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De la solidarité …

Le monde des égoïstes !

Un lien qui se relâche.

Voilà un lien solide autrefois qui signifiait l'appartenance à un société porteuse de valeurs communes. L'accord était si puissant que nos amis les révolutionnaires lui préférèrent Fraternité pour exprimer ce sentiment de filiation entre les différents membres de cette immense famille que constituait alors le beau pays de France.

La solidarité était consubstantielle à la chance que conférait l'existence. Celui qui avait réussi faisait charité aux plus humbles, au nom de Dieu ou d'une certaine conception du vivre ensemble. D'autres, avec moins de moyens, ne se posaient même pas la question : ils partageaient car tel devait être le comportement des humains.

C'était un temps d'avant la révolution libérale et les bouleversements qu'elle a induits dans les mentalités. La solidarité s'est dissoute, faisant place à la solitude de l'individu confronté à la redoutable rivalité du marché, à la concurrence de tous contre tous. L'autre est devenu, quel qu'il soit, un rival, un concurrent, un adversaire, un ennemi.

Aider son prochain, c'est nourrir le serpent qui, un jour, risque de vous piquer. Les pauvres sont devenus une menace tout comme le sort s'est transformé, non en injustice de la destinée mais en juste résultante du manque de mérite. Partant de cet incroyable postulat venant des zuniens- les pires monstres qui soient sur cette planète- le miséreux est responsable de son sort. Lui apporter de l'aide serait alors l'encourager dans cette mauvaise voie, entretenir son manque de pugnacité.

La solidarité devient, par là même, collaboration et hérésie. Collaboration qui entretient l'absence d'initiative de ceux qui sont en difficulté : hérésie, car allant à l'encontre du catéchisme libéral de la libre entreprise et de ses récompenses. L'argent n'est plus une monnaie d'échange mais un marqueur social qu'il convient de ne pas galvauder.

Le redistribuer plus équitablement c'est faire le jeu de la paresse, de l'assistanat, du refus de l'effort. Le riche doit au contraire accroître sans limite sa fortune pour montrer sa réussite, tout en s'efforçant de dissimuler celle-ci à l'appétit démesuré du trésor public. La fraude, l'évasion des capitaux, le mensonge fiscal ne sont plus des délits mais bien des actes nécessaires au redressement national.

La misère, dans une logique démoniaque, devient elle-même délit. Il faut l'interdire, l'écarter de nos villes et de nos cités. Les pauvres sont hors-la-loi de l'inique société du profit. Il faut les éliminer physiquement afin de n'avoir aucun scrupule à jouir sans entrave d'un niveau de vie qui ne cesse de croître pour une infime minorité de salopards à la bonne conscience.

La solidarité pour eux, c'est un non-sens absolu . Leur prospérité, ils l'ont largement méritée ; libre aux autres de faire comme eux. Et la morale chrétienne dans tout cela ? Elle a été balayée par leur conversion au Dieu Argent. Une divinité ne peut s'abaisser à se disperser. Il convient de lui élever des temples dans des paradis fiscaux, des coffres honteux, des combines obscènes pour milliardaires véreux.

Nous vivons ce terrible renversement des valeurs qui justifie le recul de toutes les solidarités. Refuser qu'une part du festin revienne à ceux qui sont restés sur le bord du chemin, c'est considérer qu'il n'y a plus de chemin commun, de maison commune. Le pays se construit désormais sur une succession de strates imperméables, de cloisons infranchissables. L'Apartheid est en marche : il se met en place par l'éviction des victimes de la pauvreté, du travail, de l'école, de la médecine, de la citoyenneté.

En relayant le discours des odieux riches, en faisant leur la théorie du mérite, les classes moyennes sont en train de sceller leur sort. Après les étrangers, les pauvres, les malades, les vieux, les handicapés, quelle sera la prochaine catégorie à être vilipendée, reniée, radiée de la cité ? À ne pas se méfier du danger du discours des Gattaz et consorts, à laisser dire n'importe quoi par des économistes inhumains, nous sombrons dans un état annonciateur de guerre civile. Seule la Solidarité permet de vivre en bonne intelligence, en harmonie et en paix. Le discours de la droite libérale, repris par un parti Socialiste félon, nous conduit dans les abysses d'une Europe devenue une affreuse dictature capitaliste du mépris et de l'égoïsme.

Solidairement vôtre.


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27 réactions à cet article    


  • foufouille foufouille 4 mai 2015 09:35

    ça devait se passé avant 70 car j’ai jamais vu ta solidarité.


    • C'est Nabum C’est Nabum 4 mai 2015 12:00

      @foufouille

      Ouvrez les yeux sans penser querelle et mépris !
      Il y a encore des gens bons ...


