences résultent de trois mécanismes bien implantés chez nous.

Le premier est la complicité de gens connus qui n’aiment fréquenter que des pairs partageant leur célébrité. C’est le ciment de la médiacratie. Les patrons des chaînes, des radios et de la presse, avec leur cohorte d’affidés et d’employés supérieurs, se connaissent tous, déjeunent ensemble dans les meilleurs restaurants, se concertent, nouent ensemble leurs intrigues, apaisent leurs rivalités, échafaudent leurs projets. Ce cocon au sommet s’assure d’une information aseptisée, adaptée aux clichés dominants, conforme à ses intérêts. Il ne faut ni agacer le pouvoir, ni troubler une opinion publique convenablement conditionnée. Là est la source principale de la “pensée unique” qui imbibe l’ensemble de notre information. 

Le second mécanisme s’articule autour d’une des notions à la base de notre métier : celle du scoop. Pour être le premier – et pour quelques instants le seul – à donner une information, il faut agir vite, ce qui supprime souvent la vérification. Mais surtout il faut avoir des contacts, souvent haut placés, parfois secrets. Ce genre de relations se paye. Par la discrétion, mais aussi par un retour de reconnaissance. On ne compromet pas un politicien qui vous a bien renseigné, on ne défavorise pas une source qui s’est révélée utile. Beaucoup de mes confrères pratiquent le renvoi d’ascenseur qui limite parfois leurs enquêtes en interdisant de contrarier celui qui vous a fait une révélation.

Le troisième mécanisme se fonde sur la vénalité des stars. Nous touchons là à un germe de pourrissement profond de notre métier. La publicité. Non seulement elle est indispensable à la survie des médias, et par là ne peut pas s’empêcher d’influer sur leur contenu, mais elle est un élément permanent de corruption des journalistes les mieux intentionnés. Ayant été l’invité d’opérations de ce genre, je peux vous assurer que les voyages d‘information organisés par de grandes firmes industrielles ont de quoi faire flageoler les consciences les plus pures : endroits paradisiaques, restaurants de luxe, déluge de cadeaux en tous genres, gratifications en nature (pour ne pas dire parfois en espèces), rien n’est épargné pour soudoyer les bonnes volontés. On peut comprendre qu’il est difficile au retour de décrire comme une guimbarde le nouveau modèle du fabricant d’automobiles qui vous a si bien traité ou de qualifier de toxiques les derniers produits d’un géant de l’alimentation qui vous a si généreusement gâté.

Le symbole de cette inquiétante collusion entre l’information et la publicité est l’organisme qui se veut le représentant d’une partie de notre profession, et dont la plupart des médiacrates sont membres : le Presse Club de France. Je ne veux l’accuser de rien – d’autant moins que j’en fais partie parce que son restaurant est sympathique et qu’il accorde des réductions aux porteurs de cartes de presse – mais le fait que sa riche installation, comportant salles de conférences, matériels de projection, studios d’enregistrement, bibliothèque, et autres facilités confortables, soit entièrement financée par la grande industrie, ne semble pas une garantie crédible de l’indépendance totale du travail de ses habitués.

Citons enfin, pour clore ce paragraphe bassement matériel, ce qu’on appelle les “ménages”, c’est-à-dire la participation de ces présentateurs grassement rémunérés de la télévision qui se baptisent encore journalistes, aux promotions commerciales dans lesquelles ils jouent les animateurs de foire pour des honoraires disproportionnés. Jouer les camelots de luxe est un prolongement de notre métier que n’avaient pas prévu Albert Londres, ni même Pierre Lazareff ou Jean Prouvost.

Le mimétisme, enfin, est devenu pratiquement une maladie. Le traitement d’un événement important se fait de la même façon par tout le monde en un raz de marée d’imitations réciproques. Personne ne peut reprocher aux professionnels de couvrir cet événement aussi complètement que possible : c’est leur métier et leur devoir. Mais ce qui ressort du déferlement de nouvelles à propos d’une catastrophe, d’un conflit, ou d’un tournant majeur de la géopolitique mondiale, c’est trop souvent une identité d’interprétation. Les grands médias disent tous la même chose sur les causes, le contexte, les acteurs ou les conséquences. Et lorsque toutes les explications concordent, et que cet ensemble homogène est infléchi en un sens particulier pour des raisons politiques (on retrouve le poids de la pensée unique et le travers de la confusion des genres), on assiste à une véritable campagne de conditionnement de l’opinion publique qui fausse complètement la fonction du journalisme. D’autant plus que participent à l’offensive des éléments “extérieurs” qui n’ont rien de journalistique : une foule d’experts, d’intellectuels, de politiciens, plus spécialisés dans le commerce des idées (quand ils en ont) que dans la relation des faits. C’est ainsi qu’on a assisté à des mobilisations massives au service de “causes” déséquilibrées par leur partialité : la diabolisation des Serbes, la défense passionnée des minorités tchétchènes ou tibétaines, la dénonciation des réticences aux référendums sur l’Europe, la prévention exagérée de la grippe, le spectre du réchauffement climatique ou les prises de position acharnées et opposées dans le Proche-Orient. A chaque fois, un rouleau compresseur s’est mis en route, écrasant toute objection. Ce n’est plus du journalisme, c’est de l’intoxication.

