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Accueil du site > Actualités > Politique > Edgard Pisani, une certaine idée du monde (2)

Edgard Pisani, une certaine idée du monde (2)

« Il ne nous est pas possible de croire que l’effort national est du domaine particulier de tel ou tel : de l’État, de l’usine, du marchand, du travailleur ou du banquier. Il exige l’effort de tous et l’art de gouverner, c’est désormais l’art de créer les conditions de la libre mobilisation de toutes les forces nationales. C’est d’abord l’art du consensus. » (Conclusion du Rapport Pisani du 13 octobre 1978). Seconde et dernière partie.

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Edgard Pisani vient de s’éteindre à 97 ans. Après avoir évoqué le haut fonctionnaire précoce et le sénateur très actif, voici le ministre technicien qui s’est investi dans le monde agricole et dans les infrastructures.


Ministre

Edgard Pisani a eu une assez longue carrière ministérielle, qui a commencé avec l’épopée gaulliste. Il fut nommé à 43 ans Ministre de l’Agriculture du 21 août 1961 au 8 janvier 1966 dans les gouvernements de Michel Debré et de Georges Pompidou.



Le plus long des ministres à l’Agriculture, Edgard Pisani laissa un souvenir durable dans le monde agricole au point d’avoir donné, de son vivant, son nom à quelques lycées agricoles (il fit voter une loi de programme relatif à l’enseignement agricole). Il fit aussi voter une importante loi d’orientation agricole pour favoriser l’exportation de la production agricole française et créa l’Office des forêts, séparant ainsi les Eaux et Forêts.

Puis il fut nommé Ministre de l’Équipement du 8 janvier 1966 au 28 avril 1967 (avec le Logement à partir du 7 avril 1967). Venant d’être élu député, il donna sa démission le 28 avril 1967 pour protester contre l’utilisation des ordonnances par Georges Pompidou.

Premier à avoir ces nouvelles attributions ministérielles après la fusion des Travaux Publics, des Transports et de la Construction, il défendit la très importante loi n°67-1253 du 30 décembre 1967 d’orientation foncière (adoptée après sa démission) qui a institué le principe du plan d’occupation des sols (POS) et du schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) qui furent ensuite modifiés par la loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU) où les POS ont été remplacés par les plans locaux d’urbanisme (PLU).

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Edgard Pisani retourna aux responsabilités bien plus tard, à l’époque de la gauche, d’abord comme Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie du 4 décembre 1984 au 22 mai 1985 (avec rang de préfet) puis Ministre de la Nouvelle-Calédonie du 21 mai 1985 au 15 novembre 1985 dans le gouvernement de Laurent Fabius.

Ce fut durant une période très agitée où les Kanaks et les Caldoches s’affrontaient violemment (le 5 décembre 1984, tuerie de Hienghène faisant dix morts dont deux frères du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, maire de Hienghène et président du FLNKS, lui aussi assassiné à Ouvéa le 4 mai 1989). Edgard Pisani présenta le 7 janvier 1985 à Nouméa son projet d’indépendance-association mais son action fut rejetée par les deux camps. Après avoir remodelé profondément le territoire néo-calédonien (loi n°85-892 du 23 août 1985), il démissionna du gouvernement à l’issue des élections régionales néo-calédonienne du 29 septembre 1985.

De Laurent Fabius, Edgard Pisani avait son bon mot : « La tête et les jambes, oui, mais rien entre les deux ! » (cité par Jean-Pierre Chevènement devant Michèle Cotta le 15 janvier 1992).


Responsabilités européennes

L’engagement européen n’a jamais fait défaut à Edgard Pisani.

Sénateur, il vota le 23 août 1957 en faveur du marché commun et de l’Euratom. Ministre de l’Agriculture, il mit en place la politique agricole commune (PAC) de la CEE entrée en vigueur le 14 janvier 1962 et affirma au Sénat le 31 mai 1977 que la France profitait beaucoup de la PAC car elle lui a permis de développer son agriculture et de devenir exportatrice de produits agricoles. De nouveau sénateur, il interpella le Premier Ministre Jacques Chirac le 16 décembre 1975 sur la construction européenne avec l’objectif de « transformer l’ensemble des relations des États membres en une Union Européenne ».

Le 23 juin 1977, lors de la discussion de la ratification du sommet européen du 20 septembre 1976 sur l’élection au suffrage universel direct du Parlement Européen, il se demandait s’il n’existait pas une incapacité de créer des modèles institutionnels nouveaux et considérait que l’Europe était prisonnière du dilemme fédération/confédération.

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Avec le sénateur UDF Michel Sordel, il rédigea un rapport publié le 21 avril 1977 sur les conséquences d’un élargissement de la CEE (composée de neuf États membres à l’époque, il était alors question de l’adhésion de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal), en particulier sur les répercussions sur la situation agricole du Sud de la France. Défendant les viticultures et producteurs de fruits et légumes du Midi de la France, Edgard Pisani préconisa un élargissement de la CEE mais pas au titre de la politique agricole commune qui ne serait pas capable d’être financée, plutôt au titre d’un chapitre spécial de la politique européenne.