    • César Castique César Castique 4 mai 2015 09:57

      « Voilà un lien solide autrefois qui signifiait l’appartenance à un société porteuse de valeurs communes. »



      En 2009, le psychosociologue Elian Djaoui écrivait dans "Les relations interethniques dans l’aire anglophone entre collaboration(s) et rejet(s)", (Ed. L’Harmattan) :

      « Exclure l’autre en expulsant sur lui, d’une manière imaginaire, tout ce qui est ressenti comme intolérable en soi, semble être la seule modalité pour s’assumer comme sujet investi de « positivité ». Dans une certaine mesure, l’exclusion et la violence sont au fondement du lien social. »

      Or, nous savons que, de nos jours, l’exclusion et la violence contre l’Autre à majuscule, participent de l’ultime péché mortel ayant survécu à la déchristianisation. Donc, si Djaoui a raison, il était inévitable que que le lien social disparût, hors de petites communautés soudées par un fort sentiment d’appartenance.

      Mais le plus simple reste quand même de décréter que ce Djaoui déconnait complètement.


      • C'est Nabum C’est Nabum 4 mai 2015 12:01

        @César Castique

        Je crains que cette affirmation douloureuse soit en passe de s’imposer


      • César Castique César Castique 4 mai 2015 17:12

        @C’est Nabum

        « Je crains que cette affirmation douloureuse soit en passe de s’imposer. »


        Ne croyez-vous pas qu’il faudra qu’un jour l’homme s’accepte tel qu’il est, et qui ne correspond pas à ce que les philosophes, à partir du XVIIIe ont décrété (d’outrageusement flatteur, les salauds !) pour lui ? 

        Parce qu’à nous refuser nous-mêmes et à prétendre changer les autres afin qu’ils deviennent ce que nous croyons être, nous courons à un désastre majeur.

      • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 4 mai 2015 10:06

        L’article fait volontairement la confusion entre solidarité et assistance. Une vie économique saine est basée sur des échanges, je t’aides tu m’aides (peut-être dans le futur, mais tel est le contrat tacite).On peut constater ua solidarité est très forte lors de catastrophes comme les inondations, les tempêtes et plus généralement les accidents de la vie auxquels personne ne peut rien, comme la maladie.
        Cependant, chacun sent que l’on doit savoir dire stop à partir du moment où la solidarité devient de l’assistanat à vie, sans que la personne concernée fasse le moindre effort pour payer en retour une partie de ce qu’elle a obtenu.
        Dans le cas de figure où la situation est celle d’un appauvrissement général et d’un manque total d’emploi, nous sommes dans le cas d’une solidarité de type « Titanic » dans laquelle sauver l’autre se fait à son dépend.


        • Ecométa Ecométa 4 mai 2015 10:49

          @Gilles Mérivac

          "Cependant, chacun sent que l’on doit savoir dire stop à partir du moment où la solidarité devient de l’assistanat à vie, sans que la personne concernée fasse le moindre effort pour payer en retour une partie de ce qu’elle a obtenu« .

          Cet article, qui expose une réalité, ne fait aucune confusion entre solidarité et assistance, il dit simplement ce qui est ! Par contre, c’est vous qui faites cet amalgame, ce qui vous place comme un exemple parfait de ce qui est exposé et dénoncé... ici !

          Une vie économique saine est bien au-delà du seul échange marchand. L’économie ne peut pas être réduite au seul commerce... c’est bien plus complexe que cela ! L’économie c’est la vie : la vie sociétale ! La nature de l’éconoie est sociétale,et non »physico-mathématique", comparable à une science physique des fluides au prétexte qu’il y aurait de flux de marchandises ou d’argents.

          Une fraternité humaine indéfectible, ceci au nom du principe d’Humanité... voilà ce qui est recommandé dans cet article.


        • C'est Nabum C’est Nabum 4 mai 2015 12:03

          @Gilles Mérivac

          J’ai manqué d’assistance sans doute lors de son écriture.
          La distinction est évocatrice d’une idéologie qui se refuse à accepter l’idée même d’assistance, la rejetant dans les bas-fonds de l’âme humaine
          Pour moi, je me refuse à distinguer


        • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 4 mai 2015 12:49

          @C’est Nabum
          Non non, ne vous réfugiez pas dans l’évocation d’une vague idéologie menaçante dont on ne sait même pas ce qu’elle est. Et vous ne me ferez pas dire que je suis contre l’assistance (qui n’est pas l’assistanat dont je parlais) qui elle est bien présente dans notre monde chaque fois que l’occasion s’en fait sentir (tsunamis, irradiation de Fukushima, tremblement de terre au Népal, etc ..)


        • Gilles Mérivac Gilles Mérivac 4 mai 2015 12:52

          @Ecométa
          Allons bon, voilà quelqu’un qui redéfinit l’économie.


        • Ecométa Ecométa 5 mai 2015 09:44

          @Gilles Mérivac

          C’est bien de définir... comme cela on sait de quoi on parle !


        • Gabriel Gabriel 4 mai 2015 10:30

          “Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.”