3) Le récepteur, enfin, c’est le public. Tout le monde connaît la chute spectaculaire de la diffusion des grands médias écrits. Au début du XXe siècle, les quotidiens généralistes français diffusaient plusieurs millions d’exemplaires, et comptaient encore des dizaines de titres après la Libération. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quatre – Ouest-France, Le Parisien, Le Monde et Le Figaro – à péniblement atteindre les 400.000 exemplaires. De 3,8 millions de quotidiens vendus en en 1974, on est passé à 1,9 million en 2007.

Bien sûr, cette désaffection des lecteurs a de multiples causes. L’apparition de l’internet, la concurrence de la télévision, la naissance des journaux gratuits, la réduction des budgets publicitaires, pour n’en citer que quelques-unes. Mais à voir le succès qui ne se dément pas de l’organe qu’on peut considérer comme le meilleur de la presse française – Le Canard Enchaîné – on peut se demander à juste titre si le contenu de nos médias ne joue pas, lui aussi, un rôle déterminant. Ce n’est pas un hasard si Jean Yanne, qui savait bien représenter la gouaille populaire, disait : “Je ne mens jamais, sauf quand je lis le journal à haute voix.”

Est-ce à dire que tous les journaux mentent ? Non, bien sûr, ce n’est pas si simple. Beaucoup de mes confrères exercent leur métier en respectant un vieil adage : “L’impartialité est un rêve, l’honnêteté est un devoir.” Le problème est que les plus honnêtes sont à la base, et que la probité professionnelle se raréfie en montant dans la hiérarchie. Et cette hiérarchie, dont l’argent tue bien souvent la conscience, génère une information faussée responsable en grande partie de la désaffection de son public.

En fin de compte, la combinaison d’un journalisme coulé dans le moule culturel de l’atlantisme néo-libéral de nos dirigeants, perméable aux pressions du pouvoir, orienté par une médiacratie plus ou moins vénale, poussé à la déférence par les menaces sur la liberté d’expression, plus attaché à fouiller l’intimité des notables qu’à explorer l’actualité et présenté au public par des médias aux réactions généralement similaires, n’est pas de nature à exalter les foules. Le Monde est devenu le terne porte-parole de la bonne conscience bourgeoise, le sirop de droite du Figaro rivalise en sucrerie avec la confiture de gauche de Libération, et Paris-Match salive chaque semaine devant les célébrités en sortant son pot de pommade mondain. Ne parlons pas des tirages de la presse “people” qui écrasent ceux des illustrés classiques, témoignant de la primauté du spectacle en trompe-l’œil sur le tableau de la réalité.

Même l’internet, support désormais indispensable de l’information indépendante, ne secoue l’inertie qu’avec du retard. On a vu signaler récemment – notamment dans Libération – les révélations de WikiLeaks sur le naufrage militaire américain en Afghanistan, mais il a fallu vraiment le choc d’un énorme scoop – la découverte de milliers de documents internes de l’armée US – pour réveiller nos journaux. Alors que nous publions depuis des années le même genre de témoignages sur les guerres honteuses de l’empire dans notre mensuel B. I. sans susciter le moindre écho dans les grands médias. 

Ce journalisme léthargique et boiteux est condamné avec le système qui l’a secrété. En attendant qu’il disparaisse, on peut rappeler ce qu’un vieux sage, Lao Tseu, a dit, il y a bien longtemps : “Les vraies paroles ne sont pas belles, les belles paroles ne sont pas vraies” . Notre acquis le plus précieux aujourd’hui est l’internet. Il faut en préserver la liberté à tout prix. Tout n’y est pas utilisable, loin de là. Nous devons y appliquer les méthodes de tri et de vérification qui sont la déontologie de notre métier. Mais à défaut de bouleversement social – qui est plus l’affaire des militants que des journalistes – il nous aide souvent à remplacer la langue de bois de nos grands médias par un peu de vérité. Et comme disait Lénine ­– qui n’a pas toujours respecté sa belle formule : “Seule la vérité est révolutionnaire”.

