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Menaces sur France Télévisions

Les menaces qui pèsent sur l’audiovisuel public français sont de plusieurs ordres.

Tout d’abord, la soumission immédiate et directe au pouvoir, à laquelle conduira nécessairement la nomination du Président par le Président, est un véritable danger du point de vue moral, déontologique et démocratique. Les conséquences en seront graves et durables, à commencer par la suspicion qui pèsera dès lors sur la crédibilité et l’indépendance du média. De plus, la fusion des entreprises de la holding France Télévisions en une entreprise unique va entraîner la réunion des différentes directions de l’information en un seul service aux mains d’une seule personne qui sera, vu les modes de nomination de la présidence et des directions générales, forcément assujettie au pouvoir en place.

La menace financière ensuite aura elle aussi des conséquences, non seulement au sein de l’entreprise, mais également dans tout le secteur proche, en raison de sa dépendance. Il est mensonger de continuer à affirmer que l’on peut faire plus de programmes, plus d’informations, plus de création, plus de qualité, avec moins d’argent. Après plusieurs plans sociaux, France Télévisions travaille déjà dans plusieurs domaines à flux tendus, et une nouvelle réduction des personnels techniques directement dédiés aux programmes, à la fabrication et à l’information, et des journalistes, ne saurait être un progrès.

La pérennisation du financement de France Télévisions n’étant pas garantie au-delà du prochain vote de loi de financement, (dès 2010, donc), et pas assurée au-delà de 2011, les risques de démantèlement de l’audiovisuel public se profilent donc dans un avenir proche. On peut craindre tout d’abord pour de nombreux bureaux de France 3 qui subissent déjà depuis trois ans des diminutions de dotation qui les fragilisent.

Financement

Le remplacement au centime près de la part de la publicité dans le financement de la télévision et de la radio publiques appartient pour le moment au domaine de la déclaration, et semble à la fois aléatoire et non pérenne. L’Etat en prenant à sa charge cette part alourdit encore sa considérable dette, et fait appel à un mécanisme cavalier pour compenser cette nouvelle dépense. L’engagement de Nicolas Sarkozy de financer à hauteur la perte de la ressource publicitaire perdue n’est qu’une promesse, qu’il peut reconsidérer à n’importe quel moment, en particulier si la conjoncture s’aggrave.

L’Etat propose de substituer à cette part manquante de nouvelles taxes touchant d’une part les recettes publicitaires des chaînes privées, donc concurrentes de la télévision publique, et d’autre part les recettes des opérateurs de téléphonie. Outre que faire payer une perte de revenus par un autre secteur est contraire à l’esprit de la constitution, ces taxes portent sur des entreprises en développement, au risque d’affaiblir leur encore relatif dynamisme. Faire reposer l’assiette de ces taxes sur des recettes publicitaires, donc secondaires et non directes, en pleine période de crise économique, fait peser un doute sur leur permanence, leur durabilité et leur invariabilité. De même, le transit de ce nouvel impôt par le budget de l’Etat peut faire craindre la possibilité de sa captation au bénéfice d’un autre besoin de l’Etat.

Le placement de produits, tel qu’il a été évoqué par Christine Albanel, est une interdiction absolue en droit européen.

Programmes

Avec des recettes diminuées et un nombre d’heures de diffusion accru, du fait de la disparition des créneaux publicitaires, on voit mal comment la production de programmes pourra conserver son volume actuel, ni comment la qualité pourra être garantie avec un budget amoindri. Fictions et surtout documentaires, qui ont peu d’autres supports que les chaînes publiques dans le paysage audio-visuel français, devraient particulièrement souffrir. Le soutien apporté par les chaînes du service public à la création et au cinéma, qui fait d’ailleurs partie actuellement de leur cahier des charges, est lui aussi menacé.

Rédactions

L’indépendance des rédactions est également menacée par la pression du pouvoir politique, qui s’exerce par ailleurs sur toute la presse.

Social

Le plan social à France Télévisions promet d’être drastique. 980 licenciements ou départs volontaires sont d’ores et déjà annoncés. Les menaces pèsent autant sur les postes techniques que sur les rédactions et les services des programmes, et ne devraient, comme d’habitude, guère toucher les directions générales, en renforçant encore la casse de l’outil de travail entamée depuis près de vingt ans. Or, la pression s’exerce sur un groupe qui sort à peine d’une restructuration de plusieurs années.

En corollaire, cette diminution forcée des revenus pèsera également sur tout le secteur de la création audio-visuelle. Tout d’abord, les intermittents, très nombreux dans les métiers liés à la télévision, et qui souffrent également par ailleurs de la pression exercée sur eux par les agences de l’emploi et le patronat, sont les premiers frappés, de par le non-renouvellement de leurs contrats. Ensuite, les petites entreprises qui collaborent à la vigueur de la création sur France Télévisions seront touchées de plein fouet par l’effondrement annoncé du système de production actuel. Or, sans un tissu de petites entreprises, aucun secteur économique quel qu’il soit ne peut vivre. On constate d’ailleurs depuis plusieurs mois déjà un retard important dans les transformations des CDD structurels en CDI au sein de France Télévisions.