          M.L.K


          • César Castique César Castique 4 mai 2015 10:47

            @Gabriel



            “Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères...« 

            Ça sert à rien de se forcer, le naturel revient toujours, pas forcément au galop, mais il finit inéluctablement par revenir. La fraternité, l’antiracisme, la tolérance, ce n’est pas héréditaire,


             »...sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.”

            Non, non. Il y aura des survivants.

          • Ecométa Ecométa 4 mai 2015 10:52

            @César Castique

            Quel est ce naturel inéluctable qui revient toujours ?


          • César Castique César Castique 4 mai 2015 11:05

            @Ecométa



            « Quel est ce naturel inéluctable qui revient toujours ? »


            En l’occurrence, j’imagine ?


            Le clivage NOUS-EUX !

          • C'est Nabum C’est Nabum 4 mai 2015 12:04

            @Gabriel

            Merci !

            Je pense même qu’il faille mettre un mot plus fort qu’idiot ....


          • César Castique César Castique 4 mai 2015 12:40

            @C’est Nabum

            « Je pense même qu’il faille mettre un mot plus fort qu’idiot .... »


            Ce n’est pas en changeant un mot ici ou là que la proportion de survivants sera modifiée.

          • Ecométa Ecométa 4 mai 2015 10:34

            Je n’aurais pas mieux dit ....je partage donc entièrement cette excellente analyse.


            • C'est Nabum C’est Nabum 4 mai 2015 12:05

              @Ecométa

              Merci

              Le partage est le début de la solidarité


            • Ecométa Ecométa 4 mai 2015 12:02

              Devenu totalement paranoïaque et schizophrénique, ce monde moderne au modernisme, paroxysme de modernité et plus simple modernité, est savamment et délibérément malade !
               
              Totalement indépassable, c’est raison qui fait la logique, qui, elle-même, fait le savoir, la culture et la civilisation dans laquelle nous vivons ! A raison, logique savoir et culture paranoïaques et schizophréniques : société et civilisation forcément paranoïaques et schizophréniques !
               
              Ce monde de modernisme est malade de sa raison rationaliste, de sa logique dichotomique, d’un savoir exclusivement rationalo positivo-technoscientiste, d’une culture individualiste à l’impossible ! Un rationalisme technoscientiste qui participe de plus en plus de la réification du genre humain et nous envoie tout droit vers le « transhumanisme » !

              Ce monde est malade de son sophisme, de son cynisme, de sa cupidité !


              • C'est Nabum C’est Nabum 4 mai 2015 12:06

                @Ecométa

                C’est à mon tour de partager ce qui est excellemment bien écrit


              • Vipère Vipère 4 mai 2015 19:24


                Bonjour Nabum

                Excellent article dont je partage le constant accablant !

                • C'est Nabum C’est Nabum 4 mai 2015 19:34

                  @Vipère

                  Venant de vous, c’est un compliment qui me flatte

                  Merci


                • sls0 sls0 5 mai 2015 00:56

                  Une chose qu’il faut savoir c’est qu’en aidant les autres (avec intelligence) on se rend plus fort au point qu’il est presque impossible de se trouver dans la merde, tout devient si facile.

                  La pitié m’est inconnu, pas la compassion, ’’je veux bien te donner un poisson mais je vais t’apprendre à pêcher’’.


                  • C'est Nabum C’est Nabum 5 mai 2015 07:10

                    @sls0

                    Compassion

                    Quel joli mot quand on y pense, un partage qui va au-delà du matériel pour entrer véritablement en mouvement.

                    Mettre en action celui qui ne peut plus


                  • ZenZoe ZenZoe 6 mai 2015 09:06

                    Personnellement, je pense que le rôle de l’Etat en tant qu’intermédiaire redistributeur fait beaucoup de mal au concept de solidarité.

                    1) D’abord parce que les gens savent s’organiser tout seuls si besoin, il n’y a qu’à voir le succès des trocs, des SEL, sans compter toutes les initiatives isolées pour remettre à flot des gens à la dérive. Seulement l’Etat n’aime pas que les citoyens s’organisent tout seuls, et préfère saper tous les systèmes qui fonctionnent sans lui.
                    2) Et ensuite parce que l’Etat redistribue mal. Certes, les plus modestes récoltent quelques miettes, mais les Français ne peuvent s’empêcher de remarquer que beaucoup « d’aides » vont aussi, on n’en parle pas assez, aux plus riches : APL pour étudiants aux parents fortunés, places d’opéra subventionnées, niches fiscales pour les oeuvres d’art et les domestiques et tant d’autres... Alors forcément, la solidarité, vue comme ça....


                    • C'est Nabum C’est Nabum 6 mai 2015 09:12

                      @ZenZoe

                      Les principales aides de l’état vont aux parlementaires, à leurs amis, aux partis politiques, à la grande industrie, aux niches fiscales
                      C’est assez normal car selon l’adage : « On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ! », nos chers élus sont d’abord là au service de la mafia possédante.

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