Louis DALMAS


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59 réactions à cet article    


  • aaricia 22 janvier 2011 07:02

    Très bon article super sympa à lire. Mais diable pourquoi es-t-il mit en alerte sur le cadeau de naissance ? 




    • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 15:29

      J’ai donné quelques précisions sur l’affaire de Srebrenica au correspondant Pilhaouer qui posait la même question que vous.
      En ce qui concerne les femmes, les enfants et les vieillards, la preuve du délire de ces accusations réside non seulement dans les comptes rendus officiels et les rapports de témoins, mais même dans des photos que nous avons publiées. Après la chute de la ville, femmes, vieillards et enfants ont été séparés et évacués en autobus vers des zones sécurisées. Les Serbes n’ont jamais pratiqué d’épuration éthnique pour la simple raison qu’ils sont depuis longtemps habitués à la cohabitation. La Yougoslavie était sans doute le pays le plus pluraliste d’Europe avec une population qui comprenait vingt et une nationalités, et la Serbie actuelle continue cette tradition (musulmans et Albanais, par exemple, y vivent en paix, malgré les événements du Kosovo). Même Milosevic, dans son fameux discours considéré par l’Occident comme le brandon nationaliste serbe à l’origine de la guerre, fait un éloge enflammé du pluriethnisme présenté comme la richesse de son pays. Le texte intégral de ce discours a été publié et peut être facilement consulté. 


    • Louis Dalmas Louis Dalmas 24 janvier 2011 09:29

      Vous êtes mal informé. La cour internationale de justice n’a jamais eu à traiter de l’affaire de Srebrenica, et le Tribunal pénal international a du abandonnér l’accusation de génocide impossible à soutenir.


    • Gérard Luçon Gerard Lucon 22 janvier 2011 15:27

      et quand nous avons un individu élu président de la république qui, avocat de profession (sic !!!) se permet de dire que, quand la justice prononce un non-lieu, c’est que l’événement n’a pas eu lieu (assassinat de 2 femmes dans un asile psychiatrique).... c’est de la désinformation ou de la connerie ?
      et un ministre de la guerre qui annonce que les deux otages français enlevés à Niamey ont été exécutés, c’est de la propagande ou de la connerie ?
      et une ministre des affaires qui lui sont étrangères qui propose à BenAli l’expertise française en matière de maintien de l’ordre après cette superbe opération de libération des otages français, c’est de la démence des vieillards ou de la connerie ? (mince, j’ai oublié que cela pouvait aussi être de la désinformation à son insu de son plein gré)


      • Louis Dalmas Louis Dalmas 22 janvier 2011 17:25

        Désinformation, propagande et démence de vieillards ne sont malheureusement pas des conneries, mais les caractéristiques de la politique de nos « élites », hélas reflétées docilement par les grands médias. LD


      • Hieronymus Hieronymus 22 janvier 2011 16:44

        Bonjour, vous ecrivez :
        « Le “Quatrième pouvoir”, ainsi édenté, souffre en plus de trois poisons qui achèvent de l’affaiblir  »
        il me semble que le 4eme pouvoir sous cette forme, cad de la presse traditionnelle « reconnue » ayant pignon sur rue, est deja bien mort !
        du Nouvel Obs a Valeurs actuelles, tous ces journaux se disant de droite ou de gauche pourraient fusionner sous forme d’une parution unique denommee « pravda » sans perdre un seul point de vue essentiel, meilleur exemple : l’omerta absolue sur les aberrations manifestes de la VO du 11 septembre mais il y en aurait tant d’autres ..
        le veritable 4eme pouvoir de notre epoque, qui commence a ennuyer considerablement nos zelites mondialisees, au point qu’elles pensent de + en + serieusement a le mettre sous tutelle, est desormais constitue par Internet, media a structure horizontale et echappant de ce fait a la hierarchie habituelle des nantis de ce monde, pour combien de temps encore ?


        • Louis Dalmas Louis Dalmas 22 janvier 2011 17:26

          Vous avez mille fois raison. L’internet est un espace de liberté à défendre à tout prix.


        • Tetsuko Yorimasa Tetsuko Yorimasa 24 janvier 2011 01:58

          Je voudrais citer un internaute d’Agoravox dont je ne me souviens plus du nom :

          « Sur l’internet il y a tout et n’importe quoi, mais il y a encore tout, à la télévision il y a surtout n’importe quoi »

          Cette petite phrase pourrait s’appliquer à la presse écrite...


        • Louis Dalmas Louis Dalmas 24 janvier 2011 09:31

          Excellente formule !