Comme personnalité qualifiée, Edgard Pisani remplaça Pierre Mendès France à la commission indépendante sur les problèmes de développement international, présidée par l’ancien Chancelier allemand Willy Brandt (Prix Nobel de la Paix 1971) et composée de 21 membres dont l’ancien Premier Ministre britannique Edward Heath, l’ancien Premier Ministre suédois Olof Palme et le patron de Lehmann Brothers Peter G. Peterson, dont les travaux (de 1977 à 1980) aboutirent à un rapport remis le 22 février 1980 à Kurt Waldheim (Secrétaire Général de l’ONU) sur la pauvreté dans le monde et intitulé : "Nord-Sud : un programme de survie" dont les mesures préconisées (qui se voulaient réalistes et concrètes) pour empêcher la famine (entre autres) n’ont pas été écoutées par aucun pays du monde.

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Comme parlementaire français, il fut aussi désigné le 20 décembre 1977 délégué représentant la France au Parlement Européen dont il présida la stratégique commission des affaires économiques et monétaires de janvier 1978 au 17 juillet 1979 (à l’époque, pas d’élection au suffrage direct) puis il fut élu député européen (au suffrage universel direct) du 24 octobre 1979 au 25 mai 1981 (élu sur la liste socialiste dirigée par François Mitterrand le 10 juin 1979 en 23e position, son siège lui fut attribué par le Conseil d’État le 24 octobre 1979).

Edgard Pisani fut nommé le 22 mai 1981 Commissaire européen chargé du Développement par François Mitterrand pour remplacer Claude Cheysson, nommé au Quai d’Orsay. La Commission Européenne était alors présidée par Gaston Thorn. Il fut Vice-Président de la Commission Européenne du 26 octobre 1984 au 2 décembre 1984 en remplacement de François-Xavier Ortoli nommé à la présidence de Total. Son mandat aurait dû s’achever le 5 janvier 1985 (laissant place à la Commission présidée par Jacques Delors), mais il avait démissionné le 2 décembre 1984 pour agir au nom du gouvernement en Nouvelle-Calédonie.

À ce poste à Bruxelles, Edgard Pisani a dirigé une administration de 600 fonctionnaires et a disposé d’un budget annuel de 2 milliards de dollars destiné à aider les pays signataires de la Convention de Lomé du 28 février 1975 renouvelée le 31 octobre 1979 (Lomé II). Il a d’ailleurs participé aux négociations pour la Convention de Lomé III signée le 8 décembre 1984.


Retrait de la vie politique

Après son "aventure" néo-calédonienne, Edgard Pisani fut intégré à l’Élysée comme chargé de mission auprès de François Mitterrand de 1986 (période de la cohabitation) à 1992 (fin des gouvernements de Michel Rocard) et fut parallèlement nommé membre du Conseil économique et social en 1992, ainsi que président de l’Institut du monde arabe (IMA) de 1988 à 1995, écarté par Jacques Chirac (parmi ses successeurs à l’IMA, Yves Guéna, Dominique Baudis, Renaud Muselier et Jack Lang).

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Edgard Pisani publia vingt et un essais entre 1946 et 2015 (le dernier "Croire pour vivre : méditations politiques", éd. Saint-Léger, fut publié il y a un an, le 27 mai 2015) où il présentait ses points de vue sur la marche du monde, sur sa vision de la France, de son économie et de son agriculture, de son aménagement, et sur son engagement européen, n’hésitant pas à se montrer idéaliste, comme l’illustre ce titre d’un ouvrage publié le 24 mars 2001 au Seuil : "Une Certaine idée du monde : l’utopie comme méthode".


Gaulliste, rocardien et européen

Edgard Pisani, parce qu’ancien résistant, était naturellement gaulliste. Mais il fut aussi socialiste proche de cette deuxième gauche moderne et non sectaire qu’a voulu incarner Michel Rocard et dont les héritiers ont oublié l’esprit (Manuel Valls). Ce courant est nécessairement favorable à la construction d’une Europe à la fois efficace économiquement et plus juste socialement.

En ce sens, ce serait des personnalités de cette envergure et de cette stature qui manquent aujourd’hui dans la classe politique française. Compétent techniquement (pour ne pas dire technocratiquement), mais avec une vision politique très affirmée qui permettrait de savoir où mener la France du futur et l’expliquer avec conviction au peuple français. Et probablement est-ce la démarche que tente aujourd’hui l’actuel Ministre de l’Économie Emmanuel Macron


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Edgard Pisani.
Rapport Pisani sur les enjeux et les conditions des équilibres extérieurs de la France du 13 octobre 1978 (à télécharger).
Général De Gaulle.
Léon Blum.
Pierre Mendès France.
Michel Debré.
Georges Pompidou.
François Mitterrand.
Michel Rocard.
Gaston Thorn.
Laurent Fabius.
Jean-Marcel Jeanneney.
Gaston Defferre.
Yves Guéna.

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1 réactions à cet article    


  • adeline 3 juillet 09:43

    en attente Michel Rocard père de la rdscsg et Elie Wiesel ?

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