Comme dans tout plan social, les menaces pèsent également plus lourdement sur les deux extrêmités de la pyramide des âges. Les plus âgés sont traditionnellement plus touchés directement par les plans sociaux de manière générale, par le mécanisme des départs volontaires (ou non) en retraite et la pression sur les plus hauts salaires. Les plus jeunes le sont par l’absence de recrutement de nouveaux salariés en remplacement des départs des plus anciens. Ces deux mécanismes combinés pèsent ensuite lourdement sur le dispositif de compensation des retraites.

Le fait du prince

La nomination directe des présidents des sociétés publiques de télévision et de radio s’apparente au fait du prince. Il s’agit d’une anomalie unique dans un pays démocratique.


[la situation en Europe sur http://www.europe-modem-est.eu/compares.html#]

par Catherine C. mercredi 7 janvier 2009 - 15 réactions
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  • Par Ceri (xxx.xxx.xxx.2) 7 janvier 2009 12:45
    Ceri

    ca fera peut être du bien, voilà un article belge au sujet de l’idée sarkozyste de supprimer la pub :

    Peut-on imaginer qu’à l’instar des chaînes de France Télévision, on décide de supprimer la publicité à No Télé, la télévision locale de Wallonie Picarde ? Pour son directeur, ce serait “ une mauvaise idée ”.

    Rédaction en ligne

     

    Depuis hier, les chaînes publiques françaises, suite à une décision de Sarkozy, ne peuvent plus diffuser de publicité après 20 heures. Ensuite, la pub sera totalement bannie : il manquera donc 40% du budget de ces chaînes (800 millions d’euros), que l’Etat devra remplacer. Qu’en serait-il si une telle mesure devait être prise en Belgique, pour la RTBF mais aussi pour les télévisions réginales, et serait-ce une mesure intelligente ?

    Jean-Pierre Winberg, directeur de la télévision communautaire No Télé, explique que si on enlève la publicité “ c’est 30% de ressources en moins ”. Par conséquent, il faudrait économiser sur les programmes, et probablement sur le personnel, qui représente 60% des dépenses de la chaîne. Logiquement, c’est la qualité des programmes qui en pâtirait.

    De plus, selon Jean-Pierre Winberg, “ si on supprime les subventions, on peut les remplacer par la publicité, mais l’inverse n’est pas vrai ”, et les moyens de la Communauté Française et des communes ne sont hélas pas extensibles. “ J’ai le sentiment qu’on n’enlèvera pas la publicité chez nous ”, poursuit le directeur de No Télé “ car la Communauté Française ne peut pas compenser ces recettes ”.

    Quant à l’argument de Sarkozy selon lequel en “ libérant ” les chaînes du carcan des annonceurs, celles-ci seront plus libres dans le choix des programmes, il faut relativiser les choses (d’autant plus que le chef de l’Etat a décidé de nommer lui-même le président de France Télévisons ce qui n’est certes pas un gage d’indépendance...). “ Nous n’avons jamais eu de pression des annonceurs, et nos programmes sont parmi les meilleurs avec de la publicité ”, ajoute Jean-Pierre Winberg, avant de poursuivre : “ ce ne serait pas une bonne chose de remplacer la publicité par des subventions, parce que la publicité nous permet de coller davantage a la réalité économique et au dynamisme de notre région ”. Les chaînes “ libérées ” de la publicité seront-elles plus indépendantes ? Dans le cas de No-Télé, ce serait l’inverse : “ La diversité des recettes, dont 30% viennent du secteur privé, nous donne une autonomie rédactionnelle par rapport à des pressions qui pourraient être trop fortes si nous n’avions que les subventions ou que la publicité ”, conclut Jean-Pierre Winberg.

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.129) 7 janvier 2009 16:56
    non666

    Sur la " libération" su carcan de la publicité par Sarkozy, n’oublions pa l’autre déclaration qu’il a faite sur le fait que les programmes du service public ressemblait "trop" aux programmes du privé.

    Ce qui est visé, c’est clairement l’audience.

    Entre des chaines publiques dont il faut se partager la ligne politique avec le PS, depuis 1988 , sous le controle de leur holdingd e propagande commune, le CSA et des TV privées toutes acquises a sa cause ou au pire à ce bipartisme tronqué qui nous sert de democratie, on voit vote ou vont ses interets.

    La compensation des recettes publicitaires " a l’euro pres" va vite faire long feu.
    "Qu’est ce qu’on veut, que je vide des caisses qui le sont déjà ?"....

    Non ce qu’il va falloir surveiller , pour comprendre de quoi ils sont capables, c’est le mecanisme de vote "par circonscription qu’ils pensent imposer aux europeennes, la dernière election qui montre vraiment les rapports de force.

  • Par Bobby (xxx.xxx.xxx.75) 7 janvier 2009 15:14
    Bobby

    Bonjour,

    Question et suggestion : et si on faisait payer la télévision aux seuls consommateurs de télévision ?


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