        • JL JL 24 janvier 2011 10:34

          Excellente formule en effet, et qui n’est qu’en apparente contradiction avec les accusations qui lui sont faites de diffuser la pensée unique main stream.

          On comprend mieux ce « n’importe quoi » qu’en relisant cette formule de Goebbels : « Les médias doivent donner une image d’apparente diversité, pour cacher une réelle uniformité »

          En fait de pensée unique mainstream, celle-ci est généralement exprimée dans la « langue de coton » dont on sait qu’elle a la particularité de dire tout et son contraire et d’exclure toute possibilité de débats authentiques.


        • lloreen 22 janvier 2011 16:46

          Bonjour
          Bel article mais je crois que nous sommes arrivés au moment du bilan.Des guerres, des atrocités tout court, des comportements critiquables, des événements odieux mais je pense qu’au moins depuis la révolution tunisienne un déclic s’est fait chez de nombreuses personnes touchées d’une façon ou d’une autre par une situation qui dégénère de plus en plus.


          • Louis Dalmas Louis Dalmas 22 janvier 2011 17:29

            Si ce que vous dites se révèle exact, il faudrait que ces personnes réagissent !


          • paul 22 janvier 2011 17:16


            Une confirmation passionante de ce que l’on pense du journalisme main stream d’aujourd’hui .
            Merci


            • Louis Dalmas Louis Dalmas 22 janvier 2011 17:30

              Merci à vous pour votre encouragement.


              • herbe herbe 22 janvier 2011 18:34

                votre article m’a beaucoup intéressé.
                Au sujet d’internet j’ai lu récemment cet autre article utile pour alimenter la réflexion :

                http://www.psyetgeek.com/cest-facebook-non-cest-twitter-non-cest-une-rvolution

                je mets ici la conclusion pour les pressés :

                "....L’Internet permet de faire connaitre sa révolte et de s’associer à d’autres. C’est peu. C’est beaucoup. Mais C’est insuffisant pour faire une révolution.

                Faire de l’Internet l’alpha et l’oméga de tous les mouvements de contestation, c’est d’abord oublier que ceux-ci existent depuis bien avant le réseau. C’est ensuite surestimer ses effets en que l’information a des vertus positives en soi, et enfin c’est oublier les extraordinaires potentialités de surveillance et de contrôle que portent les mondes numériques

                La révolution nécessite un engagement et une prise de risque. Descendre dans la rue pour faire face à des des gens en armes nécessite un autre courage qu’un RT ou un like."


                • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 09:14

                  L’internet est un espace d’expression libre qui permet la propagation d’informations, la création d’un consensus, les prises de contact, l’organisation de rendez-vous, bref la création d’un climat et de liens permettant la naissance d’une manifestation. Mais rien ne remplace bien sûr la présence physique dans la manifestation. L’internet charge le fusil : reste à tirer le coup de feu.


                • herbe herbe 23 janvier 2011 15:45

                  votre image est très pertinente ...


                • catherine 22 janvier 2011 18:37

                  Merci pour ce bel article,clair et net !

                  Mais je leur en veux aux« journaleux »qui nous ont désinformés aussi longtemps,à une époque où il n’y avait que les journaux et la télé,alors qu’au fond de mes entrailles je sentais qu’il y avait comme on dit « quelque chose qui clochait » !Grâce à Internet,enfin on sait,le tri cependant est à faire mais finit les mensonges et les complots.Coupables les journalistes !Karl Zero dit de certains de ses collègues qu’ils ont une maxime accrochée au dessus de leur lit et qu’ils se la répètent chaque soir« Mais qu’est-ce que je vais m’attirer des emmerdes avec ça » !!!He bien moi Je ne vous oublierai pas ,et ce que vous avez fait en trafiquant l’information est un crime contre l’humanité !Combien aujourd’hui encore sont trompés chaque jour devant leur télé puisque les gens ne lisent plus ou presque !
                  Bravo à vous Monsieur Dalmas.


                  • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 09:18

                    Merci pour votre encouragement. J’y suis très sensible.


                  • Clojea Clojea 22 janvier 2011 18:48

                    Bonsoir. Merci pour cet article qui est complètement vrai. La presse fait fausse route depuis sa création. Le pourquoi est que les rédacteurs ont toujours cherchés, pour vendre leurs papiers, à écrire des titres chocs, qui ont un mauvais effet sur le public. Ca marche un moment, car après le public se lasse. Des titres comme « La guerre... » ou bien « Désastre économique... ou encore »Tuerie dans un supermaché..." choquent les gens. Ils achètent la presse, mais quand ils découvrent que l’environnement est rendu plus dangereux qu’il ne l’est en réalité, du coup ils achètent de moins en moins. C’est pour cela que les ventes sont en chute libre depuis des années. (avant qu’internet arrive d’ailleurs).
                    Qui sème le vent récolte la tempête. Je ne verserai pas une larme sur la disparition un jour de la presse écrite.
                    S’il y avait de vrais journalistes d’investigations ce serait différent. Mais il n’y en a pas et je me demande s’il y en a jamais eu.
                    Pour le reste, internet est un bien, mais méfiance aux fausses infos qui circulent.


                    • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 09:29

                      Une plaisanterie espagnole dit que le journal ne disparaîtra pas tant qu’on ne pourra pas écraser une mouche avec un poste de télévision... Ce serait dommage que la presse écrite n’ait que cela pour éviter de mourir ! Mais c’est vrai que cette présse écrite est en passe de perdre une bataille, coincée entre l’information immédiate de l’audio-visuel et le commentaire approfondi de l’édition et du livre. Son seul sauvetage serait 1) de dire une vérité aussi objective que possible, indépendante des versions « officielles » ; 2) de faire des enquêtes (journalisme d’investigation) plus fouillées que la radio et la TV, mais plus proches de l’actualité que dans l’édition, c’est-à-dire réanimer cette sorte d’entre-deux qui lui est spécifique. Elle n’en prend pas le chemin...


                    • ddacoudre ddacoudre 22 janvier 2011 21:53

                      bonjour louis

                      nous sommes quelques uns sur ce site à dénoncer la main mises des faiseurs d’opinions et des polémistes. lutter contre cela la tache est rude car dans une étude dont j’ai fait un article 88% des français écoutent les mêmes informations politiques il est bien normal qu’avec cela le débats d’idées se meures.
                      mais une chose est pour moi toujours un misère, il y a des milliers d’informations tous les jours des hommes s’impliquent dans la vie citoyenne comment ce fait il qu’il y ait de toutes part la même information reprise, qui donc la sélectionne ?, ce ne peut pas être le fruit du hasard conte tenu de la constance et de l’existence de la même structure dans presque tous les pays occidentaux.
                      le fait même que les centre d’intérêts soient divers emporte une vision aléatoire des événements qui surviennent, alors que ce que l’on constate est un déterminisme que tu nommes mimétisme.

                      le plus flagrant concerne les faits divers l’on perçoit parfaitement leur sélection , l’organisation de leur résumé avec interview de la police gendarmerie préfet, reportage sur site reconstitution etc.
                      tout le monde du moins une grande partie ont compris l’utilisation émotionnelle faite pour élaborer des lois liberticides, mais putain comment peut on continuer ainsi.
                      dans un article « de l’autre côté du miroir tunisien » je fais le parallèle avec l’autocrate Ben Ali et notre président, même s’ils ne sont pas a mettre sur la même échelle. tu peux le lire sur mon blogddacoudre.over-blog.com.

                      http://www.agoravox.fr/ecrire/?exec=articles&id_article=86983

                      cordialement.


                      • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 09:52

                        Tu as raison de comparer les régimes tunisien et français, et de souligner que dans les deux cas, le maître d’œuvre trahit la constitution. Mais il me semble qu’il y a une différence à faire entre pouvoir et richesse. Il y a des chefs d’Etat qui sont obsédés par le premier, et d’autres qui ne s’intéressent qu’à la seconde. Bien sûr, ambition et intérêt personnel se confondent souvent, mais la motivation première n’est pas tout à fait la même. Un Sarkozy (ou un Orban en Hongrie) impose son autocratie et entrave l’opposition, mais même s’il profite des avantages de sa position, il ne pille pas le pays comme un Ben Ali. Cela dit, la pression sur les médias est le fait des deux.


                      • pilhaouer 22 janvier 2011 22:15

                        le soi-disant massacre de prisonniers musulmans de Srebrenica

                         ??? !!!

                        Le Parlement serbe a voté mercredi une résolution condamnant le massacre de quelque 8.000 Musulmans à Srebrenica en juillet 1995, mettant fin à des années de refus par les Serbes de reconnaître l’ampleur de ce drame, mais qui n’a pas été qualifiée de génocide.

                        La déclaration, soutenue par les députés majoritaires de la coalition au pouvoir, présente ses excuses aux familles des victimes. Elle été adoptée avec une majorité de 127 voix sur les 173 parlementaires présents.

                        « Le Parlement de Serbie condamne avec une extrême vigueur le crime commis contre la population bosniaque de Srebrenica, en juillet 1995, tel qu’établi par l’arrêt de la Cour internationale de justice », indique la déclaration.
                        (libération 31/03/2010)

                        Faux grossier ? Exagération ?


                        • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 10:08

                          Vous posez une question qui nécessiterait une explication trop longue pour figurer ici.
                          En un mot :
                          1) Le gouvernement actuel de Tadic en Serbie, dans un pays ruiné et exsangue, ne voit de solution que dans son adhésion à l’Union européenne. Celle-ci fait l’objet d’un chantage de l’Occident : pour entrer dans l’Europe, il faut reconnaître tout ce qui justifie l’agression de la Yougoslavie par l’OTAN, c’est-à-dire les crimes imaginaires ou exagérés imputés aux Serbes.
                          2) L’affaire de Srebrenica a fait l’objet de nombreux rapports, documents et livres qui démontrent que le soi-disant massacre de musulmans n’a jamais eu lieu. Il y a eu des combats, des règlements de comptes et des exécutions, mais sans aucun rapport avec un massacre organisé ni avec le chiffre de 8.000 généralement admis.
                          On a `prouvé les mensonges de propagande en ce qui concerne les guerres du Vietnam et de l’Irak, on soupçonne fortement le mensonge dans la version officielle des attentats du 11 septembre, pourquoi ne peut-on pas admettre aussi le mensonge en ce qui concerne l’affaire de Srebrenica ?


                        • pilhaouer 23 janvier 2011 12:27

                          "On a `prouvé les mensonges de propagande en ce qui concerne les guerres du Vietnam et de l’Irak, on soupçonne fortement le mensonge dans la version officielle des attentats du 11 septembre, pourquoi ne peut-on pas admettre aussi le mensonge en ce qui concerne l’affaire de Srebrenica ?".

                          Je considère qu’en effet l’attaque de la Serbie par l’Otan était injustifiable, que les occidentaux ont bien soufflé sur les braises pour démanteler la Yougoslavie, et que les responsabilités de la guerre de Bosnie et des crimes de guerre sont partagées par les protagonistes.
                          Je n’ai aucun doute sur les guerres de prédation d’Afghanistan et d’Irak déclenchées au prétexte des attentats du 11/09. Sachant à qui profite le crime, et compte-tenu d’invraisemblances cumulées, je suis persuadé que les évènements du 11/09, n’ont peut-être pas été organisés par le complexe militaro-industriel US au pouvoir mais en tous cas qu’ils n’ont pas été empêchés.
                          Mais s’agissant de Srebrenica, même s’il y eu exagération, c’est un massacre important qu’il me semble difficile de nier, (même pour accéder à l’Union Européenne vu son état !) et j’ai du mal à imaginer qu’un gouvernement reconnaisse des crimes qui n’ont pas été commis.
                          Toutefois, ce massacre aurait pu être empêché et il y a lieu de ce demander pourquoi il ne l’a pas été : pour justifier l’intervention de l’OTAN ?


                        • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 14:58

                          Si vous admettez que les gouvernements peuvent mentir dans la propagande à leur profit, il faut être logique : ils peuvent le faire en ce qui concerne toutes leurs prises de position, y compris apparemment celles qui sont « négatives », mais qui répondent à un intérêt supérieur. Nous avons publié un livre sur cette affaire de Srebrenica – « Le dossier caché du ’génocide’ de Srebrenica » – qui rassemble les conclusions d’un groupe important de recherche américain, des témoignages de hauts responsables de l’ONU et de généraux sur le terrain et des récits vécus. Depuis la parution de ce livre, de nombreux documents officiels sont venus en confirmer les affirmations (notamment des extraits des procès-verbaux du Tribunal pénal international de La Haye). 


                        • tanguy 23 janvier 2011 00:36

                          La presse devrait être le contre-pouvoir. Malheureusement elles est le 4° pouvoir...


                          • Philou017 Philou017 23 janvier 2011 02:24

                            Très bon article qui récapitule les choses.

                            Je remarque néanmoins que vous parlez peu des réseaux. Ma conviction est que certains réseaux disons de l’oligarchie, permettent à certains journalistes d’acéder aux meilleurs postes de la presse. Apres avoir fait la preuve auprès de ces réseaux de la « validité de leur profil » dans le journalisme actuel, je pense qu’ils constituent un accélérateur pour la carrière de certains.

                            Ces réseaux existent à mon avis dans certains milieux journalistiques, comme ceux qui procurent des intervenants auprès des écoles de journalistes les plus cotées, certains réseaux mondains, où on retrouve des Influenceurs tels que BHL, Finkelkraut et autres, et également dans les programmes Atlantistes  « young leaders » de la French-Américan Foundation, et dans ceux que mettent en place maintenant l’ambassade Américaine auprès des organisations représentant les minorités (voir les câbles Wikileaks)
                            Christine Ockrent, Jean-Marie Colombani (Le Monde), Emmanuel Chain, Jérôme Clément sont passés par les Young Leaders de la F.A. F.

                            Je pense également qu’il y a des clubs et des fondations purement atlantistes (comme la fondation Saint-Simon dans le passé) qui mettent le pied à l’étrier à des jeunes qui ont le bon profil.

                            Pouvez-vous nous dire quelque chose sur l’influence de ces réseaux dans les médias, même si je comprend que ce genre d’influence soit très discrète ?


                            • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 10:25

                              Je pense qu’il n’y a pas de réseaux spécifiques aux médias, mais que la France est un pays de complicités organisées plus ou moins secrètes, et que les médias, comme l’ensemble de la vie publique, sont infiltrés par des lobbies divers et des renvois d’ascenseurs en vases clos : des ententes privilégiées existent entre élèves de grandes écoles, cathos, protestants, juifs, homosexuels, francs-maçons, membres de clubs ou de fondations, etc. Chacun a ses objectifs et ses méthodes, et certains sont plus puissants que d’autres. Mais ce n’est pas particulier aux médias, c’est un phénomène général de société, orienté aujourd’hui par l’oligarchie au pouvoir dans la sens de l’atlantisme néolibéral et de tout ce qui profite aux « élites ».


                            • Blé 23 janvier 2011 06:47

                              Sur agoravox j’ ai trouvé une émission« Là-bas si j’ y suis » du 11 janvier 2011 qui pourrait être un complément d’information sur ce que l’ auteur de cet article analyse.

                              « L’ oligarchie, ça suffit, vive la démocratie » de Hervé Kempf. Je n’ ai pas encore lu ce livre mais je pense qu’il apporte de l’ eau au moulin de l’ auteur de cet article.

                              L’oligarchisme serait entre le totalitarisme et un semblant de démocratie.

                              Avec la puissance de la propagande, est-ce que les journalistes en ont conscience ? Pas toujours), les propriétaires du Capital décident, dirigent, imposent aux peuples leurs décisions sans que ceux-ci aient le moyen d’utiliser un quelconque droit de regard.

                              Monsieur Alexandre Adler qui intervient à une heure de grande écoute sur France culture tous les matins semble apprécier ce nouveau concept : « La dictature bienfaisante ». C’est nouveau, ça vient de sortir, peut-être aurons-nous l’occasion de comprendre ce qu’il veut dire un de ces quatre matins.


                              • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 10:38

                                Alexandre Adler est un porte-parole confusionniste et brouilleur de cartes de l’empire américain. Pas étonnant qu’on s’interroge sur ce qu’il dit ! Sa « dictature bienfaisante » se réfère-t-elle à l’autocratie molle de Sarkozy, ou au dirigisme réformiste d’un Chavez ou d’un Lukashenko ? De toute façon, je me méfie et d’Alexandre Adler, et de l’usage immodéré du mot « dictateur ».


                              • boris boris 23 janvier 2011 09:41

                                Excellent article.


                                l’auteur à écrit :

                                « Ayant été l’invité d’opérations de ce genre, je peux vous assurer que les voyages d‘information organisés par de grandes firmes industrielles ont de quoi faire flageoler les consciences les plus pures : endroits paradisiaques, restaurants de luxe, déluge de cadeaux en tous genres, gratifications en nature (pour ne pas dire parfois en espèces), rien n’est épargné pour soudoyer les bonnes volontés. »

                                Pratique courante, dangereuse évidemment mais encore plus quand il s’agit de congrès médicaux et les firmes pharmaceutiques qui veulent refiler leurs médocs iatrogènes, voir un exemple récent avec le médiator.



                                • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 10:44

                                  Oh, que oui ! Les entreprises de véritable corruption des médecins par l’industrie pharmaceutique sont gigantesques et innombrables. Les praticiens sont soumis à un siège permanent et certains n’y résistent pas...


                                  • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 11:17

                                    Aucun doute : en ce qui concerne les attentats du 11/9, les trous de la version officielle sont suffisamment béants pour justifier une enquête impartiale, qui sans doute révélerait beaucoup de ficelles tirées en secret.
                                    Mais est-ce vrai de la révolte tunisienne ? J’avoue que je n’en sais rien. Dans le cas de la soi-disant insurrection qui a renversé Milosevic en Yougoslavie ou des « révolutions de couleur » en Asie centrale, il est évident qu’elles ont été entièrement préparées, financées et organisées par l’étranger, avec le but bien défini de se débarrasser de chefs d’Etats enclins à résister à l’empire américain. Mais d’un autre côté, il y a une colère grandissante parmi les peuples, séparés par un gouffre du cocon doré de leurs dirigeants (c’est ce que j’ai essayé d’expliquer dans mes deux derniers livres : « le Crépuscule des élites » et « le Bal des aveugles »). Cette colère va provoquer des explosions spontanées de plus en plus fréquentes. Vous mentionnez à juste titre les Grecs. C’est peut-être aussi le cas des Tunisiens. Après tout, les grandes puissances de la communauté internationale n’ont pas tellement intérêt à ce que la subversion populaire se répande dans les pays arabes assujettis à l’Occident ! On verra bien...


                                    • boris boris 23 janvier 2011 11:23

                                      Il est vrai Musima que la rapidité avec laquelle s’est faîtes cette « révolution de Jasmin » à de quoi être troublante, ceci dit les manifestations de rue continue contre le gouvernement dit « provisoire » et cela reste encourageant pour la suite, le peuple Tunisien sentant venir la manipulation qui à effectivement commencé avec la nomination à la tête de la banque centrale d’un homme du FMI.



                                      • ZEN ZEN 23 janvier 2011 11:37

                                        Article très intéressant, qui mériterait d’être prolongé, par ex. sur le dossier yougoslave, à peine ouvert.
                                        Il prolonge et approfondit utilement l’excellente étude de P.Champagne : Faire l’opinion


                                        • Serpico Serpico 23 janvier 2011 13:45

                                          Pour que tous ces mensonges passent comme une lettre à la poste, on a besoin d’un bon public.

                                          Voyez comme certaines personnes, parfois très intelligentes, adhèrent à un bobard ou à une histoire quelconque comme si c’était l’évidence même.

                                          On a l’impression d’une foi religieuse ou d’une volonté « d’être dans le coup » en collant à la « pensée universelle » ou unique.

                                          Voyez comme Nicole Guedj par exemple défend l’idée que Ouattara est le président légitime de la Côte d’Ivoire tout simplement parce que « la Communauté internationale » l’a dit.

                                          Ces gens voient des « évidences » dans tout le discours officiel. Elles ne veulent pas passer pour des idiotes alors même qu’en agissant de la sorte, elles font preuve d’une idiotie incroyable.

                                          Aucune remise en cause parce que « mais c’est clair ! »


                                          • ChatquiChouine ChatquiChouine 23 janvier 2011 13:46

                                            Très bon constat, M. Dalmas, et pour completer votre compilation de manipulations ayant servi de justificatifs à des interventions armées, j’ajouterais, lors de la guerre du golfe 1 (« desert storm ») l’intervention de l’infirmière Nayirah qui, par son (faux) témoignage concernant les soi disants atrocités commises par les soldats Irakiens dans une maternité de Koweit city, a fini de convaincre l’ONU de la nécessaire intervention militaire.

                                             On notera au passage que ces faux témoignages (l’infirmière et un docteur) aient été pilotés en sous main par la compagnie de relations publiques Hill&Knowlton qui, je vous le donne en mille, travaille aujourd’hui main dans la main avec DSK et sera sûrement un precieux conseiller pour les élections de 2012.

                                             Concernant la Guerre en ex Yougoslavie, je renvoie sur cette intervention du défunt général Gallois qui complètera l’analyse que vous en faites.

                                             Pour ce qui concerne la presse écrite, vous avez très bien fait le tour de ce qui la corrompt, pouvoir et argent, et a terme, il est probable que, comme le soulignait un blogueur (Dugué) dans l’un de ses articles, « ces vendus périront de leurs invendus ».

                                            Salutations.


                                            • Louis Dalmas Louis Dalmas 23 janvier 2011 14:30

                                              J’ai beaucoup parlé du dossier yougoslave dans mon livre « Le crépuscule des élites » ’Editions Tatamis). Il marque en effet un moment crucial de notre histoire : celui où Washington s’affranchit cyniquement de tout respect de l’ONU pour mener sa politique impériale et où l’OTAN agresse un grand pays indépendant au mépris de toute législation internationale. Quand on entend Sarkozy évoquer « 60 ans de paix en Europe » dans sa dernière allocution de Nouvel an, on est effaré. La guerre dans les Balkans a complètement disparu, des milliers de morts militaires et civiles n’ont pas existé, les bombardements de la Bosnie et de la Serbie n’ont pas eu lieu, la ruine économique de plusieurs Etats est une illusion. Cette guerre n’est plus qu’un trou noir au fond des oubliettes, Sans doute parce que les criminels chefs d’Etats occidentaux qui l’ont menée en ont à ce point honte qu’il préfèrent l’effacer de nos mémoires...

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